VINGT ET UNIÈME LEÇON
Du processus hypertrophique (1).
Messieurs,
Dans nos dernières leçons, nous avons étudie les processus morbides liés h une augmentation de la quantité de sang dans les territoires vasculaires, et nous avons vu que ces processus, entraînant presque toujours l'exagération de la nutrition des éléments anatomiques, sont susceptibles d'exalter les autres propriétés biologiques de ces éléments. Il peut donc se faire que le développement devienne exagéré dans ces circonstances ; il peut se faire aussi que la reproduction soit poussée à un plus haut degré. De là deux processus nouveaux, conséquence des précédents : Tun consistant purement et simplement dans l'augmentation de volume des éléments anatomiques entrant dans la constitution des régions, tissus ou organes où se trouve exagéré le phénomène nutritif; on lui réserve plus particulièrement le nom d'hypertrophie; l'autre caractérisé par l'augmentation de nombre de ces mêmes éléments; c'est lui que l'on désigne sous les qualifications à! hypergéièse (Robin) ou d'hyperplasie (Virchow). Cette distinction entre les processus morbides dépendant de l'exagération des actes nutritifs, justifiée au point de vue purement théorique, ne doit cependant pas être maintenue dans la pratique, car elle ne répond pas à la réalité des faits. Quand un tissu, un organe reçoit une plus grande quantité de matériaux d assimilation, très-rapidement on le voit augmenter de volume, non-seulement parce que les éléments primitifs s'accroissent en dimensions, mais aussi parce qu'il s'en forme de nouveaux; de telle sorte que l'hypertrophie et l'hyperplasie se trouvent marcher,
(1) En dehors des Imités classiques d*anatomie pathologique et de pathologie externe, Jcs notions scicntiliqiies sur lesquelles reposent les leçons concernant le processus hypertrophique ont été puisées dans les ouvi*ages suivants :
Virchow, Pathologie des lumeurê^ traduction française, 1869; Broca, Traité des /umeun iS66; et Cornil et Ranvier, Manuel d'hiitologie patkologique^ 1869.
pour ainsi dire, de front dans révolution du processus morbide. Même dans les hypertrophies du tissu musculaire, notamment dans l'hypertrophie du cœur, la distinction ne peut être faite d'une manière positive, puisque, si les travaux de Harting (1), Hepp (2) et Friedreich (3) ont établi l'augmeiïtation de volume des faisceaux musculaires primitifs de cet organe, ceux de Fœrster (4) et de Rindfleisch (5) semblent indiquer une augmentation de nombre de ces éléments anatomiques. C'est précisément pour celte raison que les auteurs modernes, avec Ch. Robin (6), repoussent la distinction en question, que Virchow (7) avait cherché à faire prévaloir. L'existence concomitante de ces deux processus ne doit, du reste, en aucune façon vous surprendre, puisque vous connaissez l'intime liaison existant entre la nutrition et les autres actes élémentaires de la matière organisée.
Me basant sur les données paécédentes, je désigne sous le nom de processus hyper trophique l'augmentation de volume des organes ou des tissus de l'économie, augmentation de volume due à l'exagération des dimensions des éléments anatomiques constitutifs, ou bien à la production de nouveaux éléments, le processus en question étant déterminé par une exaltation des actes intimes de la nutrition.
Or, messieurs, lorsqu'on étudie le processus hypertrophique dans un organe quelconque de l'économie, on voit immédiatement qu'il peut se comporter de différentes manières. Ou bien, en effet, tous les tissus entrant dans la constitution de l'organe participent à l'accroissement exagéré dont il est le siège, et ces tissus conservent leur disposition et leurs rapports réciproques : c'est ce que l'on doit appeler V hypertrophie vraie; ou bien, au contraire, c'est un seul des tissus de l'organe qui est en voie d'accroissement, les tissus voisins restant dans l'état normal ou même s'atrophiant et dégénérant par le fait de la compression qu'ils éprouvent. Dans ces cas, alors même que l'organe atteint augmente de volume, ce n'est plus l'hyperti'ophie vraie que l'on a sous les yeux, mais bien Vhypertrophie fausse. Un exemple va vous faire mieux saisir l'importance de la distinction
(1) Harling, cité par Jaccoud, Traité de paUiologU intertte, 1870.
(3; Hepp, Die paitwhgiêchen Verànderungen des Muskelt^ 1853.
(3) Friedreich, cité par iaccoud.
(A) Fœrster, ffandbudi fur paihohgische Anatomie.
(5j Rindfleisch, Traité d'histologie pathologique^ traduet. franc, 1873.
(6^ Ch. Robin, Anatomie et physiologie cellulûireâ, 1873.
(7) Virchow, Pathologie cellulaire.
PROCESSUS HYPERTROPHIQUË. 375
présente. Supposez que dans le foie une tumeur abcédée ou un kyste à échinocoques aient détruit une partie plus ou moins considérable de Torgane; la plupart du temps, la région respectée augmentera de volume, les lobules ainsi que tous les éléments qu'ils renferment se développeront énormément, et il en sera de même du tissu conjonctif interlobulaire ; Thypertrophie sera constituée, et ce sera une hypertrophie vraie. Au contraire, à la suite de causes diverses, alcoolisme, syphilis, affections cardiaques, on voit fréquemment le foie augmenter de volume, prendre des proporlions considérables même, qui, à priori, pourraient faire croire à une hypertrophie véritable. Cependant lorsqu'on a recours à Texamen microscopique, on voit que dans l'organe l'accroissement n'a porté que sur le tissu conjonctif interstitiel et que les lobules sont diminués de volume; il s'agit alors d'une cirrhose qui pourra, suivant sa nature, rester hypertrophique (i), ou bien devenir plus tard atrophique. Des faits analogues se remarquent danç les muscles. A la suite d'un excès de leur fonctionnement physiologique, on les voit s'hypertrophier par augmentation vraie de volume et de nombre de leurs éléments constitutifs, et dans d'autres cas, notamment dans la paralysie pseudo-hypertrophique (2), on les trouve augmentés de volume en vérité, mais l'examen histologique y montre entre les faisceaux primitifs le développement exagéré du tissu conjonctif, dont les cellules, au bout de quelque temps, se transforment en vésicules adipeuses.
D'un autre côté, le processus hypertrophique, au lieu de se développer dans tous les tissus d'un organe ou bien dans un seul tissu de ce même organe, mais dans toute son étendue, peut n'atteindre qu'une région localisée. Des glandes, des papilles isolées de la peau ou des muqueuses peuvent ainsi augmenter de volume; une région circonscrite de tissu adipeux peut s'accroître d'une manière trèsprononcée; sur un os on peut constater l'hypertrophie limitée à une partie minime, et dans nombre d'organes, plus particulièrement peut-être dans les centres nerveux, on peut rencontrer l'hypertrophie
(1) Requin, Pathologie interne; et M. P. Olivier, Sur la cirrhose hypertrophique { Union médicale, 1871).
(2) Bergoroii, Bulletint et Mémoire$ de la Société médicale des hôpitaux de Paris,
Duchennc (de Boulogne), Arch. gén. de méd.j 18G8.
Charcot, Xole sur Vétat anatomique des muscles et de la moelle épiniere dans un cas de paraplégie pseudo-hyperlrophique {Arch. de physiol. norm. et path., \%lt}.
du tissu conjonctif se faisant par foyers plus ou moins étendus. Lorsque l'hypertrophie se localise de la sorte, il en résulte des plaques du tissu oii elle siège (sclérose en plaques de la moelle épiniére ou du cerveau); ou bien, quand le développement devient considérable, des tumeurs plus ou moins volumineuses et susceptibles d'un accroissement parfois indéfmi (lipomes, exostoses, papillomes, etc.). Il résulte de ces nouvelles considérations que l'hypertrophie peut être dilYiise ou circonscrite, et cette division s'applique d'une manière complète aux deux formes vraies ou fausses que nous avons envisagées tout à Theure. En raison de la formation de nouveaux éléments lors du processus hypertrophique, on le désigne quelquefois encore sous le nom de néoplasie^ et les productions qui en résultent, quels que s(»ient du reste leurs caractères anatomiques, de diffusion, de localisation, de plaques ou de tumeurs, prennent la qualification de néoplasmes. C'est ainsi que le mot tiéoplasie du tissu conjonctif s'applique tout autant à la formation des tumeurs constituées parce tissu qu'aux plaques de la sclérose de la moelle épinière, ou au développement exagéré de ce tissu dans toute l'épaisseur de la glande hépatique.
Ces données préliminaires étant bien établies, abordons l'histoire du processus hypertrophique.
