‹ Les grands procès de l'histoire (volume 2)Chapitre 22 sur 39 · PAUL PELLISSON · texte numérisé non relu

PAUL PELLISSON

de lui-même qu'une voix éloquente, rompant le lourd silence, s'éleva soudain en sa faveur. Voix du dévouement et de l'amitié que rendait plus touchante encore cette circonstance qu'elle partait du fond de la Bastille, où le poète Pellisson payait précisément le tribut de son héroïque fidélité au surintendant, dont il avait été le secrétaire aux jours heureux de sa fortune.

Pellisson s'adressait au roi, car il devinait bien que c'était du roi d'abord que partait la répression et que c'était donc lui d'abord qu'il fallait convaincre.

Et il s'appliquait, en des termes harmonieux, à persuader son esprit en même temps qu'à toucher son cœur :

« Ce n'est pas la coutume ni le défaut du siècle que la disgrâce trouve trop de défenseurs, et Votre Majesté n'est sans doute guère importunée de ceux qui lui parlent aujourd'hui pour M. Foucquet, naguère procureur général, surintendant des finances, ministre d'Etat, l'objet de l'admiration et de l'envie, maintenant à peine estimé digne de pitié.

« Tout se tait, tout tremble, tout révère la colère de Votre Majesté. Je la révérerais plus que personne, et, quelque obligé que je fusse de parler, je me tairais comme les autres si je n'avais à dire à Votre Majesté des choses essentielles, qu'autre que moi ne lui dira point et qui regardent le bien de son service. »

Il retraçait, après cet émouvant exorde, tous les services passés du surintendant, toutes les mesures utiles qu'on devait à son initiative, et il s'efforçait de justifier les quelques erreurs qu'il avait pu commettre par la licence et le désordre qu'avait tolérés Mazarin dans l'administration des finances.

Malgré tous ses efforts, Pellisson ne réussit pas, comme il le cherchait, à convaincre le roi ; mais son beau plaidoyer, répandu dans Paris, obtint pourtant ce résultat, qu'il ne cherchait pas, de retourner l'opinion publique.

Au même moment, d'ailleurs, La Fontaine rompait à son tour le silence par sa fameuse élégie aux Nymphes de Vaux qui eut un grand retentissement.

Et, bientôt, tout le monde répétait avec le poète :

Il est assez puni par son sort rigoureux

Et c'est être innocent que d'être malheureux.

Que devenait, pendant ce temps, l'instruction de l'affaire ?

L'interrogatoire était terminé. Mais il fallait, maintenant, s'occuper d'en faire vérifier toutes les réponses* Il fallait faire venir des témoins et des registres du bout de la France ; il fallait mettre de l'ordre dans les seize mille pièces qui avaient été saisies aux divers domiciles de l'accusé.

Ce n'était pas une petite affaire, et, bien que la chambre de justice siégeât sans désemparer tous les jours, cela n'avançait pas assez vite au gré du roi.

Le président Lamoignon semblait à Colbert trop mou, trop nonchalant dans sa manière de diriger les débats. Et puis on le soupçonnait d'être, au fond, trop favorable à l'accusé. Colbert avait bien essayé, un jour, de le pressentir à ce sujet et de savoir quel était son sentiment sur l'affaire.

Mais Lamoignon, profondément blessé dans sa dignité de magistrat de cette indiscrète inquisition, l'avait remis à sa place par cette noble réponse :

— Un juge, monsieur, ne dit son avis qu'une fois et sur les fleurs de lis.

A dater de ce jour, Colbert avait cherché le moyen de s'en débarrasser. Mais comment?

Comment, sans jeter le discrédit sur cette chambre de justice, remplacer d'autorité un président devant la haute conscience et l'impartialité de qui ses adversaires mêmes étaient forcés de s'incliner?

Et qui mettre à sa place sans blesser les susceptibilités hiérarchiques de la magistrature ?

C'est le roi qui trouva la formule. Il écrivit au premier président :

(( Le Palais vous occupe, et vous ne pouvez tout faire... J'ai dit au chancelier d'entrer dorénavant à la chambre de justice, ce qui ne doit point vous empêcher d'y aller quand vos occupations vous le permettent.

« Je ne conçois pas comment vous avez pu suffire au double travail du Palais et de la chambre de justice. »

Lamoignon comprit. Il assista encore à quelques séances pour ne pas paraître blessé d'un procédé qui voulait justement ménager sa susceptibilité, puis sa présence se fit de plus en plus rare.

Sous la direction du vieux, mais toujours souple et fougueux chancelier Séguier, les débats allaient partir d'une allure nouvelle... Mais, pour avoir voulu marcher trop vite, que de temps on perdit par les faux pas et les fausses manœuvres ! Si bien que, finalement, le zèle excessif et maladroit du chancelier devait faire durer le procès plus longtemps et indisposer bien davantage l'opinion publique par sa partialité que ne l'eût fait la prudente lenteur professionnelle de Lamoignon.

On instaura une procédure nouvelle.

On procéderait, désormais, contre l'accusé par mémoires écrits auxquels il devrait répondre par défenses écrites.

Mais Foucquet n'avait pas été procureur général pour rien. Et il le fit bien voir.

Car, à chaque instant, il découvrit, au cours de cette nouvelle procédure,

nullit

es

des cas de de forme.

Ou bien c'était un arrêt qui ne lui avait pas été communiqué quand il aurait dû l'être, ou

bien

c était une pièce

sans

communiquée,

bien

dont on s'était servi la lui avoir ou c'étaient des délais qu'on avait négligé d'observer pour gagner du temps.

Chaque fois, la chambre de justice, forcée de se rendre à l'évidence, était

obligée d'annuler ce qu'elle avait fait pour le recommencer à nouveau.

Entre temps, l'accusé ne cessait de réclamer le concours d'un avocat et la juridiction du Parlement.

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