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(Musée de) Versailles.) LA REINE ELISABETH D'ANGLETERRE,
par F. Pourbus. "
encore apaisés : ils réclamaient ardemment la mise en jugement de Marie Stuart.
Elisabeth hésitait. Elle craignait qu'il n'y eût point assez de preuves pour obtenir sûrement sa condamnation. Elle craignait aussi d'attirer une intervention de l'Ecosse, de la France ou de l'Espagne.
Cependant, elle était vivement pressée par son entourage. Ses ministres tremblaient à l'idée d'un retour de fortune de Marie Stuart, venant à succéder à Elisabeth. Walsingham, d'ailleurs, se faisait fort d'enlever une condamnation capitale.
La reine se décida et, le 5 octobre 1586, elle nommait la commission chargée de juger Marie Stuart.
Cette commission se composait de quarante-six membres, recrutés parmi les pairs et parmi le Conseil privé.
Quelques juges leur étaient adjoints pour la partie juridique du procès.
Après bien des hésitations, il fut décidé que cette commission siégerait dans h grande salle d'audiences du vaste château de Fotheringay, qui appartenait à la reine Elisabeth.
Marie Stuart y fut transportée en coche, quelques jours avant l'ouverture des débats.
Deux cents cavaliers lui faisaient escorte, armés de lances, de hallebardes, d'arbalètes et d'arquebuses.
Sir Thomas Gorge, à cheval, se tenait à hauteur du coche de la reine.
Sir Amyas Paulet suivait, avec sa famille, dans un autre coche, encadré par ses gens en armes, le pistolet à la ceinture et la mèche allumée.
Le voyage dura trois jours. Jusqu'au dernier moment, la reine ignora où on la menait.
Lorsque, arrivée au terme, elle aperçut, à travers les arbres, les hautes et sombres tours et la masse sinistre du château de Fotheringay, ancienne prison d'Etat, elle laissa échapper ce cri :
— Je sais perdue.
Le il octobre, tous les commissaires étaient arrivés. Ils étaient logés au château ou dans les fermes avoisilantes.
Le lendemain, 12 octobre, ils assistèrent au prêche dans la chapelle du château, puis ils envoyèrent une délégation à Marie Stuart pour lui remettre une lettre d'Elisabeth, lui enjoignant, en termes impérieux, de répondre à la commission chargée par elle de l'interroger sur la conspiration dont elle s'était rendue coupable.
Marie Stuart répondit, avec beaucoup de hauteur et une vive indignation, qu'elle était reine, elle aussi, fille de roi, étrangère et détenue contre toute justice en Angleterre par un odieux abus de pouvoir ; qu'elle n'était, à aucun degré la vassale d'Elisabeth, mais sa parente et son égale, et qu'elle n'avait point d'ordre à recevoir d'elle.
Elle protesta avec véhémence contre cette parodie de justice.
— Je récuse vos juges ! s'écria-t-elle, comme de religion contraire à la mienne ; je ne reconnais pas vos lois, ne les sais, ni ne les entends.
« Je suis seule, sans conseil ; on m'a ôté mes secrétaires. Il n'est si pauvre criminel auquel il ne soit permis d'avoir un conseil, un défenseur qui parle pour lui !
La délégation rapporta cette éloquente protestation aux
commissaires réunis dans la grande salle. On décida de la transmettre à Elisabeth.
Le lendemain, nouvelle députation auprès de Marie Stuart. Cette fois, on la menace :
— Ni votre prérogative royale, lui déclare le porte-parole de cette députation, ni votre qualité de prisonnière, ne sauraient vous dispenser de répondre. Sinon, aux termes de la loi, nous serions obligés de procéder contre vous en votre absence.
Menacée ainsi d'être condamnée par défaut, Marie Stuart résolut de se défendre.
t( Laissée seule, elle rédigea quelques mémoires, nous dit son médecin, pour s'en aider devant la commission ; mais, comme le cœur lui croissait avec l'affliction et que son esprit semblait se renforcer par la lutte, elle n'en eut que faire et leur dit beaucoup plus qu'elle n'avait écrit. »
L'après-midi, on vint lui lire l'ordre de sa mise en jugement :
« Marie Stuart, soi-disant reine d'Ecosse, fille de Jacques V, étant accusée d'avoir consenti à l'horrible complot ayant pour but la mort de la reine d'Angleterre et l'invasion du royaume, sera interrogée par les commissaires sur ce fait. »
Puis on lui lut les noms des membres de la commission.
Elle n'en récusa aucun, mais elle protesta avec la dernière énergie contre la loi d'exception votée et forgée tout exprès contre elle, sur laquelle était fondée l'existence et l'autorité de cette commission.
