PREMIÈRE LEÇON
Notions générales sur TÊiat d'organisation el les actes fondamentaux de Korganismc.
Classification des gi'ands processus morbides.
Messieurs,
Le cours de celle année a pour objet l'étude des grands processus morbides qui peuvent se rencontrer chez rhomme. Or, pour mener à bien une semblable étude, il convient, je crois, d'appuyer sur une base solide toutes les données qui passeront successivement sous vos yeux, et d'arriver, par l'observation attentive du fonctionnement de l'organisme, à jeter un peu de jour au milieu des ténèbres que renseignement médical rencontre à chaque pas. Depuis que la science mt^dicale a adopté les voies que suivent les autres sciences, depuis que, ne se contentant plus de Tobservation simple, elle est entrée dans Texpérimentalion, de nombreux faits lui ont été acquis, des questions jusque-là complètement livrées aux hypolhèses et aux systèmes ont été résolues ou sont sur le point de l'être, et la médecine tend de jour en jour à prendre un cachet positif. Sans doute bos connaissances sur de nombreux points sont encore imparfaites, sans doute nous sommes loin de posséder en médecine cette certitude désirable qui est le propre des sciences exactes; mais la carrière ets ouverte, et tous les jours des recherches nouvelles viennent soulever
t LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
un pou plus le voile resté si longtemps étendu sur les phénomènes do la vie normale et de la vie pathologique.
Xe croyez cependant pas, messieui^, qu'en vous parlant de la sorte, je veuille attribuer à Texpérimentation seule un rôle dans Tétudo des maladies. C'est d'abord au lit du msdade, par i'obeei^vation sorieuse et attentive des phénomènes morbides, quo le médecin s'instruit; c'est là qu'il est en présence du problème qu'il doit résoudro ; c'est là qu'il recueillera les documents les plus précieux. Mais là encore, constamment il a besoin d'un guide; et ce guide n'est autre que la parfaite connaissance du fonctionnement de l'organisme noi mal. Là, de plus, il a besoin d'appeler à son aide, pour suppléei souvent à l'imperfection de ses sens, ces instruments précieux quo la science moderne a mis à sa disposition, le thermomètre, la balanco, le sphygmographe, le microscope, etc. Ces paroles, peut-être, vous paraîtront étranges, et cependant elles sont nécessaires, puisque, de nos jours, on voit les médecins divisés en deux camps. Les uns, on 'Olfel, au courant de la science, se servent, pour arriver au diagnostit* et par conséquent au traitement des maladies, de toutes ces re>bources précieuses ; les autres, se couvrant du titre de médecins piaticiens, refusent avec une opiniâtreté que rien no justifie l'emploi de ces moyens modernes. Or, sachez-le, messieurs, le problème médical est souvent d'une grande difficulté, et ce n'est qu'en faisant appel à une instrumentation porioctionnét», à une science voisine mémo, qiit» le médecin p«it le résoudre. La suite de nos études vous montror;» maints exemples de ce genre.
Mais lorsqu'au lit du malade la clinique a posé ses bases fomlamentah^, tout est-il donc éclairé? Souvent la complexité des problèmes posés est telle, qu'il est de toute impossibilité delesivsoudn» d'une manière satisfaisante. Il faut alors recourir à roxp^MÎmentation, cherdier à dogagor les inconnues les unes après les au! ros par des expériences sur les animaux, et aiTÎver à reproduire autant que [>ossibl(î les plionomènes de la clinique pour remonter, par l'tnAioiion, di.'s bâi^ obtenus aux causes (pii les ont amenés. C'est alors, ^hmit iiinsi dire, la syndiose de la maladie entière que l'on obtient par dos expériences sitccessrves. Toile est la marche à l'aide de laqiiello la médecine modemo, grâce filus paitieiilîèiemont aux travau\ do notice grand physiologiste Cl. Hemaid, a réalisi^ des progrès si inipoitants dfîpuis une période do vingt années.
