Légendes démocratiques du Nord. p. 23 et
mains pour chercher ce qu'il peut bien y avoir de commun entre la douceur chrétienne etles tueries savantes organisées par le César moderne, entre l'esprit de non-résistance prêché par Towianski et la chevauchée de fer et de sang de l'empereur. Foin de la logique ! les prophètes ont d'autres soucis ; que deviendrait-on s'il fallait avoir cure de raisonner? Ailleurs, il associe l'esprit céleste de Kosciuszko à l'esprit céleste de Napoléon : « Les deux serviteurs de Dieu se sont unis dans le monde invisible », dit-il. Il faut en effet que cette alliance se soit conclue au Ciel, car elle ne se fit point sur la terre ; au moment de l'expédition de Russie, on put voir à quel point le héros polonais se méfiait de l'impérial ambitieux. Toutefois, au sujet de Kosciuszko, il est juste de dire que Towianski se rendit très exactement compte, non seulement de ses talents guerriers et de son héroïsme sur le champ de bataille, mais aussi de son extraordinaire grandeur morale et de la sainteté de sa vie entière ; il esquissa de lui un portrait qui eût pu devenir magistral , s'il avait su peindre . Du moins a-t-il indiqué les traits à rendre.
Avec ses limites et ses lacunes, en dépit du peu d'étendue de son coup d'œil et du" peu de sûreté de son jugement, Towianski produisait sur ceux qui l'approchaient une impression des plus fortes. Se trouvait-on en sa présence, un charme opérait et l'infériorité relative de son esprit n'était pas perceptible. Elle se dérobait derrière le magnétisme de son verbe et de son aspect. 11 devenait impossible d'envisager simplement ses idées, et de les peser à leur juste valeur dans d'exactes balances. On était pris par la lumière qui émanait de son attitude ; on entendait « le ton chrétien militant, semblable à celui de l'Evangile » .