■ — • Vous faites des lois à votre gré ! s'écria-t-elle. Mais, moi, souveraine étrangère, je n'ai aucun motif de m'y soumettre. Vous parlez sans cesse de la protection de la reine
Elisabeth. Je suis venue en Angleterre pour demander assistance et j'ai été aussitôt emprisonnée : est-ce là une protection ? Je ne reconnais pas la loi anglaise.
« Et si c'est en vertu de la loi canonique que vous prétendez me juger, elle ne peut avoir d'autres interprètes que ceux qui l'ont faite. Seuls des catholiques ont le droit de l'expliquer et de l'appliquer.
« Les interlocuteurs de Marie, nous dit Bourgoing, furent contraints de lui quitter le jeu, voyant qu'ils ne pouvaient répondre plus avant sans faire tort à leurs religion et gouvernement. »
Ils étaient tout décontenancés des ripostes si vives de la reine d'Ecosse.
Cependant, l'un des favoris d'Elisabeth se ressaisit le premier et dit :
— Nous ne sommes venus ici que pour nous enquérir si la reine d'Ecosse était consentante ou non au projet de meurtre ourdi contre la reine Elisabeth, et il est seulement question de savoir si elle est coupable ou non.
— Il me semble, ajoutait-il, avec une perfide habileté, que si Votre Majesté refusait d'être examinée, chacun penserait qu'elle est coupable.
La séance fut levée, ce soir-là, sur ces paroles.
Le lendemain 14 octobre, Marie Stuart faisait savoir aux commissaires qu'elle consentait à répondre.
■ — J'offre de répondre, leur dit-elle, mais sur ce point seulement : sur la vie de la reine ! De quoi je jure et proteste que je suis innocente, et non d'autre chose que ce soit, quelque intelligence, amitié ou accord que j'aie eus envers les autres princes étrangers.
Le débat était ainsi bien délimité.
A neuf heures du matin, Marie Stuart faisait son entrée dans la grande salle d'audiences, entre deux files de hallebardiers, appuyée d'un côté sur son médecin, de l'autre sur André Melvil, car elle marchait avec peine, à cause de ses douleurs, mais sans rien perdre, pourtant, de sa majesté.
La traîne de son manteau de velours noir était portée par Renée Bauregard, une de ses filles de chambre.
Elle s'assit, en promenant ses regards sur les commissaires assemblés.
— Hélas! dit-elle à André Melvil, voici bien des conseillers, mais pas un seul qui soit pour moi !
Et, de temps en temps, elle se penchait vers Paulet, assis près d'elle, pour lui demander, avec une aisance supérieure et comme si elle eût été au spectacle, les noms de^ceux qui prenaient la parole ou posaient des questions.
Face à l'accusée, un homme se leva, qui était vêtu d'une robe bleue, avec un chaperon rouge sur l'épaule et un bonnet rond à l'antique : c'était le sergent royal Gawdy.
Il se découvrit et lut l'acte d'accusation. Puis il fit le récit complet de la double conspiration et lut les copies des lettres échangées entre Marie Stuart et Babington.
Il fit ensuite la lecture d'une soi-disant confession de Babington au moment de sa mort et des dépositions de Nau et Curies, signées, disait-il, de leur propre main et qui chargeaient la reine.
Puis il fit circuler ces pièces parmi les commissaires. Marie Stuart se leva.
Elle reconnut qu'elle avait échangé des lettres avec
les ambassadeurs de France et d'Espagne ; mais elle revendiqua hautement le droit de négocier ainsi avec les princes étrangers au sujet de sa mise en liberté.
Quant aux lettres échangées avec Babington, elle nia avec énergie avoir jamais reçu ou écrit de « telles lettres », ni avoir conspiré contre la vie d'Elisabeth.
— Il est possible, ajouta-t-elle, que Babington ait écrit la lettre dont vient de parler l'avocat de la reine ; mais qu'il prouve donc que cette lettre a été entre mes mains ! Et quant à mes propres lettres, qu'il se hâte de les produire et de me les montrer et je me défendrai !
L'accusation dut convenir qu'elle ne possédait que des
copies.
Ces copies, s'écria Marie Stuart, comment les avez-
vous faites, si vous n'avez pas eu les originaux? Et si vous les avez eus, pourquoi ne les produisez-vous pas? Pourquoi n'apportez-vous que des copies? Je déclare formellement n'avoir jamais écrit les lettres qu'on produit contre moi !
— Puis-je être responsable des criminels projets de quelques désespérés, formés en dehors de ma participation et à mon insu?
Elle se fit ensuite montrer les dépositions soi-disant écrites et signées par Nau, son secrétaire.
H n'a pas écrit et signé comme il a coutume de le
faire, remarqua-t-elle encore, à supposer qu'il ait écrit de sa main, comme vous me l'affirmez.
