‹ Les Grands maîtres de l'artChapitre 24 sur 29 · IL · texte numérisé non relu

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auprès de M. deChanteloup, maître d'hôtel du roi.

La première commande royale fut une Manne (Louvre), que Poussin n'exécuta cependant qu'après deux autres tableaux : Camille renvoyant les enfants des Falisqnes (même musée) pour La Vrillière, secrétaire d'Etat et le Frappement du rocher pour Gillier.

Une autre commande de Stella, Armide et Renaud, décide enfin le cardinal de Richelieu à dépêcher au Poussin le secrétaire d'Etat, des Noyers, porteur d'une lettre du roi, pour qu'il voulût bien venir en France.

La réponse du maître fut l'envoi de ses Bacchanales et de saint Jean baptisant le peuple (Musée du Louvre), réponse tellement brillante qu'elle amena M. de Chanteloup à Rome avec ordre de ne revenir à Paris qu'accompagné du célèbre peintre. Le célèbre peintre ne céda qu'aux instances de l'ambassadeur et, s'il n'eût estimé qu'il devait à sa patrie la consécration de son génie, le pressentiment de sa quiétude troublée l'aurait retenu au milieu de ses premiers admirateurs, au sein de la légende calme que sa propre simplicité affectionnait.

Le Poussin, à son arrivée en France (1640), est logé au Louvre et embrassé par le cardinal ; c'est à Saipî-r<ormain ensuite que Louis XIII accueille le maître.

I)H!2 i.EA f;nANi>H maItkea de i/art

Voici niaintenaiil rriiiiiii^ralion des œuvres mêr gistrales avec lcsqu«'lle» le graud artiëte paye sa bienvenue.

Il inaugura ses largesses d'abord par un<* C^ne commandée par le roi pour Tégii-ïe de Saint-Germain, ensuite ce furent le Miracle de saint François-Xavier ^ la Vérité enlevée et soustraite à C Envie et à la Calomnie par le Temps (Louvrej, If Havissement Je saint Paul^ et une seconde séri»* des Sfjjt Sacrements que M. de Chanteloup ♦•ut le mauvais goût de déclarer inférieure à la précédente, malgré l'indignation de leur auteur.

Par dilettantisme, Poussin tint ensuite à nous révéler dans la Mort de Sophie^ la Femme adultère^ les Aveugles de Jéricho et Hébeccay les divers modes de son talent, du plaisant au sévère en passant par l'émouvant, tandis qu'il touchait à l'expression historique dans les Obsèques et Cendres de Phocion et à la mythologie et à la fantai>ie dans Polyphème appelant Galatée au sonde la /lut e, Pyrame et Tkisbé^ Orphée^ les Bergers d'Arcadie, etc.

Sans compter que toutes ces belles scènes se passaient dans un paysage singulièrement idéal, riant ou désolé, suivant le caractère et le sentiment de la composition

Ainsi se réalisait Teffort de pensée multiple de leur auteur dont le triomphe ne lit que croître.

non sans pourtant que la jalousie des Feuquières, des Simon Vouet, des Lemercier ne s'attachât à ralentir Tenthousiasme de ce génie souvent assujetti d'ailleurs, contre son gré, à des dessins de cartons pour tapisseries, voire à des fers de reliures.

Tant et si bien que, lassé des caprices de ses admirateurs autant que des hostilités pénibles de ses rivaux, ouvertement déchaînées lors de la décoration de la grande galerie du Louvre, Poussin préféra céder à la cabale.

Il ne tarda pas à solliciter la permission d'aller chercher sa femme malade à Rome pour la ramener à Paris, simple prétexte pour retourner à la sérénité de sa petite maison du monte Pincio, qu'il regrette amèrement d'avoir quittée. Aussi bien, fort heureusement pour ses promesses et sa parole donnée, la mort de Louis XIII et du cardinal le libèrent de tout engagement.

Le voici délivré désormais de la Cour et de ses sujétions, tandis qu'il savoure en paix la vengeance à l'égard de ses ennemis qui, en admirant le Triomphe de la Vérité, sa dernière œuvre oxécutée en France, mesurent toute l'étendue de leurs calomnies et pèsent tout le poids de leurs injures.

De même que le Poussin avait été reconnaissant vis-à-vis de ses protecteurs en leur faisant des

•'ÎMl LES CHAMm MAirni."* DE L ART

clicf8-d'(Fuvn», il convf^rtil par de» chcfft-d'aîuvre SCS pluH u( haines (l^'ftrack'urH, quoiquit en réalit« Poussin n<* fut r/'olhrment comprin que de ïu. luC'iim ! Lassé de tlpfcndn* pied à pied sen cr»'.^ lions, le g<'ni«; n'aviiit piiisqu'/i espérer eulajutice «!•• riniinfjrlalilr, qui est la foi de» vraia artistes et le prix de leurs délioire» terrestres.

SoFi (jernior rllort vers la Beauté se résume en ce beau /fr/in/r (jui est au I^ouvrc, d'une irréalité extraordinaire, selon la façon coutumière au traducteur de l'idéal ennobli.

m tout son oeuvre est gris de sa mélancolitj propre, toujours égaré dans ses rêveries qui lui cachent la nature vraie dans un brouillard intellectuel; Poussin est un visionnaire plutôt qu'un peintre; il eut davantage le sentiment de la nature que son amour, à moins qu'il n'ait point eu besoin devoir la nature pour l'aimer, tant il en avait le pressentiment. Les siècles d'art différent en leur mode d'inspiration et de représentation.

Célébrons enfin le dessin souple et correct de notre personnage, autant que son souci de vérité dans les costumes et les architectures dont il meubla la convention délicate de ses paysages, avant de noter sa mort, qui a lieu à Home en 1665.

CLAUDE GELÉE (dit LE lorrain)

Lorsqu'on examine un tableau de CL Gelée, on est frappé de la conscience et de l'expression qui dominent un sentiment de nature irréel, la volonté d'établir une nature cérébrale h côté de la vérité.

Car cet artiste n'a point cherché à copier vrai, il n'eût osé le faire; cela n'était point artistique alors de recevoir directement l'impression de la vie, on devait la transposer selon l'acceptation classique, la styliser enfin.

Les siècles ont des acceptations différentes de l'art qui toutes sont belles entre elles, pourvu que la conviction les pénètre, et c'est en se plaçant par la pensée à l'époque ou chacune de ces convictions s'exprima que l'on peut équitablement les juger.

Aussi bien le paysage de Cl. Gelée est ravissant à sa manière parce qu'il est le reflet superbe d'un amour de la nature, la réalisation pieuse d'une émotion qui, pour n'être plus « à la mode », n'en demeure pas moins admirable.

Evidemment cela nous change de la photo-

386 LES GRANDA MaItIICII DE L*AIIT

^rapliif, notn* nl)j»*clif «-st aiiln» aujourd'hui, noim horniiioft illusionnés plus parfaiUfment par les payhftK**^ mod»*rnPs, ni toutefois nous n'avons jamais été si charrn<^ par cj»8 visions rétroactive», an [)<)int qu'elles semblent Atre de» visions d«l'au-delà !

Ilétroactives ces visions, parce qu'elles sont ramenées h un factice arran^»*ment, en leur lumière calme, en leur décor " «Jopéra comi(|ue », mais rétroactives h. la façon des visages vénérables que l'on aime, encadrés de cheveux blancs.

Voilà la Vue d'un port^ eiïet de soleil levant peint à Home, effet de soleil, si peu, depuis que notre palette est devenue plus lumineuse!

Et pourtant, en isolant sa pensée, en l'arrachant à la comparaison du peintre moderne qui peint avec du vrai soleil, parce qu'il a profité de l'invention et de l'expérience précédentes, on mesure toute l'intensité d'une œuvre comme celle de Cl. Gelée. D'abord, à côté de nos « pochades » actuelles, de nos « impressions » et autres « tranches de vie » enlevées hâtivement et habil*'ment, un tableau véritable mérite qu'on s'y arr^t*

Un tableau de Gelée est un tout. Sa composition a été réfléchie et sa pensée est close en cette composition au point d'en être inséparable.

« Claude Gelée, dit le Lorrain, en Italie, se promenait pendant des journées entières dans les

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campagnes ou sur les rivages de la mer. Il ne dessinait point, il ne parlait point; il regardait. De retour à son atelier, il prenait sa palette et faisait apparaître comme par enchantement sur sa toile le tableau que, dans ses silencieuses contemplations, il avait peint au fond de son âme. Et certains biographes de s'écrier avec un naïf étonnement : « Que Claude ne peignait point d'après nature! »

On sent qu'avant de fixer sur la toile son sujet, l'artiste a choisi parmi un grand nombre de « motifs » en vue d'un tableau oii l'œil et l'âme auront satisfaction. Si le paysagiste moderne « expédie » un coin de nature qu'il a devant lui, s'il délaye en l'agrandissant un « bout » d'esquisse, le paysagiste de naguère procédait par la mode contraire; il accumulait sur une petite toile tout un ensemble, tout un intérêt général et compact; concentrant en somme ses efforts en un tableau dont l'idée et l'étude seules étaient grandes.

De telle sorte que l'on « s'amuse » exceptionnellement devant ces œuvres où tout joue un rôle, où toutes/ fait avec une foi supérieure. Le paysage moderne, si grand soit-il, est jugé en un clin d'œil, on y est mais on ne s'y fixe point, rien à dire relatitivement à la virtuosité de cette évocation picturale, dont le sentiment n*est qu'instantané comme l'effet fugitif qu'il saisit.

Taiidib (jiKî h* «»^Mjr paysage b« r^'cUmp, tn ron traire, de l'esprif attentif par la rrinden^wition d'un rllct posément écrit, patiemment réhiimé daiin 1** caliiu* d'une vie imniort<*lle.

