‹ Les grands naufrages drames de la merChapitre 4 sur 63 · L'ODYSSÉE DU « CORBIN >^ EJ DU « CROISSANT · texte numérisé non relu

L'ODYSSÉE DU « CORBIN >^ EJ DU « CROISSANT

Cependant le Croi55a/i/ avait continué ses voyages. 11 se flattait d'échapper au sort funeste du Corbin, et allait pour ainsi dire de péril en péril, d'écueil en écueil, comme protégé du destin. Il arriva sain et sauf en vue de Ceylan, puis fît voile dans le golfe du Bengale jusque vers Sumatra. Après trois mois de séjour h Achem, la Bardelière, qui avait fait de très fruclueusos afi'aires avec les indigènes et leur sultan accueillant aux étrangers, reprit la mer dans Tespoir et la volonté de revenir en France ; mais il était depuis longtemps atteint de cette même fièvre pernicieuse qui avait emporté Grou du Clos-Neuf.

Le 1" décembre 1602, sous la ligne équinoxiale, dit Léon Guérin, la Bardelière expira et on lui fit, en y ajoutant quelques honneurs particuliers à son grade, les funérailles réservées alors sur les navires français à ceux qui mouraient en mer. « On enveloppa le corps dans un cercueil avec quelque chose de pesant pour le faire enfoncer, puis on le jeta ainsi sous le vent du navire, avec un tison en feu, en tirant un coup de canon vers le côté d'où venait le vent, chacun regardant de ce côté, non de celui par où Ton avait jeté le corps. Après quoi le maître ou patron ordonna que Ton récitât les prières. Le sieur de la Villeschar fut élu pour prendre le commandement du Croissant après la mort de Tamiral. Depuis lors, on courut encore bien des dangers. Longtemps on ne put avancer à cause des calmes auxquels succédaient des tornades. Pourtant, le 25 décembre, le vent d'est en soufflant jeta une grande joie dans le cœur de l'équipage, ce qui n'empêcha pas que, le 13 janvier suivant, le navire ne fît eau d'une manière qui aurait pu devenir fatale, et que le 21, durant la nuit, il ne courût risque de se perdre au milieu d'une alTreuse tempête. »

Pendant cette tourmente, les matelots aperçurent des feux étranges qui « couraient sur les mâts et qui s'y maintinrent plus de cinq heures sans qu'une pluie abondante vînt à bout de les éteindre ; mais ils furent regardés comme de bon augure et comme annonçant que la tempête ne devait pas être dangereuse ». Les tourmentes se succédaient avec rapidité à m(»sure qu'on approchait du cap de Bonne-Espérance. Le dernier jour de janvier 1003, la mer fut si terrible, que le navire s'entr'ouvrit par le devant. On eut un moment l'idée d'aller mouiller à l'île Saint-Laurent pour s'y réparer et y rafraîchir les malades, quoique déjà cette côte eût été funeste aux équipages. Mais le vent venant tout à coup à changer d'une manière favorable, de Villeschar résolut d'en profiter pour continuer immédiatement sa route. 11 doubla le cap de Bonne-Espérance, et, le 3 mars, se retrouva en rade de Sainte-Hélène,

et y séjourna jusqu'au 19. Le 25, le Croissant \ii l'île de l'Ascension, et, le

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