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commo nous le verrons par la suite, fut bien ingrate.
Pour l'instant, contentons-nous de constater la foi du jeune homme en un idéal inné, puisque ce n'est point la tradition de l'art qui le stimule, mais bien une flamme inconnue qui Tembrase.
Le voici donc à Lyon chez le peintre Grandon, puis ensuite à Paris, h l'Académie de Natoire.
Sans parler de Grandon, bon professeur sans doute, le nom de Natoire se porte davantage garant de l'éducation artistique première de Jean- Baptiste.
Natoire, maniériste académique, plus soucieux de joli que du beau, apparaît singulièrement, en effet, l'initiateur du maître qui va naître. Il est môme piquant de rencontrer ce dernier chez • l'émule des Vanloo ; mais n'y eut-il point des poules qui couvèrent trti canard !
Aussi bien le « canard » en l'espèce était un aiglon, qui dès son premier tableau : le Père de famille expliquant la Bible à ses enfants, rompit avec l'art fardé de son professeur, dont il ne voulut garder que l'esprit décoratit.
On fit le meilleur accueil à cette toile exposée au Salon de 1755; elle fut particulièrement vantée pour l'utilité de son enseignement moral et populaire, d'autant qu'elle reproduisait parfaitement, par l'image, les théories esthétiques de Diderot
A?>H i.Rii r.nANDH maIiura dr l'aiit
et répondait an li«'«<oin iiiti*il(»ctuel du moment.
L'expliratioii de l'(*ntlioiiHiaHme du philosopherritiqne, à r«''^':ir«l du |.«inlr<' ^'actionnaire, roinnioiHT h s»' lair«* j"in. l)id«Tol dira hi»*n quelque part, pour excuser certaines faihh'ssps de Greuze : « Nos (|ualit(''s, certaines du moins, tiennent de près à nos défauts la jduparl des honn<*les fonimos ont de 1 liiinienr, les gramls artistes ont un petit <niip de hache sur la t«*te », et n'est-ce p«)int préparer le terrain favorable aux repr^'^sentations à double sens, aux écarts de Greuze?
Mais passons et saluons le « petit coup de
hache » qui nous valut notamment ia ('ruche
cassée, chef-d'œuvre nait et ambigu dont la gloire
est éternelle parce que la morale est générale-
• ment ennuyeuse.
Goûtez d'ailleurs l'aneclole charmante où Greuze puisa son sujet.
Greuze et Florian, le fabuliste, se promenaient tous deux dans un château, sur la pelouse. lor>(jue apparaît entre les arbres une jeune, villageoise qui tenait une cruche de grès à la main. « La délicieuse enfant! s'écria Greuze. — Délicieuse, en etîet, dit Florian, c'est la iille du jardinier du château... Elle vient remplir sa cruche à la fontaine. — Pas du tout, voyez : elle jette sa cruche sur le gazon et se sauve à toutes jambes par le sentier du bois... 11 y a là-dessous une amourette.
LA LAITIÈRE, par J.-B. Greuze.
{Musée du Louvre.^
GREUZÈ 439
Gageons qu'elle va venir reprendre sa cruche. »
EfTeclivement, vingt minutes s'étaient à peine écoulées que la jeune fille reparaît à la lisière du bois, tout émue. Elle reprend sa cruche et, lentement, la porte sous la fontaine...
Mais soudain un appel de sa mère la fait tressaillir et, dans son saisissement, elle lâche la cruche, qui se brise en morceaux.
« La jolie nouvelle pour moi! dit Florian. — Et pour moi, quel joli tableau! » murmura Greuze.
D'autre part : « Battant, courant sur le boulevard des petits spectacles, ce visage émerilionné, cette coiffure ébouriffée, cette tournure burlesque, qu'est-ce fou? — Greuze, le peintre de la vertu... prenant la Gosset jeune pour modèle de son Accordée de village, prenant peut-être modèle de sa dame de charité parmi les bacchantes de la Delaunay. »
Que répondre à tant d'excessif étonnement? sinon que la beauté est une vertu où qu'elle se trouve, fort heureusement pour les artistes, qui la prennent où ils peuvent!...
Bref, après son premier succès de sagesse, Greuze poursuivit sa réputation dans le sillon que la vogue lui avait creusé, et nous le voyons bientôt agréé à l'Académie.