(Ai que jn* vieos d<* vous dire fw U*s moyens d'étude propres à la fiiédecino vous -mont roquoHe doit être la base fondamentale de notre
«*iisei|fiieraeat La maladie, sachez-le, n'est pas im node partiovlîer d(^ l'ensieaoe des oiganisnes; ce n'est pas une lutte du pribcipe vital cMttre le principe morbîiiqtte; ce n'est qfu'ime déviation, un clias|^emeBt dans Tétât phyÂologi^e, et, pai* conséqiient, c'est sur la physiologie seule, et ncMi sur des systèmes (dus ou moins bien édifiés, que doit reposa la oomiaissance de l'état norbôde. En raison de <(- principe, c'est encore sur la connaissance de l'état d'organisation^ sur les propriétés inhérentes aux organisBies, xjae doit reposer «me saine classification des grands processus morbides; aussi je crois utile, avant de v(his exposer le plan de ce cours, de "vous rappeler ce qiir l'on doit entendre par organisation, et «fuelles sont les propriétés qui se rattachent à cet état. Mon illustre maître M. \e prefesBeur Qi. Robin sera mon guide dans cette exposition (1).
Bulîon, vous le sa^ez, est le premier qui s'occupa de la matière oi^anisée; il croy;iit que chez tous les êtres vivants, végétaux et animaux, il existait une malière première spéciale qu'il ap))elait matière tuijanique. Suivant lui, elle différait complètement de la matière hruie. Or, si l'on pousse Tainalysc chimique jusqu'à la séparation des rorps simples entrant dans la composikion de la raatièi^ organisée, on trouve, soit dans les animaux, soit dans les végétaux, les mêmes principes que dans le règne minéral. L'idée de Buffon ne peut donc, plus se soutenir aujourd'hui. Quatorze corps simples entrent dans la ronstitution chimique des organismes. Ils sont gazeux : cMore, azote, hydrogène, oxygène; solides métalloïdiqiies : carbone, soufre, phosphore, fluor; solides métalliques : potassium, sodium, caU t ium, magnésium, silicium, fer. Si, au lieu de pousser l'analyse chi- , mique jusqu'à ses limites extrêmes, on emploie les procédés analytiques en usage dans la science désignée par Robin et Ver- *leil (i) sous le nom de chimie anatomique^ on extrait des organismes certaines substances appelées pri/icip^s imimdiats^ jouissanl Tune réelle individualité chimique, et qui sont, à propi^ement parler, !•*< corps simples de la matière organisée. Les auteurs que nous vf^nons de citer ont donné de ces principes une classification reifiarqoahle. Ils les divisent en trois classes.
Les uns, principes de la première classe, se rencontrent également <laos le règne minéral et dans le règne organique ; la plupart d'entn^ «^n\ ne font que traverser les coi^s vivants, et certains s'y lixenl
'\t Ch. Robin, Atiatomie et Physiologie cellulaires. Paris, 1873. t, liobm et Venleil, Traité de chimie anatomique et plt9jsioloQique,etc. piiiis, 18 h).
d'une façon permanente. Ils sont gazeux, liquides ou solides. Ia^s g*(iz sont les suivants : oxygène, hydrogène, azote, hydrogène sulfuré, hydrogène carbone. L'eau est le seul liquide. Les solides sont : silice, fer, chlorures de soude, de potasse et d'ammoniaque ; carbonates et bicarbonates de potasse, de soude, de magnésie; sulfates de soude, de potasse, de chaux ; les trois phosphates de soude, un phosphate de potasse, deux phosphates de chaux, basique et acide, phosphates de magnésie, d'ammoniaque.
D'autres, principes de la deuxième classe j sont crîstallisablc> comme les premiers, mais on ne les trouve jamais en dehors de la matière organisée, au sein de laquelle ils se produisent. Leur importance est grande en médecine, car leur rétention au sein de l'organisme est rapidement la source de désordres. Ils sont gazeux : acide carbonique; ou solides : lactatesàe chaux, de soude, de potasse ; acétate de soude; oxalatededianx; acide urique, urates de chaux, de soude, de potasse, de magnésie, d'ammoniaque; hippurates d<' soude, de potasse, de chaux; taurocliolate de soude, glycocholale de soude, j[)/i6iitiia(e de soude; urée, allantoïdine, cystine, leucinr, tyrosine, créatine, créatinine inosite, xantine, hypoxantine, choiestérine.
Tous ces principes ont cela de particulier qu'ils sont des produits de dénutrition de l'organisme, d'excrétion en un mot, et qu'ils doivent en être rejetés incessamment sous peine d'accidents toxiques très-graves.
Cette seconde classe renferme encore d'autres principes également cristallisabies, mais servant à la nutrition ; ce sont : les matières sucrées : glycose, matières glycogènes; les graisses : acides stéarique, oléique, oléine, margarine, stéarine, myéline, lécithine ou protagon.