On ne peut dire qm* cela est faux, non, ci-t air vieillot correspond au sourire de la nature à cett< époque; elle était ainsi qu'on nous la montr»c'est nous qui nous trompons en n*t la voyant plus de môme, la voici enliu s«*lon l'esprit du t<'mps.

Certes cela n'est point une photoprrajihie ; mainous y gagnons ; la besogne du paysagiste d'alorignorait la simplification mécanique du cliché ; elle était cette besogne, singulièrement plus artistique et méritoire.

Et puis l'idéal de ces visions compU'tes s'exaltait au contact de cette beauté sans critérium toujours inférieure à la nature, malgré qu'elle-, débordent de magnificence.

Et puis la clarté paisible et douce où baignant ces pages demeure harmonieuse malgré que leur gamme soit calme ; ainsi se trouve satisfaite la loi des valeurs qu'il nous suffit d'envisager à quelques degrés au-dessous de notre virulence moderne.

Reste l'éloquence de la facture qui, saisissante de nos jours, est extraordinaire de foi aux siècles passés.

CLAUDE GELÉE (dIT LE LORRAIN) 389

Ainsi recueillons-nous double agrément à cette diversité. Ici nous sommes excessivement francs, l^ nous essayons admirablement de l'être.

Laquelle des deux expressions a raison? Toutes Jeux, bien que le charme appartienne plutôt à la bonne intention lointaine, puisque le respect Bst dû d'abord aux vieillards et surtout, étant ionné. que la victoire avec des armes rudimenlaires est plus glorieuse.

Si l'on copie un Claude Gelée, la « cuisine » du peintre stupéfie, et la vénération croît encore à ['égard de ce sublime essayeur dont les chefsl'œuvre, malgré certains progrès dans l'exactitude encouragée par des audaces de palette, peuvent regarder fièrement les nôtres.

Les moyens de Claude sont superbes, ils sont litYérents des nôtres parce qu'ils ne visent point iu même but, et il est bien évident que si ce peintre revenait sur terre, il considérerait notre progrès comme un blasphème.

La mode au temps passé était de caresser la Qature, la nôtre est de la violenter. Les paysages le Claude dorment, les nôtres vibrent ; au résumé, les deux visions, différant d'idéal, ne sauraient être comparées, et nous ne cesserons de le répéter, voilà le mérite essentiel des chefsd'œuvre.

Claude Gelée dit le Lorrain, peintre et graveur

'A'M) LEA GnANDM MAtTRIf DE L*Airr

fraiiçiii», Dnqiiit au cliûl(*au de Chamagne prêt de MinTOiirl, cii [iUJO.

l/liistoirr iioiih iiidiitre lejcunrf lioriim<f pannant lillrral(*rn(>nt pour idiot, h hos dobiits, dans une r.iiiiillc pauvre où l'on comptait cinq onfants. <i pticliii h V'à^v de '1mii/,«» ans, le voici ensuite r> ciK'illi par son frcre aine qui est établi graveur SU'- bois à Fri bourg et cbr/ b-cjncl il dessine des oriH'int'iits.

Mais le métier de graveur ne dut guère frapp rintcllt'ct endormi de Claude, puisque nous ne lardons pas h le voir partir à Home où un de ses parents, marcband de dentelles, l'emmène, sans doute pour tî\ter de ses a|)tiludes au commen puis(|uc l'art, même sous Ja forme réduite de l'interprétation, ne le séduisait pas.

Home devait être le coup de foudre de la révélation pour ce génie dans les limbes. Aussi bien la ville que tant de chefs-d'œuvre ensoleillent. Ml éclairant soudain ce cerveau obtus joua le rôle «le la fée que nos jeunes imaginations attendaient toujours naguère, au coin du passage aftîigeant de (juebjue conte.

Michel-Ange, Raphaël produisirent doncle choc merveilleux d'où jaillit l'étincelle divine de l'inspiration, et dès lors Claude Gelée voulut être un peintre. Pour cela, il convertit ses conceptions bornées d'autrefois en une volonté de fer. qu'il

CLAUDE GELÉE (dIT LE LORRAIN) 391

employa durant quatre années, à copier de son mieux les œuvres magnifiques des maîtres.

.Malheureusement le marchand de dentelles ne lut guère convaincu de la flamme de son parent, et sans doute lui conseilla-t-il d'aller à Naples consulter Geoffroy Wals sur la qualité de ses dons.

Geoffroy Wals n'a guère laissé de traces dans le livre de l'Art ; il compta peut-être parmi les meilleurs professeurs de Naples ; cela est la manière du génie de ceux qui n'en possèdent pas, puisque les génies sont réputés pour être de détestables éducateurs.

Bref, notre artiste demeura chez Wals pendant deux ans, abandonné par son parent à son art et h sa détresse, l'un faisant supporter l'autre, jusqu'à ce qu'enfin, terrassé par l'infortune persistante, il se voit contraint de se réfugier à Rome dans la domesticité !

Voici donc Claude Gelée revêtu du tablier et maniant le balai en guise de pinceau; il est vrai que son maître est le vieux peintre Agostino Tassi, qui le traite comme son élève aussitôt qu'il a riconnu chez lui les marques indubitables du don.

11 faut croire d'ailleurs que l'artiste a fait ses preuves dès qu'il retourne à Rome en 1625. Ce contemplatif, cet observateur, pouvait bien se passer de maîtres, puisqu'il ne semble jamais en

30Î I.ER GHAND» MAÎniEA DK I.'aUT

avoir «mi, ♦•l fmhjh HuppoHon» dps progrts rapide chez cel IhoIc; traqui'* par la fairn et éperonn^* par

8011 i(l«'.-ll.

Nous lo voyons à Venise et en Allemagne; le» voyaj^i'H, alors, sont tr^s coûteux et cette fois dland»; (iel('»c« s'aflirine riche au moins en talent par deux iidrnirahlcs éludes à Munich.

Notons enliii !•• j)assage de l'artiste au lieu «lsa naissance, à ce dérisoire chAteau de Chamagri'où il r«'vit son enfance misérable, ce chât»'au qui seulement maintenant inéril»* son appellation pompeuse, j^ràce au laste du j^énie qui l'auréol»*.

Mais, après ce pèlerinage, la vogue du jeun»maîtrerappelleàNancy, où il travaille sans relàchune couple d'années avant de retourner à Home on 1627.

A Home, rencontre du Poussin. Une amitié fervente unit aussitôt les deux hommes à la façon de deux rêves qui se fondent. Claude voit son inspiration colorée par celle du Poussin dont la culture littéraire lui est si favorable, et Poussin fortifie son amour de l'idéal auprès des coniidfuces du grand paysagiste.

De longues causeries s'établissent entre eux devant la nature, qui ne cessent que lorsque les ténèbres les ont enveloppés. Et il naît de ces entretiens les meilleures pages à la fois du Poussin et de Claude Gelée.

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C'est à cette époque que le roi d'Espagne commande au Lorrain les huit paysages et marines qui sont l'un des plus beaux atours du Musée de Madrid. Chefs-d'œuvre dont leur auteur sent tellement le prix qu'il veut en garder le souvenir, en les croquant dans son précieux Livre d'invention ou Livre de vérité^ où déjà figuraient ses principales toiles.

Gageons qu'en guise de signet, le maître dut placer à l'endroit où ces dernières œuvres se rangeaient, une fleur cueillie par le Poussin, car voici que la gloire de Claude Gelée ne fait que s'accroître à l'ombre de son illustre confrère, au point de l'égaler I

Le voici riche, chargé d'honneurs ; désormais rénumération des œuvres de notre héros suftit à défaut de renseignements sur sa marche triomphale dans la vie. C'est, au Louvre : la Vue du Campo Vaccino^ la Vue d'un port^ la Fête villageoise ^ un Port de mer au soleil couchant^ l'admirable Débarquement de Cléopdtre à Tarse, le Guê, David sacré roi par Samuel, etc., etc. sans compter^ parmi tant d'autres toiles figurant à Rome, un Moulin qui est l'un des plus purs joyaux du Palais Borghèse.

Comme graveur, Gelée a laissé un très grand nombre d'eaux-fortes où dominent toujours se.^ excellentes qualités de précision et de sentiment.

394 LES GRANDS MaItHEA DE L*AHT

Dan» c<^ ^onr»*, l'artÏMlp signa une vue du Forum fort int<'*n'Hsanto, ot !♦• pins »'lonnantde sen desKJnH, qui (latr (]♦• 1()H2, représente une sc^'ne de V Enéide.

Si Claude n'eut pas dV'lèves, ses irnilateurs sont \{'^\o\\. Tous les maîtres franrais du xviii* siècle et les plus notables illustrations de l'r^cole anglaise, oin[)riint('r»Mit à la suavité, à la jeunesse et à la candeur de cet art, qui se défendit avec une rare orij^inalit(^, ('ontre le naturalisme propre à l'école hollandaise.

En dernier lieu, non sans avoir au préalable enregistré la mort du célèbre paysagiste à Home en lt)82, nous avouons ne pas insister sur la légende contestée d'ailleurs, de Claude Celée « pauvre garçon dépourvu de toute intelligence '•, à ses débuts.

Nous nous abstînmes, au reste, de montrer l'enfant génial en apprentissage chez un pâtissier, sous prétexte qu'il ne pouvait rien apprendre à l'école...

S'il ne nous apparaît point vraisemblable davantage que la vocation d'un tel peintre se fût révélée tout à coup et « qu'il ait ainsi réuni à un admirable talent une incapacité notoire ». il ne nous déplaît point cependant d'évoquer le génie déjouant les présages; il y a tant de précocités qui échouèrent au port !

