‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 33 sur 82 · DIX-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Processus atrophiquc : Atrophie simple. Dégénérescence albuinincuse. I>cgénérescencc graisseuse. Dégénérescence caséeuse. Dégénérescence vitreuse des muscles.

Messieurs,

L'arret complet de la nutrition dans les éléments anatomiques est suivi, comme vous l'avez vu, de leur mortification totale. Ces éléments perdent alors rapidement, et par les voies habituelles de la fermentation putride, la caractétîstiquc de la matière organisée pour retourner par des gradations successives vers l'état inorganique. Mais pour que cet eiîet soit obtenu, il faut la cessation totale de la rénovation moléculaire; or, fréquemment, sous l'influence de troubles nutritifs moins complets, on voit au sein de l'organisme les éléments anatomiques présenter des modifications de structure, des lésions, variables dans leur nature, mais reconnaissant cependant toujours ce mode d'origine. Ces lésions diverses, véritables dégénérescences, méritent d'être désignées sous le nom générique d'a/rophies pris dans son sens étymologique, et le processus qui leur donne naissance sera étudié dans notre cours sous la dénomination de processus alrophiqxie. Les auteurs allemands les appellent aussi métamorphoses régressives, qualification qui a beaucoup été critiquée chez nous. Il est évident qu'au point de vue de la nature même de ces lésions, l'épithète régressive est impropre au premier chef, puisqu'en réalité les éléments et les tissus qui en sont frappés ne retournent pas vei^ un état anatomique antérieur. C'est précisément pour cette raison que je crois convenable, avec les auteurs français, de repousser cette qualification et d'adopter la dénomination d'atrophies pour désigner ces sortes de lésions morbides.

Quand, pour une cause quelconque, qu'elle soit locale (et tou* jours, vous le verrez, c'est l'anémie qui agit dans ces cas), qu'elle soit générale, lésion primitive du liquide sanguin; quand, pour une cause quelconque, dis-je, la nutrition des éléments anatomiques est

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imparfaite, bientôt des modifications dans leur structure se manifestent. Ces modifications sont de plusieui's espèces : ou bien l'élément, dans la région ou le tissu frappés, diminue de volume et de nombre, c'est Yatrophie ordinaire des auteurs; ou bien il subit des changements connus sous le nom de dégénérescences, ce sont : les dégénérescences aI6umirteuse, graisseuse, caséeuse, vitreuse, amyloîde, pigmentaire, calcaire. Nous allons étudier successivemeni ces différentes modifications au point de vue de l'anatomie et de la physiologie pathologique.

L'atrophie simple consiste dans la diminution du volume des éléments anatomiqiies, diminution pouvant aller parfois jusqu'à leur dis- ^■'' '~\ parilion complète. Il en résulte que, ' '

dans un lissu spécial atteint de ce processus morbide, on peut constater ' '

une diminution du nombre des élé- ' '■■

munts constitutifs en même temps que '

la réduction de volume de ces mêmes

éléments. L'atrophie simple ainsi \ '

comprise est en général le point de départ des altérations dégénératives < plus complexes que je vous ai signalées; toutefois, dans le plus grand , nombre des cas, les différentes formes ! du processusatrophiquesontassociées j /

entre elles. Cette altération des élé- >

ments anatomiqucs cl des tissus, à la- /

quelle Cruveilhior donnait le nom de '

macilence, s'observe, dans son évolu- i

tien la plus parfaite, dans les vésicules adipeuses, qui, sous des inlluences diverses, soit générales, soit locales, peuvent diminuer uinsi de volume et disparaître finalement, comme on le voit dans la moelle osseuse, par exemple.

Les modifications qui surviennent alors, portent primitivement sur le contenu de la vésicule, qui cesse d'être totalement remplie (fig, iO). En même temps apparaît, entre ce contenu, gouttelette graisseuse, et la paroi, un liquide limpide aug-

meubuit de plus en plus. La gouttelette de graèse se fragmenle bientôt en deux, puis en qoalre parties, et ainsi de suite. Mais pendant que s'accomplit celte fragmenlatioa pour ainsi due sctssioanaire du coBteou vésiculaire.oaioit apparaître, autour des gouttelettes tes plus volumineuses, des graaulatioDs de iDéi]ienature,inai5 beaucoup plus &oes , provenant d'une divisioh de plus en [dus marquée des précédentes, si lÀest qu'au bout d'un certain lempe, la vésicule adipeuse est remplie complètement pai- ces granulations. A ce moment, du reste, l'élément a déjà perdu la forme spfaériqne normale àe vésicule adipeuse, pour revenir à la forme originellede corps fibro^lastiqae fu> silbnne. Son volume a beaucoup diminué (fip. 41). Progressivement aussi tes granulations fines disparaissent, l'élément se rapetisse encore, si bien qu'au terme décote évolution il apparaît comme une cellule conjoaclive (ordinaire, avec cette différence loutelbia qu'il est formé d'une paroi renfermant une petitequantilé deliqnide incolore. Cet élément peut roime disparaître totalement, après avoir perdu son contenu Uqnide el s'être conaé-

FiG. a. — Phaiei

adipcuMi (Ch. nobin).

de ralrophïi! dM tjiiculM

PROCIS^SUS ATRaPBIQUE. 39t

cntitement iransfonné en «n eorposcule scrilîde qui se fragmente el se réduit ea graoubtions «K^écuUiires (1).

