‹ Les grands procès politiques: Le duc d'Enghien d'après les documents authentiquesChapitre 22 sur 23 · PIÈGES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈGES JUSTIFICATIVES

Voici la lettre que M. Dalberg^ anden ministre plënipo*

tentiaire du grand-duc de Bade près la République françaiiay adressa en 1823 à M. de Taiieyrand^ nous la faisons suivre de la réponse de M. de Talleyrand.

Château de Herrnsheîn, pr-s Worms^ le J3 novembre iâ23.

« Mon prince,

« M. de Rovîgo attend donc de bien grandes {aveurs pour avoir kneé dans le monde nn anssi infâme libelle. Je le re->

çois ici, à cent cinquante lieues de Paris. Il me désigne dans une note; elle renferme autant de faussetés que de phrases. J'ai les minutes de ma correspondance officielle avec la conr de Baden; dles suffiraient pour confondre d'aussi absurdes et d'aussi perfides insinuations, faites pour plaire je ne sais à qui. Je dois attendre de vous, mon prince, la déclaration qu'à l'époque de ce drame je me tenais très-éloigné, comme je la devais, du ministère français; mes rapports plus partieuliers avec vous, et dont je m'honore, datent de la Pologne,

où nous fîmes de communs efforts avec M. de Vincent pour ampêcher que la guerre de 1807 ne dévastât une plus grande pallie du monde.

c La résistance que HBurope opposait i Bonaparte, lois* qu'il voulut monter sur le trône de France, avait ranimé les espérances de l'émigration.

« Le yroci» de Pichegru, de MM. da PoUgnac et de ^«

vîiw ci%8tnnfliit à Paris ; j'y arrivais comme ministre envoyé de rélectenr de Baden; j'eus ordre de m'informw s*il existait une plainte contre les émigrés qui habitaient l'Electoraty et si leur séjour avait des inconvénients. Vous me répondîtes qne vous ne pensiez pas qne le gouvernement de Baden dût être pins sévère que n'était le gouvernement français, que vous ne connaissiez aucune plainte à leur égard, et qu'il fallait les laisser tranquilles. Je transmis celt^ réponse à rÉlecteur.

« L'bnlèvement eut Heu sur les faux rapporte de la police secrète de Bonaparte. Ici^ M. de Rovigo dît vrai. On m'a assuré que les agents de cette police commirent alors la méprise de désigner un M. de Thumery, attaché à monseigneur le duc d'Ënghien, comme étant le général ûumouriez, venu Angleterre à Bttenheim.

f Cette fausse information doit avoir ajouté aux alarmes . du premier consul; il craignait qu'un mouvement immédiat ne s'organisât sur la frontière.

« Je sais que le roi de Suède, qui se trouvait alors à Carisruhe, et rïïecteur, firent avertir b prince qu'il pouvait courir des dangers, et qu'il devait s'éloigner; il tarda, etfiit la malheureuse victime de sa sécurité.

« Après cet événement, et kroopie k Russie se prononça à Ratiebsnne sur cette violation d'un territoire étraïqier, on désira que rÉlecteur voulût se prêter à des f xplic«lionB dicieuses; la cour de Berlin, dt^sirant éloigner la guerre, en fit uniobjôt de négociation à Paris. Vous devez vous rappeler, mon prince, la résistance que j'opposai à M. de tiueohesini pour que rÉlecteur n'accédât à rien qui pût ceaapromettre sa dignité morale, et la haute opinion que Fo» amt 'ie sa loyauté et de ses vertus. Ma correspondance renferme lies détails* Dana les temps o& neus vrmns et où i on exalte de nouveau toutes les passions, on doit, mon prinee^ éclairer h\ part qu'on a prise aux affiores puUiques, loi8qu*OD est calomnié.

« 11 est connu que sous votre ministère vous n'aivez cessé de moiénr lee passk«B violenles de Aonapart^ V«8 désiriez

que les longs malheurs de l'Europe finissent avec lui et par . lui ; mais tdie n'a pas éti la volonté du destin. Y^otre nom se

rattache à un grand événement, et je me féliciterai toujours de la faible part que j'y ai eue. La funeste catastrophe sur laquelle on a de nouveau attiré Tatlentioni a été sufiisamment connue avant le temps^ pour pouvoir être attribuée & qui elle appartient. Bonaparte seul, mal informé par oe que la police avait de plus vil, et n'écoutant rpe sa iiireur, se porta h cet excès sans consuller; il lit enlever le prince avec l'intention de le tuer 1 II est déplorable de devoir de nouveau s'occuper de £dts qui déshonorent autant cette pauvre humanité.

« Si vous rae faites l'honneur de me répondre, mon prince, veuillez envoyer votre lettre à mon hôtel, d'où elle me sera transmise, et agréez Thommage respectueux et dévoué que je vous offre* ^

« Dalbbro. «

LETTBE m M. DE TALLEÏBAND,

Page 1