Ibid
2, Ibid., p. 691. Ces Lecons semblent remonter à l'une des quatre années 1790-94.
S-P1bid., p. 617. 0.CE POrrrz, p.83.
c’est en tant que créatures de Dieu que les choses en soi rentrent dans un système unique; « leur liaison intelligible n’est possible que par l’idée de Dieu ». Mais dès que nous voulons nous représenter ce commerce des substances, notre imagination l’aperçoit dans l’espace sous la forme de la liaison des phénomènes. On peut dire ainsi, que « l’espace même est la forme de l’omniprésence de Dieu... et que par celle-ci, toutes les substances sont en harmonie! ». Mais cette formule doit être entendue en un sens purement symbolique. Toute interprétation panthéistique en doit être écartée. Jacobi, cependant, dans ses Lettres sur la doctrine de Spinoza (1785), avait cru découvrir dans la Critique de la raison pure une tendance secrète au panthéisme. L’ens realissimum n'a-t-il pas, en effet, quelque parenté avec la substance de Spinoza? Kant protesta aussitôt contre cette insinuation dans la Revue mensuelle de Berlin?. Le spinozisme, qu'il semble connaïtre assez mal, lui paraît conduire au fanatisme (Schwärmerei) par sa prétention outrancière de déduire les choses en soi avec la certitude des mathématiques. Le Dieu de Kant ne saurait avoir pour attribut l’espace. Il n’est done pas la somme du réel; les choses sont par lui réelles et coordonnées : il ne les contient pas.
F. Théologie rationnelle. — Cette quatrième partie
1 PôLITz palais
2. Qu'est-ce que S'orienter dans la pensée? I, p. 132 (trad. Tissor, pP. 335). Cf. Heinze, loc. cit., p. 713 et passim.
de la métaphysique est, dans les /econs qui nous restent, la plus développée et la plus intéressante !. Nous n’insisterons ni sur la critique des preuves dogmatiques de l'existence de Dieu, que nous avons résumée ailleurs, ni sur la preuve morale qui trouvera sa place dans la philosophie de la liberté. Ces développements sont d’ailleurs fort abondants et sensiblement plus clairs que dans les deux Critiques.
L'existence de Dieu une fois acceptée par la croyance, la raison spéculative n’en peut-elle préciser le concept? L'écueil est double ici : dogmatisme et anthropomorphisme. Le dogmatique raisonne de Dieu comme d’un objet; le philosophe critique, en déterminant le concept de Dieu, se préoccupera surtout de réduire à néant cette erreur. Il dira : « Dieu est hors du monde » contre ceux qui voient en lui l'âme du monde, malgré la contradiction des termes ; « Dieu est une monade simple », contre les matérialistes; « Dieu est toute suffisance », au lieu de « substance infinie », car l'infini ne saurait être lattribut d’une chose en soi, n’étant que l’idée négative d’une grandeur qui dépasse toute mesure humaine; il parlera enfin de |’ « omniprésence de Dieu », non pas au sens local (/ocaliter) ou temporel, mais au sens dynamique qui indique simplement qu'aucune réalité n’est possible que par l’action divine?.
A l'anthropomorphisme, le philosophe critique échappe en rappelant que les facultés morales qu'il prête
1. Notamment dans Pôurrz (p. 262-343) et dans Heinz, p. 698 ad fine. 2. HEINZE, p. 712-715.
à Dieu : intelligence, félicité, sainteté, etc., n’ont qu'une signification analogique. Tout se passe comme si Dieu possédait au plus haut degré de perfection les facultés limitées dont nous sommes doués.
Sur la question de la création, nous trouvons une importante déclaration : Dieu est à la fois créateur et architecte du monde, mais du « monde en soi » et non du monde tel que nous le connaissons. « Le monde sensible est une création de notre propre sensibilité »; Dieu n’est l’auteur des « phénomènes des choses en soi » qu'autant qu'il est « la cause de notre faculté d'intuition! ». ILest hors du temps, et la question de l’époque de la création, comme celle de la prescience divine, est dénuée de sens métaphysique. Le monde créé est le meilleur possible; non pas que l'expérience nous permette d'assurer que le bien l'emporte sur le mal, mais parce que, du concept de lens realissimum, on ne peut déduire que l’idée d’un monde créé où le mal n'est qu'une limitation, une absence du bien ?,
G. Physique rationnelle. — Dans l'ensemble de la métaphysique, la physique de la nature proprement dite, disions-nous plus haut, occupe une place privilégiée. Tandis que la cosmologie rationnelle, qui s'en rapproche le plus, recherchaitles conditions rationnelles du monde