Elle demanda formellement à être confrontée avec ses secrétaires, ainsi, d'ailleurs, que le prescrivait obligatoirement un statut de la quinzième année du règne d'Elisabeth elle-même, qui disposait :
« Nul ne pourra être convaincu de complot contre la vie de son souverain que par le témoignage et le serment de deux témoins, confrontés avec lui conformément à la loi. »
— Pourquoi, demanda-t-elle encore, avoir exécuté Babington et ses complices sans les confronter avec moi, s'ils avaient des déclarations à faire contre moi ?
Bref, elle se défendit pied à pied, avec autant d'habileté que d'énergie et sans jamais perdre courage devant les violences de l'accusation.
Le Journal de Bourgoing, son médecin, qui a suivi tous les débats, nous dit textuellement :
« Nonobstant la véhémence de ces messieurs les chicaneux, la reine ne perdit jamais cœur et, plus ils s'échauffaient à aggraver le fait, plus elle se montrait affermie. »
Nous savons mieux encore, aujourd'hui, à quel point les objections de Marie Stuart étaient fortes et justifiées.
Deux de ses plus consciencieux historiens : le prince de Labanoff, véritable amoureux posthume, qui lui a consacré sa vie, et M. Tytler, ont pu établir l'existence des altérations et des interpolations apportées par Phelipps à la lettre de Marie Stuart à Babington.
Il est prouvé également qu'il n'existe qu'une seule déposition authentique de Nau et que celui-ci y déclare que Marie Stuart ne donna jamais son adhésion au projet de meurtre, ainsi qu'il devait l'affirmer à nouveau, par la suite, dans son « apologie », écrite en 1606.
Pourtant, ce fut un tollé général des commissaires indignés lorsque la reine se permit d'arguer de faux les documents sur lesquels s'appuyait l'accusation.
« Alors, nous raconte Bourgoing, tous les chicaneurs firent rage de crier ; comme forcenés, ils poursuivaient tous ensemble de faire entendre que la reine était coupable. »
La séance fut ainsi levée, à la fin de cette première journée, dans une atmosphère de violence et dans le tumulte des discussions.
La reine ne dormit guère, durant la nuit, préoccupée qu'elle était de préparer sa défense du lendemain.
Aussi était-elle d'une pâleur extrême et les yeux brillants, mais ferme et résolue cependant, lorsque, le matin du 15 octobre, toujours appuyée sur son médecin, elle pénétra dans la salle où l'attendaient les commissaires assemblés.
Immédiatement, elle reprit la parole, et, rappelant toutes les illégalités de cette poursuite, toutes les injustices dont elle avait eu à souffrir auparavant, tous les obstacles apportés enfin à la liberté de sa défense, elle fit entendre une protestation éloquente contre l'indigne façon dont était conduit ce procès et demanda, pour finir, à être entendue publiquement devant la reine, qui, depuis dix-neuf ans, lui refusait cette entrevue, et devant le Parlement tout entier, assemblé.
Elle répéta encore que l'on ne pouvait la juger ni sur la déclaration, sans doute apocryphe, d'un secrétaire qu'on n'osait pas confronter avec elle, ni sur la copieprétendue d'une lettre « où plusieurs choses avaient été insérées qu'elle n'avait point dictées ».
Burghley, qui présidait les débats avec un manifeste parti pris, lui ayant, à plusieurs reprises, coupé la parole, la reine lui cria, avec indignation :
■ — ■ Vous êtes mon ennemi ! Je ne suis pas jugée, mais condamnée d'avance. Ma mort est décidée depuis longtemps parce que ma vie laisse aux catholiques persécutés l'espoir que la liberté de leurs croyances leur sera rendue.
— Il ne s'agit pas de votre religion, mais de votre crime ! riposta Burghley, exaspéré.
Et comme, résumant une fois de plus les charges qui pesaient sur l'accusée, il y ajoutait ce grief nouveau d'avoir pensionné des représentants auprès de tous les souverains d'Europe, il s'attira cette riposte hautaine et cinglante :
— La reine, votre maîtresse, a bien deux cardinaux à la Cour de Rome, qui sont ses pensionnaires, elle qui professe une religion opposée à celle du pape ; et pourquoi, moi, qui suis reine aussi, n'en aurais-je pas ?
Une exclamation générale de stupeur, un immense murmure de colère et d'incrédulité accueillirent ce foudroyant coup droit à Elisabeth. Tous les commissaires s'étaient levés à la fois et cherchaient à couvrir la voix de Marie Stuart.
Lorsque le calme fut un peu rétabli, Burghley, décontenancé, se contenta de murmurer, rageur, entre ses dents :
— Vous en savez beaucoup, madame ! Et vous avez bien des intelligences !
Cependant on semblait pressé d'en finir. Les commissaires étaient venus tout bottés à la séance, manifestant ainsi l'intention de quitter Fotheringay le soir même.
Mais, au moment où, déjà, ils s'assemblaient pour délibérer, un courrier de la reine Elisabeth vint remettre un pli à Burghley.
