‹ Les grands médecins du XIXe siècleChapitre 8 sur 12 · DUCHEN'NE DE BOULOGNE · texte numérisé non relu

DUCHEN'NE DE BOULOGNE

sée. Dans cet ouvrage nous trouvons l’exposé et la discussion des différents procédés d’électrisation, la description et la critique des appareils employés aujourd’hui, enfin une longue étude clinique des résultats que l’électricité a fournis dans le traitement des maladies.

Duclienne, en créant l’électrisation localisée, montra que, si l’on place sur la peau les deux réophores humides d’un appareil à courants induits, le courant traverse la peau sans exciter la sensibilité cutanée, et localise son action sur les nerfs et les muscles sous-jacents. C’était une grande découverte qui servit à traiter les maladies nerveuses, à découvrir leur siège et leur nature. Plus tard, il eut le tort de croire que sa découverte excluait toute autre méthode de traitement et d'investigation par l’électricité. Il combattit l’emploi des courants continus ou électricité voltaïque, si bien étudiée en France par Onimus et Charles Legros. C’est là une erreur commune à bien des inventeurs. Laennec lui-même, l’inventeur de l’auscultation, tenait plus à son instrument, le stéthoscope, dont on peut parfaitement se passer, qu’à son invention qui a renouvelé la pathologie thoracique. On tient plus à sa technique qu aux résultats qu elle a produits.

Et quelles belles découvertes a enfantées l’électricité localisée entre les mains habiles de Duchenne ! Il a complètement transformé les notions antérieures sur la phy-

siologie des mouvements. Ainsi Borelli, le célèbre iatromécanicien, avait cru démontrer mathématiquement que le diaphragme, en se contractant, resserrait la base de la poitrine ; Duchenne, par une dissection vivante, montra que le contraire avait lieu. Il a fait voir comment certains mouvements complexes ne pouvaient s’accomplir qu’avec l’action synergique de plusieurs muscles. Si l’on fait contracter seul, à l’aide de l’électricité, le muscle deltoïde qui enveloppe le moignon de l’épaule, le bras s’élève, mais par un mouvement disgracieux : l’omoplate se déplace comme dans la subluxation de cet os. Si, au contraire, on électrise en même temps un muscle du dos, le grand dentelé, le mouvement physiologique de l’élévation du bras se fait normalement et gracieusement. On voit avec quelle précision et quelle simplicité l’électricité localisée surprenait les secrets les plus délicats de la nature. Les lois des synergies, des associations, des antagonismes musculaires créées par Duchenne, ont été le point de départ d’une foule d’études cliniques remarquables sur l’incoordination des mouvements et les spasmes fonctionnels.

Ses recherches électro-musculaires ont éclairé d’une vive lumière l’histoire des déformations de la main et du pied, si peu connues avant lui, malgré les brillantes descriptions de Galien et de Charles Bell, qui manquaient

DUCHENNE DE BOULOGNE

des moyens techniques indispensables à cette étude. Duchenne montra que les muscles environnant une articulation ou un os mobile sont des ressorts qui, pendant le repos musculaire, maintiennent le membre dans son attitude normale. Un de ces ressorts vient-il à faiblir, l’exercice de ces forces toniques est rompue et le membre est entraîné dans des directions vicieuses, l’action de certains muscles n’étant plus contre-balancée par celle d’autres muscles antagonistes. Maintenant grâce à ses recherches, nous savons que les pieds-bots, les griffes et les déformations de la main sont dus à des paralysies ou à des contractions de muscles déterminés. Nous savons aussi que l'électricité peut les guérir.

Ses recherches sur les muscles de la face constituent un vrai chef-d’œuvre. Toujours avec l’électricité localisée, il produisait artificiellement tous les mouvements émotifs de la figure. Il faisait parler aux muscles le langage des sentiments les plus doux et des passions les plus fortes. Comme à la face tous les muscles ont une action isolée, il pouvait à volonté faire exprimer la douleur, la joie, l’attention, la terreur, la béatitude, la douceur, l’agression. Ces patientes études avaient rendu Duchenne très physionomiste, et, bien souvent, à la Charité, je l’ai vu examiner attentivement la figure d'un étudiant, le prier de rire ou de froncer le sourcil et lui décrire son caractère

i3 h LES CRÉATEURS DE LA PATHOLOGIE NERVEUSE

d’après la force contractile de ses différents muscles. Et toujours cette nouvelle bonne aventure était exacte.

Duchenne fit faire un grand progrès à l’étude des paralysies en démontrant que la contractilité électrique se conservait dans les paralysies d’origine cérébrale, et que, lorsqu’elle était détruite dans les paralysies rhumatismales ou traumatiques, ces dernières étaient incurables. C’est lui encore qui a décrit la marche presque mathématique de la paralysie musculaire survenant dans l’intoxication lente par le plomb, appelée paralysie saturnine.

C’est lui enfin qui a décrit le premier, qui a découvert, si l’on peut parler ainsi de pareilles nouveautés, plusieurs maladies perdues au milieu du caput mortuum des affections médullaires. L'atrophie musculaire progressive fut la première des découvertes qui ont imprimé à son œuvre l’allure retentissante des vraies découvertes. Du premier coup il fit une description achevée de cette maladie bizarre qui promène l’atrophie dans tous les muscles du corps, qui laisse intacte la contractilité musculaire, et par conséquent les mouvements, tant que quelques fibrilles restent épargnées; qui évolue sans fièvre, sans phénomènes généraux, jusqu’au moment où, le diaphragme s’atrophiant et se paralysant, le malade ne peut plus respirer, étouffe et meurt. De même aucun trait ne manque au tableau clinique des autres maladies découvertes par Duchenne : la

Page 1