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Et querl sentiment divin plane sur ces visages naïfs et clos d'une pensée volontaire !
Dans le moindre trait de leur physionomie comme dans le moindre pli du vêtement qui les vôt, une intention s'enferme, charmante à dévoiler. Quand on examine les pages de Memling, les yeux et l'esprit à la fois voyagent, heureux de se rencontrer dans l'idéal.
Jusqu'au nom de Memling qui est sujet à contestation ^ Les uns disent Memlinc, les autres llemling ou Hemmeling, quand on ne va pas jusqu'à orthographier Meninielinck !
Kn délinitive, on doit se rallier au seul nom de Memling qui vint au célèhre peintre de la ville de Memelingen, dans la principauté de Mayence, où il naquit vers 1435.
On suppose que Memling, après avoir fait ses études d'artiste dans l'atelier de Van der Weyden, à Bruxelles ou bien chez les Van Eyck, alla se fixer à Bruges.
On croit qu'il fut peintre de Charles le Téméraire; on présume qu'il accompagna en Italie son maître Rogier(?), il en est aussi qui font mourir notre personnage en Espagne, à la Chartreuse de Mirallores... alors que plus probablement il rendit le dernier soupir à Bruges, en 1494.
Bruges apparaît relléter exactement la pensée alanguie et mélancoli(iue, l'eau dormante de cet art
ÎA LES GUANOS MaItAES DE L'aRT
myf»li()ue où, comme des vapeurs, planent des sep-
titiD'iits mai (l(*fiui», (J'unc déiicateshe tellemoiit t«'n«ii<' cl (1 iiiiH disliiictioi) si raflinée qu'elles beinblciil iiisaisissuliles.
('/«'st hieii à Hnj^es, pluH oii y songe, que I l.iiis MiTiiliiig il cnlauté son œuvre, puisqu'eii couh ]iij)laiiL < t'I (lîuvre on évoque en même temps Hnif^es la Mijite dont les canaux sta^nanth ont coimiie la fixité singulière du regard des vi<Tges de cet artiste.
Vont-elles donc uoub lisrer leur secret ces madones angéliques ? Mais non, hors ce demi-aveu, le calice se referme et garde son parfum.
u La tradition la moins douteuse, a-t-on écrit, représente Meniling blessé à la bataille de Morat et se traînant par les chemins au milieu d'un âpre hiver jusqu'à Bruges, son pays natal (?; où il fut admis à l'hôpital de Saint-Jean.
« Son long séjour dans cette maison des pauvres et des malades est le seul fait avéré de sa furtive existence.
« Ce fut là que, pour reconnaître l'hospitalité des moines, il peignit la Chasse de sainte Ursule et quelques-uns de ses plus divins chefs-d œuvre. >»
D'où à conclure que ce fut durant sa convalescence que Memling composa ses fragiles peintures, il n'y a qu'un pas, tant il nous apparaît favorable de placer un pinceau aussi délicat, dune
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anémie si éthérée, d'une grâce si idéalement souffreteuse, entre les doigts longs, minces, si pâles, d'un malade qui revient à l'amour de la vie!
Les mystères ont cela de favorable qu'ils aiguisent la curiosité et l'imagination ; aussi bien l'ombre de la mort qui frôle un vivant lui fait d'autant apprécier les beautés de la nature qu'il reproduit et qu'il décrit avec l'exaspération reconnaissante d'avoir échappé au trépas.
Demeurons donc sur l'impression d'un Memliiig élernellement convalescent, pour la douceur de cet état où Ton doit créer, lorsque l'on a du génie, des êtres élancés, pâlots ou à peine rosés, d'une expression singulièrement éloquente en le calme de leur geste; des êtres de l'au-delà sans doute, puisqu'on se les imagine paradisiaques.
Quant à suivre Memlingdans son vol légendaire, il n'y faut point penser et, après tout, repétons-le, l'énigme de cet œuvre parfaitement associée à celle de qui la créa, n'est pas faite pour nous déplaire.
Un parfum rappelle un souvenir, un tableau de Memling évoque tout un passé ; cela doit suffire à notre émotion d'art.
Si donc l'homme est évanoui, parcourons maintenant l'œuvre immortel.