La reine ordonnait de suspendre l'arrêt afin de pouvoir prendre elle-même connaissance du dossier.
La continuation de la séance était ajournée à dix jours, et la commission devait se réunir à nouveau, non plus à Fotheringay, mais à la Chambre Ëtoilée de Westminster.
Le 25 octobre, la séance reprit. Mais Marie Stuart n'y assistait pas.
« A Fotheringay, il y avait eu l'accusée sans les témoins. A Westminster, il y eut les témoins sans l'accusée. » (Tytler.)
On y entendit Nau et Curies, qui ne firent aucune déposition nouvelle contre la reine.
Puis, aussitôt après, les trente-six commissaires présents, auxquels se joignirent par la signature les douze commissaires absents, prononcèrent, à l'unanimité, la peine de mort.
Cette impitoyable sentence, œuvre de haine et de parti, n'avait été obtenue qu'au mépris des règles les plus sacrées de la justice. En politique, il n'y a pas de justice !
Voltaire a très bien mis en lumière, plus tard, tous les vices qui en font un monument d'iniquité.
« Jamais, écrit-il en parlant de ce procès, tribunal ne fut plus incompétent et jamais procédure ne fut plus irrégulière.
« On lui présenta de simples copies de lettres et jamais les originaux. On fit valoir contre elle les témoignages de ses secrétaires et on ne les lui confronta point.
« On prétendit la convaincre sur la déposition de trois conjurés qu'on avait fait mourir et dont on aurait pu différer la mort, pour les confronter avec elle.
« Enfin, quand on aurait procédé avec les formalités que l'équité exige pour le moindre des hommes, quand on
aurait prouvé que Marie Stuart cherchait des secours et des vengeurs, on ne pouvait la déclarer criminelle.
« Elisabeth n'avait d'autre juridiction sur elle que celle du puissant sur le faible et le malheureux ! »
Et Walter Scott n'est pas moins sévère dans son histoire d'Ecosse, lorsqu'il écrit :
« Les preuves alléguées contre la reine d'Ecosse étaient telles qu'elles n'auraient pu compromettre la vie du plus vil criminel. Cependant, la commission eut la cruauté et la bassesse de déclarer Marie coupable. Et le Parlement d'Angleterre approuva et ratifia cette inique sentence ! »
En apprenant qu'elle était rendue, Amyas Paulet, pris d'un zèle intempestif, était venu abattre et enlever le dais aux armes de la reine, emblème de sa souveraineté, sous lequel Marie Stuart avait coutume de se tenir. Et il avait accompagné ce geste de ces gracieuses paroles :
— Vous n'êtes plus qu'une femme morte, sans honneurs ni dignité de reine.
Toutefois, vaguement inquiet, le lendemain, de la responsabilité qu'il avait ainsi assumée sans ordre, Paulet revint pour dire à la reine qu'elle pourrait obtenir la remise en place de son dais si elle le demandait.
Mais Marie Stuart, d'un geste infiniment désabusé, se borna, pour toute réponse, à lui montrer le Crucifix, symbole divin de la douleur, par lequel elle avait déjà remplacé l'emblème abattu de sa puissance humaine !
Cependant, des semaines s'écoulaient sans que la condamnation à mort fût exécutée.
Les^fanatiques ministres d'Elisabeth en manifestaient autant d'impatience que d'inquiétude.
« La sentence est déjà âgée de plus d'un mois et quatre jours ; il est temps qu'elle parle », écrivait Burghley à Davison.
Mais Elisabeth, préoccupée des menaces de la France et de l'Ecosse, ne semblait pas pressée d'ordonner l'exécution.
Elle cherchait un expédient qui lui permît de dégager sa responsabilité tout en assouvissant sa haine, et qui assurât sa tranquillité, mais sans qu'on pût lui imputer à ellemême la mort de sa cousine.
Sir Amyas Paulet insistait pour une exécution rapide, faisant valoir la raison d'économie, qui, il le savait, n'avait jamais trouvé le cœur d'Elisabeth insensible.
(( Désirant, écrivait ce bon serviteur, que les charges de Sa Majesté soient diminuées, je ne vois pas d'autre moyen que de supprimer la cause qui nous les impose. »
Marie Stuart devinait les hésitations de sa cousine à ordonner son exécution publique et elle redoutait, non sans raison, d'être supprimée sans témoins.
« Je m'attends à quelque poison ou autre mort secrète », écrivait-elle au duc de Guise.
Sentant bien que, d'une manière ou d'une autre, sa fin était inévitable et prochaine, elle décida d'écrire à Elisabeth pour lui faire part de ses dernières volontés. Et voici ce qu'elle lui demanda :
a Je vous requiers de permettre que, après que mes ennemis auront assouvi leur noir désir de mon sang innocent, vous permettiez que mes pauvres serviteurs désolés puissent, tous ensemble, emporter mon corps pour être enseveli en terre française.
