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Aussi bien ces madones de Sandro semblent renaître à la joie de leur maternité; nous les voyons en pleine convalescence, plus pures encore de leur douleur que nous voulons quelquefois supposer virginale, mais que le plus souvent nous goûtons humaine au point qu'elle nous attendrit davantage.
Et puis ce dessin, ténu comme un fil, sVtire délicatement autour de la forme qu'il sertit au mieux pour l'embellir, et puis ce coloris a la fraîcheur d'un ciel à l'aube, et ces compositions chantent une harmonie frêle, inoubliable.
Sans compter que le sentiment qui dort sur ces visages béats, aux yeux agrandis par une innocencii excessive, a un parfum commun, si l'on veut, à l'école primitive, mais qui, chez Botticelli, semble davantage ressortir de la vie.
Certes il ne faut point prêter à ces pages de bégaiement sublime des pensées excessives, ce serait contredire même à l'âme simple de ceux qui les conçurent, mais comment ne point prôner en art l'avantage de l'imprécis sur le précis !
Voyez, l'imagination s'exagère dans le brouillard, et les primitifs, avec leur regard neuf de n'avoir encore rien vu, font rêver supérieurement! Ne leur prêtons point cependant trop d'idées de derrière la tête et courions sans malice à leur sourire ingénu.
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h(»tti<rlli. if iiialire Hiiji^r»wiif par eic<»ll#*nce, iHnis inrito particiili^roment h rctUî ol*«prvalion, l't ma foi, nous nous laisserons alI*T à r«n»orc<»l- Irinoiit (jn il nous causo, parre qu'il no faut [loint se (Ic^'f^nnî <• <l Une li.nitP sc'Mlurliou.
Sandro a toncfn' à tous les genres, et son sj'ni iiM'iit d(''coratif, conventionnel, a toujours fait merveille. Il s'est promon»' dans la nature en po«>le las, il a [)lacé ses créatures fragiles dans la rosée. Au nn^pris de Iriir santé dc'dicate. il les vt}tit d'un rien pour que nous goûtions mieux leurs formes à la fois anguleuses et souples; il a rôvé enfin du sacré et du profane avec une pareille richesse d'cvocation ornementale et aussi avec la môme vision langoureuse.
L'aspect uniforme de la peinture aux premiers âges se rompt donc à la vue d'une œuvre de Bolticelli pour les raisons, que nous avons dites, de vie et d'humanité plus attendrissantes.
Nous tâchons de la sorte, par ce dernier éloge, de résumer, le plus exactement possihlo, les motifs de notre admiration pour ce maître dont nous allons maintenant noter la carrière.
Sandro Botticelli, peintre dessinateur et graveur italien, naquit en 1447 à Florence.
Son père s'appelait Mariano, et l'on ne sait au juste l'origine de ce nom gracieux de Botticelli.
Nous trouvons à ses débuts l'artiste dans l'aie-
lier de fra Filippô Lippi. L'élève se forme pieusement à côté du maître, auquel il emprunte longtemps sa manière.
On aime à se figurer ces temps où Tart était un sacerdoce, une communion réelle entre l'àme et la nature, et l'idée de voir réunis dans notre pensée Filippo et Sandro est séduisante autant que logique.
Ces deux esprits devaient se rencontrer et celébrer d'accord la beauté.
Après les créations idéalistes d'Angelico de Fiesole, qui marquent la tendance de l'art chrétien, après Masaccio dont les peintures commençaient à être réalistes, fra Filippo Lippi devait accentuer la vérité, et ce fut enfin à Botticelli qu'il incombait de libérer davantage encore l'art de ses attaches exclusivement religieuses et symboliques.
Pourtant l'affranchissement date de la maîtrise, et Sandro demeure passivement d'abord, l'esclave de l'admiration qu'il a pour son initiateur.
Un autre artiste, Antonio del Pollajuolo, semble aussi l'avoir inihioncé, à ce moment, dans un de ses premiers ouvrages intitulé le Courage^ qui figure dans la Mercatanzia de Florence.
