André Towianski, par Tancrède Canonico. p
d'en gémir, si elle vient à se trouver en présence de ce phénomène monstrueux, de cette gageure de Tenter qui s'appelle le tyran asiatique. A lire la vie des démons de l'histoire et, spécialement, celle d'Ivan IV de Piussie, l'un des plus effroyables monstres qui aient souillé la lumière du ciel1, on apprend avec épouvante qu'ils ne font que redoubler d'horreurs et de supplices sur qui les implore et proteste à leurs genoux de son innocence. Un autre, Nicolas 1er, se vit un jour supplié par la princesse Sanguszko, qui demandait la grâce de son époux, condamné à partir pour la Sibérie : il se fit donner la sentence et y ajouta de sa main : « Il ira à pied. » Toute la douceur du christianisme et toute la pitié de la terre s'agenouilleraient en vain devant l'être fou de sang ou d'orgueil. C'est l'excellente raison pour laquelle une partie de l'émigration polonaise refusa toujours d'adhérer à la doctrine de Towianski ou au mysticisme un peu passif du grand poète Krasinski : à l'endroit des tyrans, elle n'imaginait et n'approuvait d'autre attitude que l'insurrection ; il n'y avait à ses yeux que ce moyen de secouer le joug. « Suivre les indications de nos mystiques, écrit M, Venceslas Gasztowtt, c'eût été ne vouloir lutter que par la prière et le perfectionnement moral, tactique insuffisante, puisque Dieu n'aide que ceux qui s'aident eux-mêmes2. » Mais Towianski l'entendait d'une façon absolument
1. Dans le volume qu'il a récemment publié sur Ivan le Terrible (Pion, 1904), M. Waliszewski s'évertue à prouver que son trop fameux héros « n'a fait qu'outrer un peu l'atrocité commune aux mœurs du xvr siècle. » Mais M. Waliszewski ne s'aperçoit pas que divers de ses jugements de détail sur Ivan viennent contredire ensuite, au cours du volume, cette assertion de la préface. Le lecteur est mis par là même en défiance; on se demande si la critique historique de M. Waliszewski est aussi solide qu'il se l'imagine.