Riea
gendarmerie, d'envoyer un ofûcier intelligent à Ettenheim^ 80U8 un déguiseiuient, afin de. prendre connaissance ce qui ^ s y passait, et de reoueillir les noms des . personnes de . tout rang qui s'y troument en rapport avec le duc d'Eoghien. Le général Moncey remit directement au premier consul, sans en donner communicaiion à la police, le rapport de l'oiiicier auquel il avait confié cette mission» Parmi les noms des personnes qui entouraient le prince, le rapport signalait ceux du général Dumouriez et d'un colonel anglais nommé Smith. Ce ne fut que plus tard qu'on reconnut que le général auquel l'auteur du rapport donnait le nom de Dumouriez était le général Thumery, dont le nom prononcé par un Allemand, avait causé son erreur, de rapport confirma le premier consul dans l'opinion que le duc d'Eughien prisidait aux trames * ourdies à Paris. La présence de Dumouriez surtout lui parut un coup décisif; il attachait un grand intérêt à la capture de oe général, qui loi parut être la eheville ouvhère de la conspiration. Il ignorait tout à fait dans quels termes Damouviez pouvait être avec les divers princes lie rancitane dyuùalie; sa présence à Lttenheim lui aulfisait, U était persuadé que son arrestation et la saisie de ses papiers lai procureraient les informations les plus précises et les plus utiles sur l'organisation et sur les moyeu s d*e:iécution du complot.*
Il réunit, dans une eirpèce de conseil privé, aussitôt après la réception du rapport que lui avait remis le.général Moncey, les deux consuls, le grand juge, le minisire des .relalions extérieures, le conseiller d'État Réal et Fouché, quoique ce dernier ne fût pas alors ministre. Fouché avait eu l'art de se rendre nécessaire eu be donnant beaucoup de mouvement. II venait souvent raconter au premier cau;sul des nouvelles obtenues par rinflueoce qu'il avait conservée sur les agents de la police, et les confidences qu'il tirait d'eux adroitement, en gagnant toujours do vilciise le grand juge.
Comme il n'y eut point de procès-veiLal des dclibéraiioLS de oette réunion, le champ a été laissé ouvert aux conjec* tares sur les opinions émiaes par les perumoages qui en ont fait partie. Il garait cependant ceitain^ ce qui sera au ra!^t:;
éclaircî par les mémoires qui seronti t6t ou tard^^livrés à la publicité, que les deux consuls ne se montrèrent pomt en* clins à des mesures de rigneiir, et que Fonohé, an contraire^
ne dissimula pas son sentiment sur la nécessité d'un grand exemple, pour en finir avec les artisans de complots. L'opinion de M. de Talleyrand, qui a pris soin d'ailleurs de dé-^ traire tons lesdoeaments qui auraient pu le compromettre, n'est connue que par les reproches que lui fil Napoléon dans la scène qoi eut lieu ii l'issue du conseil privé tenu en 1808 {voir les pages 283 et suivantes) et par le propos de ce ministre à M. d'fiauterive, Tun des chefs de division dn ministère des relations extérieures, lequel exprimait la peine qu'il éprouvait de l'exécution du duc d'Enghien : «Eh bien, quoil CB sont les affaires ! ( Voir Tarticle de la Biographie univer' selle consacrée à M. d'Hauterive, par M. Artaud.)