C'est l'heure du tâtonnement commun à tous les débutants, jusqu'à ce que les ailes soient poussées à celui qui est né pour l'envol sacré!
72 r.CA GRANDS MAtmES DE i/aRT
Aussi hi<*n Ip goiU du momrnf impose au g^*ni<* des limites qu'il Horail p^'TilInux de franchir, et le réalisme on art commence sans toutefois s affranchir de son respect divin. Le r<^alisme d alors était hien loin de notre naturalisme !
D'autre part, les moyens d'expression techniques étaient aussi primitifs que la traduction ^'motive etvisuelle; on peip^nait en d^'trempc ou à fresque, avant la dc'TOUverte de la peinture à l'huile !
Et hi peinture à fresque excluait les retouche! et n'admeltuit que les terres naturelles en fait de couleurs.
Oiiant l^ la peinture c\ l'huile il faut avouer que si les couleurs qu'elle employait alors, d'une fraîcheur inaltérable, ne nous sont point parvenues, le bois sur lequel on les appliquait n*o>t pas loin d'expliquer la sécheresse de la facture à laquelle elles prt'sidèrent.
D'ailleurs la peinture à fresque jouit de la faveur la plus grande à ces époques, les Cimabué, les Giotlo, les Ucello, les Masaccio, l'ont mise à la mode, et Botticelli, suivant Vasari, emboîte le pas.
Appelé par Sixte IV à Rome, en 1473. il est chargé de surveiller les travaux de décoration de la chapelle Sixline et de peindre lui-m^-me, à fresque, trois sujets : le Christ tenté par le démon^ Moïse et les filles de JélhrOj le Sacrifice des enfants cTAaron,
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Pa^çes où l'originalité du jeune artiste, comme on en peut juger actuellement encore, est douteuse; mais c'est dans l'illustration que Sandro va puiser décidément la souplesse et la fertilité de son imagination, au fur et à mesure que croîtra sa personnalité.
Dans la gymnastique cérébrale nécessaire notamment aux dessins qu'il entreprit pour une édition de l'Enfer du Dante, se développent ses multiples qualités inventives, ses aptitudes à l'effet ornemental, ses dispositions à la poésie et aux contrastes de la passion.
Ces dessins, dont les originaux au nombre de quatre-vingt-douze sont aujourd'hui aux musées du Vatican et de Berlin, Botticelli les avait exécutés dès son retour à Florence ; ils respirent déjà un charme typique qui s'accentuera davantage cependant, lorsque Ton regardera sa suite de Prophètes et de Sibylles.
Le grand peintre qu'est Botticelli doit donc beaucoup à l'illustrateur des débuts. Voyez combien les scènes décoratives dues à ce pinceau étrange et capricieux semblent des estampes agrandies, avec leurs couleurs tendres et simplistes!
N'oublions point, au reste, que notre personnage est l'un des pères de la gravure en laquelle il excella, et ne peut-on supposer que cette préoccupation du trait épuré qui hante l'œuvre du
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peinlni eu question ne »oit comme un souvenir ou coiniiie une préfiTencedu des«>inaleur-graveur?
Tc^ujoiirs ebl-il que ce trait est beau h suivre en SCS moindres caprices; il s'étire, il s'alariguit.san» rien nuus cacher de sa (^râce mièvre et de sa bizarrerie senli mentale.
En regardant les deux Madones que le Louvre possède, devant ces peintures caressées et parfumées de la piété la plus pure, on sent que l'illustrateur ne disj)arait pas tout à fait encore, et, d'ailleurs, ne pourrait-on point en dire autant de toutes les p.j^«*s piiniilives où la sécheresse domine, entraînée |)ar le souci du dessin?
Les peintres primitifs sont plutôt des enlumineurs soigneux que des peintres dans l'acception du terme. Ils manient la pâte de couleur avec dextérité, mais ils n'osent point l'empâtement, ni les enveloppes grasses de la facture qui n'expriment le dessin que par le modelé, conformément à l'aspect de la nature.
Mais Botlicelli — pour ne parler que de ce maître précurseur — ne saurait être Rubens, fort heureusement pour notre éclectisme et la joie différente de notre vision.
