BIOGRAPHIES
DES PERSONNAGES QUI ONT FIGURÉ DANS LE PROCis
DU DUC D'eNGJUEN
JOAGHIM MURÂT.
Joachim Mnrat naquit le 25 mars 1771 à la BastiderFor-* tanière (Loi)* Son père était anbergiete.
Nous n'entreprendrons pas de raconter sa TÎe, dont nons ne pourrions, dnns le cadre étroit qui nous est imposé, donner qu'une sèche analyse.
Mais il nous semble intéressant, après avoir constaté la part qn'il prit an menrtre du dno d'Enghien , de raconter
comment il mourut de la même mort onze ans plus tard.
Kous empruntons ce récit, fait de main de maître, à la biographie Didot,
Après avoir raconté comment Morat s'était réfugié en Corse, et conBomt qnelqses intrigants parvinrent à le per* suader que s'il déharquail dans le royaume de Naples, un soulèvement général aurait lien en sa laveur, Técrivam contiane ainsi :
< Séduit par ees chimères, il rémiit toutes les reseonp*
ces qui Ini reetaient, et eut bientôt préparé nne expédition à Ajaccio. Le 28 septembre, il partit avec six barques de transport, contenant deux cent cinquante hommes des plus bra* Vii et des plus résolus. Un marin olMcnr, ^>pelé Barbm, ffA devuit à Mural son grade de sapîtaiBe de frégute, ibt chargé du commandement de cette pelite escadre. Bien (|ue quelques avis fussent parvenus k Joachim sur le <^mpie de eit homme dont en l'engageait k se défier, il croyait à son dévouement et k son courage. Les vents dispersèrent oslle flo-
tille, et le 6 octobre au matio, quand on se trouva en vue
des côtes de la Galabre il ne restait plus qu'une seule barque contenant quarante soldats , avec le bâtiment monté par le roi. Pendant la nuit^ cette barque disparut aussi, et JoacUm, sentant la nécessité d'une prompte retraite, fit jeter à la mer les proclamations qu'il avait fiait imprimer en Corse, et ordonna à Barbara de maître le cap sur Triesle. Prétextant alors de fortes avaries, le capitaine, qui avait promis à la cour de Naples cette illustre victime, proposa à Murât d'entrer dans le port du Pizzo, oi!i quinze cents hommes, la plupart ses amis, se prononceraient en sa faveur. Après quelque hésitation, Murat^ contre l'avis de ses principaux officiers^ donna l'ordre d'aborder au Pizzo.
« Barbara reçut Tordre de se tenir prêt à le recevoir, sf'il était obligé, avec sa suite, de se rembarquer. Trente hommes environ, quelques marins, un sergeni qui coraraaiidail: un poste de dix ou douze canonniers gardes-côtes, le suivirent aux cris de : Vive Joachim! sur la route de Monteleone*
c Us rencontrèrent malhenreusement le capitaine de gendarmerie Gapellani, à la tète de ses gendarmes et d'une bande de paysans qu'il avait réunis, et furent forcés de revenir au rivage pour se rembarquer. Mais aux premiers coups de feu Barbara avait pris le large. Ils furent faits prisonniers et conduits an fort. Une proclamation imprudemment conservée fut saisie sur lui par Gapellani.
« Le général Nunziante, commandant supérieur de la province, arriva dans la nuit du 8 au 9, et ordonna que Joacbim fût traité avec tous les égards dus à son infortune.