A ce propos, il nous souvient qu'un sculpteur

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moderne chargé d'exécuter la statue de Claude Gelée : le Raphaël du paysage, pria un jour A. Falguière de venir voir sa maquette.

Le célèbre statuaire se rendit à l'invitation de son confrère, et il s'étonna tout d'abord de la dimension exagérée des pieds du personnage représenté. A cette observation, l'auteur de la maquette répondit qu'il avait voulu exprimer ainsi l'intelligence fruste du grand paysagiste. « Claude Gelée était un ignorant... » Et Falguière de répliquer finement : « Claude Gelée, un ignorant? Ah ! je ne l'aurais jamais cru, on ne le dirait pas. »

WATTFIAU

Avec Watloaii, nous quittons l'aiistère rf»pr/*sentation qui sied conventionn<»ll«*rnenl aux inaUres.

Car, si l'Art ne vit que de grandeur, nous savons qu'il ne faut point confondre la grandeur aver l'ennui et l'ennui avec le beau. Or notre snobisme déteste la peinture de genre parce qu il ne la comprend pas eu dehors de la mode actuellement : «« au XVI II' siècle » î

Watteau est à la mode, vive Watteau ! On se décide alors à apprécier un génie dont la grandeur est seulement moins prétentieuse que celles de l'histoire et de la mythologie entre les mains de pontifes sans esprit au bon sens du mot, sans originalité autre que de démarquer habilement les classiques.

A-t-on assez clamé contre ces petits maîtres merveilleux nés sur les cendres de la routine <,*t du ressassement ! Et avec quel soupir de satisfaction accueillit-on David qui les écrasa î

Incroyable injustice des écoles opposées entre elles par plaisir de haine, par orgueil et jalousie,

par manie des comparaisons, au profit des mornes continuateurs suivant l'ornière, à la remorque du vrai génie !

Ah l les classiques traditionnels ! Ceux-là même qui, sans avoir l'excuse de Ingres que E. Delacroix vénérait, conspuèrent Delacroix !

Ah! cette queue de disciples se déroulant dans Tombre d'une gloire et n'en admettant point de nouvelle, à la façon des vieux grognards de Napoléon qui croyaient que le génie militaire était mort en la personne du « Petit tondu »! '

Que penser de tous ces «retardeurs » de gloire, de tous ces vieillards qui nient la jeunesse des autres quand ils ont oublié la leur ! de tous ces vieillards qui s'iniaginent que le monde finira avec eux et leur opinion, alors que la roue tourne des aspirations et des goûts, condamnant demain ce qu'elle admirait hier et réciproquement!

Et ne voyez-vous pas éclore sur des détritus une jolie fleur ? Et puis une autre ? Et puis une autre encore ? C'est Watteau, c'est Greuze, c'est Boucher, c'est Pater, c'est Lancret qu'elles se nomment ces fleurs, dont la vogue aujourd'hui se pare parce que l'on « est au xvni" siècle » !

Quelques minutes d'entr'acte après la pièce sévère ne sont point faites pour nous déplaire, et il faut savoir gré de nous distraire aussi merveilleusement, à ces petits maîtres qui vont nous

:t!)fl t.Kfl cnAND^l MaItIiP.M DE l'aRT

ainiiHer nu pnmt (pn* noiiK rcrncltronK k une antre Ihiut, l'ainlilioii «1«* I/i «' pi^ce hévèn» »» qu'iln nous foront oulilifr «l'alliT voir

Mais pardon! Wattcaii fut iii«iiihre dn I'Iiih tihil et il coinplc parmi l«'s phi^ {.'rands pi*iritr<'s lran(;ais ; co p'Iil iiMilu- l'-t un ;.'rand fiiaitn* .. sa jx'iiiliir»' d«" !<rnn*est delà « gramJr peinture ". Commet on sv. t rompt' !

Aussi bien nous cél(^l)rprons notre héros sans j>liis l.iFtlrr. .I«'.in-Antoin<* Watteau narjuit k Valenciennes (Nord;, en 1()84.

I.c traduct<'ur de la joie, de iyd«*j;^anre et du luxe, (''tait le fils d'un maître couvreur attaché au service de cette villr, et l'Histoire nous le montre dans un logis triste et plutùt misérable, t'U train de dessiner précocement, des «« bonshommes ».

On imagine l'étonnement de ce brave homme de père à la vue de cette singulière manie du dessin à laquelle il ne comprend qu'une seulo chose, c'est que son fils ne se prépare guère ainsi à le suivre sur les toits.

Et défait l'idéal de l'enfant ce se boinait point k la hauteur d'un toit !

Où eut-il la vision de ces sourires et de ces satins qu'il illustra? Ce n'est point dans l'atelii-r du V'alenciennois Gérin, dont le nom ne nous dit rien, c'est encore moins dans l'existence misérable où son génie naissant va ensuite se traîner à Paris.

Et pourtant la tentation de la Capitale oij la vie s'anime, en comparaison avec la morne province, est déjà un pas vers l'excitation cérébrale que cet esprit éveillé recherchait comme plus propice à l'essor de son génie.

Donc, lorsque le jeune Jean-Antoine voulut quitter Valenciennes pour la Ville-Lumière, son père ne dut guère s'y opposer; il avait pris son parti de l'entêtement filial à lui désobéir. Et il alla sans doute « au diable », suivant le juron paternel.

Car c'est bien au diable qu'il a affaire en arrivant à Paris, avant d'atterrir à la gloire sur ses ailes dorées !

Gérin, le premier maître de Watteau, l'avait initié peut-être aux principes du dessin et de la peinture, juste assez pour s'employer aux copies vulgaires, aux enseignes et autres infimes besognes « artistiques » que les marchands du pont Notre-Dame lui demandèrent; mais on vivait mal d'un tel labeur, intellectuellement et physiquement.

Fort heureusement pour notre futur grand homme, Claude Gillot vint à son aide, le prenant d'abord comme élève, puis comme collaborateur.

Les estampes burlesques de Gillot, ses scènes de comique vrai, ses décorations pour l'Opéra, furent sans doute une révélation décisive pour

Wultraii. 11 uvuiL ciiiiii trou v<^ la direction Je ion esprit dans cj'h (-ostiiin<*h hrillunU aunnï, <)ijo d«'^ Hinuit ('<; iioiiviau iiiaitrt* niiitHiHist« et »i fraiM.ii de K^nt, dont los conversations (çalaut<*s p'^ 8<^dait'iit liiit' fruicht'iir et un atlrait si C4jrniiiu nicalifs.

Ail reste, ce» dernières «évocations ^racieuM;!», failil«'nient ext'cutées par Claude (jillot mais .si délicatement pensées, inspirèrent certainement a Watteau na spécialité somptueuse et, pour ne pas contredire à la coulum»', l'élève dépa-ï-a bientôt le maître dans ses expressions seulemenl indicatives.

Un hasard sinirulier conduit ensuite notre artiste chez un autre (Jaude, Claude (111) Audran, de l.i famille des Audran (\m ne comprenait pas moin: de quatorze membres, graveurs, peintres, sculpteurs ou tapissiers.

Chez ce peintre de grotesques et d'ornements, où précisément il pouvait poursuivre au moins ses études de décorateur, Watteau progresse encore, accordant davantage à la distinction que oe nouveau maître, prenant goût d'autant à la délicatesse que Audran s'en éloignait.

Et nous le voyons maintenant, prêtant la grâce de son coloris, le fin amusement de ses compositions élégamment dessinées, au décor des appartements, à Tornementation des panneaux.

C'est tout un .sourire inédit que ces débats présagent, bien qu'ils ne soient guère considérés encore ni même largement rétribués, si Ton en juge par le modeste emploi de concierge que notre artiste occupe par la suite, vers 1708.

11 est vrai que le concierge du palais du Luxembourg n'est autre que le conservateur, titre certainement d'une valeur moindre que celle que nous lui accordons de nos jours mais songez que ce conservateur-concierge n'a que vingt-quatre ans!

Bref, la quiétude de cet emploi permet à l'artiste de continuer l'exercice de sa verve qu'il aiguise, au surplus, à l'observation des groupes causeurs en promenade sur la terrasse du palais.

On se le représente humblement vêtu, frôlant les couples amoureux richement parés, pour surprendre l'éloquence de leurs attitudes- tendres. En même temps qu'il note le pli rieur d'une lèvre, il note un pli de satin, et sa vision s'enorgueillit d'un reflet saisi, de l'esquisse d'un geste.

De telle sorte que ce génie modestement introduit dans la princière résidence, en sera plus tard le plus noble souvenir. On le verra, après avoir croqué subrepticement des silhouettes hautaines, se dissimuler derrière un arbre pour achever le paysage majestueux de ces augustes promeneurs et, lui que la morgue et l'étiquette maintenaient

402 r.pft r;nANr>H maItiifii df i.'art

h <listanr«», nvra (Ji^'Horniai»» inHAparabl'* de cette

('*|)()(|iie |)oiji)r/*<! Hiir laqiiciU; il planera.

I*!n ITo'J, Watlraii qui, tout <*n gaf^nant sa vie à essayer son fç^'-ni»'. n'a point ahandonn^"; ses élmies rlassi(|nes, concourt pour le grarnl prix aca(h^rni(|uc. On n'^'st point «'tonné de ne lui voir (iécroclur (jiic h» second prix; en r^'-alil/* notre laur«Nit ne s'en prendra qu'à lui de n'être point traditionnel, les Grecsel les lioinains n'ayant guère d'attait pour sa fantaisie qu'il croit hon un instant — en docile élève et surtout parce que les portes de Home étaient dorées — de convertir à la grandeur académique.