Bolticelli a peint un très grand nombre de Madones et il y a excellé, tant sa candeur mystique se trouvait à l'aise dans l'expression divine; on lui doit aussi des sujets mythologiques d'une évoca-
tion lointaine tellement artificielle qu'ils sont à vrai dire charmants sans persuader néanmoins notre rétroactive pensée.
Que ce soit la Naissance de Vénus (Musée des Offices à Florence), ou bien la Calomnie (même musée) reproduite par Sandro, d'après la description que Lucrèce avait faite d'une œuvre analogue d'Apelle, notre admiration accepte seulement ce qu elle voit sans s'inquiéter de Tantiquitc célébrée.
On loue dans ces chefs-d'œuvre une invariable singularité plastique, une audace impérieusedans les sentiments exprimés, un entendement habile de la composition et par-dessus tout un incomparable style décoratif.
Et puis Botticelli est l'originalité et la distinction par excellence ; ses types sont d'une délicatesse qui tient de la névrose ; on ne les a vus nulle part; ils ont été traduits à travers une âme sans doute inquiète et maladive, d'après le modèle simplement idéal que nous avons décrit au début de ces pages.
On conçoit ainsi que l'œuvre d'un tel maître retienne si parfaitement notre attention en troublant si excellemment notre habitude de voir.
Devant le Printemps par exemple, la page essentielle de Sandro, celle qui paraît rassembler ses (lualités, on éprouve un plaisir et une émotion sans pareils.
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bottirelli nous j)or«uud«T;iit, presque, cjiie la maip^Teur ebt uneheauté; il nouh ferait ainiiT «Jes feinines trop ^Tandes pour le seul charme d«'*li^de leuiB membres longs et gracile», pour leur geste majestueux dans son étireaicnt.
Et puis cette couk'ur est ravissante et ce décor est riche, ils nous transportent parmi les contes de fées (jui bercèrent notre jeunesse.
Citons encore, parmi les meilleurs ouvrages de ce maître : fAdoratioîi dcsMarjes^ la Madojie^ Judith, la Vierge couronnée par les Anyes, etc., que l'on peut admirer encore aux Oflices de F'Iorence, tandis qu'une Sainte Famille^ une Madone entourée d'anges et un portrait, ligurent au palais Pitti.
Mars c'est l'Académie des Beaux-Arts de Florence qui possède le fameux Printemps^ entouré d'une Nativité^ d'une Annonciation, d un Couronnement de la Vierge , etc.
Notons enfin un remarquable tableau représeulant Tobie avec trois anges^ visible dans l'église de San-Spirito, à Florence.
De nos jours, par un singulier retour à l'idéal en dégoût d'un excessif naturalisme, l'influence de Sandro Botticelli s'est fait maintes fois sentir.
D'autre part, l'école préraphaélite, née en Angleterre, dès 1849, avait déjà indiqué les bases de cette réaction contre la peinture amollie et sans stvle de l'époque, avec une pensée littéraire dominante.
C'était l'heure de Rosetti, autour duquel se rangèrent Millais, Holman Hunt et Gollinson et surtout Burne-Jones dont le symbolisme évocateur des époques légendaires fit merveille.
Ainsi les grands maîtres originaux reviventils rajeunis et rénovés à travers les siècles dans Tadmiration des artistes reconnaissants d'une personnalité qu'ils ne se sentent point ou qu'ils n'osent affirmer.
Et puis, dans le coup de tête des réactions, il faut remonter aux contrastes typiques, aux nettes oppositions fixées en leurs différences par les maîtres. Voyez l'évidence photographique actuelle, sa cruauté dépoétisante nous valut de chercher, à diverses reprises, une idéale diversion dans l'œuvre des primitifs, qui furent et seront à la mode autant de fois que nous éprouverons le besoin de nous reposer dans la naïveté, autant de fois que leur Beauté, idéale devra nous faire oublier notre vérité impitoyable.
Le délicieux Sandro Botticelli mourut à Florence, en 1510.