Les derniers, princi})es de la troisième clause, ne se rencontrent que dans la matière organisée, et ils ont ceci de particulier, qu'à l'exception d'un seul, ils ne cristallisent jamais, mais sont coagulables, soit spontanément, soit au contact de la chaleur, des acides, de l'alcool, etc. On les désigne sous le nom de principes organiques ou matières albuminoîdes. Leur rx>mposition chimique est extrêmement complexe; ils sont formés d'oxygène, d'hydrogène, d'azote et de carbone; quelques-uns renferment du soufre ou 'du phosphore. Jusqu'ici on n'a pu péniHrer cette composition d'une manière satisfaisante. Ils sont permanents au sein des êtres vivants, et leur issue est l'origine de maladies excessivement graves, l'albuminurie en est
un exemple. Ce sont les suivants : albumine, plasmine, serine jltenis de Commercyl, fibrine, ptyaline, peptones, pepsine, pancréatirip, mucosines, hydropisine, globuline, liémato-crist«illine (seule rristallisable), musculine, myosine, osséine, cartilagéine, priine, k« ratine, substances vilellines.
Il résulte de tout ce qui vient d'être dit qu'actuellement nous sivons ce que Ton doit entendre par matière oi-ganisée. C'est une matière formée par l'union intime, molécule à molécule (Ch. Robin), «l'un grand nombre de principes immédiats appai*tenant à trois «lasses bien distinctes : principes d'origine minérale, volatils ou ('ri^laUisables; principes d'origine organique, volatils ou cristalli- >ables; principes d'origine organique coagulables. Donc, toutes les lois que dans un corps quelconque l'analyse chimique viendra démimtrer les principes en question, nous pourrons dire qu'il est formé «!<' matière organisée, vivant ou ayant vécu.
La matière organisée se montre sous plusieurs formes élémentaires; c'est BufTon qui le premier a signalé cette particularité en «lisant qu'elle est amorphe ou figurée.
Tantôt ce sont de fins corpuscules arrondis ou ovoïdes, mesurant «11» O'"",00I à 0'"'",00.^. On les trouve partout au sein des substances <'r<:aniques, dans les liquides et dans les solides. Leur couleur \arie, il en est de gris, de jaunes, de noirs; ce sont les granulations mnleculaireSy appelées encore poussières organiques^ granules éléiit enta ires.
rraulres fois ce sont des amas de matière organique, liquides, «lomi-solides ou même solides. Ils n'ont aucune forme déterminée, «i ce n'est celle des vases qui les renferment ou des interstices qu'ils remplissent entre les éléments figurés ; on les désigne sous I»* nom générique de matières amorphes. Il en est plusieurs esprces : les unes, toujours liquides, sont renfermées dans un système «le ranaux clos de toutes parts ou bien siègent au sein des éléments lifTurés eux-mêmes. Ce sont les plasmas (du sang, de la lymphe, de erlaines cellules).
D'autres, ordinairement deini-liquîdes, n'ont jamais qu'une exisi«*nce temporaire ; elles se montrent soit par la fonte d'éléments figurés anlérieurs, soit encore par issue de leurs principes à travers les palois vasculaires. Elles servent à la génération- des éléments figurés et disparaissent à mesure de l'apparition de ces derniers. Bien qu'elle aient été niées d'une manière complète par l'école allemande, leur ^'xistence est cependant bien établie scientifiquement; on les appelle
6 LES GRA!IDS PROCESSUS MORBII^ES.
hlastèmes. Les dernières existent constamment au sein de Torganisme, on tes appelle quelquefois sv^stanees intefcellHlaires, et, par erreur, on les a considérées comme étant des sécrétions de cellules: 4:e sont elles qui remplissent les vides laissés entre les éléments figurés et qui leur forment une sorte de gangue.
A Fétat figuré, la mafeiére organisée se montre sous pliisieur> formes , que Y on désigne plus particulièrement sous le nom à'élétnen ts (tnaiomiques. Tantôt ce sont de petits corps ayant à peu de cbose près les mêmes dimensions dans les trois sens (cellules) ; tantôt dei^ rorps pleins d'une longueur souvent considérable et indéterminée, d'une largeur minime ; ils sont limités par deux lignes parallèles (fibres); d'autres fois ce sont des éléments analogues, mais au centre» (lesquels existe un canal régnant dans toute la longueur (tubes). Enfin ce sont des masses compactes au sein desquelles on rencontra des cavités creusées {masses creusées de cavités).
