Liifl r.RANriA maIihkk de i/art
cadîivrr. L«» vina^e fut hianrhi h la rraio, puis gmiss/' ; I«'s lignes (l«''prirn(''fs ftir<*nt rf»liaimft«^es de pIAtr»'. Los hras rroinrs par-(it*KHiiK le suaire, furent entoiiivs (ie toiles peiritos pour dissimuler h»s iilcôrrs. Les (iéhris de paupières furent relevé» avec (les pinces et montrèrent des yeux mena(;ants et liiroiiclies. Le tout fut verni, tel un monstrueux poisson vert, écaillé d'argent. »
Mais poursuivons. Dictateur des arts sous la Révolution, membre du Comité d'instruction pnl)li(pie et du Comité de sûreté générale, voici David enlin nommé à la [n«''sidence de la Convention.
Son dévouement h la cause de [Robespierre lui vaut d'être arrêté après le 9 Tbermidor, et, dès qu'il est rendu à la liberté, il obtient l'autorisation de réintégrer la Convention.
Dès ce moment, David semble dégoûté de la politique et nous le voyons s'enfermer dans son atelier pour se sacrifier exclusivement à l'art. Les Sabifies, le portrait inachevé) de Bonaparte, naissent alors, et, après Marengo, le maître exécute le beau portrait équestre du futur empereur gravissant le Saint-Bernard.
Devenu empereur, Napoléon commande à David, qu'il avait nommé son premier peintre, deux immenses tableaux où il retrace les scènes du Coiiro?mem€?)t et la Dislribvtion des Aigles,
Cent quatre-Tingt mille francs rémunèrent ces œuvres magistrales, à propos desquelles deux souvenirs nous reviennent.
C'est d'abord la brusque répartie du peintre à un grand dignitaire de l'Empire qui lui dit : « Vous avez peint Joséphine plus belle qu'elle n'est. — Allez le lui dire», répond David.
Et ensuite un mot de Napoléon, relativement à l'attitude trop calme que l'artiste avait prêtée au pape dans son esquisse du Couronnement,
Primitivement, le prélat en effet, n'était qu'un simple spectateur de cette comédie héroïque, et l'empereur dit à son peintre : « Je n'ai pas fait venir le pape de si loin pour ne rien faire. Faiteslui lever la main en signe de bénédiction. »
Ensuite, pendant la première année de la Restauration, David vit retiré, il cherche à se faire oublier, n'hésitant pas néanmoins à signer à l'époque des Cents-Jours, les Actes additionnels ; enfin, à la seconde Restauration, le grand artiste est condamné à l'exil.
Il se fixe à Bruxelles où il ne vit guère que par le corps, ranimant sa vieillesse au chaud soleil de sa chère Grèce où son esprit s'était encore réfugié.
Voici ses œuvres à ce moment : V Amour quittant Psyché, Télémaque et Eucharis, la Colère if Achille y Apelle peignant Campaspe, etc., sans compter un grand nombre de portroiits*
« Son pinroaii i)** viiif^t nnn, a dit jufttorncnt nu rontemporain, n arciiHP. ni foiif^iie, ni vérité: son piiKMMu (1(> soixanto-qiiinxe ans n'indique ni faililcHs»', ni i\{'(ii\\\nun\ tant il «*sl vrai que la lAt** d'un artiste est, d'apr^s le poMe, un /éternel print<*mps paré de moissons et de vendantes. ..
l'in 1814, David ex»Miitait les Thermopi/lrs^ pajre éloquente et froide, a-t-on «'Trit. comfne un discours de ^^rand maître de l'Université.
llélas ! l'art doctrinaire ne pouvait que prolonger la monotonie d'un génie en le rendant toujours égal à lui-même, et, sur la (in de sa vie, le malho ne peignait plus qu'avec sa science, son génie théorique m/^me s'étant envolé.
I.ouis David dont, nous le répéterons en tin de cette notice, la gloire véritable tient plutôt à son expression personnelle réaliste, mourut à Bruxelles en 1825.