« J'espère que vous ne me refuserez pas cette dernière
requête, permettant au moins une sépulture libre au corps dont l'âme aura été séparée, puisque, étant unis, ils n'auront jamais su obtenir liberté de vivre en repos... Et je désire savoir, à ma dernière requête, votre dernière réponse.» Cette réponse, ce fut une tentative d'Elisabeth pour faire assassiner discrètement Marie Stuart par son geôlier.
Voici comment nous en avons la preuve :
Davison était allé présenter à la signature de la reine le warrant d'exécution de Marie Stuart.
La reine signa d'une main distraite et rendit le papier à Davison. Mais, comme celui-ci s'apprêtait à sortir, elle le rappela, et, en termes ambigus, elle lui laissa clairement comprendre qu'elle serait heureuse que cette exécution n'eût pas lieu, et qu'un de ses fidèles serviteurs la rendît inutile en allant au-devant de ses désirs.
Davison entendit fort bien ce qu'elle voulait dire, ou. plutôt, ce qu'elle ne voulait pas dire. Et, aussitôt, il alla trouver .Walsingham, afin de ne point garder pour lui seul la responsabilité de cette mission redoutable.
Après en avoir discuté, tous deux, d'accord, rédigèrent et signèrent cette invitation non déguisée à l'assassinat, adressée, de la part de la reine, à son * très féal » serviteur sir Amyas Paulet.
« Nous avons compris, à un discours tenu récemment par Sa Majesté, qu'elle ne remarque en vous ni le zèle, ni le dévouement qu'elle était en droit d'attendre de vos mains, en ce que vous n'avez pas, en ces derniers temps, de vous-même et sans invitation, trouvé quelque moyen d'abréger la vie de cette reine, en songeant au grand péril auquel, à toute heure, est exposée Sa Majesté, aussi long-
temps que la susdite reine sera en vie... Sa Majesté voit avec le plus grand mécontentement que des hommes qui professent pour elle l'amour dont vous vous dites pénétré font en sorte, pour échapper à leur devoir, que le fardeau retombe tout entier sur Elle, quoique vous connaissiez fort bien son horreur à répandre le sang, et surtout d'une personne de son sexe, de sa qualité, et d'une si proche parente, etc.
« Walsingham et Davison.
« Londres, Jer février 1587. »
Mais Paulet pouvait être un geôlier tyrannique, ce n'était pas un assassin. Plein d'amertume, mais très dignement, il refusa d'accomplir « un acte que réprouvent Dieu et la loi ».
La reine eut un accès de terrible colère lorsqu'elle connut cette réponse.
Elle tonna contre « ces parjures., ces formalistes affectés, qui promettent beaucoup et ne savent rien exécuter. »
— Ils n'ont d'autre but, s'écria -t-elle, que de rejeter sur moi tout le fardeau !
Après ce refus, Davison résolut de ne pas retarder davantage l'exécution, puisque le warrant était signé, revêtu du sceau royal, complètement en règle.
Il convoqua immédiatement le comte de Kent et le comte de Shrewsbury qui; en sa qualité de grand maréchal d'Angleterre, avait la pénible obligation d'assister à l'exécution.
Il leur remit le warrant et les chargea d'aller prévenir Marie Stuart.
C'est le 7 février 1587, dans l'après-midi, qu'ils se
présentèrent à Fotheringay et demandèrent à être reçus par la reine d'Ecosse.
Elle était couchée, souffrante, lorsqu'on lui annonça leur visite. Elle se leva pour les recevoir.
Shrewsbury s'avança le premier vers elle, la tête découverte, et la pria de bien vouloir entendre la lecture du warrant.
Elle accueillit cette nouvelle sans étonnement et même, semblait-il, avec joie, comme si on lui eût annoncé que l'heure de sa délivrance avait sonné.
— Toute ma vie, s'écria-t-elle, n'a été qu'une suite de malheurs, et je suis bien heureuse qu'il ait plu à Dieu de me tirer de tant de maux et d'affliction par la main de mes ennemis.
Elle protesta encore de son innocence, juia sur l'Ëvangile qu'elle n'avait point conspiré pour la mort de sa cousine Elisabeth, et demanda qu'on fît venir son aumônier.
Mais les comtes avaient l'ordre formel d'Elisabeth de lui refuser ce dernier apaisement. Ils lui proposèrent donc un pasteur qu'elle refusa de recevoir, malgré leur vive insistance.
Elle demanda quand aurait lieu l'exécution.
■ — ■ Demain, à huit heures du matin, balbutia le comte de Shrewsbury.
Elle se plaignit qu'on l'eût prévenue si tard et réclama du papier pour faire son testament.
