‹ Les grands naufrages drames de la merChapitre 7 sur 63 · L'ORIENT » EN FEU A ABOUKIR · texte numérisé non relu

L'ORIENT » EN FEU A ABOUKIR

Pas une des frégates de Brueys ne croisait au large pour surveiller la mer ; Tescadre était dans la sécurité la plus complète, quand, le l" août, la nouvelle, si longtemps attendue qu'on ne Tespérait plus, courut subitement de bord en bord : « L'ennemi est en vue! L'ennemi approche et se dirige vers la baie! »

Il était deux heures de Taprès-midi. La flotte anglaise avançait lentement, sur une mer très calme et qui s'abandonnait, comme onctueuse et molle, à la caresse d'une brise tiède, en reflétant l'azur où le soleil resplendissait. Le premier, le vaisseau V Heureux signala 12 voiles à l'ouest.

Notre escadre était mouillée dans la partie occidentale de la baie d'Aboukir. Cette baie forme un demi-cercle presque régulier, ouvert face au nord-ouest et qui commence à 9 lieues d'Alexandrie pour se prolonger vers la bouche la plus occidentale du Nil, bouche de Rosette. Lesvaisseauxde Brueys étaient rangés sur une seule ligne, Y Orient à peu près au milieu, situé entre le Franklin et le Tonnant. Les 5 derniers bâtiments formaient une ligne dont la direction allait du nord-ouest-quart-nord au sud-est-quart-sud. Le vaisseau de tête, le Guerrier, mouillé par 30 mètres d'eau, se tenait éloigné d'un mille et demi de l'îlot d'Aboukir. Chaque navire était afl'ourché nord-ouest et sud-est, et la distance entre les bâtiments devait ôlre de 150 mètres. L'escadre se trouvait à 3 milles de la côte. Les frégates la Diane, portant le pavillon du contre-amiral Decrès, la Justice, la Sérieuse, YArthémise étaient mouillées entre la terre et l'escadre. Deux mortiers et quatre canons de douze, placés sur l'îlot d'Aboukir, pouvaient appuyer occasionnellement les forces navales.

Dès que l'ennemi fut signalé, Brueys donna l'ordre de gréer les perroquets. Les amiraux, appelés à bord de Y Orient, discutèrent de nouveau la question de mettre à la voile.

Blanquet Duchayla soutint encore avec énergie qu'il fallait appareiller et combattre au large en toute liberté d'action, et du Petit-Thouars l'appuya, prédisant même une défaite, si l'escadre attendait l'ennemi dans la position fausse où elle se trouvait. Et comme son opinion soulevait des protestations, du Petit-Thouars blêmit, saisi de colère; puis, se contenant :

< Soit, dit-il, je me conformerai aux ordres donnés; soyez sur, en tout cas, que dès que je serai à mon bord, je ferai clouer le pavillon au mAt! »

Il voulait dire qu'il mourrait plutôt que d'être vaincu; et, dans cet instant, le Génie des batailles dut prendre acte de ces nobles paroles. Le brave officier n'avait phis qu'un petit nombre d'heures à vivre.

L'avis de Duchayla et de du Petit-Thouars ne fut pas écouté; ils étaient cependant les deux meilleurs marins de l'escadre; mais Brueys craignait de manquer de matelots pour manœuvrer et combattre à la fois. Les équipages, à la vérité, n'étaient pas, on le sait, au complet.

Hésitant et, du reste, affaibli par un état de santé précaire, Brueys se rangea du côté des incapables. La flotte reçut Tordre de combattre à Tancre. Elle resta donc dans la rade, prenant ses postes de combat, tandis qu'approchaient, majestueux, les vaisseaux de Nelson, que les Français, en branlebas, regardaient grandir de minute en minute. Ils les saluaient de quolibets.

11 était déjà tard. Brueys se persuada que les Anglais remettraient l'attaque au jour suivant. Mais Tintention de Nelson était d'en venir immédiatement aux mains. Dès trois heures, il avait fait signe à son armée de se préparer au combat, et ordonnait d'attaquer Tavant-garde de notre ligne, où se trouvait le Guerrier, le premier, — et aussi le centre, où ï Orient, imposante masse, dominait la mer.

A quatre heures, les Anglais étaient à 10 milles dans le nord-ouest de notre mouillage. Ln de nos bricks, le Bailleur, se porta au-devant de l'ennemi ; il voulait se faire donner la chasse et attirer les Anglais dans la direction des bas-fonds, situés au nord-nord-est de l'îlot d'Aboukir. Mais Nelson devina la ruse et continua sa route, droit sur l'escadre française.

A cinq heures et demie, les vaisseaux anglais doublaient les écueils sur lesquels le brick français avait essayé de les attirer. Le Vanguard, que commandait Nelson, mit un moment en panne pour communiquer avec un petit bateau arabe, qui lui apportait sans doute des renseignements, et aussitôt après, l'escadre se forma en ordre très serré, rangée ainsi qu'il suit : le Golialh, \c Zealous, VOrion, VAudacious, le Theseus, le Vanguard, le Minolaur, le Défense, le Bellérophon, le Majeslic, le Leander, — tous vaisseaux de 74 canons, sauf le dernier de 40 seulement.

A six heures et quart, les Français hissaient leurs couleurs, et l'amiral Brueys donna l'ordre de tirer sur renncmi aussitôt qu'il serait à portée.

Il faisait encore jour. La nuit ne devait pas tomber avant deux heures. Le soleil à son déclin colorait la mer vers l'ouest d'une immense nappe de flammes, et la brise du soir s'élevait rafraîchissante sur les flots légèrement agités. Dans le ciel, l'azur profond, sans un nuage, devenait plus foncé d'instant en instant; l'heure était douce, paisible, recueillie. Et, sur la mer si belle, sous le ciel si pur, les Français attendaient en armes, mèche allumée, les Anglais qui venaient à eux, leurs caronaJes béantes passant leurs gueules de bronze par les sabords rabattus.

l'n j)aviIlon monta au niAt d'artimon du Vanguard : Nelson ordonnait à ses vaisseaux de s'avancer de toute leur vitesse et d'attaquer en masse Tavantgarde française.

Les navires anglais, rapidement formés en bataille, se dirigèrent sur le premier bAtinientde pointe de la ligne fi'ançaise, le Guerrier, (linq vaisseaux de Nelson, ayant en avant le Golialh, lâchèrent une bordée, et d'enfilade,

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