Et le célèbre artiste nous a présenté lui-même de la sorte ses élèves: « Mes disciples ont tous la lettre du génie : Girodet, (iuérin, Gros. » Et il disait vrai seulement pour ce dernier maître, qui. — singulière ironie, — devait, par ses chefsd'œuvre, donner plus lard le branle au romantisme !...
Josué Reynolds fut le fondateur de l'école an glaise de la peinture.
Il sut puiser, dans la nature filtrée par les maîtres, le style d'où devait découler tout un idéal qu'il affirma d'abord par l'originalité de ses propres chefs-d'œuvre. C'est-à-dire que ce grand maître, de qui les portraits particulièrement chantent la gloire, eut le don de la sensibilité et de la grâce, tant dans le geste que dans la couleur, et ces vertus ravissantes lui valurent de réveiller un art en somnolence ou sans grande ambition de personnalité auparavant.
Reynolds, en un mot, ouvrit la voie à un genre national qui, avec Th. Lawrence, Gainsborough et George Romney, se poursuivit excellemment.
Josué Reynolds naquit à Plympton, dans le comté de Devonshire, le 16 juillet 1723.
Suivant le rapport de Malone, il aurait débuté par copier les dessins de ses sœurs, assez douées pour les arts, et les gravures qui ornaient les livres de son père ne l'auraient point non plus laissé indifférenti
Adt f Ih (;ilA.NDH MAlTflK«« l)F. I.'aHT
< hi j).irl(% à ce projion, d'un I*/utftrf/ue <i«* l)ry<lr'n, Hiih'iir «Ululais «iont le» illustrations furent ccpcn- (liiril iiii»ins sug^o.stiv<!S, comme hirauté, que Ich Emhlrmi's du llnllainlîiis .îiicqn»*^ Catts, |MiUr <|ui k' Jt'iiiif {{eynolds b Oprit soudain.
Ce dcrrjJJT ouvrage lui avait W apport*^ par mit* p.iFi'Filf d'ori^'ine tlamande, et l'on prétend <|m' les {gravures du livn: de CatU étant su|)érieures à celles du l'iularqup^ l'éveil de la vocation de Tartiste n'en fut que plus éclatant de clairvoyance.
D'ailleurs, l'inclination naturelle de Fieynolds, à sesdébuts, l'entraînîi plutôt vers Leyde et Haarlem que vers Tltalie où son imagination se tournera seulement plus tard. Après la sincérité et la vérité de l'école flamande, la fantaisie, l'imagination dorée la piété sublime des Titien, des Léonard de Vinci, des Michel-Ange, de Fra Bartolom»'o devaient nécessairement parfaire l'étude de ce futur peintre d'esprit et de lumière ; aussi bien il fallut que la révélation de Raphaël lui vînt par l'intermédiaire d'un nouveau livre : le Traité de la peinture, de Richardson.
C'est du moins la légende qui ajoute encore à la vertu suggestive des livres, en nous montrant le père de Reynolds s'écrier à la vue d'une copie de son lils, d'après une gravure d'un traité de perspective : (( L'auteur a bien raison de dir^ dans sa
MASTER HARE, par Sir Joshua Reynolds- (Musée du "Louvre.^
préface que l'on fera des merveilles en suivant ses principes : voilà quelque chose d'extraordinaire ! »
Notre personnage est âgé de huit ans à peine, et l'enthousiasme du vieux Samuel Reynolds recteur de Sainte-Marie de Plympton, n'est point, en vérité, propice aux études littéraires que déjà l'enfant rêvait d'abandonner en faveur d'un dessin hallucinant.
Si l'on passe ensuite d'un seul coup, des prémices au résultat, la légende a beau jeu ; la preuve en est que tous les pqTtraits du jeune Heynolds faisaient déjà Fadmiration de sa famille et de ses amis avant môme qu'il n'entrât en possession de la technique de son art!
Mais la gloire est miséricordieuse, passons, et le 18 du mois oii les beautés de l'art lui étaient apparues, dans le dernier livre qu'il avait regardé au jour de saint Luc, notre héros futur fut placé sous la tutelle d'un fabricant de portraits appelé Hudson.
