‹ Les grands musiciensChapitre 4 sur 10 · HAENDEL · texte numérisé non relu

HAENDEL

eoinpte Tentreprise de Hay-Market, avec un ancien directeur de spectacle nommé Heidegger. II se rendit en Italie et en ramena plusieurs artistes, entre autres la célèbre cantatrice Slradella. Son théâtre, ouvert le 2 décembre 1729, ne chôma point d'opéras. Il suffît de citer Lotario, Partenopey PoruSy EziOy Orlando (refait presque entièrement), Ariane et les oratorios de Deborahetd'Athalie, pour donner une idée de sa fécondité pendant ces années où il était à la fois compositeur et directeur. Quand arriva le terme de l'association, Haeiidel se résolut à continuer Tentreprise seul, à ses risques et pê* rils. Vainement il donna en 1733 son Ariodant et en 1735 son Alcina : il fut bientôt forcé de reconnaître que la position n'était plus tenable et il abandonna la partie. Au milieu des tracas causés par ses spéculations, sa santé s'était compromise, et la nécessité où il s'était vu d'écrire très vite ses ouvrages n'avait pas été sans exercer une fâcheuse influence sur son talent. Pour ce qui est de sii fortune, non seulement elle avait disparu tout entière dans le naufrage de son théâtre, mais il devait encore des sommes considérables aux acteurs qu'il avait engagés.

Ces contrariétés, les chagrins auxquels il était en butte depuis huit ans, et, plus que cela peut-être, l'excès du travail, avaient gravement altéré la santé de Haendel. Il demanda aux eaux d'Aix-la-Chapelle le rétablissement de ses forces et la gucrison d'une paralysie dont son bras droit était frappé. Au bout de six semaines, la cure était opérée, et Londres voyait revenir l'artiste retrempé de corps et d'esprit, prêt à affronter de nouveaux combats pour reconquérir les suffrages du public. Toutefois ce fut eji vain qu'il fit représenter à Covent Garden Justin et Bérénice. Ces ouvrages ne réussirent point. L'auteur put se convaincre qu'il ne devait plus compter sur des succès dramaques. Il put être blessé de l'indifférence des Anglais pour ses lernières compositions scéniques ; quant à nous, nous ne deons pas la leur reprocher, puisque cette indifférence, fondée

OU non, eut pour effet de pousser l'illustre musicien dans la voie où son génie allait rencontrer une gloire durable/ Ses opéras sont oubliés depuis longtemps, tandis que sa musique religieuse est exécutée encore chaque année dans les festivals d'Angleterre et d'Allemagne.

Une innovation propre au compositeur de Halle consistait à intercaler dans ses oratorios un concerto d'orgue. Ce fut un puissant élément de succès pour ses ouvrages que son admirable talent d'exécution; comme organiste, il n'avait d'autre rival en Europe à cette époque que Jean-Sébastien Bach. L'enthousiasme de la population de Londres pour le maître allemand qu'elle avait un moment délaissé se réveilla plus vif que jamais et se traduisit en recettes fabuleuses. Diaprés l'estimation la plus modérée, le produit de l'oratorio de Saûlj exécuté le 28 mars 4738, monta à 800 livres sterling. Ilâtons-nous de le dire, l'artiste n'eut rien de plus pressé que de profiter de ce retour de la fortune pour désintéresser les virtuoses italiens qui étaient restés ses créanciers à la suite de la fermeture de son théâtre.

A Saûl succédèrent, en 1739 VOde pour le jour de Sainte- Cm7e, des compositions de musique instrumentale, et l'il/Zegfro ed il penseroso . LeMessie^ qui est regardé comme le chef-d'œuvre de Ilaendel, parut en ilM ; l'auteur ne mit que vingt-quatre jours à écrire cette magnifique partition, qui obtint dès son apparition une vogue immense et méritée. Après cet ouvrage, il donna Samson (1742), puis Sémélé, Joseph^ Herculey Balthazary un oratorio de circonstance {The occasional oratorio)^ Judas Macchabée j Alexandre Bala^Josué^Salomon^ Suzanne^ Théodore^ une cantate intitulée le Choix d'Hercule, et Jephié, sans parler de son grand Te Deum (en ré) et de diverses pièces pour hautbois ou pour orgue. Si l'on songe que tant de productions éclatantes datent de la vieillesse du maître, on ne pourra s'empêcher de reconnaître en lui une des plus puissantes organisations musicales que le monde ait jamais vues.