TIZIANO VFXHLIJO (dit IT: titiin)
*' Kapliarl «l Titien, a dit Ingrc'S, tiennent sans contredit le premier rang parmi les peintres, et pour (.Mit Ilitpliaël et Titien ont considéré la nature sous (les aspect» bien différents.
« Tous deux ont possédé le privilège d'étendre leur vue sur toutes choses; mais le premier a cherché le sublime là où il se maintient, dans les formes, et le second dans le coloris. »
Cette opinion sur l'apôtre de la couleur par l'apôtre de la ligne n'est pas un mince hommage : il nous dispensera de revenir sur la qu;jlil'' essentielle du Titien.
Cette qualité qu'il tenait du Giorgione 'Barbarelli), ce sceptre, a-t-on dit, de la peinture vénitienne que ce dernier maître, innovateur des merveilles de la couleur, lui avait laissé, devait étr».entre ses mains un moyen d'éblouir, original.
Les génies ont cela de commun qu'ils ne se rencontrent pas, si toutefois ils savent profiter les uns des autres à la façon d'un fruit que dore et mûrit le soleil, en conservant la particularité de son suc.
tlZIANO VEGELLiO ?9
Nous assistons ainsi, de maître à maître, comme d'échelon à échelon, à des degrés de vol différents autant par la hauteur que par l'envergure; si de Jean Bellin à Giorgione son disciple, on constate une immense distance, de Giorgione h Titien il existe également une vaste marge.
Ainsi se poursuivent les créateurs, plutôt sublimes profiteurs et continuateurs, chez lesquels des parentés de talent et d'idéal séduisent comme un joli visage déjà vu que Ton aime à revoir sur un autre corps, avec une âme autre.
Voici dès lors Titien présenté en saréelle beauté, en sa pure originalité, en toute sa noblesse.
On raconte que dès l'âge de dix ans notre personnage peignait sur une borne une tête de vierge avec des sucs de tleurs écrasées faute de couleurs; c est dire la poésie de cet observateur, tout chaud encore des leçons qu'il vient de quitter, qui aperçoit déjà, dans les fleurs, le miracle de sa palette future !
La vocation du Titien est donc précoce pour ne pas faillir à l'usage et, elle a ceci de particulier qu'elle prit naissance dans une famille qui, depuis une couple de siècles, produisait des syndics, des notaires, des podestats et des jurisconsultes!
Léonard de Vinci devait déjà le jour à un notaire, et cela nous étonna, cette fois notre surprise est à son comble ! Non qu'il entre en notre
H(l LES ciuNDM maItiika ok i/aiit
pous/'e, loin (ifî là, I onihre d'une apprt'Tiation méprisant!; à l'égard dos gm» de loi, mai» parce quecotlo faillit*! à la tradition familial**, tradition où dort l'aust^^rité froide, toutos les fjualités pobi tives, tout l'absolu dos raisonnements, est frappante, ot, nous notons pour sa curiosité, — que l'on nous pardonne la comparaison, — l'érlosion imprévue d'un canard dans une couvée de poussins. Sous ces auspices comf)assés, donc, naïl Tiziano Vecellio dit le Titien, à Piève, sur Ir-^ confins du Frioul, en 1477.
On pnUend qur l'admirable intégrité biséculaire de la famille Titien lui avait valu ravanta^rf d'ajouter au calendrier un saint Tiziano ; maiqu'était-ce à côté de l'honneur d'avoir enfanté l'un dos plus beaux génies de la peinture?
Rendons ensuite justice à la clairvoyance des parents du Titien, qui voulurent que le sort du maître futur ne fut point sacrifié à la basocho.
Le jeune homme en rupture de robe est donc remis aux bons soins d'un oncle nommé Antonio, qui le confie d'abord au prosaïque Sebastiano Zuccato avant de passer chez Gentile Bellini. bientôt abandonné pour son frère Jean, dont les leçons apparaissent au néophyte plus éclairées.
Là, Titien apprend un métier surtout méticuleux et minutieux, dont la nature copiée servilement résume le but. Ainsi le veut l'enseignement de
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