A cette époque oii la culture des arts était au moins indifférente, on parle de Hudson comme d'un commerçant surtout dressé à plaire à sa clientèle, tout comme un photographe de nos jours ; il excellait à flatter ses modèles qu'il représentait en une pose invariable, coiffés d'une perruque poudrée, vêtus d'un habit de velours bleu et d'un gilet de satin blanc 1
ll'i' I I - I.IIN^M" MAJini «^ II». I Al'T
H l.inl suvoir ^'ré n^annioinsà IIimUoii, du Ir-^cr rrsscntiiiH'iit <|ii'il inaiiifcsla de voir »on éU*\i* l)i«'iilnt II' (l«'|)a.ss»T, c est donc que »oii }u^t'uif*ni ii'rtiiit point .nissi liannl que sos productions, une autre jjrruvc en est dans le» copie» du Guerchin (jiie le rnuitre faisait faire h. son élève, comme pris «Ir rt'inonJs de lui ,i{)pron(lro si pr-ii, porsijnnelleiiieiiL
lirel, après deux années de métier sous les ordres dn fahricint de portraits, ce dernier souhaita bonne cliance au j<*une Heynolds, tout comme on ouvre la cage à un oiseau rebelle à la captivité. « Va, pensa-t-il, tu es fait pour voler haut, que tes ailes te soient propices î lu as assez longtemps rasé le sol avec moi !...
El le futur maître prit son essor vers sa province. Le voici ensuite établi à Plymouth (1715;, sans modèles d'aspiration autres que les ouvrages d'un peintre obscur nommé William Gandy d'Exeter, dont plus tard Reynolds vanta le talent de portraitiste parfois, à l'égal de celui de Rembrandt. Toutefois l'élève de Hudso^ portait encore l'empreinte de son maître et, malgré qu'il tâchât de s'affranchir des habitudes vulgaires de son initiateur, en abordant la nature avec une flamme libre, avec une propre conviction, son acharnement se ressentit longtemps de sa fâcheuse éducation première.
Hudson avait été gâté par le « client », le client devait à son tour paralyser le génie naissant de Reynolds. « Les figures avaient la raideur, l'insignifiance des individus qui posent et semblent d'ordinaire attendre qu'on les rase.
« Tous ces personnages portaient invariablement leur chapeau d'une main, tandis que l'autre était placée dans le gilet. Or, un amateur ayant voulu être représenté avec son chapeau sur sa tête, le peintre satisfit son désir, termina le tableau quand il fut parti, et envoya la toile à son domicile.
(( Grande surprise de la femme ! Son mari avait non seulement son chapeau sur sa tête, mais un autre sous le bras ! Le peintre après l'avoir coiffé, avait suivi sa routine... »
Cette anecdote, certainement exagérée, souligne drôlement la singulière absence d'originalité de notre personnage à ses débuts et combien elle servira favorablement, en revanche, de son contraste, la personnalité de ce génie lorsque nous toucherons à son apothéose !
En attendant, flanqué de ses sœurs cadettes qui l'aident dans sa besogne, l'élève de Hudson s'attache seulement à dépasser la réputation de son maître, tant par l'importance de sa production que par l'habileté supérieure de son métier.
Pourtant, de jour en jour, la technique du
4(MI LE» r;nANt)fl maIthrii dk i/abt
fahricnnl <l«' purtr/iits M'^'^rnre, «cruit-ce (|ij'fllA a «It* liaitt/iirM'N ilintr/irtionM? AlloiiH-noui usfiiftter /i r«'v('il (l'un luhiit jIiî peintre chez ce <Ji^;ne corrim orra ni?
I']l (le fait la cli^ritM»' H/^scrU» la \}<niiu\iïe, ne conipronnnt rion .m ^'énie qui vout »f!» roiirjj'cs Irarirhos dans un vol trop haut. Oite foi», la cjualilr succf^do à la (piantit/i des amateurs, H^ynolds s'ost ressai>i, o\ h; «ird.iiii bourgeois lui montre décidém(»nt \f droit chomin de l'art.