L'instant ne fui donc pas favorable — heureusement pour son génie, et voilà pourquoi Watteau retourne à Valenciennes, renonçant «Jès lors à forcer sa nature.

D'ailleurs, durant le temps qu'il demeure en son pays natal, la fantaisie innée de notre peintre est singulièrement indécise, elle se manifeste par toutes sortes d'expressions où le sujet militaire domine 1

Quand on songe que c'est par un petit tableau militaire que l'auteur immortel de fEmôarquement pour Cythere connaît pour la première fois le succès, on demeure en effet, fort étonné !

Cette Marche de soldais marquait d'une manière bien imprévue l'aurore d'une gloire consacrée au

charme ; il est vrai que l'expression « guerrière » de Watteaii n'est point sanglante et que les gardes françaises qu'il nous montre sont plutôt équipés pour les victoires d'amour.

Cependant il faut comprendre qu'à l'époque où Watteau réintégra Valenciennes, il trouva cette ville toute encombrée de troupes par suite de la guerre flamande, et que l'occasion seule de recueillir de pittoresques scènes vécues tenta notre artiste dont, nous le répétons, la vision n'emprunta rien de terrible et ne fut que passagère.

Nous allons le retrouver maintenant à Paris, oîi l'Académie royale de peinture vient de l'admettre dans ses rangs en qualité d'agréé. Ainsi donc sa réputation s'est imposée à vingt-huit ans !

Il semble que si le génie de Watteau a brillé de bonne heure, c'est qu'il avait le pressentiment de sa courte durée !

En vérité, cette célébrité est prodigieusement rapide. A l'heure où le talent se décide à peine chez les autres, le talent du peintre des conversations galantes est à maturité.

Voyez les quatre panneaux intitulés les Saisons que ce maître exquis peignit avant sa réception définitive à l'Académie ! Ces chefs-d'œuvre que le financier Grozat avait commandés semblent sa récompense, il avait ouvert au peintre sa splendide collection de tableaux, et la fréquentation favo-

M)\ LES cnANDft maIthp^ de l'aht

liilili' «h* son Aanctuairf' fut raiifte de l'iacellciice d(' la ( oiniii.'irnic.

Kii fllrl. Walti'iiinloiil h'gi'iiie hrnlnil l«*s/*tap*îh, se» <i()cunn*i»lîiit et s'accroissait au fur et k me^un* (le la production.

SemMahIc à un oisctu ({iii n'aurait point le temps (le se poser, vulaul, volant sans ce»s4% le jeune maître avait juste le temps de vivre et sa tl.iinme divim- lui luti-rdisait les loisirs de Tinaclion.

Et, lor.s(|u'il succombera, dans la fleur d^* 1 'i^e presque, son o'uvre prodi^Mie sera bien l'imajje de cette facilité, de cette fragilité et de cette distin» tien ténues qui sont le fait de ceux que la vieillesse ni l'expérience des années ne guettent, parce qu'elles auraient trop peur de nuire à leurs suaves qualités.

iMais n'anticipons pas et, la salle à manger de Grozat valut au surplus, à celui qui les orna de si merveilleuse façon, un logement où notre peintre abrita quelque temps ses pensées les plus distinguées. C'est sous ce toit doré que \Vatteau dut é,\o(\\\QV r Embarquement pour CythèreyCe morceau admirable dont une simple esquisse devait lui ouvrir toutes grandes les portes de l'Institut !

Car Watteau, à trente-trois ans endosse l'habit vert! Et dans quelles pénibles circonstances l'immortalité des vivants lui fut-elle consentie I

u oi

Le voici miné parla phtisie, la fièvre le ronge — c'est là la monnaie de ses premières années de douloureux labeur et de privations.

Le corps est implacable à l'àme, et la gloire aime souvent à être payée cher.

Aussi bien notre liéros dut un jour quitter ses pinceaux pour soigner sa misérable enveloppe et, en 1719, il se rendit à Londres pour y consulter le D"" Richard Mead.

Hélas ! la science ne pouvait guérir l'art, et le climat brumeux de l'Angleterre ne fît qu'aggraver l'atrection funeste dont le grand peintre souHraitw

Revoir son ciel bleu fut dès lors son seul souci, ce ciel bleu où les harmonies chantaient si délicieusement à ses oreilles qu'elles semblaient une musique de couleurs ou bien l'envol des nuances de sa palette, comme autant de papillons !

Ah ! fuir cette nue maussade où les images de la vie se salissaient!*

Aussi, l'année suivante, en 1720, malgré que son état empirât, Watteau respira-t-il mieux en France où jamais sa puissance de production n'avait été aussi extraordinaire.

La fièvre qui brûle la vie, semblait chez lui Tabondance de combustible qui active le moteur intellectuel au profit d'une incroyable impulsion du génie. C'est dans cet état fébrile que le maître produisit, d'ailleurs, sa magnifique enseigne pour

M)C} i.EA r;nANDH maIthei de l'aut

le ina^aMii <1«- tiihlcaiix **.i de curionitéit de Kon ami (iersaiiil f< olIiMtijMi «!<• \'i'U\\u'n'ur d'All(*niagrM' .

Voyez, riiilolli^f'hc*' iiH{iii(''tai)t<* doH enfants pr(^. coces, c«'tt<» iiilrlli^ciicc (|iii lanlôl no prouva» ri<»n on rien (]•- tion, ii moins qu elle ne hoit la iuarqu«: d'iiii clat divin.

Kl, c'est la précooil<^ ji:('*niale qui emporte Watleau, (Il ITril, à No^ent-sur-Mani**, alor.^ qu'il s'est reliFé dans la maison de campagne de l'intendant des Menus, Lefebvre. La mort la surpridans la lièvre où il iipassait la caresse de son œuvre, sa IraîrlMiir calmait les brûlures de son front et, dans les ténèbres où il s'endormit, il dut entendre les baisers de ses personnages tendrement épris, dont les costumes chatoyants furent à ses yeux comme autant de clochettes lointaines.

Ainsi s'éteignit, à l'âge de trente-sept ans, le plu-délicat des décorateurs, dont les deux élèves : Lancret et Pater, ne furent qu'un écho savoureux et un écho souvent aussi brillant que le chant môme de leur maître, qu'ils voulaient fièrement rappeler.

La longue influence que Watteau exerça au surplus, autour de lui, montre toute l'ampleur et tout le parfum de cette persuasion, que son fils Louis et le petit-fils de son frère Noël : Louis-Joseph Watteau, dits les Watteau de Lille, s'époumonèrent à prolonger encore, sans dépasser toutefois, les

limites d'une représentation agréable de kermesses et d'anecdotes.

Au résumé, Jean- Antoine Watteau porte un nom considérable dans l'histoire de l'art français, au mépris du génie que les classiques intransigeants condamnent souvent sans l'avoir entendu.

Or, la science consommée de notre personnage sut éblouir en dehors et à côté des Grecs et des Romains; son merveilleux coloris émut au surplus le « vieux jus » des académistes, au point qu'ils durent s'incliner.

A propos de « vieux jus », écoutons le comte de Caylus, ami de Watteau, nous initier à certains côtés de « cuisine » du célèbre peintre. « Watteau, pour accélérer son effet et son exécution, aimait à peindre « à gras » à la façon de tant de maîtres.

« Malheureusement, il ne faisait jamais les grandes et heureuses préparations nécessaires. Pour y suppléer, il avait l'habitude quand il reprenait un tableau, de le frotter indifféremment d'huile grasse et de reprendre par-dessus, ce qui a certes beaucoup contribué à certaine malpropreté de pratique qui a dû faire tourner les couleurs. Il nettoyait rarement sa palette et restait souvent, au surplus, plusieurs jours sans la charger. Son pot d'huile grasse, dont il faisait si grand usage, était rempli d'ordures et de poussière et mêlé de toutes sortes de couleurs qui sortaient de ses pin-

4()H f.KA niiANDH MAtrnKf t>R i/aiit

ceuiix^ iiHHiir»' qu'il li'R y triMiipfiil. A rinvomcHc» soiiiK <>xini(>nliiiain*s ({iront prih cerliiiiiK pciiitr<'h hollandais, comnip G^^rar»! Dow iiolumment, <\ni broyait seH conleurH »ur iino gluce et Iom gardait bï Hoigneiisenniit d»* la ponR»ière. » En VJ'Tili^, on n(i se» d(;utc*rait jamais <|n«» Watli'au, p^intn- de la fraîclnMir et du j)iiijpant, «*ût proc<f»d<'f avec tant de désinvolture, et cette révélation ebt aussi conlradicloire que plaisanic.

Voici maintenant, jiour terminer cette notice, rénumération de l'œuvre du célèbre V^alrnciennois. Cet ouvre comporte des sujets militaires, des fôtes et des pastorales galantes, des panneaux décoratifs, des chinoiseries alt«*niant avec des évocations villageoises.

Les principales collections de l'iilurope possèdent de ses peintures, dont malheureusement un grand nombre a disparu et, sans compter celle du roi Frédéric de Prusse, amateur passionné de Watteau, les musées du Louvre, de Herlin, de Dresde, de Saint-Pétersbourg, de Madrid, etc., gardent comme de purs joyaux les chefs-d'œuvre du gracieux maître français.

Ajoutons entin que plus de deux cents morceaux de lui ont été gravés dès le xviii* siècle, popularisant sa manière inégalable.

L'éloge de Boucher après celui de Watteau est tout indiqué.

Aussi bien ces deux maîtres communient dans la grâce pour laquelle leur génie a été créé, défiant les comparaisons, au mépris encore de la manie des sélections, pure jalousie des professionnels entre eux, jalousie dont les non-techniciens n'ont

cure.