Mais comme toujours Tltalie exerce sur les artistes de cesépoques, safascination, et notre peintre
440 I.Kft CfïANDH MAtTRE» DK i/aBT
Il y n'Hiblo pii!*. nniiiené qu'il eut cl au» ce |.a) par 1 al»l)û (iou^fiiol.
Cemi'iitor éluil loulin«lir|in* àc<*lui queronavail sacré verliKMix, un peu oxccssivcnieul peut-Mrtv el, la Mit; des cliefs-tl «iMivre iliiliinH ne incidili point, n^^me huus l'intUienc« de l'abbé, fatalement persuubivv, la vision bourgeoise el artilicielle lie celu* |ui, au relourde Home, cnvoyaila l'exposition r Accordée de vUlufje.
Ne cherchons j^oint davanlaj^ede grandeur dan les toiles qui suivent : lu Piété /iliaie, la Malédiction paternelle et le Filsjmni, bien qu'il nous faill reconnaître avec Diderot, l'intelligence du dôtail qui en relève maintes fois rinlérèt. Le grand pbilosopht' du xvni- siècle écrit à ce propos : << Uau le Père de famille expiu/nant la Uibleàse$ enfants Greuze avait placé dans un coin à terre un petit enlanl qui, pour se désennuyer, faisait les cornes à un chien. Dans son Accordée de village il avait amené une poule avec toute sa couvée.
<c Dans la Piété fdiale, il plaça à côté du garçon qui apporte à boire à son père infirme une grosse chiennedeboutquia le nez en l'airet que ses petits tettent toute droite, etc.. »
Passons maintenant sur le reproche de lacomposition généralement déclamatoire de ces tableaux, à qui nous trouvâmes précédemment une excuse dans les sentiments ampoulés de l'époque, et corn-
plaisons-nous davantage dans les scènes familières du maître.
La Laitière, le Départ de la barcelonnette, le i?^- ^OMrûfenoi^rnc^, notamment, sont des chefs-d'œuvre du genre; on sent qu'ils sont un délassement pour ce peintre, dont le geste contraint se détend pour se mettre à son aise. *
En dehors de ces expressions, les portraits de Greuze arrôtcnt notre attention par leur pâte un peu grise qui prête aux visages représentés une sorte de vie intérieure, un air de rêve argenté à travers une vision rosée.
Voici Pigalle, voici le graveur Wille^ et le beaupère de Tauteur Babuti ainsi que son épouse. Voilà le Dauphin, Fabre d'Eglantine, etc., bien vivants sous le charme de leur facture.
Et toutes ces effigies valent mieux que les sujets allégoriques de Greuze : r Offrande à l'amour, concession regrettable à Boucher, bien inférieure à la manière excellente de l'inspirateur; elles sont préférables aussi, ces effigies, à la peinture religieuse de leur évocateur.
Ce n'est pas sainte Marie l'EgT/jxlienne qui modifiera ce jugement. Cette œuvre est dépourvue de mysticisme artiste; elle manque de piété fervente, tout comme la Danaë, parmi les sujets mythologiques, est dénuée de l'esprit délicatement païen désirable.
442 f.pj* r;nANn« MAlrnp,^ nr. i/abt
An siirpInH, (ireii/.e, au «nj^l de In non-vari^'*!*' Je son rxprrssion picturulc, JanH le tahN'aiirl'histoirc, (Irhs Ior Jirpmr/ies de Sévère à ('aracalla enirr aiitrcs, nf»us nionlre onrore ^i quoi point nn lionune (1<* !îil»'nt pont <lpsrf»n(lre qnainl ii vont fair»' vihr^T niio cortif intf'nlito «'i son tojirlipr.
Non, !•' rneillenr do (lreu/o, artiste inrom[»lft, sonlomcnt triomphal en partie, est tout dans la )ounesse de ses cr^'aturos adolescentes, etcela suffit à son f^onie d'avoir fixé la grâce naïve et la candeur enfantine, à ce point
Greuze, c'est Tarc-en-ciel (jui se]^veap^'S la pluie morose ! Il cristallise la morale, il la rend familirr<*, et il demeure en somme un réformateur pour rire.
Et pourtant nous ti^rminorons cette notice dans l'amertume.