HÂENDBl. ^

Celui que Ton a appelé le Milton de la musique, et qui e^t digne de ce surnom par la grandeur et la- fierté de son inspiration biblique, eut, vers la fin de sa carrière, un -dernier trait de ressemblance avec le poète du Paradis perdu. Je veux parler de la cécité, dont il ressentit lés premières atteintes en 1750, et qui devint complète l'année suivante. Il se soumit à Topération de la cataracte, mais l'habileté du docteur Sharp fut impuissante à lui rendre la vue.Haendel se résigna courageusement au malheur irréparable qui l'avait frappé. Après avoir confié à Smith, son élève, le soin de diriger l'exécution de ses oratorios, il attendit paisiblement la mort, que la diminution progressive de ses forces, lui faisait considérer comme prochaine : il s*é teignit le 13 avril 4759. De pompeuses funérailles lui furent faites à l'abbaye de Westminter, où ses * restes repos^ent à côté des sépultures royales, daûs le même lieu qui a reçu la dépouille de Shakespeare, de GarHck, de tous les grands hommes chéris de l'Angleterre.

Haendel avait une taille élevée ; sa figure était belle et noble, avec une expression de tranquillité et de douceur qui contrastait avec la violence extrême de son caractère. J'ai déjà rapporté plusieurs traits de cette humeur prompte à Tirritalion. Un jour, comme la cantatrice Guzzoni refusait de chanter l'air Falsa immagine de son opéra Othon^ il la saisit à bras-lecorps, la porta devant une fenêtre et menaça de la jeter dans la rue, si elle s'opiniâtrait dans sa résistance. La pauvre femme promit de chanter tout ce qu'on voudrait. Avec un musicien de ce caractère, les librettistes étaient mal venus à demander des changements. Il ne les traitait guère avec plus de ménagements que ses interprètes. A part ce défaut et peut-être un certain penchant à b3ire, la vie de Haendel est une des plus pures qu'on puisse citer comme exemple aux artistes.

Considérant son art comme une sorte de sacerdoce, Haendel vécut dans le célibat le plus austère, et les chercheurs de scandale n'ont pu découvrir dans sa biographie un seul nom

de femirie. Ses seules relations se bornaient à trois amis : un peintre nommé Goupy, Smith .son élève, et le teinturier Huter; il fuyait les réunions mondaines avec autant de soin que la plupart des artistes les recherchent. € He is abear : c'est un ours, » devait se dire la société polie de Londres en le voyant refuser systématiquement toutes les invitations. Soit, mais cet ours nous a laissé des chefs-d'œuvre qu'il n'eift peut-être pas faits s'il eût sacrifié davantage aux frivoles amusements de la vie sociale.

BACH (Sébastien)

Par ce temps d*éparpillement social et d'individualisme à outrance, il n*est guère permis d'espérer que le monde revoie de sitôt ces grandes dynasties intellectuelles qui se transmettaient de père en fils le flambeau de l'art, comme les maîtres de V œuvre au moyen âge, comme en Allemagne, à une époque moins éloignée de nous, la famille des Bach. C'est un spectacle assez beau pour qu'on l'admire, et assez rare pour qu'on le regrette, que celui de cette permanence de la faculté musicale dans une si longue succession d'hommes de même sang et de même nom. L'esprit se demande si l'hérédité des professions, avec ses inconvénients, n'entraînait pas aussi quelques avantages, et si les Bach auraient versé des torrents d'harmonie pendant deux siècles en Allemagne et en Angleterre, sans les habitudes de caste qui portaient alors chaque génération à imiter sa devancière.

n y avait déjà plus décent ans que le nom patronymique des Bach était sorti de l'obscurité, quand naquit le musicien illustre qui devait le rendre immortel. Jean-Sébaslien Bacli ouvrit les yeux à la lumière le 21 mars 1685, à Eisenach, où son père Jean-Ambroise remplissait les fonctions de musicien de cour et de ville. Orphelin dès l'âge de dix ans, il reçut les premières leçons de clavecin de son frère aîné, Jean-Chris-

lophe, qui était organiste à Ordruff, L'enfant possédait une telle facilité naturelle, qu'il s'assimila promptement les exercices élémentaires, et que son audace précoce ne recula pas devant l'interprélalion des maîtres les plus célèbres du temps,, lesFroberger les Fischer, les deKerl, les Pachelbel, lesBuxtehude, les Brunhs, les Bœlim, etc. Jean-Sébastien n'ayant pu obtenir de son frère par les plus instantes prières la communication du cahier qui contenait plusieurs morceaux des compositeurs précités, trouva moyen de dérober le précieux recueil et se mit en devoir de le copier d'un bout à l'autre.

Obligé de se créer des ressources, il s'engage d'abord, avec son camarade Erdmann, comme choriste à l'église de Saint- Michel, à Lunebourg. En même temps, il suit les cours du gymnase de cette ville, ce qui ne l'empêche pas de compléter son éducation d'organiste par de fréquents voyages à Hambourg, où le célèbre Reincke touchait Torgue. En 1703, âgé seulement de dix-huit ans, il est attaché à la musique de la cour de Weiraar en qualité de violoniste; mais cet emploi était en contradiction avec les tendances de son talent; il i^e larde pas à rabandonner pour accepter celui d'organiste à Arnstadt.