Acclamons donc la beauté où elle se trouve sans plus, et l'entr'acte des délicieuses légèretés se prolonge avec Boucher, tandis que les Grecs et les Romains, derrière la gaze transparente où se profile leur casque, s'impatientent.

En attendant le farouche David, le masque noble se détend et sourit.

Boucher accentua la grâce de Watteau, son style s'arrondit comme son geste, sa couleur s'attendrit jusqu'à la fraîcheur du pastel,- son art enfin a un goût de fleur prononcé.

Boucher est le peintre des amours que Watteau a seulement sous-entendu à Tentour de ses couples

410 LEM OriANDH MAtmRJt UK I.'aRT

enliicr^s; il a vu (liiphlon au point de le |>««rsonniri«*r d'iiiie maiii«>re frappante et, nous devon» le croir ainsi, capitonné de fossette» en sa cbairrose, hort«t de hahy ^ras, souriant et malin.

I/amour de Boucher semhlr un papillon voluptueux épris des ciels hitîus et des nuages blancs, un papillon chaud et douilhft fort indiscret de* formes de la Beauté, (hnit il soulève avec le zéphir né du battement de ses ailes, les voiles mystérieux, si peu !

Kt cet amour, avec ses frères pareillementdodus, dessine des guirland«'s où lanudité palpite, voléle. sillonnant la nue tloconneuse, ouatée, où Vénus reposera ses rêves plus moelleusement.

Qu'importe que Ton ait reproché à ce petit maître de boudoir ses ligures nourries de roses, leuralanguissement et l'abus de leurs complai^^nces à montrer leur peau laiteuse I

Est-ce que tous les genres ne portent point, en leur excès môme, le charme de leur originalité '

Toujours reparait dans la critique le reprocha' obsédant de la non-gravité, et Boucher se rit avec tous ses « culs-nus » d'amours émeriilonnés, de l'austérité ennuyeuse qui prétend seule au grand art, sans que cela ait jamais été prouvé.

La facture môme du peintre a trouvé des détracteurs, cette facture aisée, abondante, qui semble des pétales de Heurs assemblés.

LE NID, par F. Boucher.

[Musée du Louvre.^

Ah ! certes, il manqua à notre personnage la malesté et le sentiment du genre historique; mais, que voulez-vous, il était né pour faire sourire les trumeaux et les plafonds ; sa verve, au surplus, n'étant point méditative n'était que galante et il ne faut pas demander à Cupidon de jouer les héros de l'antique.

Cupidon dirige le monde, ses flèches sont irrésistibles et spontanées; le plus «malin » ne saurait résister à ses traits et le fort comme le faible sont susceptibles de sa séduction. Dès lors on ne saurait le prendre au sérieux, car il est aussi prompt que volage, et cela n'est point de sa faute si son front auréolé de mèches blondes déteste le casque de Minerve autant que celui d'Achille.

D'ailleurs Boucher a voyagé en Italie, sans enthousiasme pour Haphaël ni pour Michel- Ange. u Raphaël, c'est une femme; Michel-Ange, c'est un monstre! » disait-il au jeune David.

((L'un est le paradis, l'autre est l'enfer ; ce sont des peintres d'un autre monde; c'est une langue morte qu'on ne parle plus aujourd'hui. Nous autres, nous sommes les peintres de notre siècle ; nous n'avons pas le sens commun, mais nous sommes charmants. »

En cette dernière phrase, le peintre de Cupidon avait autant raison que David, peintre de la génération suivante, soupirant, ému d'un grand

41 î 1.VH GRANDff maIthih DR i/art

«l«»iit«» npri'H leH parole» de «on vieux coiinio : « I pMii liant ! » ion(iiH que nés yeux parcouraient d< f;ravun«s d'âpre» l'aiilique et d'après la li<-iiai sauce.

Honcheroxrrllp «'vidrmmont dan» uner»xpreftsion rondainnal)!*' ; !•• chic, c'est-'i-dire le dessin «1 pratique ou sans module.

Mais n'est-ce point IVfTetdu g^'înie quedenqu' sontor avrc, autant de vrrit** dosAtres inexistant>

Kvidcnmirnt, après ce maître les amours < raj)[)roclirrent davantage de la nature, c'est-â-dii (|n ils ne furent bientôt plii'^ «|ue des petits enfants ailés. N'osant pas se mesur»'r avec le Cnpidon idéal de BoucIut, les peintres à la suite instaurèrent (les Cupidons terrestres, et l'on y perdit somme toute, une délicate imaj^e irréelle.

On critiqua également rinventionun peu monotone de ce maître, qui eut surtout, aux yeux de certains, le tort d'être toujours lui-même, c'est-àdire qu'il était reconnaissable de loin comme toutes artistes originaux. L'œillet ressemble-t-il à la rose? Et faut-il en vouloir aux fleurs d'embaumer différemment?

(Jue non pas, et le mérite de Boucher, précisément, réside en les défauts qu'on lui reproche. 11 est Boucher, sans plus.

D'ailleurs le dessin du peintre du délicieux, s'il est « ronflant », n'en demeure pas moius très sûr.

l^OUCHER 413

Voyez ses sanguines, elles vous ont une tournure superbe qui sait seulement se plier à la grâce, à la volonté du trait câlin de leur auteur, à son penchant, à son inspiration aimable.

Au reste, Boucher est de son temps, en lui revit Tesprit de la Régence et le goût des salons de l'époque. On était « à la manière », tout à la préciosité des sentiments, et le plaisir de voir comme celui d'écouter et d'éprouver ne s'attardait qu'aux mièvreries.

Paysanneries languides, bergeries et pastourelles, allégories naïves, berçaient tour à tour cette génération que la littérature, d'autre part, entraînait dans cette voie sucrée. Point de héros, mais des amoureux, voilà le mot de passe, et les soldats partent en guerre avec une houlette enrubannée...

Pourquoi, dès lors, Boucher aurait-il réagi contre ses propres penchants? En lin de compte il eût eu parfaitement tort, puisque son génie dure encore aujourd'hui, excellemment, à notre heure sans poésie et que notre éclectisme l'a plaeé décidément parmi les plus grands maîtres du genre.

Nous en arrivons à la biographie de notre héros.

François Boucher, peintre et graveur, naquit à Paris en 1703. On adit plaisamment de M. Ingres qu'il était un « Chinois égaré dans Athènes », et de môme voyons-nous en Boucher « un poète de la nue » égaré dans la Capitale I

il \ I.V.n CnAMDK MaItRIM DR l'aRT

On riotrf arlist*^ va-t-ii ciiercher ne% rïioj|elo«i '

MhI ( (• «laiiH nofrft rici ^riHc^uc m vision «haud. p| pii<î IrtMivcni l«* uiotif do hcs paysages?

Mais iKtii, il <*st m- avrc imo imaf^inatiori fertile, il ne lui nMnqiin (>Iiik (|uc d appnuidrrt ,. I r\|.riiiifir, c»t c'est chez Le Moine (\uc les preinitT^ pr(^ceptes de son nnUier lui seront donn/;», car d« son art il s'en charf4«'!

lionclier n'a pas de pn''dé('eBs»»iir, il n'aura pr.jnt (le rival, il iiiarclic tout seul dans le 2»illon quil va creuser.

SoiivtMit U^ j«'imo Jean sut é«:arer sa pcru^fij' dans les compositions délicat«*s, aux réseaux lin^ et compliiiués, percés d'5-jours, que son p^re, habile dessinattiur en broderies, créait ii ses côtés, ei ne sera-l-il point lui-même un « brodeur » magnignirKjue, cet évocateur du ni«*n8onjre idéal?

Aussi bien si, chez le père de Cars, où nous trouvons ensuite notre personnatre, il fit un vague apprentissage do la gravure, entre deux ihéses ven- J dues par son nouveau maître qui en faisait !•• commerce, on peut supposer que l'élève conçut alors ridée de « broder )> sur le texte, puisqu'il illustra à ce moment VHhloire de France de J Daniel. I

Tout s'enchaîne, même laséduction que Wattean, peintre des Fêtes galantes, devait exercer aussitôt sur le futur peintre des Pastorales.

« Kl

feOUGHER 415

Séduction dont la preuve est faite excellemment par de nombreuses gravures d'après les tableaux de ï Embarquement povr Cythère par le prochain peintre de Gupidon.

Nous en arrivons à Boucher prix de Rome. 11 n'a que vingt ans, et cette distinction nous révèle déjà la possession d'un métier sûr dont il ne lui reste plus qu'à chercher l'au-delà. Mais nous répéterons que de cet au-delà notre artiste ne doutait guère, et puisque l'Histoire nous le montre peu pressé d'aller à Rome oii il ne se rend que deux ans après sa récompense, nous supposons que le futur pensionnaire fait l'école buissonnière dans l'irréalité.

A son retour d'Italie, d'ailleurs, le pacte avec la discipline classique est rompu. La cage est ouverte et l'oiseau s'envole sous forme d'une colombe roucoulante dont le cou est noué d'une faveur.

Voici la colombe aux pieds des grandes dames, des femmes à la mode, des reines du demimonde....

Le génie de Boucher est aussitôt acclamé ; il sait prendre la beauté par la grâce, la laideur par le charme ; tous les boudoirs réclament son embellissement.

« N'est pas Boucher qui veut )),dira plus tard le réacteur David, dont l'opinion personnelle fut d'ailleurs moins influente que sa doctrine et, en

416 i.Kn r.nANDft MAtTriRH DR i/art

att(>nilant la fiiitr ('(xTdue do lacolunibo devant In glaive iiH'iiaranl d<' Vien et de l'auteur du Sacrr^ Boucher in* ittiit itj»«»ii(lre à tous les sourire».

Son style doniini* liientôt dans TÉcole française, et le résultat de lu lorlune acconipagne celui de lu célébritë.

