‹ Les grands naufrages drames de la merChapitre 22 sur 63 · Lieues marines de *i 5r»5 mètres · texte numérisé non relu

Lieues marines de *i 5r»5 mètres

2. Il faut observer toutefois qu'un raz de marée est un phénomène d'un ordre indépendant d'un cyclone. Il y a des raz de marée par calme plat dans l'atmosphère et (jui naissent d'un bouleversement sous-marin volcanique ; et il y a des cyclones non accompagnés de raz de

LA iiJUNON» EMPORTEE DANS UN CYCLONE 117

La hauteur du baromètre, permettant d'étal)lir à quelle distance approximative du bâtiment se trouvait ce centre redoutable, le capitaine se résolut à forcer la marche, assez pour traverser la roule que le cyclone devait parcourir, avant que le centre môme n'y eût passé. C'était lutter de vitesse avec Touragan, à qui franchirait d'abord reffrayanle ligne, ou du navire, ou du pivot monstrueux de la tourmente.

En conséquence, le capitaine fait mettre autant de toile que la Jiinon peut en porter, et pressait d'allumer les feux pour accélérer l'allure.

La frégate court vent arrière, solide à la lame ; elle bondit au milieu des bruits de cascade, et déchire les flots. Le roulis et le tangage sont devenus effarants; et la vitesse s'accroît toujours. La Jiinon semble se changer en un fabuleux oiseau de mer qui rase infatigablement les vagues.

Les marins, fiers de leur navire, et excités par la menace du danger, se grisent de cette course à l'abîme.

Mais les soldats qui se trouvent à bord s'inquiètent d'aller si vite. Alors on leur explique qu'il faut passer quand même, aller à l'assaut comme une troupe qui doit prendre avant l'ennemi les clefs d'une position.

Les grains accourent les uns sur les autres, se tassent, se superposent dans des ténèbres grandissantes, et, par moments, du côté d'où vient la tempête, on voit des nuages chargés d'électricité, rouler, menaçants, comme la fumée jaune des incendies. Des éclairs sinistres déchirent ces nuages ; c'est une lumière verte ou bleue, comme en produiraient des flammes d'enfer.

Soudain, derrière ces vagues démontées, derrière ces nuages flamboyants, un bruit de tonnerre, une sorte de roulement continu comme le fracas d'une charge de démons, de titans, ébranle le ciel et la mer.

C'est le cyclone !

Et d'instant en instant ce tumulte épouvantable se rapproche ; la frégate n'a pas encore dépassé la ligne de mort qu'il suit ; il faut qu'elle se hûte, ou elle est perdue.

La Junon file encore plus vile, folle, désordonnée, échevelée...

Allons, du cœur! on passera, on passera...

Mais un craquement sourd retentit à l'arrière, puis, au milieu du vacarme, un bruit net, bien difTérent des autres, le bruit de quelque chose de brisé à bord retentit : le gouvernail est rompu !

Plus de gouvernail ! (^ette fois, c'est la fin de tout, c'est la frégate allant à l'aventure, au gré de l'ouragan, cédant à l'attraction du tournoiement vertigineux jusqu'à la rencontre du centre ! Et quelles en seront les conséquences? On ne peut que trop les prévoir !

La panique est grande h bord, un instant; mais elle est vite contenue par l'esprit de discipline et d'abnégation.

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Horrible situation ! la frégate s'est arrêtée dans sa coursé éperdue, après avoir tourbillonné une ou deux fois.... Un paquet de mer formidable éteint tous les fourneaux.

Maintenant la Junon descend et remonte les lames, et vire, penche, se tord dans toutes les directions, comme prête à sombrer ; le pont est intenable ; seuls les officiers liés au banc de quart et les matelots indispensables y demeurent, cramponnés.

Chaque coup de mer fait monter le niveau d'eau dans la cale ; les chaudières crevées laissent s'échapper la vapeur.

Deux mâts supérieurs se cassent ; la frégate ne peut se relever, elle reste à demi renversée sur sa joue de bâbord.

Les canots de sauvetage ont été emportés; une ancre démarrée, battant de ses crocs les parois de la coque, fait une voie d'eau qu'on a des peines inouïes à aveugler avec des hamacs et des matelas.

Cependant la tourmente grandit. Les cœurs se glacent d'épouvante ; le centre approche avec un grondement de monstre en fureur, et la Junon touche au point culminant de la tempête.

Le spectacle autour de la frégate ne peut se décrire; la mer et le ciel se confondent; une pluie torrentielle tombe, mêlée d'éclairs et de coups de tonnerre.

De prodigieuses lames, blanches d'écume, s'élancent avec une furie sauvage contre les flancs de la Junon. Se rclève-t-elle d'un côté, elle est aussitôt prise de l'autre et rejetée si près de l'eau que les vergues plongent * ; puis le même jeu recommence à l'avant et à l'arrière ; la Junon achève à peine un mouvement de roulis qu'un coup de tangage plus fort la lance dans une autre direction.

C'est le chaos ! Et devant ce déchaînement des forces de la nature, les matelots, ayant conscience de l'impuissance humaine, attendent stoïquement d'être engloutis.

Cette torture sans nom se continue pendant sept heures... sept heures durant lesquelles la mort est à tout instant imminente... Puis, soudain, au bruit succède le silence ! Le vent, la mer, tout se tait. La frégate est dans Taxe même du cyclone ! Calme étrange, et qui provoque à bord une morne stupeur plutôt qu'un sentiment de sécurité, tant on se sent là en dehors des lois de la nature, hors du monde et de la vie!

Le mouvement giratoire continue d'ailleurs dans le haut de la colonne d'air dont la Junon occupe la base. Et, particularité surprenante, qui ne contri-

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