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étoffes écourtées « sentant l'épargne », qui volaient ses personnages, ainsi que leur manque de mouvement et la diversité quasi absente dans leurs caractères et leurs allections, sans compter la grande monotonie de ses compositions qu'il placjait en divers lieux sans aucun changement.
Tandis que Vinci enveloppait la forme humaine dans une lumière vivante, tandis que Michel-Ange claironnait lu puissance de sa vision majestueuse, tandis qu'à l unisson enlin, ces deux maîtres donnaient à leur dessin la réalité mobile de la nature, détaciiée de la convention, Pérugin, hdèle à sa ioi tranquille, à son génie primitif, persévérait en la pureté, en la grâce, en le charme naïf de sa manière de chef-d'œuvre.
Si ses compositions ne possédaient point la llainme, Timpétuosité et l'éloquence vraie des compositions des novateurs, elles gardaient, en leur exquise frigidité, comme un parfum de Heur sèche qui pouvait égaler Tarome des fleurs vivantes que Léonard et Buonarroti venaient à l'instant de cueillir.
Comment Vannucci eût-il pu comprendre, à son tour, le modernisme de l'école nouvelle? Pour lui, cette vérité n'était qu'une profanation, et ses délicieuses vierges durent rougir du geste osé de Michel-Auge !
Au surplus, abordons sans plus tarder la vie de
Rft I I - (iHAMJS MAlriiKh DK L AUX
noire héroH, pour mieux en démAler l'état (J urne.
Pi»*trr) VanniP ( i iiarjuit cJan» la jirovince de iN'nij^'ia, à (^asli-llo (i»*l l*ieve, en iWi.
Son |»i'T(*.(lliri>lorafio Vannucci, était fort pauvr*», et son labeur modeste suflisait h peine à nourrir les nombreux enfant» qu'il possr'Mlait. Pérujrin eul donc h soull'rir ln^aucoup de la misère dan» son adolescence; on dit mAme qu'il ne pouvait pas toujours satisfaire sa faim, et on nous le montre longtemps couché dans un coffre à bois.
Si quelques historiens voient dans ces débuts misérables un stimulant au génie qui nous occupe, cela est déplorable, mieux vaut féliciter Pielro de son endurance et de sa foi, car, en f»ou5- ' sant c\ rextrénie lu thèse de la misère aijruillonnante, cen'estpoint mourir d'inanition qui assure rimmortalit(i. Pritno vivere... et le meilleur moven de vivre dans la mémoire des hommes est de ne point succomber, dès le jeune âge, aux privations.
Mais toujours les besoins de la légende incitent au mensonge, et il nous suffit d'apercevoir maintenant le futur peintre en train de broyer des couleurs chez un peintre quelconque de Caslello del Pieve, pour juger îi la fois et de l'orientation de ses goûts et de la pénurie de ses moyens.
C'est que Pietro a convaincu son père de sa vocation, incapable de résister à cet enfant à qui il souhaite un meilleur sort que le sien dans une
VIERGE ADOREE PAR LES ANGES, par PÉRUcm [Musé: du "Louvre.)
péRUGIN 59
carrière qu'il ignore ou à laquelle il n'a jamais osé s'arrêter.
Son premier maître fut Benedetto Buonfîglio — à moins encore que ce n'ait été Niccolo Ahinno ou Pietro délia PVancesca — peu importe l'un ou l'autre de ces inconnus qui n'ont d'autre mérite à nos yeux que d'avoir vaguement initié à leur métier un grand peintre de l'avenir, entre deux broyages de couleurs...
D'ailleurs, l'initiation est prompte autant que décisive, puisque Pérugin, bientôt supérieur h son employeur, le quitte pour aller se perfectionner dans son art, à Florence.
Les uns nous montrent alors le jeune homme gagnant cette ville à pied, par étapes, en mendiant, tandis que d'autres prétendent que Pietro avait peint avant son départ de Castello deux grandes compositions qui sans doute lui furent avantageusement rémunérées... Hélas! laissons k la légende ses besoins de divaguer en faveur du pittoresque, et contentons-nous de signaler à Florence, Vannucci dans Tatelier d'Andréa Verrocchio, sculpteur célèbre mais peintre médiocre qui ne dut guère influencer techniquement son élève.
