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Giovanni (Jean Bellini) qui, avant de communiquer à ses adeptes sa propre délicatesse et la pureté du sentiment qui l'honorent, tient essentiellement à une passive autant que scrupuleuse vision.
Mais la camaraderie veille sous les traits de Giorgione, élève sans doute indiscipliné du môme maître, et Titien s'empresse de se mettre sous la direction de celui qui vient de lui révéler sa voi(^ en le charmant par le miracle de son coloris.
C'en était fait de Giovanni. Les deux élèves, embrasés par la mAme flamme, ne tardèrent pas à laisser leur maître bien loin derrière eux et, comme une pareille gloire est rarement offerte à deux émules à la fois, ce fut Titien qui l'emporta sur Giorgione.
Après avoir donné le change à diverses reprises avec plusieurs toiles que l'on croyait être de son initiateur, au point que celui-ci lui demanda de l'aider, notamment pour les peintures à fresque qui ornent la façade du fameux comptoir des négociants allemands à Venise (1507), appelé à Padoue et à Vicence, l'oiseau vola dès lors de ses propres ailes.
On voit encore de Titien, à Padoue, de belles figures représentant le Miracle du saint Padotian et, à Venise, ce fut l'élève brillant du Giorgione qui, à la mort de son maître, termina la composition que ce dernier avait commencée pour le
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jialais clos Dofji'H : r Amemle honorahh de Frédéric liarhrrniissr <ni i ftirds d" Alexaudi r III.
(Jl'liivr*' dont la beauté magistrale valut à Kon auteur, décK't^* le |)lus émineut peintre de la ville, ruflice «le la sensarla vot<V par le Sc^^nat vénitien, .i charge par lui «1 ex('*cuter le portrait <Ie eliaqu»nouveau doge.
i/otlice (Je la sensaria consistait à percevoir un droit sur les marchandises de l'enlrepot, d'un rapport annuel de trois ou quatre cents écus!
On voit, dans les mémoires, Benvenuto «Jellini solliciter, sous Paul 111, en récompense de travaux non payés, une pension analogue : la charge du plomb qui consistait à sceller d'un sceau de plomb quelques actes du pape.
A ces époques, on ne décorait point les artistes; mais en revanche, on leur conterait ces offices à titre à la fois honorifique et rémunérateur; il y eut le premier peintre du roi comme le premier valet de chambre.
La manie des distinctions, au surplus, est vieillcomme la société elle-même; passons...
De 1511 à 1519 nous retrouvons Titien à Ferrare, à la cour du duc d'Esté, où entre autres il peint ses deux Bacchantes de Londres et de Madrid, inaugurant ainsi sa brillante carrière de portraitiste par les effigies du duc, de la duchesse et de leur fils implorant la Vierge, de la
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seconde femme du duc Alphonse, Lucre zia Borgia et de Laiira de Dianti, maîtresse de ce môme duc que nous voyons aujourd'hui au musée de Florence, sous le nom de Flore, représentée nue avec une gerbe de fleurs.
Mais les artistes vénitiens sont les plus nomades, et rien ne peut fixer Titien en une autre place qu'à Venise, sous la dépendance de laquelle se trouve Piève, sa ville natale, principale forteresse du territoire de Cador. Ni les instances du duc Alphonse, désireux de conserver le Titien à ses cotés où TArioste figure flattcusement déjà, ni celles du pape qui Tappelle à Rome, point davantage que les pressantes sollicitations de notre François {"' n'ébranlent la résistance du grand artiste.
En dehors de quelques allées et venues à Cador où habitent les siens, Titien mène une vie laborieuse, frugale et sédentaire.
Lorsque subitement, prétend-on, vers 1527, époque à laquelle il venait de peindre son admirable Martyre de saint Pierre y ce géniequi jusquelà avait vécu dans le calme serein de ses pensées et de ses mœurs simples, se mita partager les désordres de l'Arétin, avec lequel il s'était lié de grande amitié!
Un autre complice de cette dissipation lui est donné par certains historiens dans la personne du sculpteur Sansovino.
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Kst-ctï le « matérialisfiM! d(fci(J<^ "du pinrc8ii «iil Titien, son in.'infjuenicnt [)arfoiH h IV'lroihr cliasteté, qui inciteront «l»- la sorte l'excès vertueux jusqn'.iii (i«''ni^r«'nieiit <iii peintre lui-môme?
On ne sait, mais celte allégation est (J<^menti<j>,ir l»*s accent- Ir l'uiivrc : voyez les tahleaux religieux <!«' < •• rnaitn*. ils imposeraient la foi a un athée tant ils émotionnent! Voyez ses peintures historiques sans vous annoter souvent à leur exactitude! Voyez les nymphes, les Vénus, tr>ules les nudités mythologiques enfantées par ce génie! voyez enfin la noblesse et la souplesse de ses portraits, et vous goùtere/ le besoin de rétorquer des calomnies!
Au surplus, peu importela vie privée des grands hommes, à moins quecelle-ci — et c'est précisément le cas de notre personnage — ne soit éblouissante | de luxe, de faste, de majesté, au point de mettre dans l'ombre des défaillances simplement humaines.
Aucun artiste n'a reçu de plus grands hommages que le Titien, cela est avéré. Les empereurs, les rois, les princes réclamaient tous Ihonneur d'être reproduits par ce magique pinceau.
Charles-Quint posa jusqu'à trois fois devant lui, et le premier portrait de ce monarque date de l'époque où le célèbre peintre étant allé rejoindre son auguste modèle à Bologne assisté de Clément VII, négocia la paix.