Nous irons maintenant retrouver notre artiste h Londres, où la renommée l'a suivi.
Il habite Saint-Martin's Lane, rue où logent presque tous les artistes de l'époque, au sein m^me d'une sorte d'Académie où les nobles discussions esthétiques embellissent la vie matérielle. C'est là que notre peintre essaye d'oublier Ilndson et de préparer sa gloire.
« 11 était poli sans humilité, indépendant sans arrogance », dit Allan Cunningham dans son bel ouvrage sur les artistes anglais; c'est, au surplus, donner une idée sympathique de l'homme et ajouter aux vertus nécessaires à sa réussite, selon l'esprit de la légende dorée : pourtant Reynolds était encore indécis et capricieux puisque, au moment où nous le voyons s'absorber en son rêve d'artiste, il le bnisque soudain pour naviguer.
L'occasion d'ailleurs, est délectable. Le capitaine
Keppel, nommé amiral de la flotte chargée de défendre les bâtiments de son pays contre les oppressions des pirates algériens, propose au peintre de lui faire voir Lisbonne, Gibraltar, Alger, pour aller enfin mouiller devant l'île Minorque.
Voici donc embarqué notre « portraitiste », le délicat interprète futur de la beauté de la femme et de la fraîcheur de l'enfant ! Un instant même l'Angleterre manqua perdre un de ses grands hommes en expectative. Reynolds, effectivement, étant descendu à terre, tomba au fond d'un précipice !
Mais rassurons le lecteur, l'immortalité veillait et, aussitôt rétabli, nous voyons notre héros fran^ chir les portes de Rome. Jolie cette entrée en convalescence, après une chute certainement providentielle par ses conséquences sans gravité, dans le foyer même de l'inspiration !
Pourtant on raconte que les Loges et les Stanze du Vatican furent longues à émouvoir le voyageur anglais, qui avoue la honte de son émotion tardive, sans grand enthousiasme. En définitive Reynolds préféra Michel-Ange à Raphaël, qu'il proclama dans ses Discours sur la peinture c< prince de l'idéal », « maître souverain du beau style ».
Mais, comme certains le font justement remay-
408 ( MK GKANIIH MAtrHKh DK i/aHT
quel, ce lyrisme duii» l'u<liiiiration de lu part «If lV»Iôvt' <lr lliidîjoii, il r«''gaid de Huonarroti — car Hudsoii liaiili; «-ncore de sou es|irit hourgeoi?) l'âme du lulur maître — est au moins sifigulicr.
A moins que Heynolds n'ait eu soudain la révélation des ({uaiilés <{ui lui ni;iiiquaient, en contemplant des altitudes.
bref, l'ieuvre du maître, malgré qu'on y ail vu d«*s iiilliHiices de Léonard de Vinci, de Titien, de Velasque/, demeuni bien personnel, bien anglais et, cerlainemenL si quelque souvenir de I art italien s'y relL'te, ce n'est point celui d»' Micbel- Ange.
Aussi bien, en poursuivant, ce n est pas davantage pour avoir admiré Bologne, Gènes, Parme et Florence, que notre artiste britannique devait détacher sur un ciel bleu les personnages de ses tableaux. Finissons-en donc avec l'insistance puérile des fatals ascendants et reconnaissons sans détours l'originalité de Heynolds.
Cette originalité va d'ailleurs se faire jour décidément.
Première phase d'atiranchissement : le joug de Hudson est timidement secoué par son élève et l'opinion bourgeoise tourne le dos au successeur indigne du fabricant de portraits. Deuxième phase : au retour de son expédition maritime, Reynolds ayant perdu le fil de sa facture routi-
nière à la vue des chefs-d'œuvre italiens, se met à dos ses partisans.
L'art était perdu si l'on abandonnait l'usage, si un jeune homme refusait de suivre les voies où marchaient tranquillement, régulièrement, les hommes dont la réputation était établie!
