‹ Les grands poètes romantiques de la PologneChapitre 50 sur 79 · C'est évidemment Niemcewicz · texte numérisé non relu

C'est évidemment Niemcewicz

Tel est ce poème dramatique, dont nous tenons à extraire le discours de Kordian aux conjurés et en regrettant beaucoup que la place nous manque pour transcrire également la scène entre le Tsar et son frère :

Je plonge mes regards dans les ténèbres du passé et j'y vois l'ombre d'une femme en deuil. — Qui est-elle? — Je tourne les yeux vers l'avenir, — et je vois devant moi des millions d'étoiles : l'ombre du passé tend les bras vers ces étoiles; ces étoiles, ce sont des poignards... cette ombre, c'est l'ancienne Pologne.

La sagesse des hommes d'Etat a greffé sur le vieil arbre la Pologne nouvelle ; toutes deux ont fleuri sur la même tige, comme deux roses de diverse couleur sur un même rosier : toutes deux sont comme deux chevaliers de même taille dans la même armure, marchant poitrine contre poitrine et allant combattre l'ennemi... comme deux prières émanées d'une même pensée se noyant dans le sein de Dieu; comme deux essaims d'abeilles que le villageois enferme ensemble dans une même ruche... — En ce temps-là! les superbes Titans du Midi1 se révoltèrent contre Dieu, les rois et l'esclavage. Dieu ne fit que sourire sur son trône de saphir; mais les rois tombèrent comme les branches sous la hache ; la guillotine, vêtue de lambeaux de crêpe, agitait infatigablement son bras d'acier, et, à chaque geste qu'elle faisait, la foule diminuait d'une tête. Tous les rois purentla voir, car cette guillotine était la tragédie du peuple — et les rois étaient spectateurs. Aussi, ils crièrent vengeance ! Une femme, à la fois tsar et courtisane, tenait fixé sur nous son regard assassin ; elle nous jugeadignes de la couronne du martyre, et inventa pour nous un martyre nouveau... Piamassant le crâne tombé du cadavre des Bourbons, elle mit cette tête sanglante et pâle sur les épaules de son amant2, et nous donna pour roi cet homme à tête de mort. Puis elle lui vola sous les yeux son héritage mortuaire sans qu'il remuât la main... Le crêpe manquait pour le linceul

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