Tel était l'état des choses lorsque, le 19 ventôse an xu, (10 mars 1804), jour oit je n'avais pas diné aux TuilerieSi on vint me chercher à dix heures du soir, de la part du premier consul. Je le trouvai, en arrivant, dans une pièce attenante à son cabinet, ayant à ses pieds plusieurs cartes qu'il avait jetées par terre et en cherchant une du cours du Rhin, Après l'avoir aidé à étendre cette carte sur une grande table d'acajou qui était au milieu de la pièce, j'écrivis sous sa dictée une lettre au ministre de la guerre Berlhier, pour lui donner l'ordre de faire partir dans la nuit le général Caulincourt» son aide de camp pour Strasbourg, et le général Ordener, commandant des grenadiers à Âeval de sa garde, pour Schelesladt, afin de procéder à l'arrestation du duc d'Enghien. Pendant que le premier consul me dictait cette lettre, le générai Berthier fut annoncé, et, peu aprèr>, le gé« nérai Gaulincourt. Le premier consul dicta au général Berthier le complément des instructions relatives k cette expédition, en suivant sur la carte Titinéraire que devait parcourir le général Ordener. Il me dicta ensuite une lettre adressée aumioistre Talleyrand, pour lui preecrire les mesures diplo* matiques à prendre. En conséquence de cet ordre, le ministre des relations extéiieureb devait charger le générai Gaulin-
eaurt d'âne lettre adressée au baron d'fideisiieiiii, ministre de rSlecteor de Bade, laquelle cet offiâer devait remettre dès qa*îl aurait appris l'arrestatioii du duc d'Enghien. Cette lettre portait « que le miuistre des relations extérieures lui avait adressé précédemment une note dont le contenu tendait k requérir Tarrestation da comité d'émigrés français siégeant à Offenbourg, lorsque le premier cousul, par l'arrivée successive des brigands envoyés en Fiance par le gouvernement anglais, comme par la marche et le résultat des procès qui s'instruisaient à PariS| avait reçu connaissance de toute la part que les agents anglais avaient anz terribles complots tramés contre sa personne et contre la sûreté de la France; qu*il avait appris de même que le duc d*Enghien et le gérérai Dumouriez se trouvaient k iîittenlieimi et que^ comme il était impossible qu'ils se troavassent dans eette ville sans la permission de Son Atesse Électorale, le premier consul n'avait pu voir sans la plus profonde douleur qu'un prince auquel il lui avait plu de faire éprouver les effets les plus signalés de son amitié^ pût donner asile à ses ennemis les plus cmelSy et laissât ourdir tranquillement des conspirations aussi évidentes; que, dans une circonstance aussi extraordinaire, le premier consul avait cru devoir donner, à deux petits détachements, l'ordre de se rendre à Oâ^eubourg et à £ttenheim, pour y saisir les instigateurs d'un crime gni, par sa nature, mettait hors du droit des gens tons ceux qui ma« nifestement y avaient pris part; que le général Caulincourt était chargé des ordres du premier consul, et qu'on ne devait pas douter qu'en les exécutant il n'observât tous les ^lards que Son Altesse Mectorale pouvait désirer. »
Les instructions contenues dans la lettre adressée p ar le premier consul au ministre de la guerre, portaient que le général Gaulaincourt se rendrait à Strasbourg, et de là sur Offenbourg avec deui cents dragons, pour y faire arrêter les émigrés et les agents da gouvernement anglais; que le géné* ral Ordener se dirigerait sur Schelestadt, où il prendrait trois cents dragons avec lesquels il passerait le Rhin à Rheinau; irait cerner secrètement le château d'Ettenheim, etar-
fêterait le dac d'Eoghieiiy Dumouriez surtout, et tons eeux qui se trouTeratent aTec eux. Le général Caolaineourt devait se mettre en commnnieation avec le général Ordener, et dès qu*il serait informé de son arrivée à Ettenheim, envoyi r au ministre de TÉlecteur de Bade la lettre du ministre Talleyrand, et des excnoss pour la violation de son lerritoire, fondées snr roigence et sur la nécessité do secret*
J'ignorais à mon arrivée aux Tuileries, dans la soirée du jour où le premier consul m'avait fait appeler, quelles personnes il avait vues dans raprès-midi. J'appris qu'il s était entretenu avec les consuls, avec les zninistres de la justioe et des relations extérieures et avec M. Fouché. Deux jours après, Foucht^, qui sortait du Jever, me rencontra et me dit : « Le gén^'ral Bonapai te est bieu indiscret, il finira par éventer la mèche. » 11 iaisait allusion à l'ordre donné de faire arrêter le duc d'£nghien« Le premier consul avait parié à son lever de l'objet qui le préoccupait exclusivement, des maciiiaations des émigrés, dont il tulurait trop palieiuîncnl le voisinage, et avait cité les noms du duc d'Enghien et de Dumouriez. Cependant personne de la maison consulairoi pas même Mme Bcmaparte, ne connut les ordres qui avaient été donnés. Le piemier consul resta quelques jours à Paris, puis il ffuitta les Tuileries pour aller à la Alalmaison. Quoique ma voiture suivit la sienne, il me £t donner quelques chasseurs de ses guides pour la sûreté de ses papiers.