Il n'empêche que les véritables amateurs acclamèrent le génie du novateur, de qui les yeux avaient été simplement dessillés au spectacle d'une nature souple, ingénieuse et nullement doctrinale.
Voilà quelle avait été, en réalité, l'influence des Michel-Ange, des Raphaël, des Vinci : une leçon d'aff'ranchissement et, du coup, l'oiseau captif prit haut son vol, selon les prédictions du mauvais peintre Hudson.
Deux portraits sacrèrent décidément notre artiste, celui du duc de Devonshire et celui du Commodore Keppel.
Ce dernier, en un chef-d'œuvre, trouvait le remerciment et la récompense du voyage en Italie qu'il avait heureusement conseillé et favorisé.
Tandis que Liotard, autre peintre alors en vogue en Angleterre, s'évanouissait dans l'oubli, les modèles affluaient à l'atelier de Reynolds.
Atelier somptueux, vie somptueuse ; pour Reynolds, la vie des habiles portraitistes commençait à l'aube de ses trente ans !
D'autre part, les génies sont faits pour se rencon-
MO i.v.n r.uKsrtn MAtTnr.H dk i/aut
Irof ff I iimitir <!«• l'Arriv/iiri SamiHîl Johnson fut précieuse au peintre. Voici (jn«'lle en fut l'ori^rin* — t(Hi)oiirs suivant la pr^cieu.^e Mprende : « ReynoMs vi'^itait sa villr natale lorsque dans un< lifure (le solitude, il ouvrit par hasard la dramatique liKKjraphie de Sfturnfje.
« Le hras appuyi' contn» la rheminée, il rommencja h lire, cl l'ouvraf^*' exerça sur lui nn<* t«'II»fascination qu'il alla jusqu'au hout sans changer de posture. Il s'apcn-ut alors qne son Lras était en^'ourdi et comnne paralysé.
« Cet accident lui inspira le désir de voir un auteur (pii avait pu le captiver de la sorte. »
On rapporte bien aussi que la liaison affectueuse des deux hommes naquit d'une réflexion niisantliropique; mais nous ne consignerons cettr autre hypothèse que pour l'agrément de son invraisemblance.
« Des daines chez (jui Reynolds avait rencontr»' Johnson, pleuraient une amie qui leur avait rendu de grands services, et le peintre consola leur peine en disant que celle mort leur laissait la consolation de les délivrer du fardeau de la reconnaissance. ^
Baume détestable que l'écrivain vanta fort, d accord avec Reynolds, malgré que les dames se récrièrent contre une telle pensée égoïste. Et il paraîtrait que sur ce, les deux hommes, commu-
BEYNOLDS ^"' 471
niant dans celte soi-disant logique humaine prirent congé de leurs hôtesses, bras dessus bras dessous...
Mais passons sur le reproche même d'habileté, que certains biographes adressent à Reynolds ; Johnson, esprit aigri et redouté, Hogarth (un autre maître anglais) aux manières brusques, auraient étrangement servi la cause du portraitiste tout miel et tout sourire.
On nous montre Reynolds peintre flatteur, rajeunissant les masques, embellissant excessivement la laideur tandis que sa bourse enfle à vue d'oeil. En revanche on fera courir plus tard le bruit que les discours de Reynolds à l'Académie sont jusqu'à un certain point l'œuvre de Johnson, et l'artiste réfute lui-même cette calomnie, en attribuant son talent d'orateur à la seule éducation qu'il a reçue du célèbre moraliste, son ami (avec lequel il fonda le Literary Club).
On voudrait aussi amoindrir la qualité de l'œuvre du célèbre peintre anglais, en insistant sur la collaboration de l'Italien Joseph Marchi et de Peters Toms, auxiliaires du maître, lorsqu'il était débordé de commandes; n'avons-nous point noté maintes fois, au cours de ce travail, chez Raphaël et chez Rubens entre autres, la présence d'élèves travaillant aux tableaux de leurs auguste^ employeurs?
