assort du eapitame Ssalanasart
3« O'Méara, Lai Cases.
fût le monstre de cruauté qu'un tel acte dénoterait, Talleyrand était trop souple, trop avisé pour se le permettre envers un homme comme Bonaparte. Cette anecdote ne peut faire tort qu'à eelui qui l'a inventée^ et à TinteUigencede ceux qui
l'adoptent.
A deux heures du matin le prince est introduit devant la commisaion militaire que préside le général Hullin. A la physionomie morne el impassible de ces hommes habitaés i robéissance passive, il est faciie de voir qa'ils ont une consigne, et la condamnation de raccusé est écrite d'avance sur leur visage sévère et triste. Tout en eux et autour d'eux dénonce le r61e lugubre qu'ils ont accepté ; les ténèbres dont ils s'environnent, le mystère avec lequel ils procèdent, le si-* lence et Tisolement de cette heure nocturne, l'absence des témoins, du public^ des défenseurs qu'on ne refuse pas au dernier des assassins, le déni de toutes les formes protectri-' ces des accusés^, l'empressement furtif avec lequel ils expédient leur besogne , toutes ces choses muetles ont une voix terrible qui crie : Ce ne sont pas là des juges? En voyant leur attitude le prisonnier a deviné le sort qui l'attend. Le noble jeune homme se redresse, il répond avec une dignité simple et virile aux questions sommaires que lui adresse Hullin. Ces questions faîtes pour la forme ne sont que la reproduction abrégée de celles du capitaine rapporteur : elles ne constatent d'autre fait que celui d'avoir porté les armes contre la république, fait qui n'était pas contesté par l'accusé. On dit que lorsque Hullin loi demanda s'il avait trempé dans un complot contre la vie du premier consul^ le sang des Condé se révolta en lui et qu'il repoussa le soupçon avec une rougeur de colère et d'indignation; mais les dures invectives que vingt ans après Savary plaça dans la bouche
1. L'heure est constatée sur la minute origirale du jugement; mais cette date a été raturée après coup comme trop accusatrice pour les juges.
2. Gès violations des formes judiciaires ont été relevées en détail dans l'éloquent mémoire de Dupin: JHtcimion du aeiti de la eommistUm mUUatrtf etc.
de Hollin sont dépourvues de toute Traisemblance, car les juges étaieiit plus embarrassés que le coupable. HuUfn, qui
est beaucoup pluB digne de foi, assure au contraire s'être efforcé de sug^rérer au prisouDier des réticences qui pouvaient le sauver et qu'il repoussa avec uue noble indignation comme indignes de lui. Llnterrogatoire terminé, le prince renouvelle sa demande d'un entretien avec le premier consul. Alors Savary, qui jusque-là s'était tenu sileucieusement devant la cheminée et derrière le fauteuil du président : c Maintenant, dit-il, cela me regarde*? » Après une demiheure de huis clos nécessaire à un semblant de délibération et à la rédaction d'un arrêt signé en blanc, on vient chercher le prisonnier. Harel se présente un flambeau à la main, il le conduit à travers un sombre passage jusqu'à un escalier donnant sur les fossés du château Arri?és Ib, ils se trouvent en présence d*une compagnie des gendarmes de Savary, rangés en bataille, on lit au prince sa sentence à coté de la fosse creusée d'avance où son corps va être jeté. Une lanterne déposée près de la fosse ' prête sa lueur sinistre à cette scène de meurtre. Le condamné , s'adressant alors aux assistants, leur demande si quelqu'un d'eux peut se chaîner du message suprême d'un mourant. Un officier sort des rangs; le duc lui confie un paquet de cheveux destinés à une personne aimée. Quelques instants après il tombe sous les balles des soldats.
Tel fat ce guet-apens, un des plus lâches qui aient été commis dans tous les temps. A en croire les apulogies de ceux qui ont pris part à son exécution, personne n'en serait responsable^ et la fatdité seule aurait commis le crime. A tous les hasards malheureux qu'ils ont découverts après coup dans ce triste événement, il faudrait en ajouter un dernier plus lamentable encore et qui aurait seul perdu le prince.
1. Hulin: EapUcations au sujit dê la commistion militaire €har^ de jugtr le due d'Enghien,