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LE « SAIXT'PAUL » EN ISLANDE

A Faskriulsfjord, non loin do ThApital édifii^ par les a Œuvres de mer », le petit cimeli^re dresse ses croix françîiises comme les épis d'une moisson funèbre. Des fils de fer entourent cette terre consacrée. (le sont des humhles et des braves qui dorment là, loin des leurs, loin de la France, sous le ciel

gris de l'Islande.

De toutes les infortunes cpi'endurent les malheureux pécheurs au cours de leur rude campagne d'Islande, celle qui leur semble la plus redoutable est la maladie. On conçoit dans quelles déplorables conditions doivent se trouver ceux d'entre eux qui succombent sous un mal physique durant ces périodes de pèches lointaines.

Autrefois, les pécheurs d'Islande, absolument livrés A eux-mêmes, passaient la saison sans visite autre cpie celle de la frégate de l'Étal, du vaisseau de guerre, cpii leur apportait le courrier de France vers le milieu de juin.

Mais leur situation si rude et périlleuse, si digne de secours et de sympathie, a ému de bons Français. Les pécheurs d'Islande ne sont plus maintenant abandonnés : un navire-hôpital séjourne au milieu d'eux.

Tandis que dans la tourmente glacée qui hurle et les secoue, ils se déchirent les mains en halant les lignes pesantes, ils se sentent le cœur réchaufTé à la pensée que des amis veillent sur eux, si loin de la patrie.

Quand la blanche voile du navire-hôpital se dessine à l'horizon, il leur apparaît comme un messager d'espérance qui leur apporte les consolations du prêtre et les soins du médecin.

Le Sainl'Paul, navire-hôpital spécialement affecté au voyage en Islande, avait été construit d'après le type des bAtiments armés par les « OKuvres de mer », association charitable dévouée à secourir nos marins et plus spécialement les pécheurs.

(Tétait un navire de grande marche sous toutes allures, capable de bien tenir le plus prés pour louvoyer utilement, ^ii les circonstances l'exigeaient. Il était gréé vu trois-niAts-goclette de façon à rendre la manoeuvre facile, et la surface de sa voilure, assez considérable, était de 012 mètres carrés. Il avait *M mètres de long, S mètres de large, 3 mètres de tirant d'eau. Ses formes étaient élégantes, ses lignes fines. 11 comptait 20 hommes d'équipage, un médecin et un aumônier.

On favait spécialement aménagé en vue de l'usage auquel on le destinait :

Salle de consultation, pharmacie, inlirmerie meublée de lits en fer, chapelle, salle de repos et de réunion, avec cloisons démontables facilitant un nettoyage hygiénicpie et claires-voies nombreuses distribuant en abondance la lumière; tout avait été établi pour faire de ce navire un modèle du genre.

220 LES GRANDS XAUFIiAGES

Sa camp«igne de 1898 fut féconde en résultais.

Le Saint-Paul avait quitté Saint-Servan le 22 mars, puis avait touché à Dunkerque, d'où il était reparti, le 10 avril, pour Tlslande.

Arrive le 18 dans les parages islandais, il s'était trouvé, dès le 23, à Test des îles Westmann, au milieu d'un grand nombre de goélettes occupées à pécher. Elles n'étaient pas moins de 35. Elles saluèrent le SainlPaul et l'accueillirent avec joie, et 5 d'entre elles mirent aussitôt leur pavillon en berne pour indiquer qu'il y avait un malade à bord. Le Saint-Paul accourut. A quatre de ces malades il donna les consultations nécessaires, les médicaments suffisants ; il prit à son bord le cinquième : un officier atteint de fièvre typhoïde.

Après quoi, ces premiers soins assurés, le iSa/^/-Paa/ distribua le courrier de France, et Paimpolais et Dunkerquois reçurent avec attendrissement les lettres, de si loin apportées.

Puis, le bienfaisant navire mit le cap sur Reikiavik. Là, l'aumônier arriva juste à temps pour assister aux derniers moments d'un pauvre petit mousse breton qui ne savait pas le français et appelait sa mère... L'enfant mourut entre ses bras.

Le vaisseau repartit pour la côte est d'Islande. Il trouva à NordsQord 15 paimpolais, 2 navires de Saint-Brieuc et 6 chasseurs. Là encore, un homme était en proie à la fièvre typhoïde. On le prit et on le conduisit à Faskrudfjord où est installé un hôpital français.

Dans la baie de Faskrudtjord le médecin du bord visita 21 navires et soigna ou pansa 25 malades.

Dans son prêche du dimanche, l'aumônier, l'abbé Giguello, insistait auprès des marins pour qu'ils fissent appel sans scrupule au dévouement du Saint-Paul, de ce Saint-Paul qui était leur navire et à bord duquel ils devaient se sentir chez eux.

Le 18 mai au soir, la brume tomba. Elle allait durer de longs jours. Néanmoins le Saint-Paul ne chômerait pas pour cela. Il y avait là, en rade, à Faskrud, 39 bàtimenls dunkerquois, cVst-à-dire de quoi lui procurer toujours quelque occupation : ici pour un pêcheur atteint de vomissement de sang, ailleurs pour un blessé, autre part encore pour un malheureux alcoolique précipité à la mer, et sauvé par une embarcation du navire-hôpilal.

Dès les premiers jours de juin, la brume dissipée, le Saint-Paul entreprit toute une série de croisières. Il reconnut 27 navires dont 8 sollicitèrent les secours du médecin. El ce fut ainsi tous les mois de Tété. Le navire passa au nord de l'Islande, puis à l'ouest, tournant autour de l'île, prodiguant ses soins et ses consolations. OEuvre admirable!...

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