L'Enfer de Piast Dantyszek
Au-dessus de sa tête parait l'auréole de sang, souvenir du martyre; mais tous ses maux sont finis, l'esprit de Dieu repose sur son front ; et, tout à l'entour, se lève un monde nouveau.
Tous les peuples-esprits ont incliné profondément
latête devant elle Et ils sont tombés à genoux, et j'ai
entendu la voix clamant du hautdescieux : « Comme jadis je leur ai donné mon fils, je te donne maintenant à eux, ô Pologne ! Le Christ a été et sera unique, mais sa pensée vit en toi : sois donc partout et toujours la vérité comme Lui, toi que j'appelle ma fille ! Lorsque tu descendis dans la tombe, tu n'étais qu'une parcelle de l'humanité ; mais aujourd'hui, à l'heure de ton triomphe, ton nom est : Yhumanité entière! La terre t'est confiée pour que tu la conduises dans la voie de l'action, jusqu'à ce que l'Esprit ait accompli son œuvre dans ces peuples. Par-dessus le gouffre du passé, élance-toi dans l'immensité, etalors, tousces millions te suivront, toi, l'archange de cette planète. »
Et j'ai vu l'archange de blanc et de pourpre s'élevant au-dessus des peuples agenouillés^
Un tel mysticisme, une telle foi dans la primauté du pays dont on est fils peuvent surprendre les étrangers : et certains critiques polonais font senti. « L'aberration messianique des poètes émigrés», déclare M. Lorentowicz dans une page récente2. Reproche d'ailleurs aussi outré que le rêve de Krasinski : la réaction présente est beaucoup trop vive contre l'exagération d'autrefois. «Cette divinisation de la Pologne paraîtra peut-être étrange au lecteur français; ce n'est qu'au sein des nations malheureuses que peut se manifester un pareil amour de la patrie», écrivit Ladislas Mickiewicz au bas d'une des pages de Y Aube dont nous avons reproduit la traduction. Le fait est que la prophétie du Poète anonyme demeure très hasardeuse :