Aussi bien les Florentins ignoraient ti l'époque la science de la perspective et ne goûtaient point davantage le charme du paysage, et ce fut plutôt Pérugi»^. à en juger par le succès que l'on fit
60 I.KN (;HA.>(f>H MAilfiKl» DE L'aHT
à la nouvpant<^ qu'il .ipportait, qui apprit qiulqne chose à rriix qui «Irvaipnt ItMlaircr.
Sin^^ulij'roiïf't du ^'«'«nie devanranl le talent, avec une pnîscience morveillense !
Mais rd'uvre de MasacTJo devait, autant que les personnels efforts du jeune homme, le guid<rdans son métier. Masaccio, mort (juelques années avant la naissance de Pietro, souilla du tombeau, semblet-il, ses suprêmes ronseils à son admirateur; aussi les progrès de ce dernier augmentent-ils à vue d'œil, fertilisés par cette iniluence mystérieuse.
Il ne nous déplaît pas de noter les vertus d'une inspiration pof>t morfpm chez un génie sur lequel l'expression de la vie ne pouvait avoir de prises.
Et ce métier, que Pérugin acquit, ne dut lui venir que de cette confidence d'oulre-tombe puisque ses maîtres vivants n'avaient pu certainement lui apprendre ce qu'ils ignoraient.
Voici donc bientôt notre artiste encouragé par l'applaudissement public et stimulé par le désir de surpasser les jeunes célébrités contemporaines de l'école toscane.
Les religieux à l'envi se disputent l'artiste de leurs rêves, celui qui exprime si parfaitement le recueillement et les ferveurs de la prière et, aussitôt, sur les murs des églises et des couvents, courent de pures fresques, toutes chantantes de couleurs. Des marchands venaient de France,
d'Allemagne et d'Espagne pour acheter ses tableaux, et Ton raconte qu'un Florentin ayant payé un Saint Sébastien signé Pérugin cent écus d'or, le revendit quatre cents au roi de France !
C'est l'opulence après la misère, d'où résulta une tare d'avarice qui, cette fois, peut s'expliquer par les terreurs de la pauvreté dont l'artiste avait été dans sa jeunesse si cruellement victime.
En revanche, si Pietro aime l'or et seulement par crainte d'en manquer, non dans le but vil d'entasser, il dépense son génie sans le marchander. Après avoir répandu ses œuvres à Florence, il distribue les splendeurs de son art à Pavie, à Bologne, à Sienne, puis, de là, mandé par le cardinal Caraffa, il part pour Naples où l'on admire encore de lui une Ascension de la Vierge d'une ingénuité charmante.
A Home ensuite, où Sixte ÏV l'a appelé, nous voyons le célèbre peintre décorer la chapelle à laquelle le prélat devait plus tard donner son nom (^Sixtine). Pérugin y représenta des scènes bibliques dont une grande partie, hélas, devait être eiïacée par la suite pour permettre à Michel-Ange d'y placer son Jugement (lernier.
Ainsi procèdent les époques, sans respect souvent du passé aux manières différentes, le progrès du moment manque de générosité et de mesure; la puissance de Buonarroti devait écraser à ce
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momoiit l.'i fm^ilit/î cin IYtii^Iii, alorn rprauj'uirli'lnii !«• ('oulrasl<* des deux mallr*»» «ourit à noire ôcU'i'iïsmf*.
îirof, Vanmirci laisse» onroro Irnro f|p s*»n frai» p«'ni«' Mil V.itiran ^sallo de Torro-F^)rfria', on nous lisrnis im essai ciirieiix <lo clair-ohsnir clans le fenillafjc qui cntoiiro los «ujots traités, h la T.asa Colonna, à IVglise Saint-Marc.
Voici rhenre de son apothéosp, il est extrêmemont ^icho, il ne peut suffire ajix commandes et résister à toutes les instances qui lui sont faites de (juitfor son sol natal.
Puis, lorsque Péruirin réintègre ses pénate» accompagné de nombreux élèves, ce n'est point pour se reposer, et l'on dit même qu'à Castello del Pi^ve, les commandes aflluaient tellement à* sou atelier « qu'il s'était associé un moment avec ses disciples, pour un tiers dans tous les bénéfices ».
Ici réapparaît l'usage de se faire aider, si fréquent à ces époques où Tart somptueux et nouveau se débite frénétiquement dans l'enthousiasme de la décoration inédite. C'est l'instant précieux où les grands maîtres ne peuvent suffire à la production, l'instant où ils font l'honneur à leurs admirateurs,à leurs élèves, de les convier à la beauté commune pour la célébrer davantage.