Malgré qu'un C(Mirant nouveau, personnifié par Tart des Churdiii «t «les Greuzo, tente de revenir à la vérité de la nature en conspuant le peintre (les amours, nial^n»'* la plume ardente de Diderot, Boucher tient bon. Il est soutenu par les belh*s ; que voulez- vous, il jdait !

Et il faut croire mAme (jue ce goût fut partagé par la majorité des membres de l'Académie ; puisqu'il vint s'installer parmi eux, dès 173*.

Ensuite, patronné parla cour et parla marquise de Pompadour à laquelle il enseigne la peinture — on est tenté d'écrire : naturellement, — le titre de peintre du roi consacre Boucher dans l'opinion d'Etat. Pourtant cette dernière distinction n'est accordée à son bénéficiaire que trente années après ses premières faveurs à la cour. Il est vrai que Boucher était le peintre du roi depuis si longtemps !

Voyez-le maintenant auprès de son élève M M"'^ de Pompadour, il donne le ton à l'art; sal facilité extraordinaire multiplie le genre qu'il régit sous les plus hauts auspices : toiles, gri-

sailles, décorations, tapisseries, courent le long des murs en une inépuisable caresse dont personne ne peut se passer.

La courtisanerie s'en mêle, et l'engouement flatte un art « officiel » peut-être excessivement, mais non sans raison certainement, car au-dessus du roi, il y a l'art immortel que notre République a aussi applaudi, sans réserve.

Ne parlons pas de la peinture religieuse de Boucher, son Sommeil de la Vierge^ notamment, manque de la foi et de la pureté nécessaires.

Il ne faut pas demander des pommes à un poirier; aussi bien la neige des pommiers suffît à caractériser l'œuvre du maître qui nous occupe, et nous aurions mauvais goût de chercher chicane à notre plaisir.

Lors de Favènement de Vien et de David, il est vrai, et nous avons prévenu sur ce point le lecteur, le nom de Boucher devint synonyme de laideur et de décadence. Ainsi le veulent les réactions dont l'opinion est extrême et injuste. L'œuvre tant chérie de notre peintre des Pastorales connut donc les déboires les plus palpables.

Ses tableaux les plus vantés et les mieux payés furent adjugés à des prix dérisoires. Des cinq, des dix, des vingt-deux francs soixante-quinze saluèrent de leur ironie des chefs-d'œuvre vaincus par la mode et les caprices de l'esprit; ces mêmes

41^ I P.ft riHANf»*» M\rrMi> in I. AhT

clH'Is-d'HMivrp pour Ifs^jiii'U non» dôhourHonfi acliii'lifdiriit (i<*K ('('lit iiiillf, i\on cinq cent niilln Irancs, prr^fpn' <h*s million» I

Il nous rest(î fiilin h noler le parfait talent de Ilourhor pravoiir, ot h pailrrde ses «•lèvps.

Kii (l(>lir»rH de son iils dont la valeur d urhstc nous écliJipjw, voici Irn diMix (fondres du maitnt. I)«'sliays et iLnidoin, p<»inlres.l'alloLs, (|iii no firent qn'nccnscr la licence délicate de leur maître ; mais voici Fraponard, un mîiitrc h son t^.ur.

Lorsqu il partit pour l'Italio, lioucher conseilla à Fragonard « de nf jkis, prendre au sérieux ces qens'ln (les maîtres italiens) sans quoi il serait perdu », et somme tout»', en demeurant lidèle à l'ensei^^nement de son professeur, l'élrve assurait son triomphe.

IJref, le délicieux peintre des Pastora/t^, François Boucher, mourut à Paris en 1770.

Le Musée du Louvre possède de lui de nombreuses scènes champêtres, indépendamment des sujets mythologiques comme Vénus et Vvicain, Diane au hain\ les galeries les plus célèbres du monde entier d'autre part, gardent jalousement les pages duos à ce frais génie français, qui sut si bien parler à la tendresse du cœur.

Pierre Puget a été surnommé le Michel-Ange français, et nul hommage ne s'adapte plus excellemment à la force et à l'originalité de l'auteur du Milon de Crotone,

Puget chanta cette même forme grandiloquente oii Buonarroti se complut, avec un pareil dédain du convenu, avec une vision intense du mouvement à laquelle eûtapplaudi lecréateur àw Moïse.

Sous l'empire de ce génie, la nature tressaille dans son geste amplifié, ses muscles se gontlent, son cœur bat plus vite sous l'impulsion d'un sang généreux, tandis qu'une majesté calme, recueillie, plane.

Puget emprunte encore à Michel-Ange l'envergure de ses ailes faites pour décapiter les chênes et non pour caresser la fragilité des roseaux.

En un mot, Puget fut un sculpteur par excellence; tout comme son illustre devancier il voulut ignorer les faiblesses du marbre pour ne flatter que sa dignité, et il érigea fièrement ses créatures en face de celles de la nature sans sacrifier à la grâce.

4Î0 f.K« r.nANDn MAlrnui de i/aht

f)'anlrft part, Pii^ct fut, dan» fia HUtiiair*». à li fois un arcliilccte <*t un peintre rernarqnalilen, i«ii <l(>hor8 inrmf* des toilt*s et des maisoiiH r<^fpiitée» qu'on tiii «loit, parci* <|irtl sut donner à ce petit niouuniriit (farchitecturi; qu'est la ligure huriiaiiM taillrc dans le marhre, une couleur que Delacroix n'eût pas servie plus rutilante.

Aussi bien, ^i h* x iilptfiir Pupet nous a lais-.' des œuvres plus probantes, c'est qu'elles participent de cette souplesse extraordinair** où communient tous les arts.

Dans cette communion, d'ailleurs, il y a comm^ un rellet de la hautaine désinvolture <{ui marquele caractère capricieux de notre héros; ingéni»*ur aussi aisément que Léonard de Vinci pour le [»laisird'utiliser Tessorde son §rénie suivant le hasard de son humeur, selon les dispositions de son idéal.

Et, à chaque nouveau caprice naît un don nouveau ; il suffit au génie de vouloir pour pouvoir, et la facilité de créer répond, chez ces artistes divins, à l'abondance de leur ima^rination.

Pierre Puget naquit à Marseille en 1622, lieu propice à l'exubérance de son génie. Son père, Simon Puget était sculpteur sur bois et architecte; à ses débuts, nous voyons lejeune homme tailler en plein bois des ornements pour les galères dans le port de sa ville natale, sous la direction d'un constructeur de navire nommé Roman.

MILON DE CROTONE, par P. Puget.

(Musée du "Louvre.)

Il est très pauvre et, tandis qu'il gagne son pain en sculptant des poupes et des proues, où léjà sa nature originale se dessine, il songe que >ous le ciel bleu et sous Fardent soleil, il est un déal plus propre à ses aspirations. *

Le bois est dur à sa main tendre, et soudain la gouge tombe dans les copeaux, et celui qui la naniait avec tant de dextérité, part à pied pour .'Italie.

Pierre a seize ans; ses biographes, avec sans ioute l'exagération de leur admiration, le sacrent iéj à grand artiste; mais certainement l'impulsion le ce génie prématuré a pu si tôt, donner le îhange, et nous le voyons arriver à Florence, puis i Rome à travers des péripéties douloureuses qui ;ont encore à l'avantage dé notre imagination.

On aime à supposer d'abord les malédictions d'un 3ère à l'égard d'un fils rebelle, lâchant le « certain 30ur l'incertain o, et à ces imprécations viennent ^'ajouter aussi en pensées, celles de Roman, le constructeur de navires, abandonné par son meilleur ouvrier.

Tandis que Pierre chemine, le ventre creux, son ^6ve au front, nous lui prédisons d'autant, en retranche de la présente amertume, la douceur de sa ^loire future.

Et l'initiateur de cette gloire sera Piètre de Cortone, artiste au talent des plus composites, des

422 I r.H Gn\M)«* waItiihh de i. aiit

iiiniiis ^Aiiiaiix, mais, en retour, deH nii<*iix expériiiHiilr^s.

Lti jcnine voyngoiir reçu par !*• ppinlro-an liiterte avoc un vif •'rnprpSHcrn<*nt, <»sl aussit^it convié à raitlfT <n srs Iravaiix. AusHÎ bien la tradilidi» lit' Luit pas d'éloges sur deux fi^'iirr*s de Tritons durs an • j)inreati ma^'ir|ue » de f*ug<»t pour un plafond du j>.tlais Harherini, et notre artiste n'a point oncore dix-huit ans!

MtMncs louantes à [)n)pos de certaines décorations «In palais Pitti qu«' Pnget exécuta en collaboration toujours avec le Cortone, et nous nous inclinons de contiance devant une précocité dont nous ne pouvons être juges.

« Puget, écrit l'autour de PÈlorjp, a travaillé dans legoùtduCortone, mais sans l'imiter en tout; ses compositions sont plus sages, son dessin meilleur; il est môme à remarquer que ses peintures sont plus correctes que ses sculptures; sa couleur enfin, est brillante et vigoureuse; quelquefois il s'est montré le rival des meilleurs coloristes. »

D'autre part, Pierre Julien, un peintre du xix^ siècle, a dit : « Puget est aussi grand peintre que grand sculpteur », et nous voulons le croire, bien que le génie du célèbre maître ait certainement brillé davantage dans la statuaire.

C'est en fait le premier art qu'il exerça dans son enfance, celui de sculpteur d'ornements pour

PIERRE t>ÛGEt 4âîJ

les galères du port de Marseille, qui le préoccupe instinctivement toute sa vie.