Xa population entière de Paris prenait aux divers inci« dents de ce drame un intérêt dont on se ferait difficilement une idée aujourd'hui. L'arrestation de Georges, qui avait eu lieu presque en même temps que Tordre de Tenlèvement du duc d'Enghien était expédiéi avait fixé toutes les incertitu* des sur l'existence de la oonspirationy et accru au plus haut point la Boiixilude générale et la sympathie pour le chef de l'État. On faisait des vœux pour que les iuâtigateurs du com* plot fussent atteints et sévèrement punis.
Pendant son séjour à la.Malmaieon, le .premier consul fut soucieux et inoccupé; il ne reçut que MM. Maret, Talley* rond, Fouché^ Kéal, le gcand juge (Régniei et Gambacérès.
Le fi5 ventôse (16 mars}, le ttiégraphe annonça que le due d'Enghien avait iiè arrêté pendant la nuit, dans le chfttean
d'Ettenheim L'ordre fut donné de le transférer immédiate- • meut à Paris, où il arriva le 29 ventôse (20 mars), dans raprès«midi. Il fut retenu pendant quelques heures à la barrière de Pantin, jusqu'à ce qu'il eût été otdonné de le diriger sur le fort de Vincennes ; il y entra vers cinq heures du soir. Le même jour, un décret fut rendu portant que le cidevant doc d'Enghien, prévenu d'avoir portd les armes contre la République, d'avoir été el d^tre- encore & la aokk de l'Angleterre, de faire partie des complète tramés par cette: dernière puissance contre la sûreté intérieure et extérieure de la République, serait traduit devant une commission militaire composée de sept membres nommés par le général gouverneur de Paris, et qui se réunirait- à Vincennes* JSn conséquence de cet arrêté, cinq oolonels des régiments d*în-fanterie et de cavalerie en gariiitou à l'ari?, et le major de la gendarmerie d'élite, n? rendirent à YiDcennes,où ils u'ap?» prirent quel était le prévenu qu'ils dewent juger que quand le général Hulin, président de la commission militaire, le leur annonça. Ces officiers ignoraient les diverses circonstances de la découverte de la conspiration, miîs ils étaient SOUS l'impression de Tindignation générale qu'excitaient le projet d'attentat contre la vie du premier consul et la per^ective du bouleversement qui aurait suivi sa mort. Ib ne^dou* taient pas que ces menées n'eussent pour chef un prince de rancienne dynastie.
Le jour de l'arrivée du prince à Vincennes, le colonel Savar^r fut ehargé d'aune lettre du premier consul qui informait le général Murât de la mission' de cet officier au château de Vinceunc?, dont il devait prendre le commandement supérieur avec UQ fort détachement de gendarmes d'élite el une brigade d'infanterie. Parmi les officiers émigrés qui avaient été arrêtés en même' temps que le due d'Enghien- à Blten*beim, se trouvaient plusieurs généraux de Tarmie de Gondé. Les papiers cpii furent saisis sur ces officiers furent remis au premier consul. Il s'y trouvait, entre autres, l'ordre du cou-
seil privé qui convoquait sur les bords du Rhin les émigrés pensionnés par rADgleterre, un billet du duc d'Enghien en réponse à une lettre d*un général Vaoborel, qui faisait connaître que le prince se refusait à suivre le conseil que ce général lui donnait de s'éloigner, à cause des dangers auxquels il était exposé dans les circonstances présentes, et une lettre d'un colonel de Xianan, qui contenait les mêmes conseils. Si, comme je le pense, ajoutait cet officier, Us me$ énergiques des gouvememenls qui nous protègent siparlieulîèrementsont reconnues^ par les grandes puissances^ comme le seul moyen de rendre la tranquillité à l'Europe par une paix juste, ces bases seront naturellement le rétablissemeut de la monarchie. Ces pièces, qui prouyaient le plan d'hostilités conçu contre la France, et la part qu'y prenait le duc d'Enghien, ne figurèrent pas au procès, peut-être parce qu'elles n'ajoutaient rien à la conviction du premier consuli toujours persuadé qu^il y avait des préventions plus que suffisantes de la culpabilité de l'accusé. Fouché avait affirmé au premier consul qu'on trouverarit à Ettenheim une malle remplie de pièces, qui meUraient sur la trace de toutes les raraificalioEs du complot. Les craintes exprimées au duc par de iidèles officiers, qu'un coup de main ne fût tenté sur Ettenheim, sans ébranler sa résolution de rester au poste du danger , l'avaient sans doute déterminé à mettre à couvert les papiers qui pouvaient compromettre ses compagnons. Quoique aucunes pièces, autres que celles rapportées ci-dessus, n'eussent pu être saisies à Ettenheim, et que le personnage le plus important, Dumouriez, ainsi que le colonel anglais Smith, n'y eussent point été trouvés, cependant les lois contre les individus qui avaient porté les armes contre la République et qui étaient à la solde de l'Angleterre étaient formelles, et suffisaient pour provoquer une condanmation.
