‹ Les grands procès de l'histoire (volume 3)Chapitre 8 sur 9 · I. Voir le beau livre de M. Jacques de la Faye · texte numérisé non relu

I. Voir le beau livre de M. Jacques de la Faye

découragement ; elle lutta contre la maladie et sut enfin l'arracher à la mort.

La femme qui s'est faite l'auxiliaire de la vie, l'infirmière, prend sur le cœur et l'esprit de celui qu'elle a soigné et sauvé une puissance singulière. Comment pourrait-il en être autrement ? Pendant des semaines, le malade ou le blessé, trop faible pour agir lui-même, dépend étroitement du dévouement de celle qui sest consacrée à lui. N'est-ce point dans les yeux de son infirmière qu'il reprend l'espérance, qu'il retrouve 1 énergie de lutter et qu'il lit Fheureuse nouvelle de la guérison !

Lorsque ces yeux sont comme ceux de la princesse de Rohan, pleins de jeunesse, de charme et de tendre afieciion, comment la reconnaissance ne se changerait-elle pas en un sentiment plus doux et plus tendre ?

Le printemps renaissait ; le duc d'Enghien put enfin sortir appuyé au bras de sa jolie cousine... ; et c'est la leçon d'amour dans le parc d'Ettenheim !

C'est le début, inoubliable et chaste, de ce roman d'amour et d'exil que seule la mort du duc d'Enghien devait interrompre, mais au souvenir duquel le cœur de la princesse restera jusqu'à son dernier jour invariablement fidèle.

Le prince de Condé, bientôt averti, voulut éloigner son petitfils d'une cousine trop tendrement aimée et lui enjoignit de se rendre en Russie auprès du tsar Paul P"".

Le duc avait promis à Charlotte de Rohan de ne pas la quitter ; mais, en ces temps-là, on ne discutait pas les ordres d'un grand'père, lorsqu'il faisait appel au sentiment du devoir envers son nom, sa race et la cause royale.

« Oh 1 vous qui êtes tout pour ma vieillesse, écrivait le prince, vous en qui le sang des Condés s'est si bien montré pour la valeur, en dégénérerez-vous pour les principes et les sentiments ? »

Le duc d'Enghien lui répondit : « J'obéis, mais c'est avec une amère douleur. »

La princesse Charlotte ne comprit pas ou ne voulut pas comprendre le sentiment du devoir qui forçait le duc à la quitter. Elle crut à une rupture et ses lettres témoignent de sa déception et de sa douleur.

Voici une de ces lettres, elle est si jolie, que je ne résiste pas au plaisir de la citer en entier.

« Je vous demande pardon de ne pas vous avoir entendu plus tôt. Je vous aurais évité une correspondance qui vous coûte sans doute. Il doit être pénible d'exprimer ce qu'on ne sent plus. Je vous remercie du sentiment qui vous a porté à prolonger une erreur à laquelle j'ai dû quelques instants de bonheur. Elle ne pouvait pas durer ; je ne vous en veux pas de l'avoir fait cesser.

« Changer est un malheur, tromper serait un tort, et votre franchise, quelque déchirante qu'elle soit, vous donne au moins des droits à mon estime. Elle était nécessaire. Tous les avis que l'on m'avait donnés, toutes les vérités cruelles qu'on avait cru devoir me dire n'avaient pas fait la plus légère impression sur mon cœur. Il n'était que vous qui puissiez m'éclairer sur vousmême. Je le suis aujourd'hui et cette lettre est la dernière que vous recevrez de moi. Je mets du prix à conserver les vôtres. Je tiens au seul bien qui me reste. Cependant, si ce sacrifice est encore nécessaire, si vous les désirez, j'en aurai le courage.

« Quant à celles qui vous restent de moi, n'intéressant plus votre cœur, elles peuvent encore flatter votre amour-propre. Ce n'est pas à ce titre que vous voudrez les garder. Au reste, je ne vous fais aucune demande sur cet objet, vous ferez ce que vous croirez devoir faire.