Vous le voyez, messieurs, la matière organisée est parfaitemeni déterminée au point de vue chimique et au point de vue anatoniique. En dernière analyse, elle nous apparaît chimiquement formée de principes immédiats nombreux provenant des trois classes, et anatomiquement constituée par des formes élémentaires, granulations moléculaires, matières amorphes, éléments figurés, cellules, fibres et tubes. Tous les organismes, y compris l'homme, revêteni ces caractères, et l'on peut dire qu'à part ceux-là qui occupent le^ derniers degrés de réchelle des êtres et ne sont composés qu»* d'une seule cellule, organismes unicellulaires, tous consistent dans des agrégats d'un nombre plus ou moins considérable, souvent infini, d'éléments anatomiques. Si maintenant vous vous rappeh'Z que les éléments anatomiques, cellules, fibres, tubes, etc., ont un«' individualité propre, une vie personnelle et pour ainsi dire indépendante, l'organisme vous apparaîtra suivant la conception do Turpin (1 ) et des auteur^ modernes, comme une véritable fédération d'éléments anatomiques dont la réunion forme d'abord les tissus, associés ensuite entre eux pour constituer les divers organes de l'économie.
Mais, remarquez-le bien, ces caractères que je viens de vous monîrer comme propres à la matière organisée et conséquemment au\ organismes, sont des attributs exclusivement d'ordre statique; vous les retrouvez, en effet, soit pendant la vie, soit alors que la vie a
(1) Turpin, Mémoirji du mméum tVhhîoire naturelle, 1828.
( ^ssé, pourvu qoe les phéiotoènes de destruetioD ne soîesl fm trop» avascés. lis lie soBl.pe6 les^ cafadèro» de ta vîeeHe<^nè«e, pmaqii'ett réalité la vie n'esl rien auire dioee que rélat dymmiqw de la m^rût*re orgMisée et des organismes; c'est donc dass les actes dyiminiqHes propres à cette matière qu'il nous ùluI pénétrer pour acquérir une idée de l'état désij^^é sous le nom de vie. Il est bien '^ntenéu du reste qu'ici mms ne ree herchons rallement l'essence de la vie, pas plus que sa cause première ; de semblables recherches ne sotti pas du domaine de la science médicale.
Lorsqu'on étudie les organismes ou les élémemts qui les composent, on voit qu'ils sont dans un état de rénovation moléculaire incessante. Cet acte fondamental est connu so«s le nom de nutritimi^ ci, contrairement à ce que croyaient les anciens, il doit être rap- }»orté aux éléments anatomiques eux-mêmes. La nutrition, du reste, ^e compose de deux phénomènes distincts, mais dont l'accomplisse- !iienl se produit simultanénient. D'une part, en effet, toute matière «.»r|2anisée puise dans le milieu qui lui est propre certains principes, puis se les incorpore : c'est Vassimilation. D'autre part, il y a formation au sein de cette matière de principes inmiédiats nouveaux t rejet au dehors de ces derniers : c'est la désassimilalion. La • oexistence de ces deux actes, s'opérant simultanément, constitue la jvnovation moléculaire de la matière organisée et partant des organismes, la nutrition en un mot.
Remarquez-le, du reste, certaines conditions sont indispensables pour que puisse s'effectuer la nutrition. H Jaut que la composition < liimique de la matière organisée soit intacte, tant au point de vue «le la nature même des principes immédiats qu'à celui de leurs [>roportions ; il faut une certaine humidité, une température spé- « iale ; il faut enfin que l'apport des matériaux nécessaires et le départ Jes substances destinées à être rejetées, soient complètement assurés. Si, ces conditions étant remplies, nous recherchons ce qui se laisse dans la nutrition des éléments, cellules, fibres, tubes, etc., nous constatons les faits suivants : il y a d'abord pénétration endosmotique des principes immédiats apportés au contact de la matière «•r^BÎsée. Ces principes doivent donc toujours être à l'état gazeux ou liquide, et chez les organismes supérieurs c'est par leur passage à t ravers les voies digestives que la plupart d'enire eux arrivent à l'état liquide. C^est là un acte physique pur et simple, semUaUe à celui <|ue nous pouvons réaliser dans les expériences endosmométriques. Mais s'il est une des condilionsdu phénomène nutritif, il ne constitue
pas à lui seul rassimilation. Il y a de plus combinaison intime des principes entrés avec ceux qui existaient déjà, alors qu'il s'agit des corps de la première classe; et changement isomérique de ceux de la troisième classe. U est à remarquer, en effet, que la plupart des éléments anatomiques ne prennent dans le milieu où ils vivent que de Talbumine et de la fibrine (plasmine et serine de Denis), et que Ton ne trouve chez eux aucune de ces substances, mais bien des matières albuminoïdes en dérivant par catalyse isomérique, muscu- Une, myosine, cartilagéine, élasticine, etc. Le premier acte nutritif, rassimilation, est ainsi obtenu; mais de plus, pendant qu'il s'opère, il y a formation, par dédoublement des principes de la troisième classe, de nouveaux principes immédiats cristallisables qui sont maintenus à l'état de dissolution et qui, en même temps que certaines combinaisons de principes minéraux, phosphate ammoniaco-magnésien par exemple, sont rejetés par voie exosmotique hors des éléments anatomiques.