Les lésions iatinies des autres déments anatomiqnes sont beauconp mohis e(«sues dans lenr érolntion. On sait cependant que dans te groupe des œttules, on toil généralement la diminution de volume s'accentuer progressiveraen en même temps que le noyau, de moins en moins tisible, finît par dî^raitre; que plus tard la eellule se brise et se résoai en un détritus de fines granobr lions grises qui disparaissent à leur tour. Les fibres nraseolaires diminuait de volume dans les trois sens; leur substance semble disparaître molécule à mc^cule (2), et en mène temps eDes deviennent phis pâles, plus mottes, et perdent souvent leur striation transversale et longitudinale.

Les exemples d'atropUe simple se rencontmt frécpiemmeM dans les tissus et les organes de Téconomie. A mesure qu'a la surface de la peau les cellules épîdermiques s'éloignenl du lieu de leur nakn sauce, les couches nouvelles refoulant progressivement les anciennes^ on les voit s'amincir, perdre en grande partie leurs granulations moléculaires, puis ûnalement leur noyau. Le thymus, organe transitoire dont les dimensions sont si grandes pendant la vie fœtale, diminue rapidement aussitôt après la naissance, et finit par disparaître complètement. Avec les progrès de fâge on observe une atrophie pour ainsi dire générale de l'individu, s^aceusant par une diminution croissante du poids. Non-seulement les testicules et les msunelles subissent cette sorte de destraction chez les vieillards, mais progressivement l'atrophie porte sur presque tous les tissus, sur presque tous les organes. Le cerveau luî-niéme n'échappe pas à cette règle, et ses cireonvolutionsy anundes, écartées ksinKs des autres, séparées par des sillons prdbnds, parsemées de fréquentes dépressions et généndemeot décolorées, ne remplissait frius la ca vite crânienne. C'est à cette atrophie générale de Ferganismey suil/^ de la vieillesse, et à laqneMe cependant échappent te cœur et lies reins éams la majorité des cas, que l'on donne te nom de marasme sentie.

A côté de ces atrophies, pour ainsi dire physiologique^, il en est

( t) Gh. Roftm, Note mtr Vatnpki^ém éiàmmtf amtmm^w&t (^mrûrfo'i^àtaid^wviSS^.

— Article Adipeux d» Diet. emn/elofi âe» «r. méd,

— Anaimnie mierote9piqw0, Bk» étémÊwi» mmtmniqutê^ Bes èpUhéiiumMy tS6S. (i) Virehaw, artSeie AiMiia, AmAm* âer ip. Ps/M. mmà Thérapie, XHU.

— Fôrsler, Virchoufn Arch., 185T.

d'autres qui reconnaissent une origine pathologique. Le marasme général se montre à la suite des longues maladies aiguës et chroniques, et les atrophies locales peuvent survenir sur tous les oignes de réconomîe, consécutivement aux troubles de nutrition dont ils peuvent être le siège. Le cerveau, le foie, les reins, la rate, les ganglions lymphatiques peuvent être ainsi frappés; il en est de même des organes cavitaires, tels que l'estomac, Tintestin, la vessie, le cœur, elc. ; les parois alors diminuent de volume en même temps que s'amoindrit la cavité.

La dégénérescence albumineuse (1), désignée encore sous les noms d'atrophie granulo-protéique (2), de tuméfaction trouble (â), consiste dans l'apparition, au sein des éléments anatomiques, de fines granulations, variant de 0"",00i à 0"",003. Ces granulations sont pâles ou grisâtres, et leurs réactions microchimiques les montrent comme étant de nature protéique. Elles sont, en effet, solubles dans l'acide acétique et la potasse, insolubles dans l'éther, le chloroforme et l'alcool bouillant, caractères qui les distinguent des granulations graisseuses; enfin, au contact du sucre et de l'acide sulfurique, elles se colorent en rouge (4). L'invasion des éléments par ces granulations s'accompagne de gonflement et d'opacité.

La dégénérescence dont il est question ici se rapproche des modifications de structure que l'on obsei*ve dans les premiers instants de la mort des éléments anatomiques et qui ont été si bien décrites par Ch. Robin (5). Lorsque, sur un animal vivant, on recueille des cellules épithéliales et qu'on les examine immédiatement, elles se montrent molles, turgescentes, très-peu granuleuses et presque totalement transparentes. Cependant, généralement au bout de dix a douze heures, temps qui, du reste, est en rapport avec l'espèce des cellules examinées et avec la température ambiante, on voit des granulations fines très - nombreuses qui envahissent le protoplasma cellulaire et vont jusqu'à rendre le nopu peu visible. En même temps, les cellules augmentent de volume, perdent leur ti*ansparence première, et, au lieu de rester agglomérées entre elles, se

(1) Cornil et RanYÎer, Éléments d'histologie pathologique. Paris, 1869. — BenneU, Leçons clini4pies sur les prinâpes et la pratique de ta médecine. Paris (Nasson), 1873. (2; Sarazin, art. Atropiib du Dict. de méd. et de ehir. pratiques.

(3) Rindfleisch, Traité d'histologie pathologique^ traduction Trançaise par Gross, 1873.

(4) Chie et Wagiier, Nouveaux éléments de pathologie générale^ trad. française, 187i.

(5) Ch. Robin, Anatonûe mkroseopique, etc., 1868

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