Après la lecture de l'interrogatoire que le général Dautancourt, faisant alors fonctions de capitaine-rapporteur, avait fait subir au duc d'Enghien en cette qualité, le prince, déplorant l'extrémité cruelle à laquelle il était réduit, et ex« primant un vif désir d'Atre entendu du premier consul, Dau-^
tancotirt lui donna le conseil A'éerm quelques mots au bas
de son interrogatoire pour demander celte audience. La note, du prince était conçue en ces termes :
c Avant de signer le présent procès-verbal, je fais avec instance la demande d'avoir une audience particulièrn du
premier consul. Mon nom, mon rang, ma façon de penser et Thorreur de ma situation me font espérer qu'il ne se refusera pas à ma demande*
« Signé: L. À, H. de Boukbûn. »
Cette pièce fut mise sous les yeux des membres de la com*« mission. Un seul des juges (le général Barrois) fut d'avis que la demande d'audience ffit transmise an premier consul; mais les avenx du duc d'Enghien, les circonstances dans lesquelles il avait été arrêté, la conviction où étaient les juges que ce prince était complice et même chef du complot qui se tramait à Paris ^ parurent à des officiers jugeant avec la rigueur du Gode pénal militaire , sans rejeter le recours au premier consul, des motifs suffisants pour &ire M prince Tapplication de la loi ; car des hommes aussi honorables ne se seraient pas dégradés au point de faire fléchir leur con> science devant un ordre sanguinaire. Le premier consul ne mettait pas en doute que le prince ne fût condamné ; mais ce qui donne matière à réflexion, c'est qu'il chargeait en même temps le secrétaire d'État Maret d'écrire au conseiller d'État Réal de se rendre à Yincennes pour interroger le duc d*£nghien, et de revenir lui rendre compte du résultat de l'interrogatoire. M. Maret partit de la Malmaison ponr Paris, si ma mémoire est lidèle, vers sept heures du soir. I! devait être environ dix heures quand sa lettre fut remise chez M. RéaL Par une suite de la fatalité qui semble avoir présidé à toute cette affaire, Réal, qui depuis hait jours n'avait pas eu un moment de relâche, et qui avait passé plusieurs nuits sans se coucher, était rentré ce jour-lk accablé de fatigue. U avait défendu à sou valet de chambre de i*éveiiier
avant cinf^-heiirea du msttn, quel qnrfAt le massage qiii loi
fût porté. Une lettre venant dû la secrétairerie d'Etat ne pa^rut pas avoir une importance suffisante pour enfreindre l'ordre formel qu'avait cU»mé Rëai de ne pas l'éveiller. A san réveil» ovt lui remit aveo sas lettres' celles du secrétaire d!fitat; il s'habilla k- la hâte et partit pour Yinceimee; mais il ren^ contra en cbemin le colonel Savary, qui lui apprit l'exécution du duc d'Enghien. Savary , qui était -à cheval, continua sa route sur la Malmaison^^où il arriva vers huit heures du matin. Il fut à Pinslant introduit dans lé cabinet du premier
consul, oîi je me trouvais. Savary lui rendil compte, en peu de mots, de la condamnation et de l'exécution. Le premier consul, apprenant que le duad'Enghien avait demandé à le voir, sans provoquer aucun dè ces détails dont il éteit' ordi^ nairement si avide, l'interrompit pours'inforracr den» qu'était devenu Eéal, et pour savoir s'il n'était pas venu k Vin— cennes. Apprenant qu'il n'y ra ait point paru, il tul et fit plusieurs tonrs dans sa bibliothèque, les mains croisées der"rière )e des, jusqu'à ce qu'on annonça M. Réal. Après avoir écoulé Texplication que lui donma ce dernier, et avoir échangé quelques mots avec lui, il retomba dans sa rêverie; puis sans laisser échapper un mot d'acquiescement ou d'improbation, il prit son chapeau, dit : « C'est bien, » et laissa M* Réal surpris et un peu troublé de sa préoccupation. Quant au premier con5ul, il tiaii monté dnns le petit appartement qu'il occupait au dessus de sa Libb'ofîioque: il s'y était enfermé, et il y resta longtemps sans reparaître. *