Le propre des combinaisons qui se produisent sous l'influence de la nutrition, est l'instabilité ; plus celte instabilité existe, plus rapide est la rénovation moléculaire, plus active est la nutrition; et lorsqu'au sein de la matière organisée, des combinaisons stables viennent à se faire, il y a rapidement arrêt nutritif et mort de celle matière. Dans les globules du sang, il est une substance, l'hématocristalline, qui a le pouvoir de se combiner avec les gaz, mais avec ceci de particulier que la plupart des combinaisons ainsi formées se détruisent très-facilement lorsqu'on vient à mettre en leur présence un gaz nouveau ; on peut de la sorte chasser l'oxygène par l'acide carbonique, celui-ci par l'hydrogène, puis par l'oxygène, ainsi de suite. Cependant, lorsqu'on fait parvenir au contact de l'hémato-cristalline le gaz oxyde de carbone, il en chasse les autres gaz et se combine avec la substance, de telle sorte qu'il ne peut plus être chassé à son tour par aucun gaz.*La combinaison formée ainsi est stable et permanente : aussi la nutrition gazeuze des globules du sang devient-elle impossible, leur faculté d'absorption de l'oxygène est-elle supprimée lorsque l'oxyde de carbone s'est ainsi lixé sur ces éléments anatomiques ; l'asphyxie par ce gaz ne reconnaît pas d'autre mécanisme.
La nutrition se monti*e d'une activité plus ou moins grande suivant les divers éléments anatomiques. Le groupe des cellules parait être celui oii elle se fait d'une manière plus rapide. Partout elle existe, c'est le plus simple des actes de la matière organisée, et c'est
«It^ lui que dépendent tous les autres. Yient-il à être entravé, le développement, la reproduction et toutes les autres fonctions vitales sont entravées à leur tour. Vient-il à s'arrêter, la vie elle-mêmo s'arrête, et la matière organisée se décompose bien vite, elle est l'rappée de mort. On peut donc dire que la rénovation moléculaire ou nutrition est la caractéristique de la vie elle-même, puisque Ton peut voir la vie persister avec la nutrition seule. Dans les premiers t«»mps de la vie et jusqu'à l'âge adulte, l'assimilation l'emporte sur la désassimilalion ; plus tard, ces deux actes se balancent d'une manière à peu près complète et, dans la vieillesse, la désassimilation remporte sur l'assimilation. C'est de la prédominance de l'assimilation que résultent l'accroissement et l'hypertrophie des. éléments nnalomiques ; la désassimilation exagérée produit souvent l'atrophie, parfois même la disparition complète de ces éléments.
Tel est le premier acte que l'on constate dans* la matière organisée : aussi est-il permis de dire que la propriété primordiale de < elle matière, c'est la faculté de se nourrir, la nutrilité (Ch. Robin).
En second lieu, toute matière organisée, quelle que soit sa forme, présente, depuis le moment de son apparition, une série de transformations portant sur son volume, sur sa structure, et fînalement arrive à la mort : c'est ce qu'on appelle Yévoluiion. Cet acte a pour résultat des changements dans le volume qui s'accroît dans toutes les iiimensions, jusqu'à ce que la matière organisée soit arrivée à son complet développement ; il a pour résultat également l'apparition au sein de cette matière d'un certain nombre de parties nouvelles qui n'y existaient pas d'abord, et quelquefois la disparition de parties exisUudt antérieurement. Il est, d'une manière complète, soumis à la nutrition, et suit les péripéties qu'elle traverse elle-même. L'act roisseroent simple existe tant que l'assimilation l'emporte sur la ilt'*sassimilation.