Les causes du processus hypertrophique se réduisent toutes, au moins pour celles que nous pouvons apprécier, à une augmentation des actes intimes de la nutrition. L'expérimentation a établi ces faits d'une manière remarquable. La cicatrisation des plaies peut être considérée comme un travail hypertrophique des tissus primitivement divisés, puisque, vous le verrez plus tard, il y a formation d'éléments anatomiques nouveaux dans ces cas. Or, lorsqu'à l'exemple de Snellen (1), de Schiff (2), d'Olto Weber (3), après la section du grand sympathique au cou, on pratique une plaie dans la région privée d'innervation vaso-motrice, on voit que cette plaie guérit plus rapidement que dans d'autres régions homologues, mais régulièrement innervées par le grand sympathique. Des exemples fréquents voua démontrent encore la vérité de cette assertion. Tous vous avez vu des individus porteurs de verrues de la face, et tous vous avez remarqué que sur ces verrues, siège d'une vascularisation abondante.
(h Snellen, loc. cit.
(2j Schiff, loc. cit.
(3) OtLo Wcbcr, Derl. med. Centr., 1861. Cité par Ihle et Wagner.
PROCESSUS UYPERTROPHIQUE. 377
les poils ont toujours une dimension plus considérable que partout ailleurs. Si, comme Ta fait Paget (I), on transplante Tergot des poules sur la crête, région beaucoup plus vasculaire que celle, où il siégeait primitivement, on le voit prendre un accroissement souvent très-considérable. Ces faits me paraissent démonstratifs, ils appuient d'une manière remarquable la proposition ci -dessus indiquée, et vous allez voir que la clinique vient encore lui donner raison. ' Le processus bypertrophique se montre dans les organes, en premier lieu, quand il y a exagération du fonctionnement normal de ces organes. Qu'un muscle se contracte très-fréquemment, et bientôt il augmentera de volume. Le fait est très-palpable chez les sujets qui exercent tout leur système musculaire, et vous avez sans aucun doute été frappés du développement exagéré de toute la musculature chez les lutteurs et les individus qui s'adonnent à la gymnastique. L'exercice de certains groupes musculaires spéciaux aboutit encore à leur développement anormal. Les manœuvres ont les muscles du tronc et des bras très-accentués; chez les forgerons, chez les maîtres d'armes, ce sont les muscles des bras ou du bras droit qui augmentent de volume, et les danseurs ont un développement trèsmarqué des muscles des mollets. La même influence se fait sentir sur les muscles striés de la vie végétalive. Quand, pour une cause quelconque, le cœur exagère la force de ses contractions ou bien leur rapidité, on le voit bientôt augmenter de volume dans sa totalité. C'est à cette cause, exagération du travail physiologique, qu'il faut rapporter ces hypertrophies totales du cœur que Ton voit survenir chez les individus absorbant de grandes quantités de boissons, ainsi que chez les gros mangeurs. Les émotions vives, qui ont pour effet d'exagérer d'une manière notable le nombre des contractions cardiaques, en suspendant probablement l'action modératrice du pneumogastrique, sont aussi une cause fréquente de l'hypertrophie totale du moteur de la circulation. Il y a plus encore; cette action de l'exagération du travail physiologique se fait tellement sentir sur le cœur, qu'elle se limite à l'une ou à l'autre des régions de l'organe obligée de fournir un travail exagéré. Qu'ils siègent dans les artères, dégénérescence alhéromateuse abolissant l'élasticité; qu'ils siègent à l'orifice aortique, rétrécissement gênant le passage de l'ondée sanguine, insulTisance valvulaire amenant le reflux d'une certaine quantité de sang dans le ventricule; les obstacles ù la sortie du sang du ventricule gauche amènent l'hypertrophie de ce ventricule. De même,
(1) Paget, cité par Uhle et Wagner, loc, cit.
un rétrécissement, une insuffisance à rorifice milral, sont suivis de rhyperlrophie de l'oreillelle gauche, et bientôt après, en raison de l'augmentation de la pression dans les capillaires du poumon et dans l'artère pulmonaire, de l'hypertrophie du ventricule droit. De môme encore, les obstacles siégeant à rorifice pulmonaire ou bien à l'orifice Iricuspide entraînent à leur suite l'hypertrophie du ventricule droit ou de l'oreillette droite.
Les muscles lisses, sous l'influence d'un excès de leur fonctionnement physiologique, se conduisent comme les muscles striés. Dans les réservoirs naturels, dans les canaux de l'organisme, lorsque survient un obstacle au passage régulier des liquides et des solides, les contractions répétées amènent bientôt l'hypertrophie des couches musculaires tapissant ces organes. C'est par ce mécanisme que se produisent les hypertrophies des muscles de la vessie à'ia suite d'un rétrécissement de l'urèthre, celles des muscles de l'intestin, de l'œsophage, de l'estomac, lorsque des obstacles s'opposant au passage des matières qu'ils renferment se produisent dans ces organes. Pour vaincre l'obstacle, les muscles lisses se contractent plus énergiquement et plus fréquemment, et la conséquence habituelle ne tarde pas à se montrer.
Les glandes dont la fonction s'exagère montrent également le même phénomène. Le type de ce genre d'hypertrophie se rencontre dans la mamelle au moment de la lactation, et en dehors de cette période on peut voir une augmentation notable du volume de cette glande à la suite de succions exercées sur le mamelon. Lorsque, pour une cause quelconque, l'un des reins a été supprimé au point de vue fonctionnel, dans les cas d'hydronéphrose, par exemple, le rein resté sain, suppléant à la fonction du rein malade, prend un accroissement considérable. Après l'extirpation de la rate, dont les fonctions encore pleines d'obscurité paraissent être liées à des modifications chimiques importantes du plasma sanguin, on voit souvent s'hypertrophier les ganglions lymphatiques, qui semblent posséder une action analogue sur la lymphe. La destruction d'une partie du foie est également suivie de l'hypertrophie de la partie de l'organe qui est restée saine ; enfin l'hypersécrétion des glandes salivaires, telle qu'on la rencontre fréquemment chez les fumeurs, donne souvent lieu à l'augmentation de volume des glandes parotides.
Je n'ai pas besoin d'insister près de vous, messieurs, pour vous faire saisir le mode de développement de l'hypertrophie dans ces circonstances. .4 plusieurs reprises déjà, je* vous ai dit que le fonc-
PROCESSUS UYPERTROPHIQUE. 379
tionnement d'un organe quelconque s'accompagne du passage d'une plus grande quantité de sang à travers cet organe et de l'exaltation des phénomènes nutritifs intimes qui s'y passent ; je vous ai cité les exemples du muscle en contraction, du cerveau pendant l'activité psychique et de l'estomac pendant la digestion. Ces exemples sufTisent pour vous faire comprendre la production de l'hypertrophie • dépendant de cette cause. Il est à remarquer ici que, dans les hypertrophies de ce genre, le processus est toujours vrai et généralisé à l'organe ou à la portion d'organe dont le fonctionnement est exagéré.
Quelle que soit son origine, mécanique, par fluxion collatérale, vaso-motrice, la congestion active, quand elle dure un certain temps, est toujours suivie de l'hypertrophie des régions où elle se manifeste. C'est à elle qu'il faut rapporter les hypertrophies survenant à la suite des excitations mécaniques, chimiques ou autres et que l'on remarque si fréquemment à la peau, sur les muqueuses ou les os. Les verrues, les papillomes en sont des exemples. L'inflammation, qui s'accompagne toujours d'une congestion active, y donne trèsfréquemment lieu dans toutes les régions de l'organisme où elle se développe. Les muqueuses enflammées montrent presque toujours, si l'inflammation dure quelque temps, un développement exagéré du chorion rauqueux et des glandes qui s'y trouvent plongées. C'est à l'inflammation aussi qu'il faut rapporter souvent l'hypertrophie siégeant dans le tissu conjonctif formant la trame des organes, hypertrophie qui aboutit à la lésion dite cirrhose. Dans tous ces cas, le processus en question peut présenter les différentes formes que je vous ai indiquées au début de cette leçon. L'hypertrophie se montre donc vraie ou fausse, diffuse ou localisée, pouvant aboutir ou non à la formation de véritables tumeurs.
La congestion passive, lorsqu'elle ne résulte pas d'un arrêt total de la circulation veineuse, qu'elle se reproduit fréquemment, ou qu'elle dure un certain temps, peut, elle aussi, donner lieu à l'hypertrophie ; mais alors c'est plus particulièrement sur un seul tissu, le tissu conjonctif ou lamineux, qu'elle se manifeste. C'est à la congestion passive qu'il faut rapporter, je crois, ces hypertrophies des membres inférieurs que l'on remarque dans les cas de varices, à la suite des thromboses veineuses et dans certains cas de maladies du cœur.