« Quatre jours après, Nanzia lui annonça qu'il avait ordre de réunir une commission militaire pour prononcer sur le sort du prisonnier. Elle se composa de huit officiers et fut présidée par l'adjudant général Fassulo. Murât était condamné d'avance, son arrêt de mort, prononcé dans la matinée du 13, lui fut signifié vers trois heures de raprès-midi*
« Avant de mourir, il demanda à voir les généraux Fraib* ceschetti et Natale et son valet de chambre. Cette f&veur lui fut refusée*
« Tout ce qu'il obtint^ ce lut d'écrire à sa fem;2ie la lettre que voiei :
«r Ma chère Garoline, ma dernière heure est sonnée ; encore quelques instants^ j'aurai cessé do vivre. Tu n'auras plus d'époux et nies enfants n'auront pins do père. Pense à moi. Ne maudis pas ma mémoire. Je meurs innocent. Ma vie n'a été sonillée par ancnne injustice. Adieo, mon Achille, adienma Laetitia; adieu, mon Lucien; adieu ma Louise;
monlrez-vous toujours dignes de moi. Je vous laisse sans bien, sans royaume, au milieu de mes nombreux ennemis. Hestez toujours unis; montrez-vous supérieurs à l'adversité» et songez plus à ce que tous êtes qu'à ce vous avez été. Que Dieu vous bénisse! Souvenez-vous que la douleur que j'éprouve dans mes derniers moments est de mourir loin de mes enfants. Recevez ma bénédiction paternelle, mes larmes et mes tendres embrassements. Meubliez pas votre malheureux père. 9
« Il coupa une mèche de ses cheveux et les renferma dans
la lettre qu'il chargea le lieutenant François Frojo, qui avait rempli les fonctions de rapporteur, de faire parvenir à la reine. Cette lettre, dont M. Bonafoos avait gardé une copie, ne fut jamais remise à la reine, pas plus que les autres objets ayant appartenu au roi. Vingt gendarmes se trouvaient réunis dans une des cours intérieures du fort; Murât y descendit, et, en passant devant eux, il leur adressa un saint militaire. Un bandeau et une chaise lui furent offerts; mais il refusa.
« J'ai trop souvent bravé la mort pour la craindre, » répondit-il à l'officier chargé du soin de faire exécuter la sentence. Le portrait de la reine était empreint sur le cachet de ea montre; il la pressa sur son cœur, recommanda ses comr pagnons d'infortune, et entendit sans pftlir l'ordre qui, un instant après, l'étendit sans vie aux pieds des hommes dont il avait été sept ans le souverain. Son corps fut inhumé sans pompe dans le cimetière du Pizzo, où aucun signe funéraire ne macque aujourd'hui la place où il repose. >
&AVARY,
DVC DE ROYIGO
Anne-Jean-Marie-Rané Sa^ary^ naquit à Marcq) près VmsierS) en Champagne, le 26 a?iil 1774.
Son pfcre, officier de fortune, major de la |daee de S«da,
obtint dele faire entrer au collège Saint-Loois, à Metz,ocHn9e élève du roi, c'est-à-dire aux frais de TÉtat.
En 1790y il entra comme cadet dans le r%iment de Royal- Normandie.
Ce régiment fut xm eenx qni contribnèml, aona lea (urdras
du royaliste Bouillé, à comprimer le mouvement révolutionnaire de la garnison de Nancy et des garnisons voisines.
Savary devint bientôt soaa4ieatenant^ et n'aurait probablement jamais dépassé ce grade sans la Révolation, qu'il aida Bonaparte à étouffer.
Les officiers de son régiment ayant en grande partie émigréy il dut à cette circonstance de passer rapidement capitaine, et fit^ en e«tte qualité, las premières campagnes da la RéfolatMm.
Il fut suecessivement officier d'ordonnance de GiH(tine8,de Pichegruetde Moreau.
£n 1796 il lut nommé cbei d'escadron et devînt aide de caAp de Besaiz; il fit avec Itd la campagM A'Ègjpb^ et rentra en iVance en 1800, après le traité d^EI«Arisch»
Desaix ayant été tué à Marengo à la tête de sa division, Bonaparte s'attacha Savary comme aide de camp, et en iit un
4b.Miiiilims^Miifident8^ aiMtd'»laiaa us 4»Mi iaortm-
mentë les plus dévoués.
Sous le consaiftty Sa«ary fut surtourt duurgé (ie missions de peU«e tl d^eipédiim» aectète% ^ it ;rfam ^iprittot salitfaction de son mattre.
(Affaires Clément de Kis, à Tours — Georges — Pichegru — Wright — d*£iighien.}
Il commandait la gendarmerie d'élite^ coq» tout spécial, éoBtlaamemlwM 4lai6iit€iMiimanm«iua,etq«i était partiddièmaant dÊkài h la gurée^. k la aftreté 4a la persoBue du Premier Consul, et à l'exécution de &es oidres âeereta.