Voilà les seuls faits dont j'ai- été témoin. Je ne rapporte que ce que j'ai va et entendu. Je puis ajouter qu'aucune conrri i nication verbale ou écrite n'a existé entre la commission naiitaire et le premier consul pendaut le temps qui s'est écoulé à partir de l'interrogatoire, du duc d'Ënghien, lequel a précédé son jugement^ jusqu'au moment de Texécution. Les moyens que j'avais d*%tre instruit de ce fait et lee^iechiercbes minutieuses de ceux qui avaient intérêt à le découvrir n'ont pu mettre sur la trace d'aucune communioatien de ce genre»
S*i\ m'est permis da^ parler de mm propres împreMoiis, j« n'hésiterai pai à diiv que !»■ premier considi indigné de» tnrmes^odiemiès onrdieflnmitre sa pemovmev nfapamn'avoir
pas douté un seul instant que le rassemblement d'émigrés sur les bords du Rhin n'eût pour chef le duc d'Enghiec, et qne ce prince n'eût la miesion d'entrer en Frane» après la coup frappé parGreorges et ses compUceav alors qn9^ le dae de Berri, qui était destiné k débarquer «n Normandie^ en eût été détourné par l'avis qu'il reçut de la présence à Dieppe, d'un oihcier actif et déterminé, entièrement dévoué au premier oonsal. Sous Timpression d^nn jnBte ressentiment, et fortement préoecupé dtt<mtsire aoenir rés$rvé à la France et de la sanglante révolution qui aurait été la conséquence de sa mort, il a ordonné que le duc d'En;:hien fût mis en jugement; et des charges lui ont paru suihsanies pour motiver la ccMvdamnation de ce prinoe. Gependaoi Tordre d(»méà M. Réal d'aller à Yinceones interroger le duc d^Engliiev, la solitude favorable aux réflexions que Napoléon alla chercher à la Malmaison , évitant de s'arrêter dans le salon de Mme Bonaparte, se renfermant dans son appartenant privé, * et refnsant de répondre à sa femme, qm venait qnelqnefooB frapper ivntilement lir sa porte, déœlaîent lesvcombats qui se livraient dans son anie. Il m'est resté la conviction que, satisfait de rhumiliation k laquelle il avait réduit ses ennemis, le parti de la clémence leût emporté, s'il eût: été informé à temps de la demande qn^vait faite le prisée- d*ètre amené devant loi. Le mal étant devenu sans remède, il a hautement accepté la responsabilité de cet acte. Il n'a janiais varié dans la résolution de tout assumer sur lui , et aurait regardé comme une faiblesse et comme une atteinte portée à sa puissance et à sa dignité, la; plus légère récnmination exprimée en publicet la nKMndie eipression de regret. Quand on se reporte à ce temps de crise et à la pensée des dangers qui menaçaient l'État, on est forcé de convenir que Napoléon a rempli un devoir, et qu'au lieu de le lai imputer à crime, nosHBonlement oa doit le plsinidre de s'être tu forcé d'iacoepter rodienx d'un aete dont sa perspicaoité lui montrait dans