Loin de s'endormir, comme tant d'autres, dans l'aisance et le bien-être, Bach, tourmenté par une irrésistible vocation, ne vit dans les avantages de sa nouvelle position que des moyens d'accroître le trésor de ses connaissances. Il se procura les ouvrages des meilleurs organistes, et, non content de s'appliquer à les exécuter de la manière la plus parfaite, il s'efforçait de pénétrer les secrets de leur composition. Plusieurs fois il alla à Lubeck pour y entendre l'orgue résonner sous les doigts du fameux Dietricht Buxtehud e .

Déjà cependant la renommée de Jean-Sébastien se répandait de proche en proche, et faisait de lui un objet d'envie pour nombre de villes du Palatinat et de la Saxe. Ce que fut pour les arti l'Italie de la Renaissance, l'Allemagne Tétait alors. Dans ce pays féodal et municipal, si stationnaire au point de

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vue politique, il n'y avait guère de capitale ou de ville libre qui ne fût un foyer plus ou moins intense de rayonnement artistique. Une sorte d'émulation, utile au progrès général, animait tous les petits princes allemands. C'était à qui réunirait à sa cour, pour les divertissements et les fêtes, l'orchestre le mieux composé, à qui aurait dans sa chapelle les plus éminents virtuoses. Que l'homme d'État moderne déplore le long eiïacement politique d'un peuple scindé en mille souverainetés diverses, c'est son droit, à la condition qu'il reconnaîtra aussi tout ce que ce régime offrait de favorable à la culture des arts et à l'épanouissement du talent.

En 4707, Bach devenait organiste de l'église Saint-Biaise à Mûlhausen. L'année suivante, l'admiration du duc de Weimar, devant qui il s'était fait entendre, lui valait la place d'organiste de cette cour. En 1717, Jean-Sébastien fut ftommé maître des concerts du duc de Weimar.

L'un des souverains les plus magnifiques de l'Europe était alors Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, le même qui avait été renversé par Charles XII et rétabli par Pierre le Grand. Comme si ce prince eût voulu se dédommager pendant la seconde partie de son règne des humiliations et des malheurs qui en avaient rempli la première, il n'avait rien négligé pour faire de la petite cour de Dresde l'asile des plaisirs et des beaux-arts. Les artistes étaient au rang des hôtes qu'il préférait comme les plus propres à embellir et à charmer sa résidence, et quand Louis Marchand, exilé de Paris, vint chercher un refuge dans la capitale de la Saxe, le roi, ravi de la légèreté et de l'éclat de son jeu, lui offrit un traitement considérabfe pour le fixer à sa cour. Mais la faveur subite dont commençait à jouir l'étranger excita la jalousie de Volumier, maître des concerts royaux, et celui-ci résolut de se servir dô Bach pour perdre son rival. Jean-Sébastien, invité à se rendre à Dresde, entendit Marchand et n'hésita pas à lui proposer un défi, chacun des deux concurrents devait improviser sur le thème qui

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lui serait désigné par l'autre. L'organiste français accepta l'épreuve, mais au jour qui avait été fixé pour ce tournoi musical, dont toute la cour alIai^ être témoin, Marchand ne se présenta pas. On envoya chez lui et l'on apprit qu*il venait de partir, confessant par sa fuite son infériorité. Il ne faisait d'ailleurs que se rendre justice, et c'eût été pour cet arlistCi médiocre en dépit de sa réputation, courir à une honte certaine que d'affronter la lutte avec l'homme de génie qu'on lui opposait. .

A son retour à Weimar,Bach reçut du prince Léopold d'Anhalt-Gœthen l'offre de diriger la musique de sa chapelle (1720). Il entra immédiatement en fonctions et garda cet emploi jusqu'en 1733. La tranquillité et les loisirs que lui faisait sa place furent utilisés dans l'intérêt de ses études, et il écrivit durant celte période de nombreuses compositions. Le vieux Reincke, qui lui avait inspiré tant d'enthousiasme dès sa jeu* nesse, vivait encore à Hambourg. Vers 1722, Bach se-rendit en pèlerinage près de ce vieillard presque centenaire et improvisa, en sa présence, pendant plus d'une heure, sur le choral : Super flumina Babylonis. Le vieil athlète, qui allait bientôt disparaître do la scène du monde, s'intéressait aux destinées de la musique. Il montra à son successeur plus de confiance que les rois n'en témoignent à leurs héritiers présomptifs : € J'ai cru, lui dit-il, que cet art allait mourir avec moi; mais je vois que vous le faites revivre. ^

L'existence nomade de Jean-Sébastien Bach se termine en 1733, époque à laquelle il est nommé, en remplacement de Kùhnau, directeur de musique à l'école de Saint-Thomas de Leipzick. Maître honoraire de la chapelle du duc de Weissenfels, honoré du titre de compositeur du roi de Pologne, il compta encore Frédéric II parmi ses admirateurs. On connaît la passion du vainqueur de Bosbach pour la musique; tous les soirs, une des salles du palais de Potsdam était transformée en salle de concert et le prince, flûtiste assez habile, ne dédai-

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