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LE PORT DE NEW'YOHK EN FLAMMES

grande. Des pavillons et des belvédères situés en face de Sandy Hook, on suivait du regard les navires qui cinglaient sur le chenal, de New- York à la haute mer. Les restaurants, les hôtels de toutes sortes qui bordent Testuaire sur une longueur de plusieurs kilomètres étaient noirs de monde.

Et un nombre bien plus considérable encore de personnes avaient choisi pour but de leur promenade les docks de New- York si bien aménagés, où Ton peut aller jusqu'aux grands transatlantiques qui sont accessibles au public le dimanche.

Des femmes et des enfants, en majorité, circulaient le long des quais; des marchandises de toutes sortes gisaient li\, entassées, et particulièrement des balles de coton, par monceaux. Sur le pont des navires envahis, selon Tusage dominical, les enfants se plaisaient à courir, à enjamber les cordages. La gaieté, la confiance animaient cette multitude sous le soleil d'été.

C'est alors que sur un quai des Docks — quelle en fut la cause ? une étincelle de cigare? un débris d'allumette mal éteint? on l'ignorera toujours — des balles de coton, matière inflammable par excellence, s'embrasèrent brusquement...

Le vent souflle. Les flammes, déjà hautes avant qu'on les ait aperçues, lèchent des tonneaux de whisky, tout proches. Ceux-ci, gonflés par la chaleur, éclatent; le dangereux liquide se répand, prend feu à son tour au contact du coton incandescent, et s'étale en nappes d'incendie. Des cris d'efl'roi s'élèvent, des remous se produisent dans les rangs les plus proches de la foule. On se pousse, on s'écarte, on s'écrase, on crie : « Au secours! » Mais les flammes bleuâtres, les grandes flammes dansantes glissent de tous côtés avec rapidité; elles surgissent en jets imprévus ; elles incendient une partie des Docks.

Un entend des explosions, des crépitements ; une fumée noire tour à tour plane et tourbillonne dans le ciel. Les appontements du Norlh Germon Lloyd sont attaqués par les flammes ; plusieurs transatlantiques allemands y sont amarrés : la Saale, le Bremen, le Kaiser Wilhelm der Grosse. Ces mastodontes qui courent sur l'océan immense avec la vitesse d'un express, ne sont plus, dans ce port, que des masses inertes, incapables de fuir la morsure du terrible ennemi. Et celui-ci s'attaque inqiitoyablement à leurs flancs!

L'émoi, l'angoisse ont gagné la ville cMitière. Les comnmnicalions multiples et rapides ont j)orté la nouvelle du sinistre jus(pie dans les quartiers les plus lointains. Tout un peuple accourt pour voir à l'œuvre le fléau redouté depuis si longtemps. Plusieurs centaines de mille de spectateurs contenq)lent rafl'reux et grandiose spectacle.

Les appontements du Norlh German Lloyd flambent sur un quart de

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mille ; ceux de la Compagnie Hambourg-Américaine commencent aussi à prendre feu. New- York est menacé d'un désastre effroyable : tout le port va ôlre la proie de Tincendie. Il faut recourir aux mesures suprêmes, désespérées, el Ton fait sauter les appontements à la dynamite!

L'explosion emplit la rade de son fracas formidable qui se mêle aux cris de saisissement des spectateurs, au son lugubre des trompes d'avertissement des pompes qui accourent par toutes les avenues.

L'incendie sera vaincu sur les quais; il périra faute d'aliments. Mais il triomphe à bord des transatlantiques, où grouille une multitude de curieux.

Le Bremen est, le premier, la proie de l'incendie. De longues flammes jaillissent par toutes ses écoutilles; une panique folle s'empare des visiteurs qui s'écrasent autour des mâts, le long des bastingages. C'est un « sauvequi-peut » général. Mais la mort les a déjà tous en sa possession. Une fumée épaisse, acre, empêche le sauvetage de l'extérieur. Soudain, une explosion terrible retentit, et les malheureux sont projetés à travers l'espace par centaines. Puis la carcasse du Bremen oscille et coule.

A bord de la Saale, le feu gagne aussi en crépitant, el la fumée se déroule enveloppant nombre d'infortunés de ses volutes funèbres. Les uns, désespérés, se jettent par-dessus les bastingages et se noient; d'autres veulent se sauver par les hublots, s'y engagent jusqu'à mi-corps, et, pris comme dans un étau, meurent là, affreusement, ceux-ci rongés par le feu et carbonisés, ceux-là asphyxiés.

Vingt-neuf chauffeurs de la Saale se tiennent cramponnés aux flancs du bâtiment. Des pompes dirigent sur eux leurs jets, les inondent d'un continuel torrent d'eau. Ils seront ainsi sauvés, tandis qu'auprès d'eux, sur le même vaisseau, plus de 70 personnes auront misérablement péri. Enfin, la Saale en dérive va s'échouer sur l'île Liberty. Plus tard on en retirera 50 cadavres méconnaissables.

Le Kaiser Wilhelm der Grosse, merveille d'architecture navale, est à son tour en danger. Tous les efforts s'unissent pour l'arracher à la fournaise. On l'en tire à grand'peine. On le remorque dans le fleuve. Son équipage déploie une célérité prodigieuse et se rend maître du feu, mais néanmoins tous ses ouvrages en bois sont détruits, et il y aura sur ce seul paquebot — le moins endommagé — pour 100000 dollars de dégâts.

Le Phœnicia, transatlantique de la ligne Hambourg- Américaine, n'échappe pas non plus au désastre sans de graves avaries.

Le pétrole, projeté de toutes parts des flancs du Bremen au moment de l'explosion, s'étale dans le port. Les eaux elles-mêmes sont en flammes ! Ces flots incendiaires font craquer des remorqueurs et des chalands, qui prennent feu comme des allumettes. Quatre wharfs sont détruits. Les entrepôts de

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