I>)rsqu'il ne s'agit qife des matières amorphes, leur évolution se l»ome à leur augmentation de volume et à l'apparition dans leur >fin de granulations moléculaires; mais quand il est question des ^'léments anatomiques figurés, cet acte est beaucoup plus complexe. Tantôt ce sont des changements de forme qui se produisent, un élément sphérique devenant polyédrique; tantôt c'est l'apparition de '^Tanulations diverser^, grises, graisseuses, pigmentaires, au sein de cet élément; parfois c'est une partie constitutive qui disparaît, et dont la disparition, comme on le voit pour le noyau de l'ovule {vésicule (lenni native) y annonce la maturité physiologique; d'autres fois c'est
10 LES GRÂ?rB8 PRUCESSITS MORBIDES.
la fonnad<Ni de pKs, de stries, qui se montre ; des étànents primitivefBent piei» se creusent d'un eanal, et certaioes cellules pleines d'abord se creusent d'une cavité. Tovs ces phénomènes sont le résultat de révolution ; ils ccmdaisait les éléments aamtomiques à la forme et à la structure définitives qu'ils doivent avoir, et plus tard des modifications analogues se produisent encore qui, de Tétat de développement complet, les font parvenir antenne de leur existence: les cellules de Tépiderme perdent leur noyau lorsqu'elles arrivent aux couches superficielles.
VévoluHlUè (Ch. Robin) est la propriété que possède toute ma* tière organisée de présenter ces dilféi'entes modifications.
Toute matière organisée, en voie de nutrition, fait apparaître dans son voisinage une matière organisée semblable à elle. Cette matière organisée nouvelle provient soit directement, soit indirectement, de la première; on donne à cet acte les noms de généi^aiiouy deproditctioHy et même de reproduction. Ce n'est pas ici le lieu de vous dé- <:v\vQ les divers modes de reproduction de la matière organisée. Dans mes cours d'histologie, j'ai fait voir que les éléments anatoiniques sont susceptibles de se reproduire par voie de scission, de généralion endogène (Schvvann et KôUiker) et de genèse; et cha- <un de ces modes de naissance a été étudié d'une manière cornplèle. Cette propriété de reproduction des éléments anatomiques a reeu de Ch. Robin le nom de reproductilité ou de naf alité. Il est à remarquer que ces actes fondamentaux, se passant dans toute matière organisée, sont communs à la fois aux végétaux et aux animaux, et que c'est sous leur dépendance que se trouve placée la vie organique de Bichat, appelée de nos jours avec raison la vie végétative.
Chez les animaux on rencontre des actes d'une tout autre nature. Tantôt, ce sont des changements de forme lents ou rapides qui se présentent plus particulièrement dans les éléments musculaires. Ces changements de forme, qui consistent en raccourcissement de l'élément anatomique dans le sens de la longueur, sont connus sous le nom de contraction musculaire^ et la propriété spéciale est ap- I)elée contractilité. Tantôt, ce sont des actes bien plus complexes, <Ies phénomènes de sensibilité, de détermination volontaire, qui se passent dans les éléments du système nerveux et s'exercent en vertu d'une pi\)priété inhérente à ce système, la névrilité. Des détails plus complets sur ces deux propriétés propres aux animaux m'entraîneraient hors du but de ce cours, mais ce que je veux vous
i-appeler, c'est qae, comne rérc^tîon et la reprodktction des elémeafes aaalomiques^ les phéoonènes de coatractMO urasculaire et (l'inaenraiioft sont d'uiiê^ onaière complète sons la dépendance de. la imtritiott. Les expériences de Sivammerdam (1), Sténon (2), Ibller (3), celles plus récentes de Longuet (A)^ ont établi cette vérké pour la contraction musculaire. Les expériences qoe je vous citerai, plus tard d'AsUey Cowper, répétées par Brown-Seqnard^ celles de Kussmanl et Tenner (5), ceUes de Schiff (6), ont fait voir Finàportance de la nutrition dans le fonctionnement du système nerveux.