Peu de temps après Texécution du duc d'A^hian» Srarf fiit nommé général éa hégêMj et dapus aa momant il ne
cessa pas de monter en grade et d'être comblé de faveurs 1m>ûorifiques et pécuniaires.
Gomme homme de guerre, il joua un rôle assez eûacé ; ee que Bonaparte apprécia snrtont et récompensa a» lui, ea &t rhomma de polica, Fliemni rival da FoékM.
H déploya son talent d'intriprues dans rimbroglio scandaleux qui précéda ravénement de iosqpàBoMipartB au trône d'£spagne.
Nommé mmiUra de k pcUaa à wm tatoar d'Espagne à
Paris, il peupla les prisons d'État de royalistes et darépoUi-
cains.
U aimait à cette époque à jouer au Mégène et réunissait à sa table leslittérateorsi onsoi disant tels, que Tadmi* nistration jugeait dignes des fayenrs impériales.
Cette pléiade n'a rieu laissé qui vaille ia peine d'être lu on cité.
 la première Restauration, il se retira dans sa terre de Nainville, près Fontainebleau.
Lors du retour de Tiie d'Elbe, il obtint le titre de pair de France et la place d'inspecteur de la gendarmerie.
Après les Cent- Jours, comme il avait refusé de suivre Bonaparte à Sainte-Hélène, il fut embarqué, déposé k Trieste, et de là conduit à Oratz.
GondajDné à mort par contumace^ comme ayant participé aux menées qui préparèrent en 1815 le retonr de Bonaparte,
il rentra néanmoins en France au mois de décembre 1819, sur des aBfiurances certaines que sa vie ne courait aucun danger»
U passa, absolument pour la forme, deyant le conseil de
guerre de la 1'* division ixiilitaire, et fut acquitté sur la plaidoirie de Dupin aîné.
Il essaya de justifier la part qu'il avait prise au meurtre juridique du duc d'ËDghien, et offrit ses services an gonveraement des Bourbons.
H eut la moriifiGation de voir décliner ces offres d'un dévouement douteux.
Il vécut depuis'lors retiré dans sa terre de Nainville jusqu'en 1830*
En 1831, il fut nommé eommandent militaire de l'Algé* rie, et rendit en cette qualité de grands services à la religion catliolique.
Le climat africain altéra sa santé; il revint en France en 1833, et mourut la même année de la façon la plus édi- ,
fiante entre les bras de M. de Quélen, archevêque de Paris.
Avec un égal dévouement et des appointements variés, il ayait serri Louis XVI» la Hépublique, Bonaparte consul et empereur, et aurait servi LoDisXYIII, si ce prince avait agréé ses services.
REÀL.
Pierre-Fraoçoîs Réal, naquit à ChâlonSiprèsParis, en 1 765»
Quand éclata la RëTolution^ il était procareor au Gbâtelet ; c'était un homme actif.
Il fut sous la Révolution substitut de Chau mette, procureur de la commune ; accusatear public près le tribunal ré- Yolutionnairei journaliste.
U défendit comme avocat Carrier et les membres du comité révolutionnaire de Nantes, Babeuf et ses amis.
Il coniribua au succès du 18 brumaire; fut en récompense nommé conseiller d'État, chargé de la haute police, et devint comte de l'Empire avec majorât,
Bonaparte lui avait fait présent, en outre, de la propriété de Boulogne -sur-Seiue, qui appartieul aujourd'hui à la famille Rothschild.
Dans 1 affaire de la rue Saint-Nicaise, dans Taffaire Georges, dans l'affaire d'EngUen, dans les différends de Bonaparte avec Pie VII, Réal rendit à Bonaparte des services
d*une grande importance.
Après la chute de T empire il resta sans emploi.
Pendant les Gent-Jonrs il fut préfet de police.
A la seconde Restanralioni il fut eiîlé, rentra en France au bout de trois ans (1818), et vécut, depuis cette époque, éloigné des affaires, s'occupant de mécanique, de collections, etc.