« Ne m'oubliez pas tout à fait. Croyez que, dans tous les lieux, dans tous les temps, mon cœur sera toujours le mênie. Il

est des impressions qui ne s'effacent pas, il est des souvenirs que l'on aime à conserver.

(( Adieu ! Soyez heureux, vous... qui pouvez l'être encore. Il n'est plus que votre bonheur qui puisse me consoler de tout celui que j'ai perdu. Adieu ! Adieu ! Que ce mot me fait de mal !... Est-il possible que ce soit le dernier ? »

Cette lettre n'est-elle pas un chef-d'œuvre de sensibilité, de réserve et de passion contenue ?

Les sentiments du duc d'Enghien n'avaient pas changé, ainsi qu'en témoigne ce passage d'une lettre à son père :

« Il est impossible d'avoir une conduite plus noble, plus aimable, plus tendre, plus constamment parfaite sous tous les rapports que quelqu'un que vous devinerez bien et dont je vous ai parlé souvent, a eue dans toutes les occasions pour moi.

« A force de soins vraiment touchants, ce quelqu'un a fixé mon cœur. Je l'aime, non comme maîtresse, mais comme amie, et, après cinq ans, toute illusion passée, toute ivresse de sens à part, je crois être parfaitement sûr que, jusqu'à la mort de l'un ou de l'autre, nous serons toujours unis l'un à l'autre par les seuls liens de la confiance et de l'amitié. Nous n'en voudrions ni l'un ni l'autre contracter d'autres, malgré tout ce qu'on a cru et ce qu'on croira, jusqu'à mon mariage... »

En 1801, l'armée de Condé fut dissoute après que le vieux prince, très ému, eût donné sa bénédiction à tous ses compagnons d'armes, et le duc d'Enghien revint à Ettenheim auprès de celle qu'il aimait.

Il avait loué, près de l'église, une grande maison à deux étages, confortable et simple, avec un grand jardin où il aimait à soigner ses fleurs.

La chasse dans la Forêt-Noire, toute proche, les fleurs, le jardinage, une correspondance assez active et son intimité char-

mante avec sa cousine, telles sont ses occupations dans le cadre harmonieux et calme où vont s'écouler les dernières années de sa courte existence.

Malgré l'affection de la princesse, qui fait, dit-il, le « bonheur de sa vie intérieure, » son inaction lui pèse. Il se lamente sur sa situation. « Tout vaut mieux que prince émigré. C'est l'état le plus malheureux que je connaisse, chaque jour de nouvelles humiliations... Le fatal nom que nous portons nous condamne donc à une nullité honteuse. »

La seule consolation est son amour pour la princesse Charlotte que le prince de Condé voudrait lui faire abandonner pour contracter un mariage avantageux, au moment même où la jeune fille est triste et désemparée par deux deuils successifs : la mort de son oncle, le cardinal de Rohan, emporté en neuf jours par une congestion pulmonaire, et celle de sa vieille et fidèle amie, M""^ de Marsan, atteinte de la même maladie.

Le duc d'Enghien, pour consoler son amie, veut lui donner une preuve de son inaltérable affection, et il contracte avec sa cousine un mariage secret, béni par l'abbé Weinborn, et dont le baron de Grûnstein et le marquis de Thumery sont les seuls témoins.

Le premier consul, songeant à l'Empire, se préoccupait d'écarter définitivement du trône la famille royale et se flattait d'obtenir le renoncement de Louis XVIII, moyennant le paiement d'une rente de deux millions qu'il lui fit proposer, à l'instigation de Talleyrand, par le président Meyer.

C'était mal connaître le comte de Provence. Il répondit par un refus catégorique où l'on pouvait lire ces phrases hautaines :

« Je ne confonds pas M. Bonaparte avec ceux qui l'ont précédé, j'estime sa valeur, ses talents militaires. Je lui sais gré de plusieurs actes d'administration, car le bien que l'on fera à mon

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peuple me sera toujours cher. Mais il se trompe s'il croit m'engager à transiger sur mes droits. Loin de là, il les établirait luimême, s'ils pouvaient être litigieux, par la démarche qu'il fait en ce moment. »

Cette fière réponse fut rendue publique. Tous les princes du sang y donnèrent, avec éclat, leur adhésion formelle et la presse anglaise reproduisit la lettre chaleureuse écrite d'Ettenheim par le duc d'Enghien à Louis XVIII.