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Bref, Charles-Quint fil assaut de grâce et de ge'nérosité extrêmes à l'égard de son peintre. On dit qu'en public, à la promenade, il lui cédait toujours la droite et, comme ses courtisans lui reprochaient cette déférence : (( Je puis bien créer un duc, disait-il, mais où trouverais-je un autre Titien? »
L'artiste ayant laissé un jour tomber son pinceau devant Charles-Quint, celui-ci le ramassa en répondant à sa confusion : « Vous méritez d'être servi par un empereur. »
Suivons ensuite le Titien à Venise, où il retourne.
Créé chevalier et comte palatin de l'empire allemand, exempté par Charles-Quint de payer des impôts exceptionnels auxquels étaient en revanche contraints tous les habitants de la ville, lui aussi riche que les plus riches, recherché par tous les princes, l'ami de tous les hommes illustres, Titien peut dès lors courber sous le poids de tous les triomphes et de toutes les joies de l'esprit et du cœur.
Mais ici pourtant, dans sa ville natale, une nouvelle accusation le guette. Il aurait été jaloux du Pordenone, dont le talent, favorisé en son absence par plusieurs gentilshommes, aurait germé tout à coup.
Qu'y a-t-il de vrai, encore, dans cette imputalion ? Titien fut-il mis, comme on le prétend, en concurrence avec cet artiste et peut-on admettre
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I iiiia^'o (Ju Pur<leiionc travaillant IVp/^e au eût*' on avec une roiidachef sur Téciiafaud (i'uù il [>t:ignait safreh(jUL' d« l'église de Saint-Jean-de-Hiallo '
Certes leb inœurh du temps autori^eut toutes le;^ snp|)nsiliuiis fàcheuëes ; la preuve en e&t que le paiivnî Pordeiione devait terminer ses jours, trois ans plus tard, l' m poison né par un autre envieux...
Nous repousserons néanmoins l'idée du Titien jaloux d'un rival inférieur; nous lie voulons point croire «pie le maître ait douté un instant de la grandeur triouipliarite de son art.
En 1532, nouvelle apparition du célèhre peintre à I]ulogne,oii il trouve de nouveau réunis CliarU'."»- Onint etlo pape. Cette fois, Titien fait de (Charles V un portrait équestre (musée de Madridj, puis il est renvoyé avec mille écus que versait à chaque fois le modèle à son peintre, sans compter une pension de deux cents écus sur la chambre de Milan, non sans qu'il ait été préalablement armé de la propre main du monarque chevalier de l'éperon d'or, nommé écuyer, etc., etc.
Cédant maintenant aux instances de Paul 111. c'est à Rome que nous suivrons notre héros (1545;.
II se décide enfin à reproduire les traits de ce pape, sans faillir jamais à sa marque magistrale «musée de Naples).
Accompagné de son fils Horace, de son neveu Marco et d'une nombreuse suite de domestiques
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selon son habitude, le fameux peintre est aussitôt conduit, par les soins du Souverain Pontife, au palais Belveder oii des appartements lui ont été réservés.
Des personnages de qualité sont mis encore à sa disposition pour lui faire les honneurs delà capitale du monde chrétien ; bref, Titien reçoit des hommages égaux à ceux rendus aux plus hauts princes !
Paul III, on le voit, eut plus de chance que François I"", car Titien, s'il céda à la longue au désir (le ce pape en l'allant rejoindre, jamais il ne réalisa les espoirs du roi de France, q-ui dut se contenter d'admirer son effigie reproduite par le célèbre peintre d'après des médailles et des gravures (Musée du Louvre).
Faut-il voir dans ce refus rinfatisrable rivalité de François I" et de Charles V, qui an mit contrarié l'ami de Charles-Quint?
Toujours est-il que, luttant de monarque à monarque, le grand peintre tint énergiquement tête au roi de France et qu'il ne voulut lui accorder qu'un reflet de son génie, à distance respective.
D'ailleurs, en 1547 et 1550, Titien fit encore deux voyages à Augshourg où chaque fois l'appelait son ami Charles-Quinl, avant de se fixer définitivement à Venise, oii il vécut toujours plein de zèle pour le travail associé à la beauté, parmi le luxe le
HH M» r.RANDii maItiiki» diî i.'art
plus i'onmI f't cntomY* de lu vén(*ratioii iiniver.sellc
Mt <{uell<' lon^f^viU* fut la sienne ! Et quelle niirjKiiltii^c jeunesse du talent !
A I ii^ede suixunte-dix ans, le Titien achevait la belit; aradéniie de Vénus couchée que la ^'ravure a rendue populaire et, troisans apr^s, son pinceau plus que se[)lnag»'naire devait enfanter /e Couronlicincnt (I (jtines^ chef-d'u'uvre de science et de ^énie !
Sans faiblesse, Icinivre se poursuit toujours ascendante, surtout au p(jint de vue du coloris auquel le maîtie p<jrte un intérêt particulier, et l'on a j)rétondu môme « que les ardeurs de la pensée n'usaient ni son corps, ni son ûme tranquille et égoïste » au point qu'il emprunta souvent à des voisins leurs compositions.
Fallait-il qu'elles fussent belles, ces compositions ! Et voici seulement ce qui trahissait les méfaits de l'âge : cette faiblesse de regarder sur l'épaule d'un autre, faiblesse qui dut honorer et servir plutôt quelques peintres inférieurs, car le mérite n'est pas mince de prêter un instant au génie prodigue!
Mais l'immortalité du corps n'est pas, et Titien presque centenaire ila quatre-vingt-dix-neuf ans , ne va plus vivre désormais que dans notre mémoire ; il meurt, et cette mort est tragique, dérisoire ; même !
Le plus grand peintre de l'école vénitienne, le