AT 2 II. H (iHAM)M M\llHK.s l>K I.'aRT
Hrttf, «Il IT'i'» lii prcmi^Tc fois que ReynoI(lH cnlnHlans lu s.illf «!«• rAra(l<'*iiiic I<oyûl<*<lf» Lomln-H, (|iii viriit <l'«Mrc rlahlie, tous les mcdihrcH hi; lèv<'iit »'l I»' siiliHiit |ti(''si(l('iil. Voilà qui lrioni(*lM' iIiî toiilcs inalrucoulreuscs hypothèses sur l'honnne : Ir respect de ses chefs-d'œuvre.
VA r«''nuin('Tulion de ces chefs-d'œuvre est longue.
N'insistons point, cependant, sur 1 inspiration historique du maître qui, eu général, unit la prélenlion à la vui^^arité.
On prétend même que /es Trois (irdces de la Natin/ial (ialh'ri/ (ont sourire le spectateur; quant à la sainte VninUIr A\\ même auleur, elle ne posséderait en aucune manière la dij?nité du style noble.
Restent des œuvres aussi critiquables, comme Hercule au berceau étouffant des serpents^ des scènes de Macbeth, etc. Mais, il est loin d'entrer dans nos intentions de diminuer un grand peintre en appuyant davantage sur ses faiblesses.
Nous aborderons donc avec un enthousiasme compensateur la nomenclature de ses pages géniales.
On pourrait citer tous ses portraits : c'est celui de la vicomtesse Gahvay et de son fils, celui de la princesse Sopliie-Matliildc enfant, qui tiendrait sa place à colé de linfanle M.îrgueiite de Vêlas-
quez, c'est Simplicity portrait de lady Gatvvyn enfant et tant d'autres suaves images de renfance connues sous les titres de Têtes d'anges^ Age d'innocence ^ r Écolier^ etc.
Sans oublier encore un Samuel enfant^ popularisé par la gravure, une ladij Giorgiana Spencer^ une mistress Siddons en Mitse de la Tragédie.
(( Reynolds, a écrit fort justement un contemporain, avec une hardisse de grand maître, n'a pas planté ses modèles immobiles au centre de la toile. Ils y entrent par le bord du cadre, continuant une action ^ commencée au dehors, en laissant vide devant eux, contrairement aux règles, un assez large espace. »
Et l'on n'insistera jamais assez sur la grâce délicate de cet art robuste, presque violent dans le tendre et l'exquis, sur la virginité de ces tons appliqués en pleine pâte, sur ce <« fini » sans blaireautage.
Et la négligence spirituelle, enfin, de ces fonds, où vit la figure principale si scrupuleusement caressée, est . une des marques caractéristiques de l'art distingué et pénétrant de Reynolds : peintre, répétons-le dans notre conclusion, de la beauté de la Femme et de la délicatesse de TEnfant, peintre toujours anglais et qui, par l'originalité de sa grâce, au pays de la raideur,
47 i t. FA r.MANDS MAlritfK l>K I'aIiT
|i.'ir l<i i{iialit«- (11- au lijmii;re, un ptfv*' <ln tirouillai«I, m« rilr un él(»^c particulier.
Jo5u6 Heynolds mourut à Lou(Jn*h i.ji 171C, il fut eu\rrrfi ayor ponipr* dans la cath/Mjralo d» Saint-l'aul on nm* slatn*; de Flaxnian le corpTl RcnIpliMjr, sorte de Miclnd-An^e refroidi, ifuniort alise il sa fa(;on son ^'("fnial compatriote.
GERICAULT
Si L. David fut le père du classicisme, on pourrait, à propos du romantisme, mettre dans la bouche de Gros, son élève, les paroles du vieux maître de David : « J'ai entr'ouvert la porte; Géricault l'a poussée. »
Or l'innovation de Gros fut tellement inconsciente, que son suicide, dit-on, n'y serait pas étranger. Le peintre des Pestiférés de Jaffa fut effectivement effrayé de son geste d'indépendance et, n'ayant pu revenir sur ses pas dans la manière de David, il en conçut un désespoir tragique, tandis que l'auteur du Radeau de la Méduse^ arrachait au père du romantisme malgré lui, son aveu décisif.
