LE « SAINT-PAUL » EN ISLANDE
Enfin, le Saint-Paul quitta Tlslande le 17 août, emportant 4 malades. Il loucha le 28 à Dunkerque pour y déposer Tun de ses hospitalisés, débarqua les trois autres à Paimpol le 3 septembre, et rentra pour son hivernage, à Saint-Malo, le lendemain.
La campagne de 1899 devait avoir une autre issue....
Le Saint'Paul, réarmé et réapprovisionné avec soin, quitta Sainl-Servan le 3 mars. Il était commandé par le capitaine Lacroix qui avait dirigé si heureusement la campagne de 1898. Il portait, en outre, Taumônier, le P. Bonaventure, le second, M. Collin, le médecin-major de deuxième classe, M. Lucas, et 16 hommes d'équipage.
Il fit d'abord relAche au Havre où une imposante cérémonie fut organisée à son bord par le Comité local des « Œuvres de mer » ; il toucha ensuite à Dunkerque afin d'y prendre lettres et commissions pour les pécheurs partis auparavant, et ouvrit enfin toutes grandes ses voiles pour se diriger vers l'Islande. Il alla atterrir sur la côte sud-est, h environ dix milles d'IIormig, le 2 avril au matin. Dés le lendemain, le P. Bonaventure et le D' Lucas visitèrent le Sirius de Calais et V Islandaise de Dunkerque, et virent sur ces navires deux malades, dont l'un soufl*rait d'un phlegmon à l'avant-bras, et l'autre d'une angine.
La mission du Saint-Paul était commencée.
Il approchait du point où se trouvaient groupées toutes les goélettes; il comptait dans la journée du 4 avril en visiter un grand nombre.
Dans la nuit du 3 au 4, le capitaine Lacroix navigua pour s'éloigner de la c(Me. A deux heures du matin le point indiqua une position plus au sud que le cap Portiand; la sonde accusait 100 mètres.
Tout est bien... Le capitaine donne l'ordre de prendre route h l'ouest pour arriver au jour parmi les pécheurs. Le navire prend celte direction ; il file sur les eaux grises voilées d'ombres.... Tout d'un coup, il talonne rudement par deux fois. L'alarme est grande, parmi ces braves matelots, l'alarme mais non la pani(jue. Sous les ordres de leur chef ils se multiplient en eflTorts pour dégager leur cher bûliment, mais en vain! Les lames qui le prennent par Farrière le poussent peu î\ peu plus avant.
Le point sans doute a été mal estimé; une erreur est facile dans ces parages où l'aiguille aimantée a des déviations extraordinaires et inattendues causées parle voisinage de roches magnétiques, et où, au surplus, la direction et la force des courants sont peu connues. Beaucoup de navires ont dû
222 LES GRAXDS NAUFIiAGES
leur perle aux mômes causes. Près du Saint-Paul on dislingue dans les demi-ténM>res, sous les vagues blanchissantes, des épaves de vapeurs anglais victimes d'une aventure analogue.
Il est quatre heures du matin. (Test à peine si la brume nocturne s'cclaircit à rapproche vague de Taube. La mer déferle sur le pont ; il est temps que ces braves gens, dont la situation devient critique, pourvoient h leur sauvetage. Ironie de la destinée humaine ! Ce sont ces sauveteurs qui ont l)esoin à présent d'élre secourus !
Un matelot, nommé Henri, se dévoue. Malgré Tétat dangereux de la mer, et le froid, plus périlleux encore, le froid extrême, car l'hiver dure encore à celte époque en Islande, il se jette i\ Teau pour porter une corde à terre. Au prix d'efforts surhumains il atteint le rivage, il réussit à établir un va-et-vient. C'est le long de cette corde, suspendus à la force des poignets, plongeant souvent jusqu'aux épaules dans l'eau glacée, que les naufragés gagnent la terre, une plage déserte où, par un froid intense, ils attendent, grelolanls sous leurs vêlements trempés, les secours qui, heureusement, leur arrivent. Ils ont abordé non loin du village de Hobaye ; on les y recueille, on les réconforte. Mais ils n'ont qu'une pensée : leur Sainl^PauL Aussitx^t séchés, ils retournent sur le lieu de la catastrophe. Quelle déception ! Remettre le bAliment h flot semble impossible tant la mer l'a poussé avant dans les sables. 11 faut se contenter de procéder au sauvetage de l'armement, puis abandonner le navire aux prochaines marées qui le démembreront.
Ensuite, la petite troupe des naufragés se met en route pour Reikiavick. Les autorités islandaises, très empressées, ont réquisitionné une centaine de chevaux et dix guides, et la triste caravane du Saint-Paul se met en marche h travers l'Islande. Elle a 400 kilomètres h faire dans ce pays difficile et sous un ciel ingrat. Pendant huit jours elle marche par des sentiers abruptes, sur la neige, à travers les glaciers, sous des tourmentes continuelles. De temps en temps, la nuit, on s'arrête, dans les fermes éparses sur la route. Partout, d'ailleurs, l'accueil est cordial.
