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LES TOURS DE L'ANCIEN CHATEAU DE CINQ-MARS

« rasées à hauteur d'infamie ».

*Un simulacre de créneaux a été ajouté de nos jours.)

pularité de son premier ministre, ni même sans partager parfois l'antipathie que Richelieu inspire à tous par son intransigeance de caractère et son absence de scrupules dans la réalisation de sa politique, il ne l'en soutient pas moins envers et contre tous, parce qu'il a senti profondédément sa supériorité sur tous les autres.

Voici, en effet, une lettre adressée par Louis XIII à Richelieu pour le prier de garder encore ses fonctions de premier ministre, et qui nous dépeint bien les sentiments où était le roi à son égard :

« Mon cousin, j'ai vu toutes les raisons qui vous font désirer votre repos, que je désire avec votre santé, plus que vous, pourvu que vous la trouviez dans le soin et la conduite principale de mes affaires. Tout y a bien succédé, depuis que vous y êtes. J'ai toute confiance en vous, et il est vrai que je n'ai jamais trouvé personne qui me servît, à mon gré, comme vous. C'est ce qui me fait désirer et vous prier de ne point vous retirer, car mes affaires iraient mal.

« Monsieur [Monsieur était le frère du roi] et beaucoup de grands vous en veulent à mon occasion ; mais assurezvous que je vous protégerai contre qui que ce soit et que je ne vous abandonnerai jamais. » j

-La conjuration et la condamnation de Cinq-Mars étaient déjà comme implicitement contenues dans cette dernière phrase.

Henri Coëfrler, marquis de Cinq-Mars, était le deuxième fils d'Antoine Coëfrler, marquis d'Effiat, dont l'épitaphe, qui se trouve encore dans la petite église d'Effiat, en Auvergne, énumère ainsi les titres magnifiques :

« Maréchal de France, chevalier des Ordres du roi. surintendant des Finances, grand maître de l'Artillerie, gouverneur des provinces d'Auvergne et du Bourbonnais, mort le 27 juillet 1632, en Allemagne, où il commandait les armées du roi. »

C'était donc un personnage considérable que le maréchal d'Effiat.

Il avait rendu les plus grands services dans les différents postes importants où il avait passé, et Richelieu, qui l'aimait beaucoup et auquel il devait en grande partie sa fortune, reporta sur ses enfants tout l'intérêt qu'il lui avait sans cesse

LE MARQUIS DE CINQ-MARS. D'après

un portrait de la galerie du Palais-Royal.

témoigne.

Le second de ses fils, Henri d'Effiat, marquis de Cinq-Mars, semblait avoir hérité de toutes les brillantes qualités du maréchal.

Tout jeune encore, il avait, comme lui, de l'esprit, de la gaieté, une conversation étincelante, et il joignait aussi une remarquable beauté physique, de la grâce, de l'élégance, de la distinction naturelles et une adresse incomparable à tous les exercices, — on ne disait pas encore les sports.

Bien qu'il fût le cadet, sa mère fondait sur son avenir les plus grands espoirs, et tous ceux qui le connaissaient ne doutaient point qu'il ne dût, en effet, porter très haut, comme son père, les armes respectées des Coëffier, dont l'écusson était « d'azur à trois coquilles d'or ».

Richelieu, qui l'avait vu naître, résolut de faire la fortune de ce jeune homme si bien doué et, en même temps, comme ses bienfaits n'étaient jamais désintéressés, de se servir de lui pour mener à bien ses desseins.

A seize ans, Cinq-Mars était, par ses soins, nommé capitaine aux gardes du roi.

A dix-huit ans, il recevait la charge de grand maître de la garde-robe.

Comme le roi n'avait pas tardé à remarquer les qualités de charme et d'intelligence de ce jeune homme dont Richelieu lui vantait sans cesse les mérites, comme le nom et le souvenir de la haute valeur de son père prédisposaient en sa faveur autant que la grâce de sa jeunesse et sa distinction, Louis XIII lui témoigna bientôt une affection très vive.

Au bout d'un an, il admettait le jeune Cinq-Mars à l'honneur de son intimité, il en faisait son compagnon favori et ne pouvait plus se passer de lui.

C'était précisément tout ce qu'avait désiré et recherché le cardinal de Richelieu, en plaçant Cinq-Mars à la Cour.

Le roi Louis XIII, en effet, n'était pas, tant s'en faut, toujours en bons termes avec son premier ministre.

Il subissait par raison son influence, parce qu'il avait assez de clairvoyance pour juger sa politique bienfaisante. Mais il n'y avait entre eux aucune affinité naturelle, aucune sympathie véritable, et Louis XIII trouvait même, parfois, quelque amertume à supporter le joug du cardinal-ministre, trop jaloux de son autocratie.

Le roi, perpétuel ennuyé, — neurasthénique, dirait-on aujourd'hui, — se consolait en chassant, et épanchait ainsi sa rancœur contre Richelieu dans le sein de quelque confident, voire de quelque confidente, dont il subissait l'influence passagère.

Richelieu le savait, car il savait toujours tout. Et il n'était pas sans en concevoir quelque inquiétude pour lui-même.

— J'ai souvent plus de peine à gouverner le roi que le royaume, disait-il mélancoliquement à son confident, le Père Joseph.

C'était pour s'aider à gouverner le roi qu'il avait trouvé habile de placer auprès de lui ce jeune Cinq-Mars, sur le dévouement duquel il pensait pouvoir compter et qui saurait, espérait-il, entretenir l'esprit de Louis XIII dans des dispositions favorables à son influence personnelle.