Nous nous arrêterons à Géricault.
Quand on songe à l'œuvre considérable de ce maître mort à trente-quatre ans, on demeure stupéfait !
Et n'est-ce pas à l'ampleur de son geste surhumain de novateur qu'il succomba, dans la fleur de l'âge? Ici le dicton populaire qui rit en disant « tu as
470 |p.^ chandh MAlriiKJi dr i/art
ln)p d'o^prit, tu inourran jiMiniî « se réoli^ gravcmrni h |)n»j)OS i\t* ce xY^ritahlf* enpril.
lui (l«''rirauU (iijji, !'• moiivemr*nl va A'ahari- (loninT fi plus (l«' \ raift vie, la li^rif? quitt^Ta ««a niorf^iic p'jiii ^iiivr»' l.i fnrme avec moins de raidnir, et la couleur s'inspirera de l'Iiarnionie nalurello.
La r^'voliition f^ronde contre le style antique (jui pi(C'tine, et il faut à ce genre l'audace à laquelle (îros n'avait cédé qu'impulsivement, et retle audace ne pouvait ôtre du génie que si elle était volontaire.
Songez à la routine impitoyable des contemplalions et des acceptations visuelles propagées par (l<^s maîtres intransigeants et respectés par leur école respectueuse î Songez à la nature présentée selon des règles et des convenances I
Quel courage il fallut donc à Géricault pour rompre avec cet art dogmatique qui risquait tout autant de dégoûter les artistes que le public de riieure !
Il nous revient que lorsque Meissonier peir:nit un vrai cheval, la foule s'en détourna avec horreur. Jugez donc, on en était alors au coursier en bois de Horace Vernet, à sa majesté fausse, et tout au plus vit-on dans le cheval de Meissonier la copie de quelque monstrueuse haridelle !
Ainsi donc la vérité, môme bien choisie, faisait
CARABINIER, par Géricault.
(Musée du Louvre.)
^ GÉRICAULT m
horreur, parce que Tœil était détourué de voir par une fallacieuse théorie.
Or la nature tout entière subit à travers l'objectif de Géricault cet interrogatoire de franchise. Il la revisa et lui fit avouer son mensonge.
Aussi bien le mensonge et l'hypocrisie sont affaire de goût, et il n'y eut que les amateurs de droiture qui acclamèrent l'explosion de la vérité dissipant les ténèbres du faux. Hâtons-nous de dire que la masse se rallia bientôt au génie, par cette même raison instinctive que les papillons se rencontrent autour delà lumière.
Géricault, ainsi donc, marque le point de départ de la révolution qui s'est faite dans l'art français au commencement du xix* siècle. C'est à lui que l'on doit ce mouvement d'idées extraordinaires d'oii naquit notre école présente qui ne sait plus même s'arrêter aujourd'hui dans l'expression de la vérité. En effet, voyez les étalages de l'art : du classicisme au romantisme, du romantisme au réalisme, du réalisme au naturalisme et du naturalisme... à l'horrible!
En attendant la réaction fatale au bout du fossé, nous reviendrons à l'auteur du Naufrage de la Méduse,
Jean-Louis-André-Théodore Géricault naquit à Rouen en 1791. Placé à la mort de sa mère au collège, l'enfant, dès la dixième année, s'adonne
>i78 t.RH GRANnU MaItRKH DR f. ATlT
aux (^liidos clnHHi({ijeH aiiX(|ij('lh'H »oii \i*'To, un jiirisronsiillp (lislin;^Mi(^, le voue nan» n*tar<J.
Il n'y progresse ^ii^ro, son imagination suivarjt pins h plaisir Ips papillons dans le soleil (\\io, le» prf^(!eples do la grammaire; d'ailleurs l'amour de la forme (juo son oil caresse avec tant de joie, am^ne peu i\ ixii notre adolescent au cuit** du d(^vel()[»p<'m<'nt physi(jue qu'il s'attache à apjiliquer d'aJMjrd à sa personne.
