‹ Les grands naufrages drames de la merChapitre 31 sur 63 · L'EXPÉDITION DE LA « JEANNETTE · texte numérisé non relu

L'EXPÉDITION DE LA « JEANNETTE

Entre temps, des secours arrivaient d'Europe. Un cherchait la Jeannette sur la mer polaire, quand, à la nouvelle télégraphiée par les autorités russes du sauvetage en terre sibérienne d'une partie de l'expédition, le monde scientifique et maritime de tous les pays civilisés s'émut. Et bientôt, jusqu'au fond de la Sibérie, des envoyés du gouvernement américain et du New-

/3/ ^^ y^utA<n^ C/io^M^ tC^>^vn/

La [dernière Page du Carnel du Commandant de Long (Voir la traduction page 166;.

York'Heratd apportèrent aux survivants de la Jeannette le témoignage de l'admiration de la patrie américaine et de la sympathie universelle.

Les noms des membres de l'expédition de la Jeannette, du premier des officiers au dernier des matelots, méritent d'ôtre rapportés et retenus (Voir ci-contre). Tous ces braves gens, morts ou sauvés, soufi'rirent pour la science et pour l'humanité. Du plus affiné au plus rude, ils afi'rontèrent d'un môme cœur l'impitoyable sphinx des banquises polaires.

Î68 LES GRANDS NAUFRAGES

Morts et survivants de l'équipage de la Jeannette.

George W. de Long, lieutenant de la marine des États-Unis,

commandant de Texpédition Mort.

Charles W. Chipp, premier lieutenant Mort.

John Wilson Danenhower, second lieutenant Sauvé.

George W. Melville, sous-ingénieur de marine Sauvé.

D' James Markam Marschal Ambler, chirurgien de la Jeannette . Mort.

Gerown J. Collins, météorologiste, correspondant du A^eio-yorfc-

Herald Mort.

D*" Raymond L. Xewcombe, naturaliste Sauvé.

Capitaine Dumbar, pilote des glaces Mort.

Jack Cole, maître d'équipage Sauvé.

Alfred Weetman, maître charpentier Mort.

William Winderman, charpentier Sauvé.

George W. Boyd, charpentier Mort.

Walter Lee, machiniste Mort.

George Landertack, chauffeur. Sauvé.

Louis-Philippe Noros, m telot Sauvé.

Herbert Wood Leach, matelot Sauvé.

James H. Bartlett, matelot Sauvé.

Henri-David Warren, matelot Mort.

George S. Manson, matelot Sauvé.

Adolf Dressler, matelot Mort.

Carl-August Gôrtz, matelot Mort.

Peter-Edward Johnson, matelot Mort.

Henry Wilson, matelot Sauvé.

Edward Star, matelot Mort.

Hans Erickson, matelot Mort.

Henry Hansen Knack, matelot Sauvé,

Nelse Iversep, matelot. Mort.

Albert-George Kuehne, matelot Mort.

Ah Sam, cuisinier (Chinois) Mort.

Long Sin, boulanger (Chinois) Sauvé.

Alexis, chasseur indien. Mort.

Anequin, chasseur indien Sauvé.

orâuinJt caaraé de^ U^idre^

Je viens d'échapper au plus effroyable des dangers que j'aie courus de ma vie... De trois heures quinze jusqu'à neuf heures du soir, je me suis attendu à sauter... Il est réellement inouï que nous n*ayons pas été entièrement détruits.

(Ëxlrail d'une lettre du Commandant Collier.)

LES drames de la mer touchent au comble du pathétique lorsqu'aux périls de Teau viennent s'ajouter les dangers de Tincendie ! Le sort du Cospalricky raconté dans les pages qui précèdent, en est un saisissant exemple. Mais combien est plus certaine Tangoisse,. plus atroce aussi, s'il est possible, lorsque sommeille dans les flancs du navire disputé aux lames par les flammes, une cargaison de poudre dont une étincelle suffit à déterminer l'explosion ! C'est alors un jaillissement d'incendie dans une vasque d'ondes refoulées, le vomissement d'un volcan, retombant en pluie d'épaves carbonisées et de cadavres...