Et d'une manière générale, Puget demeure un décorateur et un constructeur, qualités qu'il apporte dans sa sculpture et met aussi au service de ses goûts d'architecte, comme le prouvent par exemple les dessins conservés à l'arsenal de Toulon, presque exclusivement des portraits ou des modèles de grands navires ornés de ces majestueuses galeries qu'ils avait imaginées et qui, adoptées dans nos vaisseaux à l'époque, furent imitées par les étrangers.

« On est étonné, écrit un contemporain, de voir que cet homme, à peine maître de l'ardeur dont il était animé lorsqu'il travaillait le marbre, ait su s'astreindre à dessiner des navires avec le plus grand soin.

« Toutes ses études sont enrichies d'ornements variés à l'infini et rendues avec une exactitude scrupuleuse sans nuire à l'effet de l'ensemble. »

Simple contraste d'un sculpteur fougueux, assagi devant un plan méticuleux d'architecte, suivant le caprice de l'expression.

Et l'on verra, dans l'opinion suivante, se fortifier notre conviction d'un Puget prenant aussi son essor de peintre après une conception d'architecture initiale.

«... Le soin minutieux avec lequel il dessinait

424 i.KH r;itANi)B maItmiu» dk i.'aht

li^H (it'luilK el 1(!H oriKMncnU nouH doiincraii à penser (lu'il inventait bur le papier des projeth d*navires «Jont Texécntion était confiée aux con»lru<:tenrs innnouvriers de Marseille ou de Toulon.

« Lors(ju'en 10*0 la reine r«»^enle se fit expédier le iirevct de surintendante de lu marine, le vaisseau ijiii était sur le ciiaiilier fut appelé la Ufine. Pu^eL exécuta pour cette princesse un Uibleau de quatre niètriîs, (jui représentait le vaisseau fjuiJ veiuiil de terminer... »

Toujours est-il (|ue Puget abaudorma la peinture à laijuclle il avait consacré les plus belleannées de sa vie, pour la sculpture, à l'àj^e de trente-quatre ans, et certainement ce même goût pour rarcliitecture navale qui l'avait passionnément attaché à la sculpture sur bois, décida-t-il de ses a[)tiludes d'ingénieur, puisque comme tel il construisit les plus splendides navires qui sillonnèrent la Méditerranée et qu'il inventa même dit-on, des machines pour niàler et démâter ces navires.

Nous verrons au surplus, Colhert nommer plus tard Puget, directeur des constructions navales au port de Toulon, fonction que son titulaire, arraché qu'il fut à son rêve d'artiste par de dépoétisantes réalités, désertera.

Bref, à défaut d'un ensemble d'œuvres peintes très édifiantes, qui nous soient restées eu lémoi-

gnage, nous dirons que, selon Topinion de la critique de son temps, Puget est déclaré peintre de l'école de Gênes. La manière et la couleur génoises auraient eu pour le fougueux sculpteur un attrait particulier dont de vigoureuses estampes semblent en effet conserver le souvenir.

Aussi bien, Puget abandonnera la palette à la suite d'une maladie grave, et, nous ne sommes point éloigné de supposer d'autre part, que le maître dut se rallier aussi au mépris de Michel- Ange à l'égard de la peinture : « cet art de femme ».

Si l'on ajoute enfin qu'au dire de quelques écrivains de l'époque, « les chairs et les draperies du peintre Puget sont le plus souvent taillées avec le pinceau comme il eût fait avec le ciseau », c'est que l'auteur du Milon inclinait décidément plus volontiers vers la sculpture que vers la peinture.

Mais revenons à notre biographie : nous retrouverons notre héros au moment où, âgé de vingt ans à peine, il va quitter son maître et ami Piètre de Cortone, pour retourner à Marseille.

C'est l'heure du tâtonnement que d'aucuns célèbrent avec enthousiasme; la peinture de Puget émerveille la Provence. Après sa ville natale, Aix, Toulon, la Giotat chantent sa gloire, vantent son dessin noble et sa couleur rutilante.

426 tRs GRANbK MKHuy.n DR i/aut

Lr ji'iiiH' pniilnî emlM'Ilit <l«».s «^glir^'H et «Je coiivi'uls, la \)ïr[v (II» Hon art fait merveille et e« réalilô, si, selon des ti*inoi^nages aiitorisi'îs, la plus hellr |)«'inhirr (jiii soit jamais sortie du pinceau de Pu^etesl \i* {iih\("ii{n\\\ Sauveur f/u f/ionde, conserv^'e nii riiusf'îe de Marseille et exécutée pour IV'glisecallirdrahî (l«; Marsi'illi', on se demande û la gloire (le l*u;:«'t scnlptciir n'.i |)oint flatté exagéréiinnt 1rs pioinesses de Puget peintre.

D'ailleurs, Pierre ne larda pas à reprendre son premier métier de sculjdeur sur bois, en rAvant d'autre c-liose tant et si bien, fjii'il ne résista point aux sollicitations il Un moine chargé par Anne d'Autriche de faire dessiner les plus beaux spécimens de rarchiteclure antique.

Et voici Puget parti de nouveau pour Home et entraîné vers sa nouvelle vocation, qu'il devait servir avec une maîtrise accomplie dès son retour à Marseille.

De cette époque date le fameux portique de l'hôtel de ville de Toulon (1656-1657).

Cependantle célèbreartiste revient promptement à la statuaire qui réunit à souhait tous les arts dont son génie est embrasé I En sa sculpture, Puget se montre peintre et architecte. Il ne faut pas oublier cette caractéristique de la gloire la plus complète qui s'affirme dès lors, avec un Hercule pour le marquis de Girardin et un groupe de

Janu$ et la 7^ rr^ destiné au château de Vaudreuil, en Normandie.

Paris maintenant va-t-il consacrer notre artiste? Présenté à Fouquet par l'architecte Lepautre, certes si la disgrâce du surintendant ne fût pas survenue, l'immense fortune de Puget n'eût point été retardée (car il s'agissait ni plus ni moins que de décorer le château de Vaux, décoration à propos de laquelle le sculpteur avait été envoyé à Carrare pour y choisir lui-même ses marbres), mais la chute de Fouquet hélas ! entraîne celle du rêve de notre artiste.

Alors Puget se contentera de parfumer de sa gloire, à distance, profitant de son séjour en Italie pour y demeurer et, de l'adversité naîtront des cheFs-d'œuvre singulièrement compensateurs (1661-1669).

Après avoir enrichi les églises et les palais de Gênes de statues admirables, parmi lesquelles nous citerons r Enlèvement d'Hélène, le grand artiste envoie en France au surintendant Su blet des Noyers un Hercule (connu longtemps sous le nom d'Hercule gaulois. Musée du Louvre).

Cette œuvre, où la puissance réaliste de son

auteur éclate, attire à la façon d'un coup de foudre

l'attention officielle de la France, en même temps

qu'elle annonce le désir de Puget de rentrer dans

sa patrie,

42H I KH fiRA?iD§ maItbwi f)f. t\nr

Hi-ntr/io rn.piptt*», iniii^ sinjçiill^rfmftnl ^tluiip, on l'avouera, par iiihî Mliialioii «le liiructnur (Ji*h ()(<rorationn TîJivnlc»! nu port ri** Toulon.

L'id^'p esl (In (:f)ll)frl, ci unirft «italuaire mvpnu ^ son ancien m^tior, s'y fût élcrnisé au «i^^lrimenl d' sa gloricnsn carrière, s'il n'avait pu rocra^ion fort heureuse de ressaisir tonte sa dignitr^ arlisli(|ue. A la suite d'un condit avec la marine, Pugct reçoit deColbert rf)rdre de s'assujettir aux reconamandations dos officiers et des charpentiers dn port; il s'indigne et résille, le ministre lui retire

son emploi.

Rendu h la liberlA, le jrrand artiste reprit L chemin de Marseille où il devait se remettre brillamment à rarchitectnre en commen(.ant d'abord par se construire une maison digne de lui- La façade de celle-ci ornée de pilastres corn posites surmontés d'un fronton, était en eiïot d'une sobriété décorative et d'une harmonie de ligne parfaites. Située rue de Rome, cette maison est signalée maintenant encore à l'attention du passant par une fontaine érigée en 1806, qui porte le nom de

Puget.

Puis, notre architecte, mis en goAt par son succès, fournit les dessins des principaux édilices du cours Saint-Louis, couronnant enfin son œuvre par une élégante Hal/e aupoii^sou.

Mais Puget, repris par les séductions de la forme,

PERSÉE DÉLIVRANT ANDROMÈDE, par P. Puget

(^Musée du "Louvre, \

t>lERRE PUGET 42§

revient fiévreusement à la sculpture, qui doit décidément accaparer plus fructueusement son génie.

Les froides conceptions sur le papier sont insuffisantes à satisfaire sa fougue, et le Michel-Ange français veut se mesurer face au marbre avec Fauteur du Tombeau des Médicis.

Aussi bien, la masse en main, Puget fait frémir, tout comme Buonarroti, la blanche et robuste matière; il l'attaque directement, se souvenant et oubliant tour à tour qu'il fut praticien à ses débuts avant d'être un maître, car du vil métier qui tâtonne il dégage la géniale désinvolture oii sa griffe s'imprimera.

De cette époque datent effectivement ses chefsd'œuvre les plus typiques : c'est le. Mi/on de Crotone (1682), c'est Persée délivrant Andromède^ et un peu plus tard le bas-relief à' Alexandre et Diogène.

Ces marbres, taillés avec virulence, témoignent d'unepuissanceetd'uneexpressionintenses.Ilssont en outre d'une grandeur décorative exemplaire, résistant à l'effet redoutable du plein air, s'harmonisant ainsi avec la nature comme il sied à toute œuvre destinée à figurer au soleil sans être écrasée par lui.

