APPENDICES
Quand nous avons entrepris de réunir, comme dans un dossier judiciaire, toutes les pièces relatives à la mort tra* giqae du doc d'Enghien^ nous ne savions de cette affiiire que ce qu'en sait t0«t la monde*
Peu à peu la clarté s^eel faite dans notre eonscÎMiee, notre conviction s*est formée, et après Chateaubriand, après Dupin ainé| après Lanfrey, si puiva Iket c(mpomr& magniSj noua avons em ponmr condare*
Noos avons prasé qu'ayant longuement eiamin^ les pièces, altenlivement pesé les témoignages, tenu compte avec scrupule des temps et des circonstances, nous avions le droit de formuler notre opinion*
Ce droit impliquait poor noos le devoir, tout débat devant être contradiotoire, de mettre sous les yenx du lecteur le récit d'un de ceux qui, de Texamen consciencieux des mêmes documents, ont tiré des conclusions opposées aux nôtres.
lei notre embams a été grand. Parmi les apologistes du preoner empire, quelques-uns, passant rapidement sur ce sanglant épisode du Consulat, en ont attribué, sans preuves à Tappui, la responsabilité qui h Savary de Rovigo, qui à Talleyrand, dont le plus grand crime à leurs yeux fut de servir las Bourbons après Bonaparte, faisant ainsi f^us grand cas du logement que du locataire.
D'autres se sont bornés à accuser la fatalité, ce bouc émissaire des causes désespérées.
Nous n'avions pas à tenir compte de ces giorifioations soidisant historiques, qui affirment an lien de pronver, el mettent la foi à la place de la raison.
Parmi ceux, en nombro restreint, qui ont accepté le déLat, nous avons arrêté notre choix sur le baron de Meneval* Gelui-lày au moins, n a pas fui la discussion. Il a plaidé : Non coupable.
Avant d'introduire ce nouTean témoin, nous doYona faire
nos réserves.
Le baron de Meneval a été secrélaire du portefmUle de Napoléon prmier consul et mpereur^ secrétaire des commanr déments de l'impératrice régente ; sa partialité n'est pas douteuse. Nous ne Ini en faisons pas un crime, nous en prenons acte. La partialité est honorable dans certains cas et n'ex* dut pas la bonne foi.
M* de Meneval a été à même de Ikien Toir et de tout voir. A*t-il introduit dans le débat quelque fait indiscutable, quelque document anthenlique de nature à démontrer la cul^>abilité de la victime^ ou à rendre douteuse son innocence i
Le lecteur en jugera ; mais quoique impression qui résulte pour lui de la lecture des psges qui ?ont suivroi qu'il abaoWe ou qu'il condamne la mémoire du premier jccnsul, un rapprochement fatal, logique, s'imposera à son esprit :
 deux époques historiques parfiûtement distmctes, quoique rapprochées Tune de Tautrei sous deux régimes entre lesquels aucune assimilation n'est possible, deux Bourbons furent frappés de mort; Louis XVI sous la République, le duc d'Enghien sous le Consulat.
Quand nos pères condamnèrent Louis XVi à porter sa tête sur Téchafand, les débats, publics et solennelsi eurent Ken k la face du soleil.
Ils durèrent vingt jours.
Trois défenseurs, à son choix, furent accordés au roi; et chacun des représentants de la France entière, nominali* vement interpellé, opina librement, selon sa conscience, avec le droit de motiver son opinion.
Quatre ceLt trente-trois conventionnels votèrent k mort,
et assninèrent hantementetcouragensemenl, devant le mond» et devant lliiatoire, la Tesponaabilité de lenra votes. Douze ans plus tard^ sous le Consulat, après des menées
occultes de police; après un enlèvement de nuit sur un territoire neutre; un tribunal d'exception , siégant entre les quatre murailles d'un château fort, esquissa le croquis d'un jugement clandestin. Moins de deux heutes après^ Taccnséf qui n'avait pas été défendu , était troué de balles dans un fossé, à la lueur douteuse d'une lanterne.
Certaines l^esognes sombres appartiennent à la nuit.
Dix ans plus tard encore^ TaUejrand» HuUin, Savary de Rovigo, Gaulaincoiiit, tous plus ou moins directement impli- ' qués dans l'affaire, en rejetaient les uns sur les autres la responsabilité, et briguaient les faveurs de la Hestauraûon.