Et cependant, il est un cas où un navire échappa aux risques successifs d'incendie, d'explosion, de naufrage auxquels il devait, de toute évidence, succomber; mais c'est un cas unique, un cas de chance merveilleuse et qui, n'étant pas moins dramatique que bien d'autres plus funèbres, méritait de prendre place dans ces annales des grands drames de la mer.

Le paquebot la France^ de la Compagnie Transatlantique, était parti de Saint-Nazaire, le 10 décembre 1886, à destination de l'Amérique du Sud.

Il était commandé par un de ces hommes d'élite que nos grandes sociétés de

transports maritimes choisissent avec tant de soin, ordinairement dans le corps

de la marine militaire, pour leur confier un paquebot : le commandant Collier.

. Il avait à son bord une centaine d'hommes d'équipage, 4 gendarmes,

40 soldais d'infanterie de marine et 250 passagers environ, parmi lesquels des ingénieurs et des ouvriers se rendant avec femmes et enfants à Panama, pour y travailler au Canal, qui donnait à cette époque tant d'espérances.

Toutes les catégories sociales et plusieurs nations, principalement Tltalie et TAmérique Centrale, étaient représentées dans le nombre des passagers, dont quelques-uns n'étaient pas d'une très grande valeur morale, s'il faut s'en rapporter au baron de Ilubner qui, après avoir été un diplomate célèbre, devint un grand voyageur. M. de Hubner vécut, minute par minute, toutes les heures du drame et en a laissé une vivante et originale relation qui a servi à documenter ce récit.

La France, navire de 4700 tonneaux de jauge, avait son chargement habituel et portait, en outre, 60 caisses métalliques renfermant plus de 8 000 kilos de poudre destinée à nos garnisons des Antilles et de la Guyane.

A peine le paquebot eut-il franchi la barre de la Loire qu'il fut assailli par de furieux coups de mer. La tempête, qui durait depuis plusieurs jours, venait de redoubler d'inlensité. Elle ne devait pas cesser pendant plus d'une semaine.

Le vent soufflait du nord-ouest avec une violence inouïe, et faisait rouler le navire au point de rendre le pont absolument intenable. Les souffrances des passagers étaient vives ; il leur était impossible de dormir, et très difficile de prendre leurs repas, car, outre les maux physiques qui résultaient pour eux du mauvais état de la mer, le service de la table à bord était particulièrement difficile, et bientôt toute la vaisselle fut en miettes.

Ce cauchemar, se prolongea jusqu'au 20 décembre. Alors la France dépassa le méridien des Açores, et le vent souffla du nord-est. La mer redevint calme.

Ce jour-là*, le paquebot était par 23° 56 de latitude nord et 50*^13 de longitude ouest, à 880 milles de la Guadeloupe, terre la plus proche.

Les passagers remontés sur le pont, sous l'azur balayé, se trouvaient heureux de respirer enfin, de vivre en confiance. Vers midi, l'ordre fut donné d'ouvrir le compartiment qui contenait les bagages et de hisser les malles afin que les passagers pussent en user à leur convenance ; après quoi les malles furent redescendues. Par malheur, dans la môme cale, se trouvait une certaine quantité de dames-jeannes aux panses arrondies, pleines d'alcool et insuffisamment arrimées. Durant le transbordement des bagages

(l) C'est, du moins, ce que dit M. de Hubner,mais il commet une légère erreur. La position moyenne des Açores est 39* de latitude nord et 30<» de longitude ouest. La position donnée cidessus pour le navire le place à 1 080 milles environ à l'ouest du méridien central des Açores et h 900 milles au sud du parallèle moyen des mêmes îles. Ce n'est donc pas ce jour-la que le navire dépassait le méridien des Açores. C'était chose faite au moins depuis ravant-voille.

Page 1