Enfin, le 16 avril, les naufragés, victimes de leur dévouement, arrivaient tous h Reikiavick. Ils n'étaient pas en trop mauvaise santé. Le consul français, M. Limsen, pourvut à leurs besoins, et, quelques jours après, un paquebot les ramena en France.
UorL ae c/ïevi^- J/or/v e/i /la/m/iecL.?
On dirnil qu'une flotle ennemie s'est introduite dans la rude et a criblé d*obus incendiaires les navires et la cité.
LE port de New-York est un immense bassin d'une centaine de kilomètres carrés, se continuant au nord par les deux estuaires de THudson et de TEast-River. Des îles parsèment la parlie septentrionale de la baie : Governor's Island où, jadis, résidait le gouverneur de la colonie néerlandaise; Ellis Island où se dresse un vaste édifice pour la réception des immigrants, souvent au nombre de dix mille à la fois ; et enfin Bedloes Island qui portail un ouvrage militaire utilisé maintenant comme base du piédestal de la statue de la Liberté éclairant le monde, œuvre du sculpteur Bartlioldi offerte au peuple américain par le peuple français.
Le passage dit Marrows ou Etroits réunit le port intérieur à la grande rade ou Lower Bay. Un promontoire sablonneux, Sandy Ilook, s'avance dans la haute mer. Ces rives voient quotidiennement défiler des milliers d'embarcations et de navires qui arrivent ou qui partent, battant tous les pavillons du monde et, surtout, le pavillon étoile des Etals-Unis.
Parmi ces bâtiments divers, les grands transatlantiques sont les plus remarqués. Us se distinguent toujours de la flotte innombrable qui les entoure par leurs dimensions. Ce sont presque exclusivement des paquebots anglais, allemands et français.
Ils ont leur port à l'île Manhattan. Cette île est le centre, le noyau même de rimmense ville qu'est New- York.
Motthaven, Melrose, Fordham, autant de faubourgs qui convergent vers le point central où le conir de la cajnlale des Etats-Unis bal ses ])uissantes pulsations.
Brooklyn, Lovy Island City, Jersey (-ily, autant de villes qui s'étendent aulour de la cité et qui contribuent à former cette agglomération formidable de 3250000 habitants!
224 LES GKAXDS NAUFIUGES
Le port de Tîle Manhallan est un invraisemblable fourmillemenl de canots, de barques et de navires dressant une forêt de mâts qui s'agite sans cesse et tremble sur la houle, qui chante et gronde sous la brise et sous Touragan.
Quelques chiffres donneront une idée précise du mouvement de la navigation dans le port de New- York; il a été en 1900 — sans compter les innombrables barques — de 113r>4 navires, entrées et sorties, jaugeant 13200000 tonnes; et l'ensemble du commerce, importation et exportation, pendant Tannée fiscale 1901 , a été de 4 550000000 de francs ! 510000 passagers ont été, pendant le môme laps de temps, amenés par les seuls paquebots anglais, allemands et français.
Aussi, nulle part n'a-t-on une impression plus forte, plus saisissante de l'activité prodigieuse de l'homme, que devant ce port où ces forêts de mâts emmêlent inextricablement leurs vergues innombrables ; où les bordages écrasés contre les bordages, grincent et gémissent sous la pression de cette multitude invraisemblable de bâtiments ; où des foules de cheminées bariolées, de cheminées larges et courtes, ou hautes et minces, sifflent, soufflent, grondent, en jetant aux vents leurs panaches de fumées blanches, grises ou noires.
Mais une autre impression, d'une nature bien différente, s'empare du spectateur de ce panorama vivant et mouvant : s'il songe qu'une étincelle tombant dans une telle agglomération de mûts les ferait flamber comme les arbustes résineux d'une sapinière immense. La flamme courrait, hardie et violente, irrésistible sur cet ccéan couvert de bois. Et où s'arrêterait-elle?
Ce fut là, de tout temps, l'appréhension des riverains de la ville de New- Yorh, des dockers, des maîtres de port, des matelots. Quel épouvantable désastre! Ce serait peut-être la ruine, la mort du grand port américain...
Le dimanche 30 juin 1900, par un temps magnifique, sous un ciel de fête, la foule des habitants, avide de se délasser du travail de la semaine, s'était répandue dans New-York et aux alentours. Les uns étaient allés chercher ([uelque verdure dans la fraîcheur des parcs citadins : h Riverside, où dort dans son tombeau le général Grant, où la vue sur Tlludson est admirable; à Pethans Bay Paris, à Prospect Park la gloire de Brooklyn ; ou encore à certains cimetières qui sont de véritables lieux de promenade : Woodlown en terre ferme, (îreenwood dans Lovy Island.
D'autres avaient pris, qui des baleaux, qui le train, et s'étaient rendus à la plage de sable fin de Coney Island. L'animation, comme toujours, y était