Et, si l'on cite Bernardino Pinturicchio parmi
les élèves du maître, il iie laiiL pas oublier que Raphaël Sanzio vint aussi se ranger sous son égide.
En compensation de la singulière participation aux bénéfices matériels que nous signalâmes, insistons maintenant sur l'idéale récompense pour Pérugin d'avoir des premiers formé Raphaël !
N'eût-il que ce titre à notre reconnaissance, Pérugin mériterait d'être vénéré, et voici sa réponse au génie des Vinci et des Michel-Ange : il avait initié Sanzio ! D'autre part, il ai'riva que le maître, vers la fin de sa vie, se prit à u rapliaëliser » au contact de son génial élève, comme si les deux grands peintres avaient enlin échangé leur gratitude.
Mais quant à prétendre que Pérugin doive toute sa gloire à Raphaël, cela serait injuste, car si Sanzio est beaucoup plus savant que son maître, il sait moins émouvoir, et si son style est plus grand, il semble d'une poésie moindre. Au surplus, les maîtrise^ marchent par étapes, incomparables entre elles, elles sont la marque d'un temps de beauté, simplement. Pour en revenir à Raphaël, son entrée dans l'atelier de Vannucci date, nous le répétons, du retour de celui-ci dans sa ville natale et, durant dix années, il demeure son disciple fidèle.
Sanzio dut collaborer bientôt à l'œuvre de son maître, car nous verrons les miraculeux progrès de celui qui devait mourir si jeune après une dé-
(li i.K-H (;f^^Nr»^ maIturs df t\ur
peiisr (J<î gi'iiif? si colosnal*: ; aussi hii'ii tli'vonsnous associer les doux grands peintres danh 1 adniirationciuc nous arraclïcnl àce moment Ifs p«'infurcs sijiijiM's Vaiinurci : c'est la salle (l'aufJi<'nco rt la chajx'llo du collège du (Change à Caslello, et l.tiil d'autres pages que nous ne pouvons «i regret (|u a|)plaudir à travers le prisme laudalif de cvitx (]iii 1rs oui vues avant leur destruction: t^'moin ccriaiii Miiriarjr de la Virrffp dont on a dit merveille.
Le grand tort (!<• iN'nigin l'ut de retourner sur la lin de sa vie à Florence où de nouvelles réputations mena(;aient d éclipser la sienne. L'heure du Vinci et de Buonarrpti était venue, et nous n'insisterons point davantage sur le coup au cœur que la révélation de ces génies porta à Vannucci.
Non qu'il ne concédât à ces illustres rivaux leur droit à l'opposition, mais parce qu'il ne comprit point leur grandeur au point d'avoir voulu se mesurer avec eux.
Dès lors au-dessous de sa tache, notamment lorsqu'il entreprit d'achever le tableau du maîtreautel de l'église des Servi commencé par Léonard, Pérugin connut l'amertume des railleries de ce peuple ingrat qui l'avait encensé naguère. On fit pleuvoir sur lui des sonnets satiriques, des épigrammes, des caricatures, on le blâma mt'me devant les tribunaux, où une querelle avec Michel-
SAlNTt FAMILLE, par Pérugin.
{^Musée du Louvre.)
Ange l'avait amené, après un échange d'aménités sur leur respective valeur. Buonarroti aurait été jusqu'à souffleter son adversaire de la qualification de goffe (sot, niais, fade) !
Bref on ne vit plus désormais dans l'œuvre du Pérugin que ses défauts, et le malheureux artiste dut bientôt s'éloigner de Florence pour n'y plus jamais revenir.
Sans parler du reproche d'impiété que l'œuvre de Vannucci dément malgré les affirmations, d'ailleurs souvent sujettes à caution, de Vasari, nous ne reviendrons sur l'avarice de notre personnage que pour le plaisir de l'anecdote.
On prétend que cette triste passion l'exposa au danger d'être assassiné.
u Comme Pérugin vivait en méfiance perpétuelle de ses domestiques et même de sa famille, il avail coutume de prendre avec lui lorsqu'il voyageai!, tout ce qu'il pouvait porter d'or et de pierreries.
(( Or, un soir qu'il rentrait à sa villa, des voleurs embusqués sur la route se jetèrent sur lui, le dépouillèrent et le laissèrent étendu sur le sol nu et meurtri.