L'une des premières pages de Hans fut le triptyque exécuté pour le seigneur de Glillord,
.'iO Lhh (JiaNoh maIthe» dk l'amt
entre \Mli vi 1 4îM : lu Vierf/e ri l'Enfant ailnn'i par un (/rufti/rur (^ii\i'Tiii I jcîclilf*nHl«;iii, 1i9i), puis le Jtt(/r///r/t/ drrnH'i\ autre triptyque?, aujourd'hui au «lùnic (!•• \):\\\{/\\i, <'t If jM)l\ plyfjiif» de la l'assio/i h LiiImm-R 1 iîM .
i)aiis riiit(>rvalle, il taul placer notaiiiinent la Chasse df sai/ile Ursule ^ à propos de laqu<*lle Tli. (lautier s'est ainsi exprimé : «< On peut ranger la célèbre <liAsse de sainte i'rsule parmi les merveilles de la main humaine ; la délicates.*3e du pinceau éj^ale l'idéalité de la pensée.
« Ces deux cents figurines, dont les plus grande.^ ont un pied et les phis petites six lignes de hauteur, sont d une linesse radieuse, qui n'a d'analogie que dans la manière de Fiesole.
« C'est un mélange inellable d'éclat et de suavité, l'ardeur du vitrail tempérée par la transparence de la miniature. Kn créant ce monde surnaturel, Memling la enveloppé de son atmosphère... »
11 est de fait que cette immatérialité chère à Memling, où se retrouve avec le charme dune heureuse rencontre, la manière des Van Eyck. a pour notre époque désenchantée un attrait irrésistible.
Tout comme nous admirons les mots d'enfants frais et neufs en leur ingénuité, nous nous complaisons à rechercher dans l'époque primitive de
l'art l'illusion et la naïveté qui nous manquent et qui nous ravissent, d'autant que nous ne croyons plus à l'idéal candide comme les peintres de naguère.
En l'oasis de notre grand désert, la note reposante d'un Van Eyck, d'un Memling, d'un Bollicelli, est comme une goutte d'eau à. notre soif et, après avoir bu un instant à cette coupe de foi, nous reprenons le chemin de notre réalisme photographique, moins fatalement.
Qu'est la vérité à côté du rêve? Et tous les primitifs de l'Art nous transportent dans un rêve.
Mais poursuivons l'énumération approximative des œuvres du célèbre peintre qui nous occupe.
Voici le Mariage myHique de f^ainte Catherine^ à Bruges ainsi (\\\^V Adoration des Mages, la Descente de Croix, à Rome; les Sept JJonlei/rs de la Vierge, à Turin ; les Sept joies de la Vierge, h Munich ; la Vierge adorée par la famille Floreins, à Paris, à Vienne.
Sans compter une Vierge à V Enfant, qui est à Florence; un Saint Sébastien, "k^vyw^W^^, leChrisi et les Anges, etc.
Au résumé, l'œuvre de Memling, extraordinairement varié, touche à la beauté la plus grande par les moyens les plus simples.
Point d'éclat excessif ni dans la couleur ni dans» l'effet; la justesse des attitudes et des physiq-
3Î I.FH OHAND^ MAtmES DK l/AnT
iioniins, le. (h*HHin pri'TiiMix, h la foin n«ïf et piiishiint (Imt)s \h rninroiir,ajout(*ni h la qualité* d'un «icn- ^ llrncnt rîIor|ncnt sans phrascft^d'un wnipiilp rl'fîxr'»- (Miliori v«'Ti«li<|n** snns lo rTK)indrf» ••^'•rf 'jui Om!!*' parmi des inasqiifs irnp('ui<''trahles.
Les inailnîs d'alors «'talent tous de» exécutanli» prestigieux, aussi leurs œuvres r<?sistent-elles aux siècles; notre époque, qui veut ignorer la helle facture, préférant sacrifier à la mode du jour, ne prépan'-t-f'ljo point aux (générations futures l'occasion d'iinc parfait»', déception?
Mais passons.
En dehors de ses tableaux religieux, Memling a peint de nombreux portraits dont l'esprit du dessin, hors la convention de Tbabileté, dont l'exécution précieuse, se portent garants d'une ressemblance vivante. Ces portraits sont d'une réalisation plus virile peut-être que ses pieuses évocations, et cette distinction dans l'expreçsion doit provenir simplement du caractère accusé de ses modèles humains, par opposition avec ceux qu'il s'etTor<;ait de copier dans son extase divine.
Si l'on compare Memlingà Van Eyck, on accorde peut être plus d'envergure géniale à ce dernier; mais aussi Hans est tendre davantage.
Au surplus, il ne faut point opposer les qualités des artistes entre elles, à moins que cela ne soit pour nous faire goûter le plaisir de leur différence.
Le peintre flamand Hans Momling, dont l'iniluence fut si profonde sur les écoles de Bruges, d'Anvers, de Bruxelles et même sur celle du Bhin, demeure le créateur d'un type féminin qui chantera éternellement sa gloire, par la grâce distinguée, la foi et le recueillement savoureux et pénétrant.