Bonaparte fut exaspéré.

Le duc s'était rendu compte de l'effet produit. « Ne doutez pas que Bonaparte n'oubliera et ne pardonnera jamais ce qu'il appelle notre folle insolence », écrit-il à son grand-père.

A dater de ce jour, 23 mars 1803, ^^ police du premier consul aura l'œil fixé sur Ettenheim, et ses agents enverront, au sujet des allées et venues et des prétendues « menées conspiratrices » du duc d'Enghien, rapports sur rapports, tous aussi complets, détaillés et mensongers les uns que les autres.

Le bruit se répand en France et jusqu'en Angleterre que le jeune prince passe fréquemment la frontière pour aller secrètement à Strasbourg et même à Paris.

Le prince de Condé s'en inquiète et, de Londres, le 16 juin 1803, écrit à son petit-fils : « On assure ici, mon cher enfant, que vous avez été faire un voyage à Paris, d'autres disent à Strasbourg. Il faut convenir que c'était un peu inutilement risquer votre vie et votre liberté ». Et le prince ajoute ces lignes prophétiques, dont le téméraire petit-fils ne devait tenir aucun compte : « Vous êtes bien près. Prenez garde à vous et ne négligez aucune précaution pour être averti à temps et faire votre retraite en sûreté, en cas qu'il passât par la tête du consul de vous faire enlever. »

Voici la réponse du duc d'Enghien :

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« Assurément, il faut me connaître bien peu pour avoir pu dire ou chercher à faire croire que j'aurais mis le pied sur le sol républicain, autrement qu'avec le rang et à la place où le hasard m'a fait naître. Je suis trop fier pour courber bassement la tête, et le premier consul pourra peut-être venir à bout de me détruire, mais il ne me fera pas m'humilier... »

A la recommandation de prudence de son grand-père, il répond avec une téméraire insouciance :

« Il est facile d'ajuster un coup de carabine. Ainsi, ceci m'occupe peu. Quant à un enlèvement, il est rare que je sorte de la ville sans être deux ou trois, chacun avec un fusil à deux coups...

« Ainsi, vous voyez que les occasions de m'avoirà bon marché doivent être rares, et si quelqu'un de suspect passait le Rhin, en face d'ici, je crois que je serais prévenu. »

L'imprudent ! Il ne se doute pas que, dès ce moment, il est épié ; ses lettres sont saisies et lues, la police cherche à établir sa participation aux nombreux complots que jacobins ou royalistes trament tour à tour contre la vie de Bonaparte.

Les attentats de la rue Saint-Nicaise et de TOpéra, la machine infernale qui n'avait manqué que de peu son but, le projet d'enlever le premier consul à Saint-Cloud ou à la Malmaison, la grande conspiration de Moreau, Pichegru et Lajolais, donnaient à Bonaparte la raison ou le prétexte de la légitime défense.

Il voulait faire un exemple pour frapper de terreur ses ennemis et protéger sa vie menacée. Au lieu de punir un coupable, il allait sacrifier un innocent.

Le comte' d'Artois, âme de tous ces complots, était hors d'atteinte. Bonaparte résolut de s'emparer du duc d'Enghien.

Le premier consul n'a pas pu ignorer, au moment de l'exécution, qu'il frappait un innocent, au mépris de toutes les lois, de toute justice, au mépris de l'humanité.

