HAENDEL
Haendel n'est supérieur que dans Toratoiio; mais dans ce genre, le seul où son atlachement à la forme scolasliqué lui ait permis d'exceller, il s'est montré incomparable. Ce n'est pas sans raison que les Anglais, ses compatriotes d'adoption, Font appelé le Milton de la musique.
Ce que Palestrina avait fait pour TÉglise au seizième siècle, le compositeur de Halle l'a fait pour le templeau dix-huitième. C'est là sa gloire qu'un tel rapprochement puisse être fait sans flalterie pour lui et sans injustice pour son illustre prédécesseur.
Né à Halle, en Saxe, le 23 février 1685, il était destiné par sa famille à la jurisprudence, et son père, qui voulait en faire un homme de loi, avait banni de sa maison tout instrument de musique. L'enfant ne se rebuta point; l'instinct de l'art lui fit éluder les défenses paternelles. Avec l'aide d'un domestique, il parvint à introduire une petite épinette dans une chambre haute. A force d'assiduité, il réussit, sans le secours d'aucun maîlre, à acquérir un certain talent. Vers l'âge de huit ans, il se rendit avec son père à la cour du duc de Saxe-Weissenfels, où son frère consanguin occupait un emploi dans le palais. L'enfant, qu'on laissait errer en liberté dans les appartements, ne manquait pas de se livrer à sa passion pour la musique cha(j[ue
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fois qu'il se trouvait seul en présence d'un clavecin. Un jour, les sons harmonieux qu'il tirait d'un de ces instruments attirèrent l'attention du prince. Il s'informa du virtuose qui lui donnait ce concert improvisé, et surpris d'apprendre que c'était un enfant de huit ans à peine, il engagea vivement le père du futur compositeur à ne plus s'opposer à son penchant naturel, et, au contraire, à développer les heureuses dispositions dont son fils était doué. Le conseil fut suivi, les études de droit abandonnées, et Haendel confié à la direction de l'habile organiste Zachau, qui pendant deux ans lui enseigna la fugue et le contrepoint- L'élève profita si bien des leçons de son maître, qu'à l'âge de dix ans il composait déjà des motets, chantés à l'église principale de Halle. Cependant sa ville natale manquait des ressources suffisantes pour le développement ultérieur de son talent; aussi, lorsqu'il eut atteint sa treizième année, son père l'envoya-t-il à Berlin. Il sut se concilier la bienveillance de l'électeur de Brandebourg, qui, devinant le génie du jeune Saxon, n'hésita pas à l'envoyer en Italie à ses frais. Une cer* taine obscurité règne sur celte partie de sa vie. En 1703, on le retrouve à Hambourg, où il est employé comme second violon à l'orchestre de l'Opéra. En 1703, il fut invité, ainsi que Mattheson, à se rendre à Lubeck, où un concours avait été institué pour le remplacement de Buxtehude. Haendel l'emporta sur ses rivaux; mais le vieil organiste ne voulait résigner ses fonctions qu'en faveur de son gendre. « Prenez ma fille, » disait Buxtehude à ceux qui postulaient sa succession. Ni Matlheson, ni Haendel ne s'en souciaient, et tous deux revinrent à Hambourg.
Ce jeune musicien avait reçu de la nature un caractère extrêmement irascible et dont il ne sut jamais conleair la violence. Cette disposition fâcheuse faillit amener une rupture entre lui et son ami Mattheson. Les deux amis, devenus instantanément adversaires acharnés, mirent flamberge au vent et se battirent comme de vrais soudards au milieu d'un grand con-
cours de spectateurs qui faisaient cercle autour d'eux. Matthcson fondit avec impétuosité sur Haendel; mais la Providence, qui veillait sur les jours du grand compositeur, permit que répée de son rival rencontrât un large bouton de métal contre lequel elle se brisa. L'affaire n'eut pas d'autres suites, grâce aux soins d'un conseiller de Hambourg qui interposa ses bons offices pour réconcilier les deux artistes. Mattheson reçut à sa table son antagoniste, et aucun nuage n'altéra depuis lors leur amitié réciproque.
Bien qu'il se livrât à l'enseignement et qu'il eût un grand nombre d'élèves, Haendel n'en écrivait pas moins beaucoup de musique, tant instrumentale que religieuse et dramatique. Dans l'année 1705, il fît jouer avec succès à Hambourg deux opéras : Almira^ reine de Castille (8 janvier) et Néron (25 février). Il se rendit ensuite à Rome, où il composa, entre autres ouvrages, un Laudate^ pueri (6 juillet 1707) et un oratorio intitulé la Résurrection (ii avril 1708). Au retour de ce voyage, il fit représenter à Hambourg ses opéras de Florinda et de Dàphné, Toutefois son séjour n'y fut pas long, car on le retrouve la même année à Florence, composant son premier opéra italien Rodrigo. Cet ouvrage, donné immédiatement à la cour de Toscane, valut à l'auteur un présent de cent sequins et un magnifique service de porcelaine. L'année suivante, il fit jouer à Venise Agrippina^ opéra qui eut vingt-sept • représentations consécutives, chose fort rare à cette époque.
De Venise, le compositeur alla à Rome, où il écrivit une cantate sous ce titre : // trionfo del tempo; puis il se rendit à Naples (1710) et fit, à la demande d'une princesse espagnole, une pastorale intitulée : Ad, Galatea e Polifemo. Revenu en Allemagne, il voulut connaître Steffani, alors maître de chapelle de la cour de Hanovre. Ce musicien lui fil l'accueil le plus bienveillant et le fit même agréer au prince comme son successeur. Haendel doit beaucoup à Steffani, dont il emprunta le style élégant, qu'il sut fondre heureusement avec les qualités