Tavenir les fâcheuses conséquences, mais même on doit Tabaoudre; pour tout dire ea un mot, le duc d'Eughieu a joué sa téte^ U i*a perdue. La qualité du condamné et lo sentiment intéressé de pitié dont la haine de nos ennemis conyrit tont à coup ce jeuue prince ont transformé en crime d'une férocité sauvage un acte de rigueur légitime. Napoléon a été dédommagé des déitf>ires que ses ennemis lui ont suscités à cette occasion^ par fe redoubUmerU d'aUaOhemerU du peuple^ qne Timminenee d'nn danger commun et les mesures vlgou* reusos qui l'avaient conjuré, exaltèrent au plus haut degré. Cependant la première impression produite par cet événement sur les classes élevées fui très-vive; le mystère et la précipitation avec lesquels le dno d'Enghien fut enlevé, jngé et exécuté, en furent la principale et même la seule cause. Les ministres, les fonctionnaires, les personnes attachées à la maison du premier consul même , n'apprirent que par le Moniteur ce qui s'était passé. L'aspect de la Malmaison fut triste ce jonr-Ik. Je me souviens encore du eilence qui régna le soir dans le salon de Mme Bonaparte. Le premier consul se tenait le dos appuyé à la cheminée, pendant que M. Fontanes lui faisait je ne sais quelle lecture. Mme Bonaparte était assise k l'extrémité d'un canapé, avec Tair mélancolique et les yeux humides : les personnes du service, alors très^peu nombreuses, s'étaient retirées dans la galerie voisine, et s'entretenaient à voix Lasse da sujet de conversation qui absorl>ait tous les autres. Quelques personnes vinrent de Paris; mais, frappées de Taspect lugubre du salon, elles 8*arrétèrent à la porte. Le premier consul, sombre et pensif, ou écoutant attentivement la lecture de M. Fontanes, ne paraissait pas s'apercevoir de leur présence. Le ministre des Finances . resta pendant un quart d'heure à la même place, sans que ' personne lui adressât la parole. Ne voulant pas se retirer comme il était venu, il s'approcha du premier oonsnl, et lui demanda s il avait des ordres à lui donner j le consul lui ré- ] pondit par un geste négatif.
Je crois devoir^ en terminant, reproduire les notes atû- | vantes 9 écrites an crayon de la main de rempereur, I
8ur les marges de' l'Histoire de NapoUm en ISlb, par M. Fleury de Ghabonlon, laquelle contient nn passage relatif
, à l'arrestalion et au jugement du duc d'Enghien, J'ai copié moi-même ces notes sur l'original, sans y changer un seul mot.
c Napoléon ne s'occupait pas du dnc d'Enghieni qui avait été justement traduit et puni par un conseil militaire. Le
général Morcau, dès 1797, s'était plaint, dans son rapport au Directoire exécutif, lors du 18 fructidor, des intrigues I que ce prioce tramait d'Offeiiboarg avec Pichegru et ses I agents dans l'armée. Ce prince faisait partie de la ctnispira^ ! tion de Georges et de Pichegru. Il fut en conséquence an clé et condamné à rnorl par le tribunal compétent. Il n'y eut qu'un acte irréguiier, ce fut de le faire arrèlcr à trois lieues de la frontière de France, dans le pays de Bade. Mais Napoléon , était le jprotecteur de cette maison ; il fît demander Vewtradition par le colonel Gaulainconrt, son aide de camp, pendant qu'Ordener passerait le Rhin avec trois cents dragons, à Neufbrisach, et arrêterait le prince et ses agents dans sa maison d'£ttenheim.'»
A Tobservation que la mort du duc d'Enghien décidait la question qui agitait la France, l'empereur répond : « La mort méritée du duc d'Enghien nirisit à Napoléon dans Topinion, et ne lui fut d'aucune utilité politique. »
Répondant à ce qu'on disait que l'impératrice Joséphine, la reine Hortense, les princes Gambaeérès et de Neufchâtel Tavaient conjuré d'épargner la vie du duc d'Enghien, l'empereur ajoute : « Gela est taux ; le duc d'Enghien, traduit au » chftteau de Yinoennes, fut jugé et fusillé avant que personne sût qu*il était arrêté ; d'ailleurs on était alors si indigné de la conduite connue du comte d'Artois, qui tramait des assassinats dans Paris, que ce futtm concert unanime de satisfac* tion ava Tuikries et parmi les amis et parents des ministres et les personnes intéressées à VÈtat.