Il résulte donc de l^exposdtion des phénomènes dynamiques se produisant dans Torganisme vivant, que tous ces actes, depuis les plus élevés en importance et en complexité, jusqu'aux plus simples, >ont placés sous la dépendance immédiate de la nutrition ; que c'est la nuti'ition qui règle le développement, la reproduction, la contraclilité et rinnervation, et que si la nutrition vient à disparaître, toutes les autres manifestations disparaissent également. Il y a plus encore : r'est que la liaison est telle entre la nutrition et les autres actes fondamentaux, que les moindres perturbations de cette nutrition <ont immédiatement reflétées dans Tinnervation, la coniractilité, h (l/'veloppement et la reproduction, et qu'en un mot, on peut dire cpie la nutrition à elle seule est la caractéristique non-seulement de la vie, mais également du bon état de la vie. Il résulte cnc(H*e de ces vérités qu'en somme, en dehors des perturbations, suite de traumatisme, toutes les maladies qui assiègent l'organisme peuvent et doivent être ramenées à des troubles plus ou moins considérables (le la nutrition, et qu'il serait possible de définir la maladie un trouble de nutrition des éléments anatomiques. Sans doute il est (les affections qui paraissent être liées à des modifications dans révolution des cellules ou dans la génération des éléments anatomiqnes, le rachitisme, la tuberculose et le cancer, par exemple ; mais il est de toute probabilité qu'avec les progrès de la science, res affections seront reconnues plus tard comme des manifestations (ranomalies spéciales de la nutrition.
'1) Swammerdam, Traetatus pkys. med. de respirai, et usu ptdmonumy 1G67, cit<^ [Kir Loiiget.
{"i sténon, cité par Longet.
('\i Haller, Mémoire 9ur le mouvement du sang, tra<iuction française, 1756.
(i) Uofet, Trmté dé pktjsiolôQU. Paris, 1869.
t5; Koasmaul et Teaner, iJniersuchungen iiber Ursprung und Wesen der fullsuciitar' titjen Zuckungen. Francfort, 1857.
(6) Schiff, Lekrhuch der Phymologie des ^fenschen. Lalir, 1858
D'un autre côté, les éléments anatomiques, fibres, tubes, cellules, etc., facteurs individuels de l'organisme et agents immédiats de tout son fonctionnement, lorsqu'il s'agit des êtres supérieurs el de l'homme en particulier, ne vivent pas dans les milieux cosmiques à proprement parler. Ainsi que l'ont établi Robin et Verdeil, ainsi que l'a fait voir encore Cl. Bernard, c'est dans le sang que tous ces éléments puisent les principes essentiels à leur vie. La nutrition a donc lieu pour les éléments dans le liquide sanguin, et le sang joue vis-à-vis d'eux le rôle d'un véritable milieu, d'où le nom de milieu intérieur qui lui a été donné. C'est, en effet, dans le sang, à travers les parois vasculaires, que les cellules, les fibres, les tubes viennent prendre les principes immédiats de leur assimilation, principes qui peuvent être à l'état gazeux ou à l'état liquide; c'est également dans le sang que les déchets de la nutrition des éléments se trouvent rejetés : l'acide carbonique, l'urée, l'acide urique, etc., passent ainsi de l'intimité des tissus dans la cavité des vaisseaux capillaires. On comprend dès lors que, si la nutrition des éléments préside à toutes les manifestations vitales de l'organisme, le sang, à son tour, doit être le régulateur de la nutrition, puisque c'est lui qui fournit les matériaux d'assimilation et qui enlève les produits (le désassimilation.
11 est, d'après ces données, facile de concevoir que des troubles nutritifs, autrement dit des processus morbides^ pourront survenir si, en premier lieu, le liquide sanguin arrive en trop petite quantité, n'arrive plus, ou arrive en trop grande abondance aux éléments anatomiques; que ces troubles seront plus ou moins accentués suivant la durée du phénomène, et s'accompagneront de modifications de la structure des éléments s'ils durent un certain temps. Dans le premier et le second cas, c'est Vanémie locale qui se trouve réalisée et qui entraine à sa suite iagangrèney YatrophiCy \es dégé^iérescences diverses des tissus organiques. Dans le second cas, c'est la congestion avec ses conséquences dliypertrophiCy dliydropisie qui se manifeste, et lorsque l'anémie se trouve unie à la congestion dans des territoires vasculaires, riH/7<nui9}a(ion est le résultat d'un semblable état de choses.
La nutrition de l'organisme, du reste, réclame une température donnée, et lorsque cette température vient h se modifier, elle esl profondément troublée dans son exercice intime. Or, à chaque pas nous rencontrons, en pathologie, l'élévation de la température organique; c'est elle que les tnivaux modernes ont montrée comme étant
la caractéristique de la fièvre j processus morbide de la plus grande importance.