Cinq-Mars était surtout destiné par le cardinal à évincer et à supplanter Mlle de Hautefort, la dernière favorite de Louis XIII, dame de compagnie de la reine, hostile à Richelieu, et qui avait pris un trop grand ascendant sur l'esprit et le cœur du roi.

Car c'était une des particularités les plus curieuses du caractère de Louis XIII, que cet impérieux besoin qu'il

ressentait d'avoir sans cesse auprès de lui une personne à qui demander conseil à l'occasion et devant laquelle il puisse penser tout haut sans se gêner et sans crainte de voir ses confidences répétées.

Ce rôle avait été tenu d'abord par Mlle de La Fayette, jeune fille d'une grande beauté et qui était aussi pieuse et vertueuse que pleine de charme et de qualités.

Louis XIII avait conçu pour elle une sorte d'amitié amoureuse très vive et quelque peu mystique, qui dura longtemps et à laquelle seule avait mis fin l'entrée en religion de Mlle de La Fayette, devenue Sœur Angélique.

Mlle de Hautefort, qui n'avait ni la même piété, ni la même vertu, lui avait succédé, jusqu'au jour où l'étoile naissante de Cinq-Mars avait su faire pâlir la sienne.

Et c'était ce jeune homme de dix-huit ans dont le roi, par son instinctive horreur de la solitude et de la vieillesse, avait fait bientôt son compagnon inséparable et le confident de toutes ses pensées.

Il l'emmenait dans tous ses déplacements, ne lui laissait pas une heure de liberté et voulait lui faire partager jusqu'à son amour de la chasse au faucon ou le plaisir qu'il trouvait à dresser des chiens. Son affection tyrannique prétendait lui imposer ainsi tous les goûts qu'il avait et lui défendre de satisfaire tous ceux qu'il n'avait plus.

Tant de despotisme dans l'amitié n'allait pas sans provoquer de temps en temps, entre le roi et son favori, des scènes pénibles et des brouilles passagères.

C'est ainsi que Marion de Lorme devait être fréquemment l'occasion des reproches que Louis XIII adressait à Cinq-Mars.

Cinq-Mars, qui avait fait sa connaissance depuis peu,

s'en était épris ayec toute l'ardeur de ses dix-huit ans. Et comme cette belle ne se montrait point trop cruelle au favori du roi, celui-ci avait hâte d'aller la retrouver le soir, aussitôt que le roi, qui se couchait de bonne heure, lui avait rendu sa liberté.

Son cheval, tout sellé, l'attendait pour le porter jusqu'à Paris, chez Marion de Lorme, car la Cour était alors à Saint-Germain-en-Laye, et c'était, presque chaque nuit, le trajet de Saint-Germain-en-Laye à Paris, aller et retour, que ce pauvre Cinq-Mars devait accomplir.

On s'explique que le roi ait pu lui reprocher fréquemment de n'être jamais prêt lorsqu'il le faisait appeler le lendemain à son réveil.

Et l'on s'explique aussi qu'il lui ait souvent adressé d'amers reproches et de cruelles railleries, sur l'air las, maussade et ennuyé qu'il avait pour suivre en sa compagnie la chasse au merle, à l'épervier, ou la capture d'un renard dans son terrier, plaisirs auxquels Louis XIII ne manquait jamais de le convier de grand matin.

Pourtant, malgré ces orages passagers, il faut croire que l'affection du roi pour Cinq Mars devenait de plus en plus vive, puisque, au bout d'un an, en 1639, ^ donnait à son favori, alors âgé de dix-neuf ans seulement, la charge de grand écuyer de France, la plus importante des charges de la Cour.

« Ce n'est pas un trop vilain début pour un homme de dix-neuf ans », écrivait alors, non sans quelque dépit, un jeune Italien qui allait faire, lui aussi, son chemin dans le monde : Mazarin.

Et Richelieu semble avoir été également quelque peu

surpris et dépité de l'avancement, trop rapide à son gré, de son protégé.

Une telle faveur, bien qu'exceptionnelle, devait sembler moins extraordinaire à une époque où c'était, beaucoup plus qu'aujourd'hui, l'habitude de débuter, très jeune, dans des postes importants.

Si Cinq-Mars était capitaine de la garde à seize ans et grand écuyer de France à dix-neuf ans, n'oublions pas que Richelieu avait été évêque de Luçon à vingt-deux ans et secrétaire d'Etat, pratiquement tout-puissant, à trente et un ans ; que de Thou, dont nous parlerons tout à l'heure, avait été reçu conseiller au Parlement à dix-neuf ans ; que le grand Condé, enfin, commandant une armée, devait remporter, à vingt-deux ans à peine, la magnifique victoire de Rocroi sur les Espagnols !

Un début si éclatant semble avoir quelque peu tourné la tête de Cinq-Mr.rs. Il est plus difficile de résister à la griserie du succès qu'aux déboires de l'adversité.

« Tout conspirait à l'enivrer, nous dit Anne de Gonzague, princesse Palatine, dans ses Mémoires. Son lever était comme celui du roi ou du cardinal. Deux cents gentilshommes le suivaient chez le roi, et il surpassait tous les courtisans par la magnificence de ses habits, la noblesse et le charme de sa figure et les agréments de ses manières ; les femmes se jetaient à sa tête, les ministres étaient à ses ordres. »

Et il avait vingt ans à peine ! On ne l'appelait plus que « M. le Grand », ainsi qu'il était d'usage de désigner le grand écuyer.

Mais Louis XIII et le cardinal continuaient à le traiter comme un enfant, et, lorsque le roi avait à se plaindre de

lui, il l'envoyait à Richelieu, qui était chargé de le morigéner... et qui s'en acquittait en conscience.

Nous avons sous la plume de Louis XIII lui-même le récit d'une de ces scènes bien typiques.

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