D'abord l'Académie reçoit Greuze dans son sein avec son plus mauvais tableau (le tableau d'histoire précédemment critiqué), c'est le sio:nal de la débâcle. Le célèbre peintre éprouve douloureusement l'ironie de son entrée dans la gloire par une petite porte, et son caractères'aigrit : de l'annéelTôC jusqu'en 1800, il ne reparaît plus au Salon, il expose chez lui.
Il y a tout un étal d'àme dans cette manière de montrer son œuvre, on a l'air de ne la produire qu'à regret, et l'admiration officielle se trouve ainsi écartée.
LA CRUCHE CASSÉErpar J.-B. Greuze.
{Musée du Louvre.)
La débâcle s'accentue ensuite ; le grand artiste perd sa fortune et pour vivre il doit donner des leçons...
L'exemple est rare et même unique d'un académicien réduit à ces extrémités. Quel triste couchant d'immortalité !
Et voyez que dans l'injustice du sort tout s'enchaîne : Greuze ne vend plus sa peinture, et c'est à peine si ses chefs-d'œuvre d'antan trouvent acquéreur!
L'Etat cependant intervient et « lui fait l'obole d'une commande ». Au bout de quelque temps, cédant à la misère, le maître dont les chefs-d'œuvre devaient se disputer peu après sa mort, à coup de billets de banque, au prix d'une fortune, en est réduit à solliciter du ministre des Beaux-Arts un acompte!
Voici la phrase navrante qui termine l'humble requête du vieux maître : « J'aisoixanle-quinzeans, et pas un seul ouvrage de commande! De ma vie je n'ai eu un aussi pénible moment à passer. Vous avez le cœur bon; je me flatte que vous aurez égard à mes peines le plus tôt possible, car il y a urgence. »
Hélas! Greuze devait attendre encore trois années la délivrance de ses tourments; il mourut à Paris en 1805, dans le dénuement le plus complet, au milieu de l'indifférence et de l'oubli.
Vieil, qui av.iil .h' le rn.iitre du peintre «lu .S'/zcr^ déclarait iiuilicicusrnii'nt : « J'ai enlr*ouvert la porte; David Ta [)ouss(';e », voulant dire par là que si David, au delà du xviii* siècle, s'était affirmé un n^formateur, lui, Vien, l'avait précédé, en de(;à.
Aussi bien ces deux arliL^esse disput«'Tent l'ijonneur (l'rtahlir l'art d'Athènes et de Home à Paris. « tout comme Americ Vespuce préten<lait avoir découvert l'Amérique avant Christophe Colomb >», et il n'est pas contestable que ce fut David qui, sous l'Empire, porta le casque et brandit héroïquement le glaive vengeur arraché aux mains défaillantes de son maître falot, délicieusement rosé encore du sang parfumé du dernier des Amours de Boucher!
Sans s'apercevoir qu'il n'était que le disciple savant de Poussin et le continuateur de Le Brun, David sp crut chef d'école et l'inventeur de l'art antique. Or, malgré qu'il était l'arrière-neveu de Boucher et son admirateur désorienté, au dé-
but, il fallut que le peintre de Cupidon conduisît lui-même David à l'atelier de Vien, pour qu'il apprît à mépriser bientôt la palette du peintre de M™" de Pompadour !
« 11 y a près d'ici, avait dit Boucher à son cousin, un homme de talent qui s'est tourné vers les vieux en croyant que le soleil se levait par là. Je pense que la lumière qui l'attire, c'est la lampe des morts; mais après tout, il a peut-être raison. » -
Ce doute de Boucher a le charme de son art candide, il témoigne encore d'un éclectisme rare dans sa grandeur hautaine. Que venait faire le futur dictateur des Arts parmi la poudre de riz? Et combien se fussent effarouchées les brebis enrubannées, de la silhouette rude de Brutus !
Non, David ne pouvait être ensorcelé à la vue de quelque Gythéréen'ne au nez retroussé, chère à son grand-oncle ; le profil grec seul devait le séduire, et lorsqu'il s'écria à ses débuts, devant une toile séraphique de Boucher : c'est là que je voudrais vivre ! il ne s'aperçut pas que déjà il avait chaussé le cothurne.
En vérité l'entrée pompeuse de David sur
^ les cendres du joli et du gracieux, tombés dans
l'exagération et la morbidesse, fut salutaire. Elle
décida l'art à plus de majesté, à plus de dignité,
et nous flétririons l'école de ce maître, alors saps
446 T F R r.n^Nrm MhUnr.n de i/aiit
g<<iH^rf)^il('*. si olle n'Avait imi à »on tour l'Iionneiir do forcrr lo romantisme h entrer en lice.