£n comparant entre eux ces deux procès, nous n'avons pas entendu juger au fond.
C'est afi&ire au lecteur.
Ce qui nous préoccupe ici, c'est la question de forme.
Si d'après leurs procédés on peut juger des hommes, il est facile de voir, par cet exemple^ de quelle hauteur les hommes de la République dominèrent les hommes du Gon« svlat.
Ko us laissons la parole au Jjarun de Mené val.
Ayant de rapporter les circonstances de l'enlèTement et du
jugement du duc d'Enghien, je dois reprendre les choses de plus haut. Je n'avais pas l'intention de revenir sur la catastrophe de la mort de ce prince. U m'en coûte de rappeler l'attention publique sur ces tristes souvenirs ; mais je crois rendre une stricte justice à la mémoire de l'empereur, je crois obéir à l'une de ses principales recommandations, en racontant tout ce qui est à ma connaissance sur cet événement que l'esprit de parti a étrangement défiguré. Le fait en lui*^ même est aujourd'hui apprécié à sa juste yaleur. Provoquée par le gouvernement anglais, la mort du dernier des Gondés a porté de déplorables fruits. Cet acte tire son plus grand intérêt de l'influence qu'il a exercée sur le cours de la car-
rilr® politise" de NspoMàiiy et c'est k cette etme'qii^ Aiit la place importante qu'il* occupe' dancrTHistoire de notre temps. Je vais donc en réunir les traits principaux, dont l'ensemble pourra mettre le lecteur impartial à même de former Bon jugement sur iin aete de riguetcr aïKjael une rémnoir de drconstaoees fatales i*' une inflerib!» interprétàtîoir d« 8» devoirs comme cliei de l'Etat ont porte Napoléon, dont ce prince a accepté toute la responsabilité avec la hante franchise et la fierté de son caractère^ et qui, an lieu de loi être ntilCi lui a été nuisible, comme il Ta aTonélaî-méme;
Le gonremement anglais, qui arait d^bord affiscté de traiter avec mépris un projet de descente en Angleterre, justeriient épouvanté du formidable armement qni s'opérait en vue de ses côtes, avait fini par prendre ce projet d'expédition tellement au sérieux qu'A faisait des préparatifs extraordinaires pour s'y opposer. Les redoutes et les reirandie* menls se multipliaient sur la cftte méridionale de l'Angleterre: des moyens d'inondation y étaient pratiqués ; toute la population en état de porter les armes y était réunie et exercée; les ministres eux-méfoes et les principaux chefs de IViristocratie avaient endossé Thabit militaire, et figuraient dans les ranes des volontaires. L'anxiété e^énérale était excitée et entretenue par des alertes et par des terreurs paniques qui se succédaient et qui portaient répouyante jusque dans Lon* dres. Un grand nombre de< familles s'éloignaient dntoffiiMge des côtes^ et allaient chercher un refuge dans l'intérieur des terres.
En mémo tempe queie gommement cherchait àr coi^mr Torage par tona les moyena qui étaient en son poa?oir| il
travaillait à l'éloigner du territoire britannique. Il faisait jouer tous les ressorts d'une diplomatie raffinée et semait Tor pottir porter les puissances à se diédarer, et pour retenir sur le continent Tennemi qui le menaçait* Ces moyens- ne le raesarani pas aesea, it eut roeom à la
ressource des complots. Au commencement de l'année 1804, les princes français retirés à Londres, favorisés par les mi-nistres anglais^ formèrent le plan d'uKraUtaqne 'sériwM
eùDltè le chef du gouvernem^t consulaire. Un ordre du conseil pmé du roi d'Anglatorre eajoignait ma émigrésl français de se rendre sur les berdscdu Rhin, sons pevno de perdre leurs pensions, et un règlement fixa le traitement qui I serait alloué à chaque o£âcier et soldat. Le duc d'Enghies ayaii ptéoédsmmoKt obtenn de TÉleelenr de Bade ranterisn* Itioft d*établir' son séjonr à Ettenheim, petite ^ille sitnée snr la rive droite du Rhin, à deux lieues du fleuve. A l'époque même où les éjaigrés se rassemblaient, en vertu de Tordre du conseil privé, sur les frontièdres de l'Alsace, des royalistes déimninés, réfugiée à Londres aptès Ja fin des tronbles de la Vendée, et oommandée par d'aoeieiie chefs de chonane, débarquaient secrètement sur la côte de Dieppe et se dirigeaient sur Paris par des chemins détournés, trouvant sur leur route des gîtes préparés dans des fermes isolées et dans des cfaavmières oh ils étaient reçm jiar des paysans gagnés h leur parti. Georges Gadondal, RiTière, aide-dn-eamp dn comte d'Artois, les frères Polignac, Pichegru et cinquante autres conjurés étaient arrivés ainsi mystérieusement à Paris, jet 80 tenait caohés dans des retraîteB ignorées de la police.