Une des causes les plus fréquentes du processus hypertrophique, surtout lorsqu'il aboutit à des hypertrophies partielles, consiste dans les excitations de tout genre, et principalement mécaniques, se pro-
duisant dans une région donnée. Les contusions, les froissements, les pressions portant sur une partie quelconque de Torganisme, sont susceptibles d'y déterminer un travail hypertrophique. Le processus, dans ces cas, pourra porter sur tous les éléments anatomiques de la région atteinte, mais souvent aussi il se limitera à tel ou tel autre élément, à tel ou tel autre tissu, sans que Ton puisse déterminer d'une manière certaine en vertu de quelle influence il se comporte de la sorte. Dans les cas de ce genre où des frottements se produisent à la surface de la peau, on pourra voir ainsi se développer des tumeurs papillaires ou glandulaires, et, si Tactiona porté sur les tissus plus profonds, des lipomes ou des fibromes, suivant les circonstances. Il est facile de comprendre par quel mécanisme se produisent les hypertrophies dont il s'agit. Dans mes leçons sur la congestion, je vous ai montré que les excitations faites sur les tissus organiques sont toujours suivies de l'afflux d'une plus grande (|uantité de sang dans la région. La cause productrice essentielle de l'hypertrophie, apport d'une plus grande quantité de matériaux nutritifs, se trouve donc réalisée par le fait.
Un certain nombre d'hypertrophies sont d'origine congénitale. C'est ici qu'il faut placer cette singulière affection que l'on désigne sous le nom d'hypertrophie mnlatérale partielle ou totale du corps^ étudiée surtout par Foucher (1), Devousges (2), Broca (:3), Ollier ( i), Chassaignac (5), et Trélat et Monod (6). Les hypertrophies circonscrites des nerfs, névromes. et celles des vaisseaux capillaires, angiomes, rentrent encore dans cette série étiologique. Dans ces cas, souvent il est impossible de se rendre compte du mécanisme producteur du processus morbide; cependant, pour l'hypertrophie unilatérale, il est permis, comme l'ont fait Trélat et Monod, de songera un trouble de l'innervation vaso-motrice s'étant produit pendant la vie intra-utérine.
L'hérédité joue un certain rôle dans la production de quelques hypertrophies ; l'hypertrophie générale du tissu adipeux, polysarcie, s'y rattache d'une manière manifeste, et il en est de même de quelques hypertrophies partielles; les lipomes, les verrues (papillomes), les
(1) Foucher, Société anatomique, 1850.
it) Dcvous^;s, Société anatomique^ 1856.
(3j Broca, Journal de physiologiey 1859.
(i) Ollier, Gai. méd. de Ujon^ 1862.
{o) Chassaignac, Société de chirurgie ^ t. VIII.
<6) Trélat el Monod, .4rc/i. gén. de méd,, 1869.
PROCESSUS HYPERTROPHIQUE. 3^1
tumeurs fibreuses sont dans ce cas. Au point de vue de V!iç:e et du sexe, on peut dire que ce sont les hommes qui y sont le plus sujets, et t]ue i'ilge de trente ans, ainsi que la période de cinquante à soixantedix ans, sont les deux époques de la vie qui y prédisposent le plus.
Abordons maintenant, messieurs, Tétude anatomo-pathologique du processus morbide qui nous occupe. C4elte étude est pleine de diflicullés et réclame toute votre attention, car elle repose sur la connaissance de la constitution anatomique des divers tissus de Torganisme. Pour la faire d'une manière sérieuse et profitable, il convient, à mon sens, d'examiner le processus hypertrophique dans tous les tissus, en décrivant, d'une part, la forme diffuse, d'autre part la forme circonscrite. Cette dernière forme, du reste, aboutit dans la majorité des cas à la production de tumeurs, de telle sorte qu'en étudiant l'hypertrophie, nous sommes amenés à étudier également un grand nombre de tumeurs. Toutefois, vous devez savoir qu'une tumeur ne mérite en réalité le nom d'hypertrophie circonscrite ou partielle qu'autant qu'elle a pris naissance au sein même du tissu dont elle dérive. Or, on rencontre des tumeurs qui, formées d'un tissu spécial, se développent dans des régions de l'organisme où ne se rencontre pas le tissu en question. Il s'agit alors d'un trouble profond dans la production des éléments anatomiques connu sous le nom de génération hétérotopique. Los tumeurs de ce genre, telles que certains enchondromes, certains épithéliomes, etc., ne trouveront pas leur place ici. 11 en sera de même du cancer et du tubercule, que nous étudierons à part sous les rubriques de carcinose et de tuberculose. L'ordre que je suivrai dans ma description sera le suivant : 1" hypertrophie des tissus formés d'un seul élément anatomique, épiderme et épilhélium; 2" hypertrophie des tissus proprement dits, tissu conjonctif ou lamineux et ses analogues, tissus vasculaire, musculaire, nerveux, cartilagineux, osseux; 3" hypertrophie des tissus parenchymateux, glandulaires ou non glandulaires. Nous n'étudierons pas ici l'hypertrophie des organes en particulier, celte étude étant du domaine de Vanatomie palholOjiique spéciale.
Le processus hypertrophique des tissus épilhéliaux se remarque à la peau principalement et sur les muqueuses. Sur ces dernières membranes on le rencontre intimement uni à l'hypertrophie du rhorion muqueux dans lequel tous les éléments anatomiques, mais surtout les éléments conjonclifs, augmentent de volume et de nombre. Dans ces cas, il se fait une hypergenèse de cellules épithéliales plus abondante qu'à l'état normal, et les cellules elles-mêmes
38i LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
augmentent de volume. C'est surtout à la suite des inflammations chroniques, catarrhe chronique des muqueuses, qu'on ohsen'e l'hypertrophie dont il s'agit. Ce processus est fréquent sur la langue, sur les cordes vocales, dans la vessie, etc. A la peau, rhypcrtrophie de l'i'pidfîrme revêt la forme circonscrite ou la forme diffuse, la diiïusion, du reste, pouvant être plus ou moins généralisée.
Fit. 04. — siriiciure duu Dans la I)remière forme se rangent les procor BU iiivrau .1 une arii- jypfJQ^g épidermiqucs connues sous les noms
culalLon. — a, rayon du ri
car;b.A. pnriiepériphé- de durïllons, de cors et de cornes cutanées.
S;i"ï™ ™° Les durillons consislenl en un ép»ississemenl
le noyau du cor li, bourse d'une région circoDscrite de la couche cornée
au-d«sou.jieivnpm,e- j j'épidcrme. Ce sout des saillies généra-
ment du ucrniefroiiinj. ' ^
lement aplaties, se fusionnant insensiblement avec les régions voisines. D'aspect habituellement translucide, ils sont tantôt élastiques et tantôt durs comme de )a corne. Ils sont formés par des stratifications nombreuses de cellules épidermiques cornées trèsaplaties. Ces productions se montrent dans les régions où s'exercent de fréquentes pressions. La paume des mains, la plante des pieds, sont leurs sièges habituels.
Les cors, clavi, sont constitués parties cellules épidermiques disposées en strates nombreuses et souciées entre elles. Ces cellules, en raison de l'incessante pression exercée àla surface de la peau, ne peuvent venir faire saillie
Fc. tM. — Cornée cuUbw- prisinalique IBenncIl). aU dchors, et s' enfoncent
PROCESSUS HYPERTROPHIQUe. 38?
 mesure de leur production, comme un véritable clou, dans l'épaisseur du derme. Au bout d'un certain temps, les papilles dermiques sous-jacentes s'atrophient, et l'on peut même voir se fonner, audessous du cor, une petite bourse séreuse dans le tissu cellulaire sous-cutané. L'examen anatomique fait à l'aide de coupes perpendiculaires à la surface de la peau fait très-bien ressortir tous ces détails de structure (fig. 64). Vous le savez, les cors sont souvent très- douloureux, en raison de la pression qu'ils exercent sur te filaments nei-vcux du derme. Comme toujours ils sont le résultat de pressions exagérées produites par la chaussure, il suffit, pour les guérir, d' écarter leur cause productrice. L'usage de cliaussures convenables en a donc raison.
Les cornes cutanées (fig. (i5etG6)sont des tumeurs dans lesquelles les cellules épidermiques , en voie de luxuriante hypergenèse, se conservent sans se desquamer et soudées les unes aux autres à la manière des cellules des ongles. Elles ont un volume qui varie depuis celui d'un haricot jusqu'à celui d'une forte noix. D'autres fols elles ressemblent complètement aux cornes des animaux et peuvent ^"^- ^- — ^'"'' ""'■■""io cunique
..... , , . •^ , (OttoWi^Ler).
amsiattemdre plusieurs pouces de
longueur. Leur siège habituel est à la face, sur la peau du nez ou du front. On en connaît plusieurs espèces : les unes ont la forme d'un prisme arrondi muni de cannelures longitudinales et sont recourbées en spirale. Les autres, larges h leur base, s'effilent au sommet il la manière d'un cône. Les cornes se forment toujours sur des pa- — =—
pilles hypertrophiées, el les cannelures de leur surface correspondent à des groupes papillaires.
