TROISIÈME LEÇON
Du sang considéré au point de vue chimique (1).
Messieurs,
Vous vous rappelez sans doute que, dans mes cours d'histoloj^ie, en examinant le sang, soit dans Tintérieur du système vasculaire, soit hors des vaisseaux, nous le trouvions constitué par un liquide incolore, au sein duquel étaient plongés des éléments anatomiques, colorés ou non, auxquels on donne le nom de globules du sang. Lo sang in loto et la partie liquide appelée plasma nous occuperont aujourd'hui, et nous réserverons l'élude chimique des globules pour le moment où nous étudierons particulièrement ces éléments.
L'étude chimique du plasma sanguin était assez difficile autrefois, puisque la première condition de cette élude est l'élimination des globules. Or, vous savez que le sang extrait des vaisseaux st* coagule rapidement, qu'il se prend en une masse où se trouvent englobés les éléments anatomiques, qu'il est impossible des lors do séparer. Ilunter (1) le premier a indiqué le moyen d'empêcher celle coagulalion. Il consiste à mélanger au sang une foite solution de sel de Glauber (sulfate de soude) ; et c'est de ce moyen qu'ont usé Denis (de Commercy) (1838), Andral et Gavarret (1843) el de nombn»ux chercheurs. La coagulation empêchée, une simple fdtralion amène la séparation du plasma et des globules.
Le sang in totOy plasma et globules, offre toujours une réaction alcaline. Sans doute Schérer a avancé qu'il avait trouvé n*eulre le sang provenant d'une saignée, et Vogcl dit avoir rencontré le san^r acide dans certains cas; mais, suivant la juste observation de M. Andral, ces cas doivent être rejetés, car l'alcalinité du sang est une loi générale, et, d'après Ch. Robin, une condition essentielle d<^ la
(1; Les notions .«cientiflqucs sur lesquelles repose cette leron ont été imitées dans l'admirable livre de M. Cli. Robin, intitulé Leçon» sur les humeurs normales et morhiiles du corps de l'homme, V* édition, Paris, 1807, et 2« édition, Paris, 1874. Les citations d*auteurs pour la plupart en proviennent éj;alenient.
KOTIONS^PHYSIOLOGIQCES. 35
nutrition, et par conséquent de la vie. Sans doute aussi, en 1863, H.-C. Wood (1) a prétendu que chez les animaux qui succombent à la suite de l'exposition à une température excessive, on trouve le sang acide, et cette assertion a été reproduite par Obernier (2) en 1867; mais les expériences sur lesquelles ces auteurs ont appuyé une semblable constatation manquent complètement de base scientifique, et, je le pense avec M. ValKn (3), il n'y a pas lieu d'en tenir compte.
Le sang renferme des substances appartenant aux trois états de la matière : des gaz, un liquide et des substances solides à l'état de dissolution. Les gaz du sang sont l'oxygène, l'acide carbonique et l'azote. L'oxygène, puisé dans le milieu où se trouve plongé l'organisme, dans l'air, par conséquent, chez l'homme, est fixé pour sa plus grande partie dans les globules rouges, ainsi que l'ont démontré CL Bernard etFernet. Le plasma n'en dissout guère plus que l'eau. Il existe dans le sang artériel et dans le sang veineux. Sa présence, t'n proportion considérable dans le sang artériel, assure la couleur rutilante de ce liquide. L'acide carbonique vient des éléments anatomiques de tout l'organisme, il pénètre dans les capillaires généraux, mais se trouve ensuite dissous en grande proportion dans le plasma et absorbé en petite quantité par les globules; comme Toxygène, on le trouve et dans les artères et dans les veines, et c'est la proportion plus grande de ce gaz dans le sang veineux qui produit la couleur sombre que nous lui connaissons. L'acide carbonique est rejeté dans l'atmosphère par l'acte respiratoire, en même tempsque pénètre l'oxygène. Quant à l'azote, il est en très-petite proportion fixé dans les globules et le plasma; on n'en trouve guère que de i à i centimètres cubes pour 100. Il vient parfois de l'atmosphère, mais il peut venir également d'une alimentation très-azotée, et dans ces cas la respiration le rejette dans le milieu ambiant. Regnauld et lleiset ont établi cette dernière origine de l'azote du sang (i).
Le tableau suivant, que j'emprunte au Traité Oes humeurs normaies et morbides du corps de l'hmnmej vous donnera une idée de la composition du plasma sanguin.
(I) H.-C. Wood, The american Journal of med. scicnceSy ciU- «lans Hevue critique du mécanisme de la mort par la chaleur extérieure^ par le docteur E. Vallin, in Ardi. gén. de méd.f 1871.
ci} Obernier, Des Ilirtischlag. Insolatio, coup de chaleur, 1807, chr par ]c nirmo.
f3i Vallin, loc. cit,
I i) Regnauld el Reiset, Recherches sur la respiraikm des animaur, in Annales de chimie, 18 i9.
30 LES (.ItANDS PROCESSUS MORBIDES.
I. Eau, 779 pour iOOO cliez riioinmc, en moyonne; 791 chez la femiu". :2. Chlorure de sodium, 3 à i pour 1000.
3. — de potassium, 0,359 pour 1000. i. Chlorhydrate d'animoniafiuf".