Il a laissé des mémoires assez curieux, des articles, des plaidoyers, etc.
n est mort subitement à Paris, le 7 mars lBd4*
DE GâUUIKGOURT.
Armand-Augustin-Louis de Gaulaincoarl, naquit en Pl« ctrdîe en 1 773» Sa famille était une des plus anciennea et des plus illustres de la province*
En 1792, il était aide de camp de aon père, le marquis de GauiaincQurt, lieutenant général, qui fut destitué à caofie de sa noblesse. Il quitta le serme en mèiae temps.
JLa marquise de Ganlainoonrty sa mère, était dame d'hon*
neur de la comtesse d'Artois.
En 1 793, il se trouva compris dans la réquisition nationale (}ui £1 des soldats de tous les jeunes gens, depuis 18 ansjusqu'à 25 ans.
Obligé de partir comme simple soldat, il ee conduisit de
façon à arriver au grade de capitaine. Grâce à la protection de Hoche, il devint aide de camp du général Aubert-Dubayet, elle suivit à l'ambassade de Gonstantinople.
11 revint en France en 1797, obtint le grade de chef d'escadron, et devint aide de camp du général d*HarviIle
Il se distingua dans la campagne de 1800, fous les ordres de Moreau, et fut chargé par Bonaparte, après la paix de Lunévilie, d'une mission près de Temperenr de Rus^e, auquel il plut beaucoup. Bonaparte, qui aspirait à la tyrannie, était flatté d'avoir à son service des hommes de vieille uoblesse. Aussi, à son retour de llussie, Gaulainconrt fut nonuné grand écuyer à la cour du premier consul.
En 1Ô04, au mois de mars» il fut chaigé, avec Ordener, de
cerner Etteniieiai et Otlenbourg en viokiil; le territaîre^^bar dab, «t ée porter àTÉlicUv de Bid» k dotoUq é^^mmrestations.
Il est probable que Caulaincourt, ëcuyerdu premier codsuI •t par CQQgéqueBt vivant dans sa familiarité, n'ignorait pas laa cons<qaëïiC68 de l'acte auquel il prêta les mains.
dette affaire fut pour loi Torigiad d'une déplorable célé
brité. Il nia toujours sa participation directe. Mais il avait en tous cas un moyen bien simple de protester après l'exécation. C'était de donner sa démission.
Loin de là, il fut nommé en juillet 1804 (quatre mois après Tattentat I) écuyer de la cour impériale.
Nommu bientôt après ambassadeur en Russie, on dit qu'il essaya de détourner Bonaparte de la fatale campagne de Bussie.
Après la bataille de Leipsiek, quand Bonaparte fut foroé de songer à la paix. Gaulaincourt fut nommé ministre des
affaires étrangères, prit part en cette qualité au congrès de châtiilon ; mais ses efforts ne purent aboutir, et les alliés entrèrent à Paris.
II se retira alors de la scène publique, épousa Mme de Ganisy, et publia une lettre dans les journaux, pour rejeter toute participation au meurtre du duc d'Eogbien.
À cette lettre il joignit quelques mots que lui avait envoyés Tempereur Alexandre.
c Je sayais, général, par mes ministres, combien vous êtes étranger k rhurnble affaire dont vuus me parlez. Les pièces que vous me communiquez ne peuvent qu'ajouter à cette conviction. J'aime à tous le dire et à vous assurer de l'estime sincère que je vous porte, t
Après Waterloo, il fat élu par la chambre des représentants membre de la cornrmssion du guuveruemeût qui précéda la seconde rentrée de Louis XYUI.
Depuis cette époqueil vécutdansla retraite. Sa vieillesse fut attristée par le regret d'avoir trempé dans l'affiiire d'Enghien.
On ti ûuve daus sou testament les mots biuvauls, mdice certain de ses préoccupations :
« On ne ment pas à Dieu en face de la mort : Je jure que je n'ai jamais été poor rien dans Tamslation du duo d'fiaghien. »
n mourut le 19 février 1827, âgé de 53 ans. Il a laissé, dit-on, des mémoires fort curieux. Nous ne croyons pas qu'ils soient encore publiés.