F.-AUG. DE THOU
Conseiller au Parlement.
A vrai dire, il paraîtrait qu'il n'y conduisit, en réalité, que de Thou. Cinq-Mars y fut emmené de son côté, sous bonne escorte.
Mais un journal manuscrit de l'époque, cité par Alfred de Vigny, affirme le contraire, et le tableau qu'il en trace est si réussi qu'il serait dommage que ce ne fût pas la vérité.
Ecoutez plutôt comment se fit ce voyage. Il faut vous dire que Richelieu, qui était toujours malade, ne voyageait à ce moment que couché.
Il était porté dans une sorte de chambre mobile, tendue de velours rouge écarlate, par dix-huit de ses gardes, tête nue, qui se relayaient de temps à autre. Il y avait dans cette chambre, près du lit où était couché Richelieu, une grande table, couverte de dossiers de toutes les affaires en cours dont Richelieu résumait en quelques mots la substance, et près de cette table se tenait en permanence un secrétaire du cardinal, auquel celui-ci dictait sa correspondance et qui, entre temps, lui faisait la lecture.
Toutefois, pour éviter les heurts de la marche qui le faisaient beaucoup souffrir, Richelieu préférait, toutes les fois que c'était possible, emprunter les voies d'eau.
C'est ainsi que, pour aller à Lyon, il remonta d'abord le Rhône jusqu'à Valence.
Voici de quelle façon, d'après le journal cité par Vigny :
« Il se faisait tirer dans un bateau où l'on avait bâti une chambre de bois, tapissée de velours rouge cramoisi à feuillage, le fond étant d'or.
« Dans le même bateau, il y avait une antichambre de même façon ; à la proue et à l'arrière du bateau, il y avait
quantité de soldats de ses gardes, portant la casaque écarlate, en broderie d'or, d'argent et de soie, ainsi que beaucoup de seigneurs de marque.
« Son Ëminence était dans un lit garni de taffetas de pourpre. Au-devant du sien, une frégate faisait la découverte des passages et après montait un autre bateau chargé d'arquebusiers.