‹ Les grands médecins du XIXe siècleChapitre 7 sur 12 · PATHOLOGIE NERVEUSE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE NERVEUSE

DUCHENNE DE BOULOGNE

L'étude des affections nerveuses est une science éminemment française. Les maladies du cerveau n’étaient guère plus connues qu’au temps de Galien quand Rostan, Lallemand et Bouillaud montrèrent ce qu’étaient l’hémorragie, le ramollissement et la congestion cérébrale, quand Pinel, Esquirol, Calmeil firent rentrer les différentes formes de folie dans le cadre nosologique. Ce que ces hommes avaient fait pour l’étude du cerveau, un homme seul le fit pour la moelle épinière. Avec lui, là où était le chaos, le jour se fit : c’est Duchenne, de Boulogne On a été longtemps injuste envers lui, parce qu’il était peu aimable, peu souple, peu sociable, et que, n’appartenant nia la Faculté, ni à F Académie, ni aux Hôpitaux, il

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ne faisait partie d’aucune de ces petites églises où l’on entonne des louanges d’admiration mutuelle. Il dut forcer toutes les portes, et fort heureusement quelques-unes lui restèrent ouvertes très affectueusement pendant toute sa vie. La froide pierre de la tombe a enseveli pour toujours le souvenir des petits défauts de l’homme, et il ne reste devant nous que la mémoire pure du novateur, du génie puissant, du créateur, du grand homme, qui aura dans l’histoire de la médecine sa place à côté de Laennec, d’Andral, de Bouillaud, de Cruveilhier et de Græfe.

Pour bien comprendre son œuvre admirable, il faut se reporter parla pensée à trente ans en arrière, et voir combien en étaient vagues et erronées les notions que l’on avait sur les paralysies, les contractures et en général les affections de la moelle. Il commença par imposer dans ces affections le traitement par l’électricité. Avant lui, les essais électriques n’avaient pas été sérieux ; on n’avait pas d’appareils commodes, et surtout on n avait aucune notion exacte sur le mode d’action et d’application de cet agent médicamenteux.

Dès que l’électricité fut connue, on s’empressa de l’appliquer à la médecine. Cuneus et Musschenbroek, en découvrant un condensateur qui reçut le nom de bouteille de Leyde, fournirent au médecin une source si abondante d’électricité, que l’abbé Bertbolon écri-

DUCHENNE DE BOULOGNE

vait: « L’électrisation peut guérir la pulmonie, l’hydropisie, la dysenterie, la diarrhée, les fièvres putrides et bilieuses, les épidémies, la peste, l’anthrax, la petite vérole, le cancer, la gravelle, etc. » Cet échafaudage fantastique fut bientôt renversé, en 1783, par un homme de science à la fois médecin et physicien, dont le nom fut plus tard synonyme du plus hideux terrorisme, Marat. Dans son Mémoire couronné par l’Académie royale de Rouen l’auteur, discutant l’action physiologique des étincelles et des commotions électriques, ne les recommande plus guère que pour le traitement des paralysies, complètes ou incomplètes, des atrophies, de l’asphyxie et de la léthargie.

Mais l’électricité statique ne devait pas rendre de très grands services à la médecine ; ce furent les expériences de Galvani qui, en 1786, fondèrent véritablement l’électricité médicale. Le célèbre professeur de Bologne, voulant étudier l’action sur le système nerveux du choc en retour produit par la décharge des nuages, avait suspendu des grenouilles à un balcon de fer par des crochets de cuivre qui traversaient leur moelle épinière. Or, contre son attente, il vit qu’en l’absence de tout orage les membres étaient pris de mouvements convulsifs dès que le vent les poussait contre les barreaux de fer. Une controverse très vive eut lieu, à propos de ce phénomène, entre Galvani

Daremberg.

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aidé de son neveu Àldini et leur contradicteur Volta, alors professeur à Pavie ; les premiers considéraient le muscle comme un véritable condensateur d’un fluide qu’ils appelèrent vital, tandis que le dernier disait qu’une force électro-motrice spéciale se développait au simple contact de deux corps de nature différente. Bien que de ces deux théories aucune ne soit admise par les physiciens modernes, cette brillante discussion conduisit Volta à une découverte qui a imprimé un grand élan à l’électricité générale et médicale, nous voulons parler de la pile voltaïque (i 794)- Dès cette époque jusqu’en i8o5, les courants galvaniques furent appliqués en Allemagne au traitement de quelques paralysies et affections nerveuses ; ces essais thérapeutiques, abandonnés jusqu’en 1823, furent repris alors par Aldini et ensuite par Nobili et Matteucci.

Faraday en i832, en découvrant les courants d'induction, fournit à la médecine une source d’électricité énergique et d’un facile emploi. Enfin, b électrisation localisée, vaguement entrevue par Masson, professeur à l’École Polytechnique, qui avait écrit : « La propriété du courant induit de n’affecter que les points touchés, permet de soumettre à son action une partie quelconque du corps », était définitivement créée par Duchenne de Boulogne.

Les principes de cette méthode si féconde sont exposés en détail dans son traité classique de V Electrisation locali-

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