, On assurait que Texécution avait été pressée par Murât,
qui, pousjsé par quelques ré^L^icides, à la tète desquels se trouvait Êouché, crut .servir Napoléon, sa famille et la FrancCi
en assurant ia mort d'un Bourbon. Il dément œtto' assertion par ses paroles : t Gela est fiiux ; NapoUon satait que sr lacommission militaire le trouvait coupable, elle le ferait exécuter dans les vinut-quatre heures, »
J'ajouterai que l'homme qui, à l'offre des contrebandiers de lui livrer les princes de Faneienne dynastie retnnés en Angleterre, répondait par la menace de les £ûre pendr», si un cheveu tombait de la tête de ces princes, cet homme ne jugeait pas que la mort des Bourbons fut nécessaire k sa fortune*
Il ajoute y en réponse aux reproches adressés à cette ooca*
sîon à AI. de Talleyrand: « Le prince de Talleyrand s'est conduit, dans cette occasion, comme un fidèle ministre, et jamais l'empereur ne lui a rien reproché là-dessas. Si Uaffaire du duc d'Ënghien était à reeommencer, remperenr ferait encore de même. Uintérèt de la France, la dignité de la couronne et la loi d'une juste représaille lui en ont fait k loi. »
On dity dans le passage qui a donné lieu à ces notes^ qu'on a longtemps imputé et que les personnes non instruites da
la vérité imputent encore à M. de Caulaincourt Tarrestation du duc d'Ënghien, etc. En martre est écrit de la main de l'empereur : « Tout cela est absurde. Gaulamcourt, aide de camp de Napoléon^ a obéi^ et il devait obéir à l'ordre de Talleyrand de se rendre à Bàd», et' de faire au moment (jirOr icrjor arrf ta:' ]e prince, la demande de extradition ^ et depuis des excuses pour la violation du territoire. Ordenera dû obéir à Tordre de paas^ le Rhin airec trois cents dragons et d'arrêter le prince*. Laxommiseion militaire a dàie eosdamner à mort si elle Ta trouvé coirpible, Caulaincourt et Ordener ont dû obar. Cnnpnblp, la coramiFsi' n militaire a a dû le condamner k mon ; innocent, elle eût dû 1 acquitter, car ancnn oidre.ne peut justifier latcoosoieaœ dJun jo^e. Il n'y a pas de doute que si Gaulainoourt eAt été nommé juge du duc d'Ënghien, il se fut récusé ; mais chargé d'une mission diT)!omatique, il a dû obéir: tout cela 6flt 81 .simple, qne c'est folie d'y, trouver à redire. Il est vrai encore qne la parti
des Bourbons s'étant acharné à calomnier Gaulaincourt pour la petite part qu'il a eue dans celte affaire, cela a été Toi igine de sa fayeur. La mort du duc d'Ënghien doit être attribuée au
comte d'ArtoiSy qui dirigeait et commandait de Londres l'assaasinat de Napoléon par Georges et Pichegru, et destinait le duc de Berry à se rendre après la mort (de Napoléon) en France par la Falaise (de Bîyille}, et le duc d'£nghien à s'y rendre par Strasbourg.
Nous devons à Tobligeante confralemité de M. Lanfrey raatorisation de reproduire une partie de l'œuvre si remarquable qu'il publie en ce moment.
G*est le chapitre qui a trait à V assassinat du duc d'En' ghim que nous offrons à nos lecteurs.
Grâce à l'historien dont Tautorité est aujourd'hui hors de doute, rhistoire vrak de Napoléon I*' sera eniia connue du peuple sur lequel a si longtemps pesé son despotisme.