L'hypertrophie diffuse plus ou moins généralisée de l'épidcrme aboutit à la formation de plaques à la surface de la peau. Il en résulte des écailles aplaties , dé-^ignées ordinairement sous le nom de squames (fig. 07). Toujours on rencontre ici des imbrications de
cellules épidermiques aplaties et soudées entre elles. Celle hypertrophie épidermique est caractéristique des affections cutanées désignées sous les noms de psoriasis, pityriasis, ichthyose, maladies qui ne diffèrent entre elles au point de vue anatomique que par l'adliérence plus ou moins intime des plaques épidermiques.
Quant aux hypertrophies des épithéliums qui ont un caractère d'infiltration au sein des tiî^sus organiques et qui se montrent soit à la peau, soit sur les muqueuses, soit enfin dans les autres tissus de l'économie (hétérolopie), elles constituent des tumeurs circonscrites ou diffuses que l'on désigne habituellement sous le nom de cancroïdes. Ce n'est pas le lieu de les étudier ici, puisque leur histoire sera faite dans les leçons consacrées à la carcinose.
V hypertrophie du tissu conjonct if ou lamineux]esi des plus commune; on la rencontre pour ainsi dire dans tous les organes de l'économie; c'est elle qui réalise l'hypertrophie fausse dont je vous parlais au commencement de cette leçon. Elle consiste dans Taugmentation de volume et de nombre des éléments constitutifs de ce tissu, matière amorphe, fibres lamineuses, corps fibro-plastiqut^s (cellules plasmatiques), etc. Le tissu hypertrophié revêt habituellement les caractères du tissu normal, se rapprochant plus ou moins, suivant la quantité de matière amorphe qu'il renferme et la mollesse de cette matière, des variétés physiologiques de ce tissu connues sous les noms de tissu fibreux, tissu gélatineux ou muqneux. Il se comporte, du reste, vis-à-vis des réactifs chimiques, d'une manière tout à fait semblable au tissu conjonctif physiologique, dont il revél la structure. Pour ce qui est de son mode de formation, les idées varient suivant la doctrine histologique des diverses écoles. Yircliow et ses partisans pensent qu'il résulte de la formation primitive do nouvelles cellules provenant des anciennes par voie de scission ou de génération endogène. Ces éléments, très-rapprochés les uns dc^ autres au moment de leur naissance, s'écarteraient ensuite par interposition d'une substance amorphe plus ou moins abondante qui serait un produit de sécrétion cellulaire. Plus tard, les cellult*< seraient su?ccpliblcs de se transformer en fibres du tissu conjonctif, ou bien la matière amorphe elle-même deviendrait fibrillaîre. D'autres- auteurs admettent encore que les cellules primitives de Thypertrophie du tissu conjonctif peuvent provenir des globules blancs du sang extravasés par diapédùse et se transformant ensuite en cellules conjonctives. L'école anatomique française rejette celle
PROCESSUS HYPERTROPHIQUE. 385
doctrine, vous le savez. Le tissu conjonctif ou lamineux se produisant pendant la vie extra-utérine offre les phénomènes qu'on observe pendant la période embryonnaire. Sa naissance est caractérisée par l'apparition de noyaux embryoplastiques et de matière amorphe finement granuleuse. Autour des noyaux qui leur servent de centres de génération se montrent bientôt les cellules, corpS fibro-plastiques fusiformes, se transformant ultérieurement en fibrilles du tissu coujonctif, en même temps que disparaît plus ou moins la matière amorphe primitive. Je n'ai pas besoin d'insister près de vous sur tous ces phénomènes, que je vous ai décrits d'une manière complète dans mes cours d'histologie.
L'hyperti'ophie du tissu conjonctif peut être diffuse ou localisée. Lorsqu'elle est diffuse, elle se montre dans toute l'étendue du tissu lamineux entrant dans la constitution d'un organe ou d'une région de l'organisme. On la voit se développer ainsi d'une manière trèsîrénéralisée dans les cas d'élépluintiasis des jambes, du scrotum ou des parties sexuelles de la femme. Dans ces cas, résultant souvent d'un arrêt permanent dans la circulation de la lymphe, l'hypertrophie conjonctive peut atteindre la peau, le tissu cellulaire souscutané, les cloisons intermusculaires, le périoste et parfois les os. On la retrouve assez analogue dans les membres inférieurs où des varices existent depuis longtemps, et autour des anciens ulcères. C'est elle aussi qui constitue la lésion anatomique du sclérème des nouveau-nés et de la sclérodermie des adultes. La phlegmatia alba dolens et certains érysipèles chroniques la montrent également dans un très-grand nombre de cas. Les obstacles incomplets à la rirculation veineuse ou lymphatique paraissent en être ici la cause productrice, abstraction faite toutefois des conditions de son développement intra-utérin, qui nous échappent complètement. Cette hypertrophie diffuse du tissu conjonctif se remarque encore dans les muqueuses où elle envahit le chorion muqueux, le tissu sous-muqueux, les couches musculaires et même la séreuse. Ces membranes sont alors fortement épaissies, dures, parfois mamelonnées, lorsque l<*s glandules ont été frappées également d'hypertrophie. On l'observe d'une manière plus fréquente sur les muqueuses du nez, des bronches, de l'estomac et de l'intestin. Les stases sanguines prolongées et incomplètes , les inflammations de longue durée en sont alors les causes habituelles. De même, dans les membranes fibreuses, à la suite de causes analogues, il n'est pas rare de rencontrer l'hypertrophie conjonctive dont il est question.
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386 LES GRANDS PIlOCESSUS MORBIDES.
Quand rhyperlrophic du tissu conjonclif se produit dans des or panes dont ce tissu forme la trame orjj^anique, trame en réseau dans les mailles duquel se Irou vent interposés les éléments constitutifs des organes, comme le fait se remarque dans tous les parenchymes, dans les muscles, dans les centres nerveux, on la désij^ne sous les noms divers de' cirrhose, sclérose, d'inflammation interstitielle, parce qu'elle résulte souvent d'une inflammation à marche lente. On rohsene pour ainsi dire dans tous les organes de l'économie; le foie, la raie, les reins, le poumon, le cerveau et la moelle épinière en sont les tributaires par excellence. La prostate et la mamelle, les ganglions lymphatiques en sont également atteints. Celle hypertrophie débute comme toujours par l'apparition de noyaux erabryoplastiques et de matière amorphe plus ou moins abondante, cléments auxquels succèdent ultérieiu*ement des corps fibro-plastiquesetdes libres lamineuses.La plupart du temps elle manifeste deux stades évolutifs bien tranchés. Dans le premier, la matière amorphe existe en grande abondance, et les organes «atteints augmentent de volume. Plus tard, en même temps que se forment les cellules et les fibrilles, la matière amorphe disparaît, le tissu de nouvelle forma tion se rétracte de plus en plus comme le tissu cicatriciel, que nous étudierons ultérieurenient, et la rétraction amène la diminution de volume des régions et des organes oii s'est déclaré le processus morbide. La plupart du temps alors, les éléments anatoraiqucs constitutifs, cellules hépatiques, cellules nerveuses, tubes nerveux» tubes rénaux, etc., sont altérés par compression et subissent la dégénérescence graisseuse, de telle sorte que riiypertroplûc conjonctive entraîne, au point de vue physiologique, l'atrophie des organes où elle s'est manifestée. Cependant il peut se faire que le tissu conjonctif de nouvelle formation ne présente pas ces deux stades d'évolution, en ce sens que la rétraction amenant Tatrophie des organes ne se remarque pas. Cette forme a surtout été étudiée dans le foie et elle a été, sous le nom de cirrhose hyperlrophique du foie, l'objet d'un travail important du à M. Ilayem (1).
L'hypertrophie conjonctive circonscrite se montre sous forme de plaques plus ou moins étendues ou sous forme de tumeurs. Dans le premier cas elle se conduit dans son évolution comme l'hypertrophie dilfuse, affectant les deux stades évolutifs que je vous ai décrits. C'est surtout dans les rentres nerveux, cerveau et moelle épinière,
(Il Hayein, loc cil.