Et pour revenir à l'expression des statues de Puget, il faut avoir considéré notamment les cariatides, dues à son ciseau, qui ornent la porte d'entrée

'A'M) I RH (iUATiUu maIthes de i/amt

(Ir I lli>l(l (le Ville (il! Toulon, pour en nnmr lnut<? l'acuit''. Kcoutoiis à co propos celte dt'stription enlhoiisiuslc iI'um tt'^iuoin : «... Ver» le Moir, quan<i le soleil coucliunt motive ce iiiouviMncnt (il s'agit du geste cil' liiiio (le c<'s Heures qui, plus inroniniodr»* p.ir II» sohîil (|ue par lu masse qu'elli» supporte, rtiiid s.i main f^auciie sur son front ))our garantir ses yeux), l'illusion est extraordinair*

« II s(>[ul)lc <}ii<'. Ton ('iit(;iid ràlcM' les cariatides, qu'on voit palpiter leurs muscles ci rri.>>Sonner leur pe.iii hrunie par le temps. A cliaijue instant, il semble ([uc ces torses herculéens vont se rompre et ployer sous le faix, etrjue deux grands cris de désespoir vont sortir de leurs lèvres, au milieu du fracas de l'écroulement et de la poussière des décombres. »

Oui dira, au surplus, l'éloquence de la douleur peinte sur les traits du Milon de Crotone^la ht'duié dramatique de Y Andromède^ si persuasive et si émouvante!

Le génie de Puget néanmoins, devait connaître les inévitables déboires solidaires, en vérité, de toute carrière excoplionnelle. De retour à Paris, le roi le comble d'éloges, mais en revanche ne sanctionne point favorablement les projets décoratifs que le célèbre artiste apportait pour Versailles.

L'eau bénite de cour lallacieusement encore compense la gloire, lorsqu'elle lui octroie, en ré-

munération de deux chefs-d'œuvre ; le Milon et Y Andromède^ une somme à peine suffisante pour régler les frais du maître et le salaire de ses praticiens!

Mais qu'importe ! Si Puget reprend maintenant le chemin de ses pénales, il rumine encore un chef-d'œuvre; c'est sa manière d'avoir de la rancune, et l'artiste de haute lignée n'a jamais compté sur la justice de ses contemporains; point d'avantage qu'il ne puise de joies en dehors de son labeur convaincu, obstiné et se suffisant à luimême.

Aussi bien naît l'admirable bas-relief de la Peste de Milan, que l'on peut contempler aujourd'hui à la Consigne, impassible, dédaigneux et serein.

Puis, lorsque le sculpteur veut se reposer de sa véhémence dans la placide conception d'une église pour l'hôpital de la Charité (Marseille), la mort qui interrompt ses travaux, lui donne enfin à jamais le repos de la gloire.

Pierre Puget, le Michel-Ange français, mort à Marseille en 1694, est l'exemple d'une probité artistique impeccable; sa volonté intransigeante, l'essor génial, unanime, de sa faconde créatrice, lui assignent une place spéciale parmi les grands statuaires, à défaut de compter parmi les grands peintres, les grands architectes* et ingénieurs

432 LES GIlANDfl MaItRES DB l'aFiT

|)ui.s(|m*, (le ce ('/jUî iiiallicunMispriH'iit, 1 uuvre se di^Tobe à nos investigations.

Ce tempf'rarnent de iiK'îriditMi tl a hii ..• d«-s manifestations impérissables dont toute une saile du Louvre nous permet de mesurer l'enverfrure à la mesure mrme d<' l'appréciation de Louis XIV : (< Piif^ct, avait dit le lioi Snlfil^ n'est pas seulement un m-iiid sculpteur, niai^ il est inimitable. >» On sait, (railleurs, combien Sa Majesté Koyale sut, en debors de ces belles paroles, encourager celui auquel elles s'adressaient...

D'autre part, le maître sculpteur n'ignorait pas sa valeur. « Le roi, dit un jour Pierre Puget à Louvois, peut facilement trouver des généraux parmi le grand nombre d'excellents officiers qu'il a dans ses troupes; mais il sait bien qu'il n'y a pas en France plusieurs Puget. Ne vous étonnez donc pas, Monsieur, de me voir exiger un traitement égal à celui d'un général d'armée. »

« Un jour, mécontent du prix modique qu'on avait accordé à son ouvrage \^il s'agit du Milon de Crotone)^ il allait le briser d'un coup de marteau, si on ne l'eût arrêté. Le grand roi, qui le sut, dit : (t Qu'on lui donne ce qu'il demande mais qu'on ne l'emploie plus, cet ouvrier est trop cher pour moi. » Après ce mot, conclut Diderot, à qui nous empruntons ce récit, qui eût osé faire travailler le Puget? Personne; et voilà le premier

artiste de France condamné à mourir de faim » Le portrait de Puget, exécuté par le fils et élève du célèbre maître, figure au Musée du Louvre, et Pierre Puget lui-même s'est souvent représenté en peinture ; c'est du moins ce qu'il appert de nombreuses gravures, à défaut des originaux qui ne nous sont point parvenus.

Un autre descendant de l'illustre Marseillais, Pierre-Paul Puget, architecte, est à mentionner pour le culte principalement avec lequel il sut collectionner et réunir l'œuvre de son aïeul dans sa propre maison de la rue de Rome et, nous voulons bien, en terminant, nous faire l'écho de l'enthousiasme d'un contemporain qui, ayant vu quelques tableaux du Puget, s'écrie : «... Ces tableaux sont là pour prouver que, depuis Michel- Ange jamais sculpteurn'a été aussi grand peintre »>.

CiREUZE

Si Bouclier avait été le peintre des frivfililr^, Grcu/.j' (levait réagir au ikhm d» -^ Ixjurgeoi» contre CCS « fadaises », qui n'avaient sans doute d'aristocnili([ue que leur luxueuse volupté et d'artistique ([uc leur audace!

Au nom dt^ la iiinrale olTensée, voici que se dresse Greuze le rélurnialeur et voilà le titre caractéristique qu'il revendique dans Tliistoire do la peinture au xviii' siècle!

Pourtant, coninient eùt-il fait cet artiste, pour s'imposer complctemeut, à son époque de sensiblerie et de déclamation? Ce fut la vengeance de Boucher, celte empreinte ineifaçable qui r.'vit dans l'œuvre de son antagoniste!

Allez donc prêcher dans un tel désert d'adorable dissolution! Pouvcz-vous remonter violemment les eaux pures d'un lac, sans craindre d y brusquer le relîet des grands arbres ? En éveillant brusquement les niinois sourianls qui dorment, on risque fort de les voir convertis en visages furieux...

Aussi bien les réacteurs ne s'imposent qu'à la longue, et Greuze, pour avoir voulu effacer d'un seul coup l'école mythologique de Boucher, traînera le boulet d'une affectation théâtrale dans ses tableaux d'opposition.

Mais d'autre part, lorsque Greuze s'attaquera à la fraîcheur des carnations roses, chères au peintre des Pastorales, il semblera que ce dernier, appelant encore à son aide la palette de Rubens, aura à cœur d'ajouter sans rancune, à son génie.

Les jeunes lilles de Greuze sont des fleurs, en effet, tout comme les fleurs de Boucher ont la couleur des jeunes filles de Boucher, et de cela, le le peintre de l'Accordée de village ne peut se défendre, si môme, dans son for intérieur, il ne s'en réjouit pas.

Sans compter que, malicieusement, le père de Gupidon taquine la vertu du moraliste de la Piété fdiale, lorsqu'il lui souffle des sujets comme les OEufs cassés, la Fille confuse, la Cruche cassée, le Malheur imprévu, etc., où une allusion grivoise est transparente.

En dehors de CCS quelquespoints deressemblnnce que nous détachâmes à dessein, Greuze est bien lui-même par l'esprit et la sensibilité de ses compositions. Il est observateur et soigneux exécutant malgré que sa facture soit souvent lourde et que sa couleur manque généralement de brio, tant chez

i'ift r.K» CRANDA HxtrillH DE I.'aUT

lui le dpssiiialcur absorhi' !«• colorihie. El »i «îiifiii la convention du ^este chf»/. noire per^onna^e donne i\r la monotonie à se» arTanf;em<»nU, celle omhre [)nrl<'M' snrsrs cliefs-d'o'uvre est k'gêre lout autant (jin'lc Mijrt (jirils r('|>n''sentent.

.leari-hapliste Gr»Mi/j' na(jnit àTr)urnns en 1725. I''ils(i'iin couvreur tout comme Watteau, je jeune artiste se montra aussi rebelle que U peinire des Ff'tes ga/duh's ii (»mhrasser la carrii''re patern^Ih*.

« Grouz»' avait de Tamour-propre, écrit hid»*rot, dont rtstiiiic pour ce peintre était grande, mais il incitait à s'admirer lui-même une telle bonhomie qu'on ne pouvait en être choqué.

« Otez-lui cette naïveté (jui lui fait dire de son ouvrage : Voyez-moi cela! c est cela qui est heau! vous lui ùleroz sa verve, vous éteindrez le feji, et le génie s'éclipsera... » Un jour qu'il se plaignait de n'avoir pas d'ouvra^'e : « C'est que vous avez des ennemis, lui dit Joseph Vernet, et, parn)i ces ennemis, il y en a un qui a l'air de vous aimer a la folie et qui vous perdra. — Qui est cet ennemi? demanda Greuze. — C'est vous î » répondit ^ Vernet. Au reste, l'immodestie de Ingres n'étaitelle pas également réputée, au point que Ion disait de lui : u II est de toile cirée pour l'éloge et d'épongé pour la critique. »?

On peut pardonner ce faible au splendide (< parvenu » qui nous occupe, dont la gloire hélas !

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