UN ÉQUIPAGE EMPORTE AU LARGE
disjoints el IVau, envaliissani doucomont les soûles, avail transformé lo salpêtre en un li(|uide boueux dont rinslahilité détruisait l'équilibre du bateau au moindre roulis.
A bord de l'épave, aueun moyen liumain ne pouvait solidifier h nouveau ces milliers de tonnes de sel décomposé.
C'était la mort inéluctable et toute proebe, avec la Sanla-Rosa s'enfbnçant. Et mieux valait en finir ainsi que de se hasarder en canot pour agoniser des jours et des jours si loin de terre. Au moins, ainsi, tout serait mort de la Sanla-Rosa et on dirait d'elle : « disparue corps et biens ».
Le capitaine remonta sur le pont et dit aux mousses :
« (iC n'est rien... Le chargement décale se promène; nous nous promenons aussi... »
A[)rès quoi, tout de même, il voulut jusqu'au bout avoir fait son devoir : il hissa une flamme de détresse et, la nuit venue, tandis que les deux enfants exténués sommeillaient, il lança des fusées d'appel.
Le trois-mAts se penchait un peu plus d'heure en heure...
Reutcira avait calculé que la Sanla-Rosa pouvait tenir encore dix heures. Froidement, il fit un double de son journal de bord et, l'ayant glissédans une bouteilh*, confia à la mer ce document. Mais il était à bout de forces. Vaincu par la fatigue, il s'endormit à son tour, après avoir brûlé sa dernière fusée. 11 avait la conviction de ne pas se réveiller. Pendant que dormaient les survivants de l'équipage de la Sanla-Rosa, \(i navire allait s'engloutir avec eux...
11 en fut autrement. Sur la mer calme, le trois-mâts tint bon plus longtemps que son capitaine ne l'avait cru.
Le 16 septembre, le vapeur Ruggia rencontrait en pleine mer l'épave de la Sanla-Rosa et la remorquait à Port-Bakeley.
Le capitaine et les deux mousses, recueillis dans un état lamentable, furent sauvés.
La mûrine militaire allemande a eu les honneurs de la première affaire navale du XX^ siècle en détruisant la Crète à Pierrot.
(Les journaux allemands.)
Ane considérer que la beauté de ses sites et la merveilleuse disposition de ses ports, Haïti, la « Terre des Montagnes », ainsi que rappellent ses habitants indigènes, mériterait, en poésie, le nom d' « Ile heureuse » si ce que Colomb disait d'elle était encore vrai : « Ses habitants aiment leurs prochains comme eux-mêmes; leur parler, aimable et doux, est toujours accompagné de sourires. »
Mais Tâge d'or de Haïti est passé : les populations pacifiques et candides ont disparu.
Arouagues et Cébuneyes, deux races fortes et courageuses, aux mœurs tranquilles, ont éprouvé dès le début de la pénétration européenne l'irrésistible poussée du vieux monde, dont l'empreinte sur les continents neufs commence par le massacre et l'extermination et aboutit à la décadence.
Les Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord, les Patagons de la Terre de Feu, les Australiens de la moderne Queensland et les Canaques des vallons calédoniens ne précèdent-ils pas dans la décréj)itude et la déchéance les races africaines et hindoues, contre lesquelles les régies de l'opium et de l'alcool ont plus fait que les expéditions armées.
« L'Ile heureuse » a cessé de l'être depuis déjà plusieurs siècles.
Ses envahisseurs, traitants et boucaniers, écumeurs de mer et Ilibustiers, lui imposèrent le « régime du nègre », nécessaire h l'exploitation des mines et à la culture des plantations.
Au début du xviii* siècle, les esclaves noirs du Saint-Domingue français étaient au nombre d'un demi-million, répartis entre trente mille propriétaires