Les élémenls anatomiques ont besoin de recevoir pour leur nutrition des matières gazeuses, l'oxygène, et rejettent Tacide carbonique. L'oxygène est puisé dans le sang, et l'acide carbonique rejeté dans ce liquide; si donc, pour une cause quelconque, l'oxygène vient à diminuer, a disparaître dans le milieu intérieur, si l'acide carbonique augmente en quantité, nous verrons de suite la nutrition gazeuse des cellules, des fibres, etc., être considérablement atteinte. Ce processus morbide prend le nom d'asphyxie.
Si nous jetons un coup d'œil sur les principes de la seconde classe entrant dans la constitution de l'organisme, nous voyons, ainsi que je vous l'ai dit au commencement de cette leçon, qu'ils se divisent en deux groupes : les uns servent à la nutrition de l'économie, ce sont les sucres et les graisses; les autres sont les produits de sa désassimilation. Or tous ces principes, qu'ils appartiennent à Tun ou à l'autre des deux groupes, ont ceci de particulier que leur augmentation dans le sang est suivie de maladies, processus morbides résultant, pour le plus grand nombre, de l'empoisonnement des (Cléments anatomiques par leurs propres déchets nutritifs^
L'accumulation du sucre dans le sang produit le diabète: les uraisses en excès amènent la polysarcie. Enfin l'uniwwV, le rhvmatisme^ la gouttey Vherpétisme^ la choleslérémie, selon toute probabilité, tiennent à la rétention dans le milieu intérieur des principes (le désassimilation.
Que pour une cause quelconque les matières albuminoïdes, l'albumine notamment, viennent à varier de quantité dans le liquide ^nguin, et un nouveau processus morbide surgira, ayant pour «aracléristique l'évacuation de l'albumine par les urines. r4'est yalbumintirie qui clùl la série des processus morbides, s'accompa- ^ant de modifications chimiques dans le milieu intérieur.
Les éléments anatomiques du sang, à leur tour, peuvent varier de quantité. Sous les influences les plus diverses, ainsi que vous le verrez, le nombre des globules rouges s'.ibaisse dans le sang, et <!ette lésion est le point de départ d'un ensemble considérable de troubles morbides : c'est Yanémie globulaire. D'autres ibis ce sont les éléments blancs, les leucocytes du sang, qui augmentent énormément dîins ce liquide, et cette augmentation caractérise la leucofi/thémiey second processus morbide résultant de cliangomcnls survenus dans la constitution anatomique du sang.
Enfin, messieurs, il est une série de maladies possédant des cai*actères communs qui troublent profondément la nutrilîoD organique, et s'acccmpagnent de lésions du sang dans sa totalité. Dans ces aflectîonSy qui reconnaissent pour cause la pénétration au sein de réconoroie d'un poison venu du dehors, agissant à la manière des ferments selon tonte probabilité, le sang est lésé dans ses matières albuminoides et ses éléments anatomiques. Ge sont les mmladies infeciieuseSy et le processus infectieux doit être étudié dans sa marclie générale dans notre cours.
Les notions que je viens brièvement de faire passer sous vos yeux, et qui avaient pour but de vous donner une classification précise des processus morbides résultant des altérations de la nutrition des éléments anatomiques, vous montrent quelle sera la marche de mon enseignement. Lorsque nous aurons parcouru ensemble oe champ d'études, nous nous occuperons des processus portant plus spécialement le cachet de modifications évolutives. Nous nous bornerons ici à ceux qui se rapportent plus particulièrement à la pathologie médicale. C'est alors que nous étudierons ensemble le rachUisfney Vostéo-nialadej la scrophulose, la iuhercuiosCy la carrinose.
Si voiu» îivez bien saisi l'exposition nipidc» que je viens de vous l'aire, si vous vous rendez un compte exact de l'importance diî la nutrition dans les phénomènes de la vie, si vous sentez quel e>t le rôle capital que joue le sang dans tous ces actes de rénovation moléculaire «'auxquels sont soumises toutes les manifestations, quelles qu'elles soient, de la vie, vous comprendrez, je pense, combien la connaissance approfondie du sang lui-même est indispensable au médecin. Vous saisirez de même comment il est nécessaire de connaître parfaitement le mécanisme do la distribution du liquide nourricier aux tissus et aux éléments anatomiques, ainsi que toutes le> influences qui peuvent agir sur cette distribution. C'est pour remplir ce but que je crois utile de faire précéder nos études de pathologie d'une série de leçons dans lesquelles nous examinerons ensemble le san}» lui-même, et le mécanisme de la circulation, surtout au point de vue des actions nerveuses qui en règlent et assurent le fonctionnement.