Les afonts qne la police française entretenait à Londres l'informaient qu'il s'y tramait quelque grand complot contre la France. C'était un bruit généralement répandu en Angleiterre, en Enrope et Jusque dans nos colonies^ que* lè gonvernement oonnkire tooehait à sa fin, qne les jours de son chef étaient comptés, et qne l'ancienne famille régnante allait remonter sur le trône. On réimprimait à Londres le pamphlet autrefois composé contro Cromwell : Tuer n'est pas aS'aassiner, en faisant allnsion an prenâer conenl. Une fenilloi FAmbigu^ rédigée par des émigrés français, portait en téte l'effigie de Bonaparte, avec un cercle noir autour du cou. Les avis qui parvenaient de plusieurs côtés annonçaient de prochains débarquements d'émigrés dans la Vendée. Les avis que le premier consal recevait de cette proTince lè portèrent h y envoyer Tun de ses aides de camp, le colonel Savary, dont le rapport coniirma ses soupçons sur Tagitation sourde qui y régnait.
Le premier consul se ressouvint qu'il existait dans les prisons de Paris des individus arrêtés comme prévenus d'avoir été envoyés de Londres pour attenter à sa ^e. Leur arresta*
lion sur les côtes en flagrant délit d'espionnage et d'embaucbage^ suffisait pour motiver leur envoi devant des commissions militaires ; mais comme ils étaient accusés d'en vouloir k la vie du chef de Vfitat, ils avaient été retenus en prison en attendant que cette accusation pût être prouvée. Le premier consul ordonna que quel(jnes-nns de cevS individus fussent traduits devant un conseil de guerre, espérant obtenir d'eux quelque révélation sur le Jbut de leur voyage. Deux d'entie eux furent jugés et condamnés* L'aspect du supplice ne put flécJiir leur opiniâtreté ; ils périrent en menaçant le houmïnement d'une catastrophe prochaine.
Les rapports da M. Mehée de Latouche et du capitaine Rosey (dont j'ai rapporté la mission, pages 147 et suivantes) firent connaître les trames ourdies sur la rive droite du Rhin par les ministres anglais accrédités près les cours de Munich, de Stultgard et de Cassel. Le premier consul, parfaitement édifié sur Timminence du danger qui menaçait TÉtat et sa personne» se fit remettre de nouveau la liste des chonaiis arrêtés. L'écron de l'un d'eux, sa condition d'aflidé ou de domestique de Georges pendant la dernière insurrection de rOuest, firent soupçonner que celuirlà pourrait savoir quel* que chose. Querel fut jugé et condamné sans qu*on pùt tiier de lui aucun aveu ; mais dans la nuit qui devait précéder m exécution, la crainte de la mort le décida à parler. Il déclara qu il était depuis six mois à Paris ; qu'il y était arrivé avec Georges et pdasieurs autres conjurés qu'il nomma; qu'ils « avaient été rejoints peu après leur arrivée par une quinzaine d'autres: que de nouveaux débarquements devaient avoîr licu ou étaient attendus, et que Paris était le lieu de rendezvous commun. Ges déclarations de Querel, qui lui valurent a grftce, mirent sur la voie de découvertes importantes; oa | arriva ainsi jusqu'à un ancien émissaire du partie nommé * Troche, horloger à Eu. Le premier consul fit repartir sor^ aide du camp Savary, acccompagné par le fils de riioriogsr.
suppléait Bon père, fort tTUicd en tgo» avec ordre de se . lendre où nn nouveau débarquement était annoncé. Le co- • lonel Savary, arrivé à Dieppe, se porta incontinent avec le jeune Troche surBivillo, où le débarquement devait e'efiTec* tuer. Le gros tempe qui régna pendant plusieurs jours, des avis transmis de Paris dans cet intervalle^ et dès signaux donnés au brick qui avait croisé durant plusieurs nuits devant la falaise de Bîville, et qui portait, disait-on, le duc de Berri, empêchèrent le débarquement.