Elle s'enquit encore auprès des comtes si la reine Elisabeth avait permis que son corps reposât en terre de France, soit à l'abbaye de Saint-Denis, auprès du roi François II, soit à Reims, à côté de sa mère.
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Les deux comtes lui apprirent qu'Elisabeth lui refusait même cette ultime satisfaction.
Puis ils se retirèrent.
Alors Marie Stuart, toujours admirable de sérénité, s'occupa de régler, avec ses serviteurs, quelques dernières questions.
Avec bonté elle leur distribua quelques objets comme souvenir, en y joignant, pour chacun, des paroles dont la douceur leur arrachait des larmes.
Elle dîna plus tôt que de coutume et mangea peu. Puis elle se plut à rappeler les derniers efforts qu'avait tentés le comte de Kent pour la décider à accepter un pasteur et à se convertir au protestantisme.
Elle redit la phrase qu'il lui avait adressée en la quittant et qui s'était gravée dans sa mémoire :
— Votre vie aurait été la mort de notre religion et votre mort en sera la vie. »
— Oh ! que je suis contente de cette parole ! ajouta-telle. Voici enfin la vérité ! Elle s'est fait jour d'une manière éclatante.
Elle écrivit, ensuite, un long testament, puis une lettre à son beau-frère Henri III, roi de France, pour l'adjurer de veiller sur son fils et pour lui recommander ses serviteurs.
Elle se coucha, alors, tout habillée sur son lit et se fit lire par Jeanne Kennedy quelques pages de La Vie des Saints, en lui demandant de choisir la vie d'un saint qui eût été d'abord un grand pécheur.
Avec un calme et une présence d'esprit extraordinaires, elle pensait aussi aux plus petits détails.
C'est ainsi qu'elle songea qu'il faudrait un mouchoir
pour lui bander les yeux au dernier moment, et qu'elle s'en fit apporter un de ses plus beaux, qui était brodé d'or, et le mit à part pour le lendemain.
Les mains jointes sur la poitrine, les paupières baissées, elle se recueillit ensuite et s'absorba dans la prière, gardant l'immobilité d'une statue couchée sur un tombeau. Son beau front, d'une blancheur de marbre, semblait avoir revêtu déjà la majesté de la mort.
Un calme divin détendait ses traits si purs. Une inexprimable sérénité était empreinte sur tout son visage.
Suivant l'expression de Jeanne Kennedy, qui était restée assise à son chevet et qui la veilla toute la nuit avec ses autres serviteurs, consternés et silencieux, « elle semblait rire aux anges ».
Cependant, on entendait déjà retentir dans la cour le bruit des cavaliers qui venaient assurer le service d'ordre pour l'exécution.
Le vaste château retentissait des coups sourds du marteau qui achevait les derniers apprêts du supplice.
Lorsque le petit jour parut, blafard, à la fenêtre, la reine, qui n'avait pas dormi, sortit de sa méditation, et, comme une horloge sonnait, elle fit remarquer à ses femmes qu'il ne lui restait plus que deux heures à vivre.
Elle chargea Bourgoing de leur lire son testament et le lui confia pour qu'il le remît au duc de Guise qu'elle choisissait comme son exécuteur testamentaire.
Puis elle s'agenouilla dans son oratoire et recommença de prier.
Bientôt après, on heurta rudement à la porte. C'était
le shérif qui venait lui annoncer que l'heure de l'exécution avait sonné.
— Allons ! dit simplement la reine en se relevant.
Et elle suivit le shérif en le priant de l'aider à marcher.
Comme on voulait arrêter ses serviteurs à la porte de la salle d'exécution, elle demanda pour eux la permission de l'accompagner jusqu'au bout, et elle prit, au nom de ses femmes, l'engagement qu'elles sauraient contenir leur émotion.
Elle traversa la grande salle, avec cette majesté naturelle qu'elle avait toujours, en promenant un calme regard sur l'assemblée.
Sir Amyas Paulet lui ayant offert son aide pour gravir les marches, elle lui dit avec enjouement :
— Merci de votre courtoisie, sir Amyas ; ce sera la dernière peine que je vous donnerai et le plus agréable service que vous m'aurez jamais rendu.
Puis elle s'assit sur une chaise basse et tendue de noir qui lui était destinée, ayant auprès d'elle les comtes de Kent et de Shrewsbury, et devant elle les deux exécuteurs.
Elle demanda encore à voir son aumônier. Mais c'est le pasteur doyen de Peterborough qu'on lui amena, et qui commença à l'exhorter à la mort, avec une éloquence rude et véhémente.
— ■ Monsieur le doyen, lui dit doucement la reine, je n'ai que faire de vous ; vous vous pouvez bien taire, si vous voulez, et vous retirer d'ici.
Comme il insistait et la poursuivait impitoyablement de sa parole, elle lui répéta, deux fois encore, qu'il pouvait se retirer, qu'elle était résolue à ne pas l'entendre.
