MARIE STUART A DIX-SEPT ANS
Crayon de François Clouet, conservé à la Bibliothèque nationale.
que Marie Stuart fût mieux gardée, de la fiancer au dauphin de France.
L'escadre française de l'amiral Villegaignon vint à Dumbarton chercher la petite reine et réussit à échappei habilement à' la flotte anglaise qui tentait de lui barrer le passage. Le 13 août 1548, elle abordait à Roscofr", — où Marie Stuart devait, plus tard, faire élever une chapelle commémorative, à la place où, pour la première fois, elle avait mis le pied sur le sol français.
Conduite à Saint-Germain-en-Laye, elle y fut accueillie avec joie par toute la Cour.
Puis elle fut confiée à sa grand'mère, la duchesse de Guise. Et rien ne fut négligé pour donner à celle que le roi Henri II surnommait déjà, affectueusement, « la Reinette », -une éducation digne du rang qu'elle devait être appelée à tenir.
Le célèbre Ecossais Buchanan fut son professeur de latin. Ronsard, qui avait été, naguère, page à la Cour d'Ecosse, fut chargé de lui apprendra le français et la prosodie.
L'élève sut se montrer digne du maître.
Elle étudia la musique, sut bientôt jouer de la harpe et du luth, ce qui mettait en valeur sa main longue, blanche et fine. S'accompagnant elle-même sur ces instruments, elle chantait de cette « dolce voix qui (nous dit Ronsard) pouvait émouvoir les rochers et les bois ». Il émanait d'elle une extraordinaire puissance de séduction.
EDe possédait, d'ailleurs, bien d'autres talents d'agrément. Elle dansait avec une grâce infinie (que de succès elle aurait, aujourd'hui !) ; elle montait à cheval à ravir, tirait à l'arbalète, brodait avec beaucoup d'art et de goût.
Elle parlait quatre langues et, à treize ans, déclama, devant le roi, dans la grande salle du Louvre, une petite harangue en latin qu'elle avait elle-même composée.
Son oncle, le cardinal de Lorraine, qui l'initiait aux secrets de la diplomatie, était si fier de sa nièce qu'il écrivait à la mère de celle-ci :
« Votre fille croist tous les jours en grandeur, bonté, beauté, sagesse et vertus. Et suis contrainct à vous dire, madame, que le roy y prend tel goust qu'il passe bien son temps à deviser avec elle : elle gouverne le roy et la royne. »
A quinze ans, sa beauté attirait tous les regards.
Elle joignait à l'éclatante carnation des jolies Anglaises la taille fine et souple, la démarche vive et gracieuse, le sourire spirituel et plein de séduction, et cette coquetterie indéfinissable et charmante qu'elle tenait de sa mère, et où se reconnaît la Française.
Ronsard, qui la célèbre en vers, nous dit que :
La mère Nature Ne composa jamais si belle créature !
Brantôme proclame que « sa beauté valait un royaume ».
Et Charles IX, son beau-frère, disait plus tard d'elle, avec un enthousiasme rétrospectif que les années n'avaient point affaibli :
C'était la plus belle princesse qui naquit jamais au
mond
On a beaucoup discuté de la couleur de ses yeux et de la teinte de ses cheveux !
Pourquoi pas ? le nez de Cléopâtre a bien changé la face du monde !
Ses yeux étaient, semble-t-il, brun clair ou gris, d'une grande douceur, et très lumineux.
Quant à ses cheveux, Brantôme nous affirme qu'ils étaient « blonds et cendrés ». Et Ronsard parle aussi de « l'or de ses cheveux annelés et tressés ».
Pourtant, il est certain que, par un phénomène en apparence étrange, ses cheveux blonds ne sont pas devenus blancs, mais ont, au contraire, bruni, en vieillissant.
Ce phénomène paraîtra moins étrange quand j'aurai dit que la teinture blonde était inconnue à cette époque et qu'on ne savait encore que noircir les cheveux pour les empêcher de blanchir.
Le mariage de Marie Stuart avec le dauphin de France fut célébré le 24 avril 1558. Elle avait donc quinze ans seulement, et le dauphin ne les avait même pas encore.
François II, né un jour d'éclipsé, sembla privé de soleil pendant sa courte vie. Timide, malingre, petit, de santé précaire, le fils du vigoureux Henri II et de la terrible Catherine de Médicis était « d'une pâleur singulière, plus gonflé que gros », mélancolique comme tous les jeunes gens voués à une mort prématurée et prochaine.
Le mariage eut lieu à Notre-Dame.
Eblouissante de jeunesse et de grâce dans sa robe de velours bleu doublée de satin blanc, Marie Stuart sortit de la vieille cathédrale au bras du dauphin François et tous deux reçurent, conjointement, les hommages des délégués écossais, venus tout exprès pour saluer leur nouveau roi.
A la mort de Marie Tudor, Marie Stuart, à l'instiga-
tion de son beau-père, commit l'imprudence de prendre le titre de reine d'Angleterre et de porter les armes d'Angleterre, unies à celles d'Ecosse.
C'était signifier à sa cousine Elisabeth, la plus proche héritière, qu'elle la tenait pour bâtarde et prétendait lui disputer le trône d'Angleterre, auquel elle était la première à avoir droit, après Elisabeth.
Celle-ci ne devait jamais lui pardonner cet affront, et sa haine date de ce moment.
Le 10 juillet 1559, le roi Henri II mourait des suites d'une blessure reçue dans un tournoi.
François II et Marie Stuart montèrent sur le trône de France.
Marie, qui avait un ascendant tout-puissant sur le roi, prenait conseil de ses oncles, le cardinal de Lorraine et le duc de Guise, et ceux-ci dirigeaient ainsi, par l'entremise de leur nièce, la politique du royaume.
Mais, hélas ! cette période de bonheur ne devait pas durer. Car François II mourait bientôt d'un mal mysté-