Quelque satisfaisants que fussent pour Bonaparte les résultats obtenus, ils n'avaient pas répondu à son attente, car d'une part les charges relevées contre Moreau étaient fort ittsuifisantes pour établir sa culpabilité, de Tautre la capture à laquelle il attachait le plus de prix , celle du comte d'Artois et du duc de Berry, lui avait définitivement échappé. Depuis quelque temps les rapports de Savary lui avaient fait prévoir l'inutilité d'une plus longue surveillance sur le point * désigné pour le débarquement. Décidé comme il l'était à frapper personnellement les Bourbons pour les dégoûter des conspirations et terrifier leurs partisans, il s'était aussitôt enquis s'il n'y avait pas à sa portée quelque antre membre de cette famille doublement détestée, et depuis qu'elle luttait corps à corps avec lui, et depuis qu'ellu avait rejeté avec mépris sou oiiro de deux millions pour prix d'une renonoiat'on
. à la couronne dé Ffance. Ge Bonrbon sMtait rencontré mal-
heureusement pour la gloire du Premier Consul; il résidait depuis près de deux ans à Etteuiieim, tout près de Strasbourg, mais sur le territoire badois. C'était Je duc d'Enghien, fils da prince de Gondé, jenne homme plein d'ardeur et de brayonre, toujours au premier rang dans les combats auxquels avait pris part l'armée de son père. Retiré à Ettenbeim depuis la &a de la guerre, il y vivait fixé par une passion romanesque pour la princesse Charlotte de Rohan qu'il Etait épousée Beorètement, et le voisinage de la Forét*Noire lui permettait de satisfaire son goût pour la chasse. Complètement étranger à la couspiration, dont il ne connaissait pas même Texistence, il attendait pour reprendre son service dans les corps d'émigrés, ns 'signal du cabinet anglais qui lui servait ime pension. On l'avait fait observer par un an-* cien serviteur de sa maison, nommé Lamolhe, dont le rapport n'établissait en rien sa complicité asec les conjurés de Paris ^1 mais mentionnait deux circonstances de nature à faire nattre quelques doutes : la première était la présence, à Ettenheim, de Dumouriez^ dont Tagent avait .par erreur confondu le nom avec celui du marquis de Thumery; la seconde était un bruit assez répandu, quoique également erroné S d*aprè8 lequel le duo d'Enghien se serait parfois aventuré jusqu'à entrer à Strashouig pour y assister h une représeuiition théâtrale. Mais ces deux faits, à les supposer établis, ce qui n était pas, étaient loin de constituer une présomption sérieuse, car rien jusque-là ne prouvait que Dumouriez fit partie de la oonepiration, et si le duc allait furtivement à Strasbourg, il n'en résultait pas qu*il fût venu jusqu'à Paris. Le gouvernement avait d'ailleurs dans les m^inft la correspondance de Drake avec Méhée, il avait les rapports de ses agents auprès de Tayior et de bpencer
1. Rapport du maréchal des logis de gendarmerie Lamothe, en date
du 5 mars 1804. . ^
2. n a été démootié tel non-seulement par la correspondance du duc
mais par U témoisuage de ses olâciers.
Siailhi il mit les dépêches do AL d» Massias^ noto im^ . nistM à Bad» ; il savait d'autant ndeax qu'il n'y wmt^m. au iond de la coDspiralion de Drake, que Boiiapart& lui** même l'avait organisée et tenait dans sa main tous les fils âe<iottiiiibroglio. Si le duc d'Enghion eût joué à Ettenhim le T61e qo'on kii prêtait,, ià n-est pas doiileiix ^'il ji^m aùt transpiré quelque ohoM dans ces divers doeuments qm étaient tous muets à son égard. Napoléon ne put pas croire nu instant que le duc d'Eagiiien conspirait contre lui; el Vm ne dsit voir qa^an» abominalile eomédie dans la fit'*memè aeène^ tint de fra Yeprodnite que Deimapesl a racontée pour la première fois : « Eh bien! monsieur lit al, vous ne me dites pas ([iie le duc d'Enghien est à quatre Ueues de ma fronti^e, organisant des complots mililMUFe^ donc un dnen que U premier venu pant asBomanar iBipanémant? » Survient adoF^Talley rend qui reçmt teméme
accueil, puis Gambacérès qui, en apprenanl cfu'il s'agit de faire enlever et fusiller le duc d'Enghien , e^Kprime respee-^ tuensement l'espoir gue^ ia rigwu/t n^iruiU put si lomt « Sih chezl lui lipond Bamparte, que je ne ?ettt pae ménager mes assassim^l » Au nsleieette «cpiomn de eoièMr jfmiie parait si peu motivée à l'auteur même de ce récit qu'il l'explique par la persuasion oii devait être Napoléon que le duc d'finghien était le prime fiwsfsm ^i devait se inetlra à la tftta dea eonjnvés. Mais ea prinee fiançais, ib4*«vsReBt nom* mé, il y avait plus d'un mois, dans leurs dépositions; c'était le comte d'Artois suivi du duc de Berry. Ce prince devait V^ir d'Angleterre et non des isards du Bhin, et c'était lui que Sataiy tenait' d^attendvQ pendant râgt«4iast jowva à la Mdse de BiviUe»l*'G«lte seom^ emur eai^lonG moins*ad* missible encore que la première. Le seul crime du duc d'Engbien était de se trouver à la portée de la main de Bonaparte dans un moment où il fallait à Bonaparte le sang d'un Bourbon, et c'est pour cette raison unique qu'il fut choisi et frappé.