ANNEXE
Il est naturel d'interroger les vieilles pierres. Comme les vieilles gens, elles sont lentes à s'émouvoir, mais elles ont gardé le souvenir des temps passés et aiment à conter des histoires d'autrefois.
Le Palais est certes modeste, mais sa Cour du Mai a vu des choses qui sont dignes d'être contées et ses pierres, qui datent de saint Louis, méritent de vous émouvoir. C'est la demeure des rois et la maison des juges dans les temps anciens.
Voici la grande salle des Pas-Perdus, « la plus belle de la chrétienté », où des rois, jusqu'à François Ier, donnaient des fêtes pour les mariages de leurs filles. Incendiée une première fois sous Louis XIII, puis sous la Commune, elle contenait la grande table de marbre noir derrière laquelle s'asseyaient le connétable et les maréchaux pour juger les affaires d'honneur entre gentilshommes, où se jouaient aussi les satires de la Basoche. Voici, dans la même salle, les boutiques des libraires et les piliers où les avocats d'autrefois donnaient des consultations gratuites aux indigents... La galerie marchande avec ses boutiques de lingères et de merciers... La chambre de la Tournelle et les salles de torture de la Tour Bombée qui entendirent les sanglots d'un régicide, Ravaillac, d'un conspirateur, Cinq-Mars, d'un voleur, Cartouche, et de l'agresseur de Louis XV, Damiens...
Voici la Grand'Chambre — son merveilleux plafond et son admirable tapisserie bleu de roi avec un écusson aux armes de France — où siégeait le Parlement de Paris, où se tenaient les lits de justice, où le tribunal révolutionnaire fit tomber tant de têtes innocentes !...
Voici enfin le guichet de la Conciergerie, devenu, par une déplorable profanation, la porte de la buvette du Palais, et la Cour du Mai où attendait la charrette de Sanson...
Écoutez les échos qui montent des profondeurs du Palais de Justice ! Ce ne sont plus, comme dans la cathédrale, les hosanna de victoire ettes chants d'allégresse s'élevant vers le pieu des armées... Ce sont çles voix
solitaires, des râles, les cris d'appel du condamné innocent qui maudit ses juges, les remords tardifs du criminel qui va expier sa faute, un bruit confus de rage impuissante et d'orgueil abaissé...
C'est, défaillante sous les outrages de la populace en délire, une reine qui a passé des splendeurs de Versailles aux cahots de la charrette fatale. Ce sont les Girondins mourant les yeux fixés sur la postérité ; c'est Charlotte enchaînée et triomphante ; c'est la tendre