VA, au-dessus de tous les exercices, disons " de sport », pour employer le vocable excessivement à la modo de nos jours. lo jpuneGôricauIl place l'équitation, dont le directeur du Cirqu»* Tilympique, Franconi, lui dévoile la beauté au cours d'une représentation qui demeure gravée en sa mémoire.
« Les chevaux me tournaient la t«'*le. Mon esprit faisait rage dans des cavalcades imaginaires, tandis que j'avais sous les yeux grammaire ou prosodie, et cependant je crois que je me serais enthousiasmé autant que les meilleurs élèves pour le grec et le latin si l'on m'avait seulement fait pressentir et entrevoir en perspective, comme récompense de mes efl'orts, les belles descriptions de coursiers dont les poètes anciens abondent. »
Dans ces chevaux, le futur artiste semblait voir frissonner le mouvement de la nature tout entière. N'était-ce pas, en effet, l'expression unanime de la force, de la pni«:«ance et de l'impétuosité
GÉRICAULT 47y
que cet animal cabré portait eji ses flancs <i acier
Et l'artiste de nous de'crire sa passion pour » la plus belle conquête de rhorome », Un jour de congé, rencontrait-il un beau cheval? il le suivait; le cheval prenait-il le trot? il trottait; du trot passait-il au galop? il courait de toutes ses jambes derrière, traversant la ville, s'égarant dans la campagne et ne ©'arrêtant que lorsque, inondé de sueur, il tombait sur la route, épuisé de fatigue et haletant...
Même la gloire de Franconi hantait les rêves du jeune homme au point qu'il inventait des supplices pour arriver à satisfaire aux règles du Parfait Cavalier.
Qu'on en juge ; le soir avamt de se coucher, plaçait entre ses jambes tous ses dictionnaires et ses livres liés ensemble, et même ces instruments de torture agissant trop faiblement à son gré, il les remplaça par un instrument de son invention qui arquait ses cuisses pendant son sommeil en les martyrisant...
Hélas ! l'amour de l'équitation devait coûter la vie à notre héros, tout comme à Decamps, autre maître de la peinture ; mais n'anticipons pas.
Aussi bien cette passion qui nous révèle une attirance extrême pour le mouvement intense et trahit une volonté peu commune chez Géricault, sert parfaitement la cause de sa destinée.
4H() LKA GRAND» MaItUF.h DR i/aRT
(i«* rrvoliitioimairiî ne pouvait (lu'^lre un volontaire, et «••• priVlirscur de lu vie dans l'art nou» plait h roiil* iiij)l<i sur un rlifval fou^iucux, aux niariin's saiii^hintfs, aiix muscles frémissants.
Uref, ne nous t'Ionnons pas de voir en (.'arle Vernct 1«' pitini» r inailr** de notre artiste. Le père du peinlr«î de /u Pri^r île la Stnaluh initie Io^^i(|U(;ment le dt'hulant à IV'tude du "coursier » d'alors et, grâce k Géricault, le cheval étijjue de Veniot va devenir noble.
Lasse de traîner le cabriolet, l'haridelle de Carie s'ébrouera dans la gloire avec un autre maître.
D'ailleurs, le premier initiateur semble tùt être délaissé en faveur de Pierre Guérin qui, après la révélation de Vernet, sera en somme le bienfaiteur réel de notre génie futur, puisqu'il lui inspirera la haine de l'enseignement doctrinal.
Du reste Géricault fréquenta peu les ateliers, il préférait travailler chez lui, dans le silence de ses pensées et de ses observations critiques sur les œuvres de ceux qui étaient la gloire du moment.
Ainsi naquirent le Chasseur à cheval et le Cinrass/er, prélude d'une série inoubliable de chevaux aux croupes luisantes, aux « jarrets d'acier » comme on n'était pas encore habitué d'en voir.
Obligé d'interrompre ses travaux en pleine aurore de gloire, dans l'année désastreuse de 1814, Géricault néanmoins retraça d'une manière