Ne voyons (l(»nc en I)aviïl qii«* sa valeur propre rf non son iiilliioncfî considérahie et nuisible dan» biis conlinualcnrs.
Toutos les rrarlions ont leurs revers et ce fur«'nt los disripics du maître seuls, qui all^nlI^^ent le mérite de sa bionfaisantc révolution.
Notczqne l'art du xyiiT si^cle, qui va maintenant ii'rire que feu de j)aille et liti»Te, a joué un délicieux intermède en attendant l'heure solennelle de notre personnage, et nous saluons très bas la délicatesse et le charme de Watteau, de Bouclier, de Fragonard et de Greuze, sans que non plus nos acclamations en faveur de la réaction aient rien de désohli^'eant pour les précédents chefs-d'œuvre.
ToHS les chefs-d'œuvre se valent, quel qu'en soit le genre. (]eci déclaré, nous rec«jnnaitrons que tous les genres, quels qu'ils soient, tinissent par dégénérer dans la non conviction et le ressassement des artistes amoindris par l'amour aveugle d'un chef de file, raison de plus pour varier les plaisirs.
Le printemps éternel des artistes du xvin* si(*cle va nous permettre seulement de goiiterle contraste d'un ciel courroucé.
Diflérente éloquence. Ici la grâce, là la puis-
0AVII) 447
sance. Cette dernière expression est décrétée par Louis David.
David {isicques- Louis), peintre français — si peu — naquit à Paris en 1748.
Le voici d'abord dans l'atelier de son ^randoncle Boucher, à le. façon d'un navire cuirassé dans un lac...
Et pourtant, nous avons indiqué l'hésitation du jeune homme avant son départ obstiné pour la Grèce. Nous vîmes Boucher plus résolu à « débarquer » son disciple ébranlé qu'aie convaincre, et nous irons retrouver, sans tarder davantage, l'élève de Vien. Vien, dont l'enseignement était basé sur l'étude delà nature et celle de l'antique, ne devait être considéré comme le « restaurateur de l'art » qu'après les succès de son nourrisson : L. David.
De telle sorte que nous assistons à ce spectacle singulier d'un maître mis en valeur par son élève, et il est piquant de constater encore — .dans le domaine de la curiosité — la grandeur d'àme de F. Bouclier faisant agréer à l'Académie son impitoyable adversaire, en même temps que l'ingratitude de M""^ de Pompadour à l'égard de son peintre, demandant à Vien des compositions légères qu'elle devait faire graver sur pierres dures par Guay...
Bref, lorsque David se trouva dans l'atmos-
44K i.F.H r;f«ANOH MAllItK.H f>K l'aHT
ph«T<* (le Vion, il sriilit nenh'mcnl sa vocation à la-
(jurll»' il (li'vail allaclier aussitôt l*iin|)ortanc<* fl'une inishion.
C'est lui qui, sous 1m 'i'<rrfMir, r/*f»orHJra à <,;»rle Vprn»'l vcuiu pour su|)|)lirr son collègue, dont la hatitc influence aurait pu eflicacemenl intervenir, de sauver la l<^te de sa sojur mariée à l'architecte Chalprin, arrêtée comme suspecte : « J'ai peint Drutus, je ne solliciterai pas Hohespierre î "
Et M"" Ghalf^rin est exécutée malgré les supplications de son frère! Tout comme Louis XVI sera j^uillotiné avec l'approbation du ni<^me tribun David.
C'est lui qui, dans l'écolî" «ju'il ouvrira bientôt, école toute jonchée de marbres, de médailles et de débris de vases étrusques, répétera sans relùche à ses élèves : « Apprenez à faire un Grec qui ne soit pas un Romain, et un Romain qui ne soit pas un Grec. ))Lui qui pourtant dans sa jeunesse incertaine, avait ainsi osé proclamer : « L'antique ne me séduira pas; l'antique manque d'action et ne remue pas. »
Mais Vien a décidément repassé à son élève sa torche sans éclat, c'est lui qui remportera la victoire, et, en attendant de disputer aux dieux de l'Olympe leur grandeur, David se prépare prosaïquement au concours de Rome.
