Le Poète polonais Jules Slowacki, p
contraire ; la résistance violente à la tyrannie représentait à ses yeux une hérésie capitale. Il ne cessa de prêcher « qu'aucun effort terrestre, révolutionnaire, ne réussirait à la Pologne » et « qu'elle devait attendre le signe de Dieu dans l'humilité, l'amour et le sacrifice ' ». Et sa prédication appuya sur la plus persuasive, sur la plus émouvante des idées mystiques, dont l'influence ne pouvait être qu'énorme sur de pauvres exilés aussi attendris qu'exaltés par le malheur : il enseigna que l'infortune delà Pologne venait avant tout de ses fautes publiques et privées, qu'elle devait faire pénitence, et que « cette pénitence amènerait peu à peu le recouvrement de l'existence nationale indépendante ». C'était l'accent des prophètes d'Israël : « Lavez-vous, purifiezvous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées ; cessez de faire le mal... et après cela, venez et soutenez votre cause contre moi, dit le Seigneur2. » Mais le mystique lithuanien y ajoutait la tendresse du Nouveau Testament, l'obligation du pardon chrétien, l'oubli des injures et de l'oppression : « C'est dans cet esprit seulement, disait-il, que la Pologne peut agir efficacement sur la Russie, non par la force de lahaine et de la vengeance qui cherche la perte de l'oppresseur, mais par la force de l'amour qui fait de l'ennemi un frère, un ami en Jésus-Christ. Lorsque le Polonais aura déposé devant Dieu, sur l'autel de la Patrie, son désir pur que la volonté de Dieu soit accomplie par toutes les nations du monde et qu'ainsi la Russie devienne aussi grande et aussi heureuse que cela lui est destiné par les décrets de Dieu... alors Dieu mettra fin à la rude pénitence de la Pologne et élèvera la nation martyre au poste de magistrat-chrétien pour le monde. »