Real, le chef de la police consulaire, avait, en effet, saisi, peu de temps auparavant, une lettre du duc d'Enghien répondant au marquis de Vauborel qui le mettait en garde contre un attentat, et cette lettre disait : « Je connais les mesures qui ont été prises pour espionner particulièrement ma personne... Mais je vous avoue que la crainte de rencontrer un gueux soudoyé ne me tera jamais faire un pas de plus ou de moins, et je ne suis pas fâché, si l'on a cru à propos d'ouvrir mes lettres, que l'on y ait reconnu ma façon de voir et de penser, et la désapprobation continuelle que j'ai toujours donnée à des mesures en dessous et indignes de la cause que nous servons, mesures qui ont déjà fait tant de mal... »

Dans une autre lettre au comte de Marans, il écrivait : « Je ne connais pas un mot de vos histoires d'agences. Ce sont un tas de bêtises puantes auxquelles je ne me mêlerai jamais, je méprise tout cela ! Je vais droit mon chemin et s'il faut m'exposer pour notre maître, je l'ai fait et je le ferai de bon cœur, sans me cacher. »

Par malheur, il était le seul des princes du sang qui fût à la portée d'un coup de main. En vain, Savary avait-il essayé, pendant des semaines, d'attirer le comte d'Artois dans un guetapens sur la falaise de Biville. Le piège avait été éventé. Bonaparte s'impatientait. Il fallait un exemple retentissant pour semer la terreur chez ses ennemis, il fallait le sang d'un Bourbon pour noyer les complots royalistes... Puisque le duc d'Enghien était la seule prise possible, il paierait pour tous les autres !

Sur l'ordre du premier consul, le i^"" mars 1804, Real écrit au préfet de Strasbourg : « Le duc est-il toujours à Ettenheim ? » Le maréchal des logis de gendarmerie Lamothe est envoyé pour faire une enquête sur place. On lui a fait la leçon ; le pauvre homme manque de flair et son esprit obtus est 'tout disposé à croire les racontars les plus absurdes.

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Le 9 mars, Lamothe envoie un étonnant rapport. Le duc a auprès de lui à Ettenheim, le général Dumouriez et un nommé Smith, récemment arrivé d'Angleterre. Il a une correspondance fort active avec de nombreux officiers émigrés qui sont rassemblés à Offenbourg et à Fribourg, une révolution doit éclater très prochainement en France.

Autant d'erreurs que de mots !

Lamothe, trompé par l'accent alsacien, avait compris Dumouriez quand on lui avait dit Thumery, le vieux marquis de Thumery, un des témoins du mariage du duc. L'anglais Smith, connu de la police pour avoir déjà conspiré contre le premier consul, était, en réalité, un lieutenant alsacien de l'armée de Condé, Schmidt. Le reste du rapport était à l'avenant...

L'effet de cet extraordinaire document fut foudroyant sur l'esprit de Bonaparte. Dumouriez ! l'ami de Pichegru ! l'anglais Smith étaient à Ettenheim auprès du duc d'Enghien ! C'était la preuve que le duc était l'âme d'un nouveau complot dont l'or anglais faisait les frais.

— Eh quoi, messieurs, s'écria le premier consul en frappant violemment sur son bureau, devant Talleyrand et Real, suis-je donc un chien qu'on ait si peu souci de ma sécurité !... A quoi sert la police ?... Comment n'a-t-elle pas connu et signalé la présence de Dumouriez à Ettenheim ?... Voilà donc comment je suis servi ! Il n'est que temps de frapper un coup décisif !

Aussitôt, Bonaparte rassemble un conseil où figurent Cambacérès, Lebrun, Régnier, Fouché et Talleyrand. Le cauteleux et venimeux Fouché, qui excelle à flatter le maître, est pour la violence et le crime. Cambacérès fait de timides objections : « Bonaparte, qui avait été assez heureux pour être resté étranger aux crimes de la Révolution, devait, disait-il, se garder d'y retomber. » Il s'attire, prétend-on, cette cinglante allusion à son vote — la

mort avec sursis — lors de la condamnation de Louis XVI : « Vous voilà devenu bien avare du sang des Bourbons ! »

C'était le 10 mars 1804.