Cependant elle s'était mise à prier à haute voix avec une grande ferveur, et la foule, saisie malgré elle d'émotion, l'écoutait silencieuse.
L'exécuteur s'approcha pour la dévêtir. Mais elle lui dit avec un sourire :
— Laissez-moi faire. J'entends ceci mieux que vous et je n'eus jamais de tels valets de chambre.
Aidée de Jeanne Kennedy, qui pleurait, elle ôta son voile, son pourpoint, et son tour de gorge.
Les deux bourreaux, à genoux devant elle, la prièrent alors, suivant la coutume anglaise, de leur pardonner sa mort.
— Je vous pardonne de bien bon cœur, leur répondit-elle, car j'espère que vous ferez fin à tous mes troubles.
Cependant elle restait assise, la tête droite, car elle pensait être décapitée par l'épée, suivant le privilège constant de la noblesse.
Mais on la fit agenouiller, la tête sur le billot, et le bourreau brandit sa hache.
Marie Stuart priait toujours. On entendit sa voix pure qui disait, dans le silence infini : — In te. Domine, speravi! Seigneur, j'ai mis en vous toute mon espérance !
La foule pleurait. Le comte de Shrewsbury leva son bâton pour faire signe au bourreau de frapper et, en même temps, il détournait le visage avec horreur, en se couvrant les yeux de sa main.
Le bourreau, gagné, sans doute, par l'émotion, frappa d'un bras mal assuré.
La tête ne tomba qu'au troisième coup. L'exécuteur, la saisissant alors, l'éleva vers la foule en s'écriant, suivant l'usage :
— God s ave the Que en Elisabeth !
— Ainsi périssent tous ses ennemis ! ajouta le doyen de Peterborough.
On n'entendait, dans la salle, comme frappée de stupeur par le sentiment confus d'une grande iniquité, que les sanglots contenus des serviteurs de Marie.
Seul, l'impitoyable et fanatique comte de Kent put trouver encore la triste présence d'esprit de répondre :
- — Amen !
Ainsi finit, au cours de sa quarante-quatrième année, dans la sérénité d'une mort admirable, Marie Stuart, reine éphémère de France et d'Ecosse, dont l'existence mouvementée avait, tour à tour, allumé tant de passions et attisé tant de haines.
Elle n'était, sans doute, ni la magicienne fatale et la sorcière digne du bûcher qu'ont voulu voir en elle ses irréductibles ennemis, ni la sainte sans tache et la pure martyre qu'ont voulu faire d'elle ses admirateurs fervents. C'est une femme du xvie siècle, une contemporaine de Shakespeare, violente, et ambitieuse, et passionnée. Elle est d'une époque qui n'était pas éloignée de celle de Machiavel.
Femme merveilleusement douée par la nature, d'une intelligence vive, souple et profonde, ouverte à toutes les idées, capable de tous les efforts, il ne lui a manqué, pour savoir diriger sa vie, que cette pondération de caractère, cette fermeté de principes et cette volonté persévérante, sans lesquelles les plus brillantes qualités ne sauraient que demeurer stériles.
Sensible à toutes les influences, vibrante à tous les sentiments, elle n'a point su choisir sa voie et s'est montrée
6o LES GRANDS PROCÈS DE L'HISTOIRE
changeante, au gré des milieux mêmes où elle a successivement passé.
Du moins, si elle n'a pas su vivre, a-t-elle su souffrir et mourir !
La noble cause à laquelle elle a si héroïquement sacrifié sa vie couvre de sa grande ombre ses erreurs et ses fautes.
Parce qu'elle a souffert stoïquement pour sa foi, parce qu'elle a incarné, pour tout un peuple, dix-neuf années durant, la cause du catholicisme opprimé et persécuté, parce que sa condamnation est le plus flagrant des dénis de justice et le plus odieux des abus de pouvoir, et parce qu'elle a préféré accepter une mort imméritée plutôt que de rien renier de ses droits et de ses convictions, elle vivra éternellement dans l'Histoire comme la touchante victime du fanatisme et de l'injustice.
Mais pour nous, Français, elle est encore quelque chose de plus, et nous devons garder à son souvenir un attachement plus intime, comme à la mémoire de quelqu'un qui aurait appartenu un peu à notre famille.
Ces qualités si brillantes, cette intelligence si vive, cette séduction et cette grâce qui furent son charme et qui contribuèrent à sa perte, c'est, en partie, dans le génie de notre race et sur notre douce terre de France qu'elle les avait puisées.
Nous ne pouvons évoquer son image sans rappeler en même temps l'amour profond qu'elle portait à notre patrie, lorsque, accoudée au timon de la galère qui l'emportait, et les yeux baignés de larmes, cette reine de dix-neuf ans répétait obstinément ce mélancolique : « Adieu, France ! Je pense ne vous' revoir jamais plus ! » qui, par la voix de Brantôme, a traversé les siècles.