« Le vieillard, plus préoccupé de son or que de ses blessures, insista tellement près des magistrats et des autorités religieuses que l'on mit à lu recherche des malfaiteurs autant de zèle et d'activité que s'il se fut agi d'une conspiration poli-
M i.R» i;nANn»* MAÎTiir» dp. l'art
(i<|ii«' : il parvint ainsi îi rentrer dans la plus
^randr parli»* (!•• son Iri'sor. »
Mn roinjM'nsalion de ce travers d/îlestaLle. un*'. note sentiinenlale : Pénigin airnait tendrement sa feniFnc; il ne trouvait aucun habillement, si rich<* (juil fui, tiDp Ix'.Mi pour ••lie, et l'on raconte qu il se plaisait (ju<*l(|uefois à la pan-r lui-niènie lors- (luellc s'a[)prMait à sortir.
(Juehiucs-unsdeshiggraphesde Pietroprétendent que sa mort, cjui survint en ir)24, dans son pas-s natal, fut iraputahle à la révolution qu'il f'prouva ;i la suite du vol que nous venons de dire. D'autr^'^ supposent qu'il succomba à la lièvre peslilenlielb* dont les ravages désolèrent la province de Peru^'ia et ses environs.
Quant à nous, dans le domaine des hypothèses, m nous voyons FMetro Vannucci dit le Pcrugin, | aigri par le triste couchant de sa gloire, terminer ses jours terrassé par Tàge impitoyable qui l'avait fait assister si cruellement à la fois à son déclin et à l'aurore du génie des autres.
Les œuvres de Pérugin sont répandues dans les Musées de l'Europe. Nous dirons les plus marquantes : la Vierge glorieuse entre des saints y à Vienne; {Apparition de la Vierge à saint Bernard , à Munich, et au Louvre enfin, )e Martyre de saint Sebastiefi, l'Amour et la Chasteté^ la Vierge avec l'enfant Jésus adorés par deux saintes et deux anges.
Il y a dans l'œuvre de Botticelli un charme extraordinaire, indéfinissable, qui place cet artiste parmi les plus grands maîtres primitifs.
A l'analyse, l'émotion de la première impression subsiste, on dirait même qu'elle s'exagère, tant sont troublantes ces pages naïves, délicates et printanières. .
Aux époques de début, on constate une générale sincérité, exprimée avec la sécheresse d'un soin probe et appliqué qui uniformise l'aspect de l'œuvre; la raideur des personnages encore ajoute à la frigidité de ce que Ton voit en accentuant le sentiment que l'on y met, mais chez Botticelli il apparaît que la mièvrerie est de la beauté voulue.
Cette mièvrerie, en effet, semble répondre à l'idéal de ce peintre, à sa conception de la grâce et de la vie.
C'est ainsi que M. le D"" Stratz [la Beauté de la. Femme) remarque de façon piquante que la Vénus florentine de Botticelli porte les stigmates d'une phtisie très caractérisée... « On découvre
i,K LK»< chanoh maItmk» de i/ai«t
dans lo cou long fi mince (de celle VénUH), dans les é|)aiil«'s tombantes, dan^^ le thorax <'*troil el alîaish^, etc., 1«' type bien caraclérisé de la phtisique dont lii boauté, ici, comme dans la réalité, iiispiK- nii vil srnlimrnt df pitié.
« Si nous nMlécliissons que Simonotle Catunea est née en 1453, <'l (pi'après s'èln» mariée en 1 iOH avec Marco Vespacci, elle est morte de la phtisie cil ['yH\, à peine âg»'*e de vingt-trois ans, il nous parait bien vraisemblable qu'elb* a servi de niodcb' i>')iir b- Vrnus de Bntticelli et que lartiste, pour des raisons faciles h imaginer, n'a légèrement changé que les traits du visage.»»
Singulier exemple de la beauté puisée dans un corps malade, tandis que par exemple, le portrait de Jeanne d'Aragon, par Raphaël au Louvre, respire la santé, rellélanl au contraire une beauté
robuste !
Or nous insisterons sur le charme maladif si attractif dans l'œuvre que nous examinons.
Ainsi donc, la qualité ascétique, séraphique, des peintures de Botticelli est due à Tapitoieracnt délicieux que nous ressentons d'abord vis-à-vis de ses créatures fuselées et diaphanes, presque mourantes î
Et cela est délicieux que cet apitoiement provenant de l'expression souffreteuse qui est bien rexpression la plus réelle de la viel