PROCESSUS HYPKRTROHHIQUE. 3n7
qu'on l'observe, aiïeclant parfois une marche envahissante et projrressive. Dans ces organes, elle débute encore par une augmentation de la matière amorphe avec multiplication des noyaux. Des (rllules se forment ensuite en même temps que les anciennes augmentent considérablement de volume. Dans la dernière période il se produit une quantité notable de librilles conjonctives que l'acide acétique rend transparentes. Pendant qu'évolue cette hypertrophie, les éléments nerveux des régions envahies comprimés souffrent dans leur nutrition intime. Les tubes nerveux à moelle perdent leur myéline et sont réduits à leur cylindre d'axe, qui s'épaissit dans le plus jrrand nombre des cas. Cette séparation de la njyéline a pour eflel de produire une certaine quantité de corpuscules arrondis ou ovalaires, à double contour, que l'on rencontre, suivant la remarque (le Charcot, dans les pièces fraîches. Parfois les cylindres d'axe disparaissent complètement par atrophie. Les cellules nerveuses se pijîmentenl, deviennent jaunes, ocreuses, et quelquefois prennent un aspert vitreux. Dans certains cas enfin elles s'atrophient et per- «li*nt leurs prolongements.
llans le second cas, l'hypertrophie conjonctive peut présenter <lenx étals anatomiqucs bien tranchés qui en ont fait foire deux espèct's de tumeurs, le myxome (1) et le fibrome, différant l'une de l'autre par la quantité de matière amorphe qu'elles renferment.
Les myxomes sont des tumeurs révélant une consistance assez analoj^Mie à do la gelée. Leur aspect extérieur rappelle assez bien celui du cordon ombilical. Chez l'adulte, on les renconti^e plus spécialement dans le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse, comme l'ont établi les observations de Virchow, de Fœrster (2), de Beck (3), de Verneuil (V) et au très auteurs. Le tissu cellulaire sous-cutané du dos, de la main, des joues, ainsi que celui des parti "^s génitales de la femme, en est quelquefois le siège. On en trouve aussi dans le tissu conjonctif intramusculaire, dans celui qui entoure le rein, sur le pé« 1 itoine, et dans les os, ou, d'après Virchow (5), ils paraissent débuter dans la moelle osseuse, quand ils ne se forment pas sous le périosle; dans le cerveau, la moelle épinière, et sur le trajet des nerls périphériques, on peut également en rencontrer. Les myxomes se
(I) Virchow, Ardi. fur pathologmhe Analomie^ 18ô7.
*tf Fœrstor, Virchow's Archiv, t. XU.
i3> Bi»ck, KUnische Beitràge %ur Hist, und Therap. der Pseudopîasmen, 1857.
(4) Verneuil, Sociélé anatomtque, ISôâ.
i5) Virchow, Traité des tumeurs, 1867.
cellules épidermîques aplaties et soudées entre elles. CeUe hypertrophie épidermique est caractéristique des affections cutanées désignées sous les noms de psoriasis, pityriasis, ichthyose, maladies qui ne différent entre elles au point de vue anatomique que par Tadhérence plus ou moins intime des plaques épidermiques.
Quant aux hypertrophies des épithéliums qui ont un caractère d'infiltration au sein des tij^sus organiques et qui se montrent soit à la peau, soit sur les muqueuses, soit enfin dans les autres tissus de l'économie (hétérotopie), elles constituent des tumeurs circonscrites ou diffuses que Ton désigne habituellement sous le nom de cancroïdes. Ce n'est pas le lieu de les étudier ici, puisque leur histoire sera faite dans les leçons consacrées à la carcinosc.
V hypertrophie du tissu conjoncUf ou lamin€ux\esl des plus commune; on la rencontre pour ainsi dire dans tous les organes de l'économie; c'est elle qui réalise l'hypertrophie fausse dont je vous parlais au commencement de cette leçon. Elle consiste dans l'augmentation de volume et de nombre des éléments constitutifs de ce tissu, matière amorphe , fibres lamineuses, corps fibro-plastiques (cellules plasmatiques), etc. Le tissu hypertrophié revêt habituellement les caractères du tissu normal, se rapprochant plus ou moins, suivant la quantité de matière amorphe qu'il renferme et la mollesse de cette matière, des variétés physiologiques de ce tissu connues sous les noms de tissu fibreux, tissu gélatineux ou muqneux. Il se comporte, du reste, vis-à-vis des réactifs chimiques, d'une manière loul à fait semblable au tissu conjonctif physiologique, dont il revêt la structure. Pour ce qui est de son mode de formation, les idées varient suivant la doctrine histologique des diverses écoles. Virchow et ses partisans pensent qu'il résulte de la formation primitive de nouvelles cellules provenant des anciennes par voie de scission ou de génération endogène. Ces éléments, très-rapprochés les uns des autres au moment de leur naissance, s'écarteraient ensuite par interposition d'une substance amorphe plus ou moins abondante qui serait un produit de sécrétion cellulaire. Plus tard, les cellules seraient susceptibles de se transformer en fibres du tissu conjonctif, ou bien la matière amorphe elle-même deviendrait (ibrillaire. D'autres- auteurs admettent encore que les cellules primitives de l'hypertrophie du tissu conjonctif peuvent provenir des globules blancs du sang cxtravasés par diapédcse et se transformant ensuite en cellules conjonctives. L'école anatomique franraise rejette celte
PROCESSUS HYPERTROPHIQUE. 385
doctrine, vous le savez. Le tissu conjoiictif ou lamineux se produisant pendant la vie extra-utérine offre les phénomènes qu'on observe pendant la période embryonnaire. Sa naissance est caractérisée par l'apparition de noyaux embryoplastiques et de matière amorphe finement granuleuse. Autour des noyaux qui leur servent de centres de génération se montrent bientôt les cellules, corpâ fibro -plastiques fusiformes, se transformant ultérieurement en fibrilles du tissu conjonctif, en même temps que disparait plus ou moins la matière amorphe primitive. Je n'ai pas besoin d'insister près de vous sur tous ces phénomènes, que je vous ai décrits d'une manière complète dans mes cours d'histologie.
L'hypertrophie du tissu conjonctif peut être diffuse ou localisée. Lorsqu'elle est diffuse, elle se montre dans toute retendue du tissu lamineux entrant dans la constitution d'un organe ou d'une région ' de l'oi^ganisme. On la voit se développer ainsi d'une manière trèsgénéralisée dans les cas d'éléphaniiasis des jambes, du scrotum ou des parties sexuelles de la femme. Dans ces cas, résultant souvent d'un arrêt permanent dans la circulation de la lymphe, l'hypertrophie conjonctive peut atteindre la peau, le tissu cellulaire souscutané, les cloisons intermusculaires, le périoste et parfois les os. On la retrouve assez analogue dans les membres inférieurs où des varices existent depuis longtemps, et autour des anciens ulcères. C'est elle aussi qui constitue la lésion anatomique du sclérème des nouveau-nés et de la sclérodermie des adultes. La phlegmatia alba dolens et certains érysipèles chroniques la montrent également dans un très-grand nombre de cas. Les obstacles incomplets à la circulation veineuse ou lymphatique paraissent en être ici la cause productrice, abstraction faite toutefois des conditions de son développement intra-utérin, qui nous échappent complètement. Cette hypertrophie diffuse du tissu conjonctif se remarque encore dans les muqueuses où elle envahit le chorion muqueux, le tissu sous-muqueux, les couches musculaires et même la séreuse. Ces membranes sont alors fortement épaissies, dures, parfois mamelonnées, lorsque les glandules ont été frappées également d'hypertrophie. On l'observe d'une manière plus fréquente sur les muqueuses du nez, des bronches, de Testomac et de l'intestin. Les stases sanguines prolongées et incomplètes , les inflammations de longue durée en sont alors les causes habituelles. De même, dans les membranes fibreuses, à la suite de causes analogues, il n'est pas rare de rencontrer l'hypertrophie conjonctive dont il est question.
