Le Poème inachevé. Traduction Ladislas Mickiewicz
menèrent une vie grave et sainte, uniquement voués à l'Art, à leurs frères mortels, et à Dieu, le Poète anonyme se réfugia de plus en plus aux pieds de Celui dont il attendait le salut du monde et le soulagement de la terre. Il s'enfonça d'un coup d'aile éperdu dans le divin Amour. Mais il ne s'éloigna point en mystique égoïste et qui perd de vue le gouffre de misères d'où il s'envole : s'il voulut être plus près du Dieu qui peut tout, ce fut afin de mieux implorer de lui le redressement des griefs et des iniquités d'ici-bas. Dans les magnifiques pages de V Aube, le poète a vu l'éternité s'ouvrir, il a contemplé «le monde qui sera », il a senti la parole incréée descendre dans son cœur ; et de ce cœur brûlé d'enthousiasme et d'amour, voici qu'elle s'échappe à flots et se répand en hymnes de flammes, en hymnes ineffables :
Il me semble que je pourrais faire sortir de ces rocs la voix de la vie, car la parole de Dieu déborde de mon cœur! Partout des miracles, partout des merveilles, — je me sens fondre dans l'infini ! Grâees à tout et à tous, grâces pour toujours à Dieu, — aux hommes, — à toi, ô ma sœur! Grâces éternelles à ceux qui dorment dans la tombe et grâces aux vivants !
Tout ce qui est humain, tout ce qui est terrestre a disparu. La pensée bondit déjà dans ces sphères où règne la lumière universelle et l'amour sans fin. Dans ce moment de transfiguration, j'ai sondé l'abîme ouvert de la destinée".
Alors, au sein de cette éternité où il est entré vivant par l'extase, du haut de ces sphères éternelles « où l'invisible, se faisant visible, se déroule comme un océan au-dessus des abîmes », il annonce et salue les jours à venir. L'heure de la réparation, de la justice,