Pendant que cela se passait^ la police, dirigée par le conseiller d'fitat Réal^ mettant à profit les révélations de Querel, s'était livrée â des recherches actives qui l'avaient mise sur la trace des individus réfugiés à Paris. L'arrestation successive de Georges et de ses compagnons conduisit à la connaissance de la part diverse que Pichegm et Moreau avaient prise au complot. Entre autres informations qui forent obte» nues, une circonstance éveilla au plus haut point l'attention. Un personnage inconnu à la bande de Georges avait eu des entrevues avec ce dernier ; il avait été reçu non-seulement par Georges, mais aussi par MM.de Polignac et de Rivière, avec des marques particalières de déférence. Il était naturel de penser qu'un complot aussi important que cel-ii qui se tramait à Paris, devait avoir nécessairement un ciiei:' supérieur présent ou peu éloigné, iovesti de pouvoirs extraordinaires; qui pût se faire reconnaître lorsque l'ennemi serait abattu. On eo conclut que le personnage reçu par Georges devait être ce chef, et qu'il était un des princes de Tancienne maison royale. On passa en revue les divers membres de cette famille; on sut où se trouvaient le comte de Lille (Louis XVIII;, le comte d'Artois, les ducs d'Angooléme et de Borry, le prince de Gondé, le duc de Bourbon, et les princes d'Orléans qui vivaient paisibles et éloip^nés des foyers d'intrigues. Restait le duc d'Engbien, dont Napoléon connaissait à peine l'existence. On fut induit à penser que ce prince pourrait bien être le personnage mystérieux dont nous avons parlé. Quoique la description qui en était faite ne s^'appiiquât que très-imparfaitement au prince» puisque ce
personnage était le général Hdwgru, oormne on l'apprit pluj terd, les différents les plm dans le signalement d'un
nomme qui était incannu à l^ans ne pouvaient pas arrêter la marche .les conjectures. La présence du duc d'Enghien sm les lords du liiiin, ses commumcaUom avec les émigrés qtn s'y rêndaiefU, la parOcipatiim du goavernemttit anglais au complot, qui ressortait de toutes les informations recueillies par la police, les absences que faisait le prince pour se livrer au plaisir de la chasse, ses promenades :sur le HhiiL le soupçon qu'il venait quelquefois à Slrasbou^, donnèrent une nouvelle force aux présomptions qu'on avait déjà qu'il était le chef que sa naissance et son rang portaient à la té(e de la conspiration. Les suppositions marchent vite quand elles sont excitées par le soupçon. On adm^'t sans pèine que le duc d'Enghion avait pu venir à Paris et y séjourner, et qu'U avait pu être de retour à Ellenhcnn d u s 1 espace dtf moins de huit jours. On se préoccupa tellement de rette conjecture, qu'on lit explorer les principauji hôtels du faubourg Samt-Germain pour s'assurer que le prince n'y ëtau pomt caché, ou qu'on ne faisait pas de secrets préi araufs pour le recevoir. On supposa même qu'il aurait pn trouver un asile dans l'hôtel de l'ambassade d'Autriche. Lavis qLi fut donné que Lumouriez, artisan de guerres dviies et l'agent de complots le plus actif et le plus expérimenté, était à Ettenàeim, comme conseiller du prince, acbev. la conviction, • r * »
.Des instruc.îons furent données à M. biiée, alors préfet du département du Bas-Rhin. Les indications qu'a donna confirmèrent ce qu'on savait déjà*. Le premier consul avait pins de confiance dans ses pressentiments et dans ses prévisions que dans les ressources de la poHce, privée, par la suppression du ministère de la police, de rensemhlaet do l'impulsion si nécessaires dans les circonstances eztnoxdinairss où l'on se trouwit. Il chaigaa un jour, à son lever et co.iidenUeliemant, le génénd Moncey, premier inspecteur de la