Quand Thyperlrophie du tissu conjonclif se produit dans des or panes dont ce tissu forme la trame organique, trame on réseau dans les mailles duquel se trouvent interposés les éléments constitutifs des organes, comme le fait se remarque dans tous les parenchymes, dans les muscles, dans les centres nerveux, on la désigne sous les noms divers de cirrhose, sclérose, d'inflammation interstitielle, parce qu'elle résulte souvent d'une inflammation à marche lente. On l'observe pour ainsi dire dans tous les organes de l'économie; le foie, la rate, les reins, le poumon, le cerveau et la moelle épinicre en sont les tributaires par excellence. La prostate et la mamelle, les ganglions lymphatiques en sont également atteints. Cette hypertrophie débute comme toujours par l'apparition de noyaux erabryoplastiques et de matière amorphe plus ou moins abondante, éléments auxquels succèdent ultérieurement des corps fibro-plastiques et des fibres lainineuses.La plupart du temps elle manifeste deux stades évolutifs bien tranchés. Dans le premier, la matière amorphe existe en grande abondance, et les organes «atteints augmentent de volume. Plus tard, en même temps que se forment les cellules et les fibrilles, la matière amorphe disparaît, le tissu de nouvelle formation se rétracte de plus en plus comme le tissu cicatriciel, que nous étudierons ultérieurement, et la rétraction amène la diminution de volume des régions et des organes où s'est déclaré le processus morbide. La plupart du temps alors, les éléments anatomiques constitutifs, cellules hépatiques, cellules nerveuses, tubes nerveux, tubes rénaux, etc., sont altérés par compression et subissent k dégénérescence graisseuse, de telle sorte que Thypertrophie conjonctive entraîne, au point de vue physiologique, l'atrophie des organes où elle s'est manifestée. Cependant il peut se faire que le tissu conjonctif de nouvelle formation ne présente pas ces deux stades d'évolution, en ce sons que la rétraction amenant Talrophie des organes ne se remarque pas. Cette forme a surtout été étudiée dans le foie et elle a élé, sous le nom de cirrhose hypertrophiquedufoie, Tobjet d'un travail importimt dû à M. llayem (I).
L'hypertrophie conjonctive circonscrite se montre sous forme de plaques plus ou moins étendues ou sous forme de tumeurs. Dans le premier cas elle se conduit dans son évolution comme Thyperlrophie dilfuse, aflectant les doux stades évolutifs que je vous ai décrits. C'est surtout dans les centres nerveux, ceneau et moelle épinière,
(1; Hayem, loc cit.
PROCESSUS HYPKRTROPHIQUE. 387
qu'on l'observe, affeclanl parfois une marche envahissante et progressive. Dans ces organes, elle débute encore par une augmentation de la matière amorphe avec multiplication des noyaux. Des cellules se forment ensuite en même temps que les anciennes augmentent considérablement de volume. Dans la dernière période il se produit une quantité notable de ûbriiles conjonctives que l'acide acétique rend transparentes. Pendant qu'évolue cette hypertrophie, les éléments nerveux des régions envahies comprimés souffrent dans leur nutrition intime. Les tubes nerveux à moelle perdent leur myéline et sont réduits à leur cylindre d'axe, qui s'épaissit dans le plus graud nombre des cas. Cette séparation de la myéline a pour effet de produire une certaine quantité de corpuscules arrondis ou ovalaires,à double contour, que l'on rencontre, suivant la remarque de Charcot, dans les pièces fraîches. Parfois les cylindres d'axe disparaissent complètement par atrophie. Les cellules nerveuses se pigmentent, deviennent jciunes, ocreuses, et quelquefois prennent un aspect vitreux. Dans certains cas enfin elles s'atrophient et perdent leurs prolongements.
Dans le second cas, l'hypertrophie conjonctive peut présenter deux étals analomiques bien tranchés qui en ont fait faire deux espèces de tumeurs, le myxome (1) et le fibrome, différant l'une de l'autre par la quantité de matière amorphe qu'elles renferment.
Les myxomes sont des tumeurs revêtant une consistance assez analogue à de lu gelée. Leur aspect extérieur rappelle assez bien celui du cordon ombilical. Chez l'adulte, on les renconti^e plus spécialement dans le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse, comme Tout étabU les observations de Virchow, de Fœrstcr (2), de Beck (3), de Verneuil (i) et au très auteurs. Le tissu cellulaire sous-cutané du dos, de la main, des joues, ainsi que celui des parti'^s génitales de la femme, en est quelquefois le siège. On en trouve aussi dans le tissu conjonctif intramusculaire, dans celui qui entoure le rein, sur le pé* riloine, et dans les os, où, d'après Virchow (5), ils paraissent débuter dans la moelle osseuse, quand ils ne se forment pas sous le périoste; dans le cerveau, la moelle épinière, et sur le trajet des nerfs périphériques, on peut également en rencontrer. Les myxomes se
(1) Virchow, Ardi. fitr pathologische AnatomiCt 1857.
«2) F(pr<trr, Virchow'i Archiv, t. XII.
(3; Hcck, KUnisdie Beitrùge %ur liist. und Therap. der Pseudoplasmrn, 1857.
(i) Vrrneuil, Société anatomtque, 1852.
(5) Virchow, Traité des tumeurt, 1867.
montrent enfin dans le placenta et le cordon ombilical. Dans le placenta, on les voit survenir par l'hypertrophie des villosités da chorion, qui donnent ainsi naissance ànn nombre souvent considérable de petites tumeurs transparentes et d'aspect gélatineux souvent reliées et appendues les unes aux autres par de fins prolongements. Les myxomes de ce genre sont, d'après Vircliow, les lésions qu'autrefois on désignait sous le nom de môles hydatiques.
Les myxomes forment des tumeurs généralement peu volumineuses, d'aspect lobule dans le plus grand nombre des cas; molles et semi-fluctuantes, ces productions, qu'autrefois, avec Laënnec, ondésignait sous le nom de tumeurs colloïdes, ont un aspect translucide, la plupart du temps. Leur section les montre divisées en lobules par des cloisons fibreuses, et de la coupe il
Fie. 68. — Mysomc hyalia dûïflopp* dans le s' échappe un SUC \isqueui
Ussu c-Hijonciif soui-cuiané des environs d« analogueâ Une soluliontrès-
l'angle àe la iiilchoire iiirL-ncurc. — Grossis- ,
(cmetit : -ioo (itindiiuiscii). Concentrée d albumme ou
de gomme arabique (1).
Cette matière semi-liquide renferme de la mucosine (3), dilférant de l'albumine en ce que le précipité qu'elle donne avec l'alcool est susceptible de se dissoudre dans l'eau. La structure microscopique des myxomes est la suivante (fig. 68) : au milieu d'une masse considérable de matière amorphe, peu granuleuse, on rencontre des cellules arrondies, fusiformes, parfois étoilées, et dont les prolongements s'unissent entre eux pour former des aréoles remplies par la matière amorphe dont il s'agit. Cette structure fondamentale et typique se modifie cependant quelquefois. Les cellules, qui sont habituellement peu nombreuses, peuvent exister en grande abondance, et dans ces cas la tumeur prend un aspect plus nettement blanchâtre. D'autres fois on trouve un certain nombre de cellules transformées en vésicules adipeuses; enfin il peut se faire que la
(t) Comil cl Ranvier, Manuel thUtologie palhologigae, I8G9.
li) Le nom lie aiucint qu'etnptaicnt ici les autcari allenuinils doit fitrc n'itoiisfû. En clTel, la iiiucine ciislanl dans le gluten asioriiic à la caséine végétale (<ïe Saussort; »I sotuble dam TalriKil, Ri l'eau la précipilv àe la solution alcoolique (Ch. RoN!>, Hameurij. Cette substance diffère donc totalement de celle qui dou* ociupe.
PROCESSUS nTPERTROPHIQUE. 389
produrtion morbide renferme des fibres élastiques plus ou moins abondimies. Ces variétés de structure des myxomes correspondent aux variétés génériques que l'on accepte. On décrit ainsi le myxome simple ou hyalin, le myxome lipomateux et le mtjxome à fibres élastiques. Généralement les tumeurs en question sont peu vasculaires; tes vaisseaux siègent dans les cloisons inlerlobulaires et n'émettent que peu de ramifications capillaires au sein des lobules. C'est au moins ce qui résulte des injections de Rimifleisch (1) sur un myxome hyalin. Ces vaisseaux, du reste, sont souvent le siège de ruptures, en raison même de la mollesse du tissu qui les entoure; lorsque ces ruptures surviennent, le sang s'épanche au milieu des éléments constitutifs de la production morbide, et il se produit un myxome kémorrkagique. Il peut se faire encore que, par suite de troubles nutritifs, les éléments cellulaires et la matière amorphe de la tumeur subissent la dégénérescence albumineuse et se fondent en un détritus liquide dans une ou plusieurs régions. Dans ces cas, le myxome se trouve creusé d'une ou plusieurs cavités lui donnant l'atipecl d'un kyste, d'où le nom de myxome kystique qu'il prend alors.
Quand les myxomes se forment au milieu des tissus organiques quels qu'ils soient, ils se montrent sous forme do masses plus ou moins volumineuses, non pédiculées cl jouissant d'une certaine mobilité; mais lorsqu'ils surviennent à la surluce des membranes de l'économie, géncralemenl sur les muqueuses, souvent ils sont pédicules.