Hélas I que de déboires les premiers échelons
académiques lui réservent ! Par trois fois il grimpe à l'assaut et par trois fois il est repoussé !
Pauvre et désespéré après le troisième échec, David prend la résolution de se laisser mourir de faim. Sedaine, chez qui il habitait au Louvre, inquiet de ne pas voir Tartiste, court, effaré, chez Doyen, le seul membre de l'Académie qui lui ait été favorable : « Eh bien? — Eh bien, savez-vous s'il est là? Ils l'ont tué, vous dis-je ! — Mais qui ça? — David ! » Et Doyen de joindre ses inquiétudes à celles de Sedaine.
Tous deux appellent le lauréat malheureux et le raniment dans son corps et dans son âme. Même Doyen se laisse aller jusqu'à apostropher ses confrères de l'Académie, en pleine séance : (( Messieurs, souvenez-vous que ce jeune homme, un jour, vous tirera les oreilles à tous, tant que vous êtes ! »
Tandis qu'il mûrit cet espoir, le jeune David échoue encore une fois au fameux concours, qu'il ne réussit enfin qu'au cinquième effort, en 1775.
Sans parler des premières œuvres de notre artiste, comme le Temple de Terpsichore et ses décorations pour le salon du banquier Perregaux, oi^i hante l'esprit gracieux de l'époque, nous ne voyons guère David préluder sa manière type qu'à son retour de la villa Médicis.
Son prix de Rome représentait la Mort des fils
450 I.RH OnANDA MAtTnES Dl i/aIIT
df Ni(ihi\ Holon lu tru<lili()ri dr» Van I.00, alori qii' son Hflisairr i»t le» l'iin^railtrs dr l*atrnrU^ en *!/•
|)i( (le Iciii froidf^ur d t'XpruHsion, <Jonnair*nt 1* fri!«Hon (le la noiiveutit<^.
dette nouveauté, néanmoins, n'était qu'un» résurrertion de la noblesse antique dans un refl^'t de la nature, IfUjindie nature, dit-on, David aurait dédaignées à Home en faveur des cliefs-d'œuvr" séculaires (ju'il copiait frénétiquement.
Et combien ce dédain est bien la marque du j?énie spécial de David !
On aime à l'évoquer en manière de dompteur louetlant les statues, les torses et les moindres débris du passé, afin qu'ils s'animent en leur marbre de glace.
Lorsqu'il s'est attaqué à l'œuvre, il sacliarn' ensuite à ceux qu'elle représente : il faut qu'à son souffle les morts illustres sortent du tombeau.
Sur son album s'inscrivent à nouveau le canon de la forme, la ligne, la synthèse. Il a retrou v» dans SOS compositions le balancement harmonique des Grecs, et la nudité prend en son esprit admirablement rétrogade, le caractère divin que Phidias sut donner à ses créations.
David ne travaillera qiie pour l'immortalité, aux sources de laquelle il veut seulement boire, et sa tyrannie va désormais s'exercer dans l'art avec une puissance extraordinaire.
D'ailleurs c'est Vien, son vieux maître, nommé directeur de l'Académie de France à Rome, qui a « couvé » son pensionnaire, et tous deux s'agenouilleront ensemble devant leurs dieux, en attendant que l'inspiration avantage définitivement l'élève passé maître.
Or, le premier grand succès de David, est, en réalité, son Serment des Horaces, La prière esthétique a été exaucée, grâ€e à cette commande émanantdudirecteur des bâtiments du roi; de telle sorte que celte consécration prend un ton oiliciel dont . Vien recueille avec émotion et orgueil sa part. 11 revit en son élève avant d'en mourir.
Maintenant on brise les idoles d'hier, les paravents et les éventails sont tout au plus dignes d'être ornés à la mode française.
Quand on songe, en effet, qu'il ne. tint pas à David que toute la peinture ne devînt grecque et romaine, lui qui avait préféré prendre les acteurs du Serment du* Jeu de Paume dans « la nudité sublime et vertueuse des Grecs » et qui s'était écrié dans un sentiment de singulière aberration : « Nous cherchons à imiter les anciens dans les arts, etc. ; ne pourrions-nous pas faire un pas de plus et les imiter aussi dans leurs mœurs et les institutions qui s'étaient établies chez eux pour porter les arts à leur perfection. »
La singulière époque où l'on drape le vélum selon