Nous ne pouvons oublier que lorsque, après les tourmentes de la vie, son âme se fut retrouvée elle-même, pour s'élever sur les ailes de la foi dans la sérénité de la mort prochaine, c'est à la France qu'allèrent sa dernière pensée et son dernier vœu, témoignant ainsi de la continuité de son attachement à notre patrie, par un touchant retour en arrière qui reliait le début et le terme de son existence.
Vous savez que; pas plus morte que vivante, elle n'aura revu la France.
La cruelle Elisabeth ne respecta pas mieux son vœu suprême qu'elle n'avait respecté sa liberté ni sa vie.
Le corps de Marie Stuart n'est ni à Saint-Denis, ni à Reims, où elle avait souhaité et demandé qu'il fût. Il repose à Westminster, dans la chapelle d'Henri VII, où, par une singulière et ironique rencontre du hasard, son tombeau est tout proche de celui d'Elisabeth.
La mort a passé sur les querelles humaines.
Trois siècles bientôt se seront écoulés depuis que le marquis de Cinq-Mars, grand écuyer de France, a payé de sa tête le crime dont il s'était rendu coupable.
Son implacable justicier, le cardinal-ministre, n'a pas tardé à le suivre dans la tombe.
Seul, aujourd'hui, non loin de la petite ville de Richelieu, vieille bourgade de notre belle Touraine, le château de Cinq-Mars subsiste encore, dernier témoin de sa grandeur et de sa chute. Et ses tours, «rasées à hauteur d'infamie », par ordre du cardinal-duc, en perpétuant jusqu'à nous 'le souvenir du châtiment, évoquent encore, par leurs ruines éloquentes, ce drame émouvant de notre Histoire. Nous allons nous efforcer de faire revivre ceux qui le vécurent avec tant d'intensité.
Nous sommes en 1638, au temps de Louis XIII. Le cardinal-duc de Richelieu gouverne sous le nom du roi, qui a bien « assez de vivre sans régner ». La poigne du ministre est rude, mais son œuvre est grande !
Il a reçu un royaume faible et divisé.
Il a laissé une nation puissante et respectée.
Il a créé l'unité française.
Mais il lui a fallu, pour remplir la tâche qu'il s'était assignée, mener de terribles luttes contre l'esprit factieux de la noblesse.
A plusieurs reprises, il a dû briser les conjurations dressées contre lui et abattre les grands qui s'étaient ligués contre sa politique. Ce fut un grand niveleur abattant les têtes qui ne voulaient point se courber.
Marie de Médicis, la reine-mère, est exilée à Bruxelles ; le garde des sceaux Marillac, exilé également; son frère, le maréchal de France Marillac, est condamné à mort et exécuté, pour crime de concussion ; le maréchal de Bassompierre est à la Bastille ; le duc de Montmorency, rebelle, vaincu à Castelnaudary, est condamné à mort et exécuté à Toulouse.
La justice de Richelieu passe, inexorable, et frappe à la tête. Par lui, un vent d'implacable rigueur a soufflé sur la France. Mais, déjà, quelle moisson splendide commence à lever de toutes parts !
La marine, à laquelle il a su donner un si magnifique essor, balance partout sur les mers la fortune de l'Angleterre. Notre législation est rajeunie et codifiée par le code Michaud. Des possessions nouvelles, le Canada, les Petites Antilles, Saint-Domingue, la Guyane, le Sénégal, viennent enrichir notre empire colonial.
La Sorbonne est embellie et réparée ; la Bibliothèque et l'Imprimerie royales prennent une extension inconnue jusque-là. Les lettres sont honorées par la création de l'Académie française.
Pourtant, cet homme, le plus grand ministre peut-être que la France ait jamais eu, est aussi, sans doute, le plus impopulaire. La foule murmure et menace lorsque Y Homme rouge se montre, de loin...
C'est que, pour gouverner, il n'a pas craint de se faire de terribles ennemis.
Abhorré des protestants, qu'il a vaincus à La Rochelle et qui ne lui pardonnent pas la sujétion où il les tient, détesté d'une grande partie de la noblesse, jusque-là indépendante, et dont il a exigé la soumission, il n'est pas davantage aimé du peuple, qui lui reproche sa dureté, la hauteur de son caractère, et qui le rend responsable de la prolongation de la guerre. Eternel recommencement de l'Histoire !
A défaut de raisons, d'ailleurs, la jalousie trop humaine qu ' excite toujours toute supériorité ne suffirait-elle pas à expliquer bien des haines soulevées sous s^s pas ?
Seul, le roi Louis XIII a compris quel
serviteur incomparable il était, pour la grandeur de la France et de la royauté.
Et, bien qu'il ne soit pas sans avoir des échos de l'impo-