Formés la plupart du temps dans le ' cborion muqueux, quelquefois même dans le tissu cellulaire sous-muqueux,
CCS productions tendent  se développer FjG.ita.— poijpesdMrossetnnuiu. dans le sens de la surface muqueuse ellemême. Elles forment alors des tumeurs pédiculées ayant repousséla muqueuse qui les revêt ou simplement l'épithélium el une couclie de chorion.Gc sont eux qui forment ces polypes muqueux que l'on rencontre plus spécialement dans les fosses nasales. Leur surface est recouverte par les cellules épithélialcs de la région (fig. ti9). Dans les polypes muqueux des fosses nasales, c'est donc l'épithélium à cils
(1] RindflEisch, Traité tFkitlologie patheiogiqut, Irad. françaiH, 1B73.
vibratils qui les tapisse. Les tumeurs en question se développent le plus souvent avec lenteur; elles ne se généralisent guère et ne sont pas sujettes à récidiver après l'extirpation.
Les fibromes sont des tumeurs de consistance dure et ne renfermant pas d'autres éléments que ceux du tissu conjonclif ordinaire, corps l'usiformes ou étoiles et fibres lamineuses, et parfois matière amorphe très-durcie. 11 en existe deux variétés très-nettes qui ont été bien décrites par Comil et Ranvier.
La première, que l'on n'observe guère que sur les membranes séreuses, plèvre, péricarde, péritoine, principalement sur l'enveloppe péritonéale du foie et de la rate, est constituée par une matière amorphe très-dure, transparente, disposée en lamelles assez analogues aux lamelles de la cornée. Au sein de cette matière amorphe on rencontre des cellules fusiformes, parfois très-allongées et communiquant entre elles par leurs prolongements, de manière à former un réseau cellulaire. 11 n'existe pas de libres lamineuses ni de vaisseaux dans ces productions pathologiques. Ces tumeurs forment à la surface des organes des plaques et parfois dos nodosités lobulécs ou non. Elles sont dures, de couleur jaunâtre, et jiénénilement transparentes. Elles ont un aspect assez analogue au cartilage. Difficiles à couper, elles crient sous le scalpel qui les sectionne. Les productions fibreuses dont il s'agit subissent très-fréquemment la transformation calcaire par infiltration de la matière amorphe par des granulations minérales. Ce sont elles qui, dans cet état, étaient désignées par les anciens anatomo-pathologislcs sous les noms de plaques osseuses de la plèvre, du péritoine; mais jamais il n'y a dans ces tumeurs de véritable ossification; l'absence d'osléoplastes et de cellules osseuses est démonstrative à cet égard.
La seconde variété consiste en des tumeurs reproduisant par leur structure le type bien connu du tissu conjonclif. Ces productions s«î montrent comme des masses dures, lobulées, et chacun des lobules est formé par une agglomération de fibrilles disposées le plus souvent en cercles concentriques (fig. 70). Au milieu de ces fibrilles, surtout après le traitement par l'acide acétique, on rencontre des noyaux embryoplastiques , corpuscules du tissu conjonclif, et des corps fusiformes ou étoiles anastomosés entre eux, cellules plasmatiques. Les lobules sont unis entre eux par des cloisons de tissu lamineux dans lesquelles rampent les vaisseaux envoyant des ramifications capillaires rares dans les lobules. Les coupes faites sur ces tumeurs montrent les divers éléments signalés, et les fibrilles apparaissent alors entre-
PROCESSUS BÏPERTROPHrQUE. 391
croisées dans toutes les directions et réunies la plupart du temps en faisceaux. C'est pour celle raison qu'on les désigne habituellement sous le nom de fibromes fascicules (tig. 71).
Les fibromes de ce genre se montrentàla peau, où ils constituent des tumeurs vcrruquouses, des polypes pédicules d'une grande dureté. Leur volume ne dépasse guère alors celui d'un œuf. Il n'est pas rare d'en rencontrer un grand nombre chez un même individu, el Virchow cite le cas d'un jeune homme dont tout le corps en était littéralement couvert. Celle disposition était héréditaire et datait de trois générations. Dans le tissu cellulaire sous-cutané du tronc et des extrérailés, principalement au niveau de la face inlerne du tibia, on trouve souvent des tumeurs très-dures, généralement de petit volume, qui subissent à leur centre la transformation calcaire. La plu-
FiC.TIi. — Seclian à tr.ivcrs un nbroinc FrG. 7t. ~ Slnii^turc il'un libromc
(llcnni'lll. [liPiiiii-nj.
part du temps alors, e ks sont entouréi's d'une mcmlirane kystique leur formantune véritable bourse séreuse. D'autres lîbromes connus sous le nom de riioHuscmn se développent encore dans ce lis^u. Ils sont lobules, irréguliers de formes, tantôt petits, tantôt d'un très-grand voluuie. Virchow en cite un qui s'était développé dans la région costale inférieure gaurbe et s'étendait depuis la ligne blanche jusqu'à deux pouces environ de la colonne vertébrale. La tumeur mesurait quarante-huit pouces de circonl'érenre et pesait H»,2Ô0 grammes. Les fibromes de ce gi'nre renferment presque toujours une grande quantité de sérosité. Les lobules séparés les uns des autres par des cloisons de tissu conjonctif sont souvent très-vasculaires. Sur les aponévroi^es se développent aussi des tumeurs fibreuses. Uénéraleuieiit arrondies et lobulées, elles sont implantées sur l'aponévrose elle-même et refoulent les tissus voisins. Très-sou-
vent leur développement se fait vers la profondeur des membres et vers les articulations. Leur structure est celle que vous connaissez; parfois ils subissent la métamorphose calcaire. Les fibromes du périoste sont importants à connaître, en raison du volume considérable qu'ils peuvent atteindre. Généralement ils se développent vers les parties molles et n'allèrent pas l'os sur lequel ils ont pris naissance. On les voit se calcifier assez fréquemment, etloi^squ'il en a été ainsi, on peut les confondre avec les exosloses. C'est presque toujours sur le périoste des os de la base du crâne que prennent naissance ces tumeurs fibreuses connues sous le nom de polypes rélropharyngiens, et qui viennent faire saillie dans la cavité pharyngienne, où elles sont une source de si grands dangers par la gêne qu'elles apportent à la fonction de l'hématose. Les fibromes naso-palatins, ceux du sinus maxillaire, reconnaissent la même origine. Dans le tissu sous-muqueux il est assez rare d'observer des tumeurs de ce genre. Certains polypes rétropharyngiens s'y développent cependant, et dans le larynx on en rencontre quelquefois ayant pris naissance dans le tissu sous-muqueux des cordes vocales.
De tous les organes internes, l'utérus est sans contredit l'organe où se montrent le plus fréquemment les fibromes. On les appelle habituellement corps fibreux de l'utérus. Mais il serait faux de croire que toutes les tumeurs désignées sous ce nom sont des fibromes; nous verrons plus tard que bon nombre d'entre elles sont des tumeurs musculaires à fibres lisses. Suivant leur siège dans le tissu sous-muqueux ou dans le tissu sous-séreux, on les voit se diriger vers la cavité de l'utérus ou vers celle du péritoine. Ils font alors saillie dans l'une ou l'autre de ces régions et se pédiculisent presque toujours. Ceux du péritoine restent ainsi adhérents à la matrice en proéminant dans le ventre; mais il peut se faire que le pédicule se rompe et que la tumeur tombe dans la cavité du péritoine. Les corps fibreux de l'utérus ont un volume très-variable : il en est qui ne sont que de la grosseur d'une lentille, tandis que d'autres peuvent atteindre celui d'une tète de fœtus et plus encore. Gaultier de Claubry en a décrit un qui pesait trente-neuf livres. Dans le foie, le cœur et les autres organes, à l'exception du rein, où ils ont été décrits par Rayer (i), les fibromes sont assez rares. Dans la mamelle, en dehors de l'hypertrophie diffuse du tissu conjonctif (cirrhose du
(1) Rayer, Traité ie$ meladieM det reûif. Paris, 1841.
PROCESSUS HYPERTROPHIQUE. 393
sein, Wernher) (i), on voit se développer de véritables fibromes appelés corps fibreux par Cruveilhier (â) ; ces tumeurs revêtent la structure habituelle des fibromes.