Rapidement, l'expédition est organisée dans tous ses détails. Le général Ordener demanderait à la garnison de Schlestadt trois cents dragons. Il retrouverait le général Fririon, au bac de Rhinau, à huit heures du soir, pour passer le Rhin avec le concours de quinze pon-

tonniers. Un capitaine, un lieutenant et une trentaine de gendarmes se joindraient aux dragons et feraient route avec eux jusqu'à Ettenheim. Des troupes de soutien et de l'artillerie se tiendraient sur le Rhin, prêtes à intervenir en cas de be-

La maison du Duc d'Enghien a Ettenheim.

som.

Dans la nuit du 12 au 13 mars, le général Ordener arrive à Strasbourg et confère avec le colonel de gendarmerie Chariot. Le 14 mars, deux agents de poHce sont envoyés en reconnaissance à Ettenheim. Comme ils rôdent autour de la maison du prince, leurs allées et venues sont remarquées par deux de ses valets de chambre qui courent en informer leur maître. Celui-ci, malheureusement, ne prend pas les renseignements au sérieux. Pourtant le lieutenant Schmidt marche droit aux deux inconnus suspects et les questionne. Ils tournent les talons et s'éloignent.

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mais dans la direction opposée à la frontière, ce qui dissipe les soupçons du lieutenant Schmidt et le dissuade de les suivre.

Les agents rentrent à Strasbourg, rendent compte de leur mission au général Ordener, qui décide d'agir la nuit suivante.

Le général Fririon reçoit le 14 mars Tordre de passer le Rhin pour aller enlever le duc d'Enghien à Ettenheim. Ce jour-là, il dînait chez un ancien émigré, M. de Stumpf. L'ordre lui est apporté par son ordonnance, au milieu du dîner. En le lisant, il devient tout pâle, se lève de table en faisant signe à son hôte de le suivre dans la pièce voisine. Là, sans un mot, il lui tend l'ordre qu'il vient de recevoir et dit à M. de Stumpf: « Pas un mot de ceci, n'est-ce pas ? Je ne vous ai rien dit, vous n'avez rien vu. Mais s'il vous est possible de faire prévenir à temps l'intéressé, faites-le, vous me rendrez service en m'évitant une pénible corvée. » Immédiatement, M. de Stumpf écrit à M. de Roesch, qui se trouvait à Rhinau, et lui fait porter le billeL-par un homme sûr.

Le baron de Roesch, ancien émigré, resté ardemment royaliste, passe le Rhin et gagne Ettenheim au galop de son cheval. Le duc d'Enghien est allé à la chasse pour toute la journée et ne doit rentrer que tard dans la soirée. Le baron de Roesch écrit une lettre pour lui exposer l'objet de sa visite et, par surcroît de précautions, il voit la princesse Charlotte et la prie d'intervenir auprès du duc pour qu'il quitte Ettenheim le soir même. En partant, le baron rencontre un paysan dont il était sûr et lui demande de porter au prince un second billet d'avertissement.

Le duc d'Enghien, rentré tard de la chasse, fatigué et affamé, refuse de rien entendre. Il prétend dîner et dormir avant tout.

Ni le billet reçu en forêt, ni la lettre trouvée à son retour, ni les supplications de la princesse et de son entourage ne viennent à bout de son incorrigible optimisme.

Il allègue que les troupes françaises ne violeront pas la neutralité du territoire de Bade tout exprès pour venir l'enlever ; que, du reste, eussent-elles la volonté de le faire, elles ne le pourraient pas, car les habitants d'Ettenheim le défendraient; qu'au surplus, l'expédition n'aurait pas le temps de s'organiser pour cette nuit et qu'il partirait le lendemain matin. Il permet seulement qu'on charge les fusils et que le baron de Grûnstein et le lieutenant Schmidt couchent dans une chambre voisine de la sienne.

A cinq heures du matin, ils sont réveillés par des bruits confus de cliquetis de sabre, de sourds piétinements de chevaux.

(On avait pris la précaution d'envelopper les sabots des chevaux'.)

Le duc, à peine vêtu, saute sur son fusil et ouvre la fenêtre. Il aperçoit des gendarmes qui escaladent le mur :

— Qui commande ici, s'écrie-t-il ?

— Nous n'avons pas de comptes à vous rendre ! répond le colonel Chariot.

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