Les fibromes affectent une forme arrondie ou ovale. Ils ont une densité considérable. Leur couleur est ordinairement blanche, quelquefois jaunAtre, et lorsque la vascularité y est très-développée, elle peut devenir rosée. Lobules ou non, ils ont une grande dureté à la coupe et crient sous le scalpel. A l'exception de la variété dite molluscum, ils ne renferment aucun suc. La surface de section est le plus souvent lisse, blanchâtre ou grise. Parfois uniforme, elle montre souvent des couches fibreuses concentriques. Leur développement est lent en général ; ils n'exercent d^influence nuisible sur l'organisme que pAr leur volume ou leur siège, comme les polypes rétropharyngiens et les polypes du larynx. Une fois extirpés complètement, ils ne se reproduisent pas le plus habituellement. Cependant quand ils se développent au milieu des os, on peut constater des récidives. Deux observations de Richard Volkmann (3) sont confirroatives à cet égard. Virchow rapporte un cas de généralisation d'un fibrome de l'utérus dans lequel des tumeurs secondaires semblables se sont produites dans le péritoine, le mésentère et la plèvre (A). Il est & remarquer ici toutefois que dans le plus grand nombre de ces cas les fibromes ne constituent plus des productions véritablement hypertrophiques, mais des tumeurs développées dans des régions ou n'existe pas le tissu lamineux à l'état normal, tumeurs de génération hétérotopique par conséquent.
Vhypertrophie du tissu adipeux s'observe sous trois formes particulières. Tantôt cette hypertrophie, tenant à l'hérédité, à une alimentation trop copieuse, au défaut d'exercice, se montre généralisée au système adipeux de tout l'organisme; elle constitue la polysarcie adipeuse ou lipomatose universelle. Dans cette forme, les vésicules adipeuses normales augmentent de volume, et il s'en fonnc égalelement de nouvelles par envahissement des corps fibro-plastiques. Tantôt le processus se localise, et on le voit apparaître sur des organes ou dans des régions déterminés. Souvent alors il coexiste avec l'atrophie des élémenls fondamentaux des tissus où il se développe.
(1) Vemher, ZtUschrift fur rationelU Medicin, 1851.
(2) Cruveilhier, Traité d'anatomie pathologique générale, t HI.
(3) R. Volkmann, Bemerkungen iiber einige vom krebs %u trennende Geschwuhte^ 185S. Cité par Virchow.
(4) Virchow, Pathologie de$ tumeurt.
«9i LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
Dans les reins, ou autour de ces oi^anes, sur lo péricarde, dans la mamelle, il est fréquenl d'observer cette forme. On la retrouve dans le tissu musculaire, dont elle comprime les éléments conlriiclilcs, et c'est elle qui produit cette fausse hypertrophie des muscles (1) dont je vous ai parlé. Dans les os atteints d'atrophie, on la voit également se montrer.
Lorsqu'elle est circonscrite, l'hypertrophie adipeuse donne naissance à des tumeurs désignées sous l<* nom de lipomes. Dans ces tumeurs, il existe toujours une augmentation de volume des vésicules adipeuses primitives, en môme temps qu'une hypergenése parfois très-rapide des corps fibro-plasliques passant bientôt à l'état vésiculcux par accumulation de graisse dans leur intérieur (i). Généralement ces tumeui-s sont nettement circnnscriles, hémisphériques, à surface lisse, uniforme et quelquefois lobulée 'l".l.l;ï:rMiT' ("e. ^^}■ on ksvoil se pitKluire dans le lissii cellulaire sous-cutané, làoûla couche graisseuse est assez développée ; la nuque, le dos, le siège, l'aisselle, ta cuisse et la face antérieure de la poitrine en sont Irés-souvent le siège. On l'observe égalemeni dans le tissu sous-muqueux, plus spécialement dans celui de l'eslomac, de l'intestin grêle; Marjolin (■:() en a observé un sur le plancher de la cavité buccale; il y simulait une grenouillotte, et Itukitânski (i) en a décrit un provenant d'un rameau bronchique. Le tissu sous-séreux du grand épiploon, du mésentère, de la plèvre costidc et des synoviales en présente parfois également, et le tissu interstitiel des muscles peut encore être leur point de départ. Les observations de Itastien (5)el de Paget (t>) en ont montré dans la langue; celles de Klob (7) et Albers (8) dans le cœur, et enfin celles de Cruveilhlcr et Paget dans les muscles des
(I) Griex-n^, Arch. d. lUUk., 1865. — Seîdel, Dk Alrophii( mwc. lipom., (867. «I l<-a auteurs cik-s.
(il Ch. Robin, Programme ila couruthUMogie. (3) Harjolin, eiU par Cniv^ilhipr, Traité iTaaalomU pathologique. (i) Rokitaniki, rit^ pr VIrrhow, PatttotogU det lumairs, traduct. rrançaiM, I8Ë7. (ji Basiirn, Société analomiqae, IKît.
(6) PagPl, Uct. on lurg. patliol. Cilé par.Virchow, lae. cit. {7) Klob, cilé par ta miaw.
(8f tiben, Virchow't Arrhiv, I. X.
PROCESSUS HYPERTROPHIQUE. 395
membres et du Ironc. Lcbert a môme décrit \m lipome développé dans le lissu musculaire de l'utérus. Sous le rapport de leur forme, les lipomes sont pédicules ou non. C'est plus spécialement dans Tépiploon qu'ils se présentent sous la première forme, et cependant on en trouve aussi à la peau. Ils sont alors adhérents à un mince pédicule, et parfois Qotlants. Les formes de ce genre ont été décrites par Pagot, et j'ai eu moi-même l'occasion d'en rencontrer un exemple Irés-romarquable qui m'a été montré par M. le docteur Sainton, de Chinon. C'était une femme dans le dos de laquelle se trouvaient appendus une dizaine de véritables sacs, mous, semi-flucluants, adhén»nts par un étroit pédicule et flottants à toutes les directions. Leur volume variait d'^puis celui d'une grosse noix, jusqu'à celui d'un demi-litre. On trouve des lipomes polypeux du même genre dans l'estomac et dans l'intestin. Le volume des lipomes est tres-variable. Virehow cite de ces tumeurs qui pesaient 10 et 20 kilogrammes. Les lipomes sont uniques ou multiples, et dans ce dernier cis ils paraissent d(»voir IfMir origine à l'hérédité ou bien à une disposition générale acquise dont la nature nous échappe, mais qui souvent reconnaît pour cause une alimenlation trop chargée de graisse ou l'usage de l'alcool. ,
Li structure du lipome est celle du lissu graisseux (fig. 73). La tumeur, généralementdivisée en lobules par du tissu lamineux, montre une agglomération de vésicules adipeuses très-volumineuses. L'hypertrophie parfois porte aussi sur le tissu conjonclif, et alors le lipome a une grande dureté; d'autres fois la graisse prédomine, et la tumeur est molle, demi-fluctuante, en raison même de sa .structure, puisque les vésicules adipeuses sont consti- p., -., ^, , , ,7 ,. ' ./
*^ Fie. iJ. — Structure du lipome (Ujnnctt).
tuées par une goutte huileuse renfermée dans une mince paroi membraneuse. Indépendamment des variétés de lipomes durs et de lipomes mous, signalées plus haut, il en existe deux autres qu'il vous importe de connaître. La première représente, ainsi que l'enseigne Ch. Robin, l'état fœtal du tissu, avec aspect gélatiniforme et persistance d'une assez grande quantité
Quand riiyperlrophie du tissu conjonclif se produit dans des or panes dont ce lissu forme la trame organique, trame en réseau dans les mailles duquel se trouvent interposés les éléments constitutifs des organes, comme le fait se remarque dans tous les parenchymes, dans les muscles, dans les centres nerveux, on la désigne sous les noms divers de' cirrhose, sclérose, d'inflammation interstitielle, parce qu'elle résulte souvent d'une inflammation à marche lente. On l'observe pour ainsi dire dans tous les organes de l'économie; le foie, la rate, les reins, le poumon, le cerveau et la moelle épinière en sont les tributaires par excellence. La prostate et la mamelle, les ganglions lymphatiques en sont également atteints. Cette hypertrophie débute comme toujours par l'apparition de noyaux embryoplastiques et de matière amorphe plus ou moins abondante, éléments auxquels succèdent ultérieurement des corps fibro-plastiques et des fibres lamineuses.La plupart du temps elle manifeste deux stades évolutifs bien tranchés. Dans le premier, la matière amorphe existe en grande abondance, et les organes «atteints augmentent de volume. Plus tard, en même temps que se forment les cellules et les fibrilles, la matière amorphe disparaît, le tissu de nouvelle formation se rétracte de plus en plus comme le tissu cicatriciel, que nous étudierons ultérieurement, et la rétraction amène la diminution de volume des régions et des organes où s'est déclaré le processus morbide. La phipart du temps alors, les éléments anatomiques constitutifs, cellules hépatiques, cellules nerveuses, tubes nerveux, tubes rénaux, etc., sont altérés par compression et subissent la dégénérescence graisseuse, de telle sorte que Thypertrophic conjonctive entraîne, au point de vue physiologique, l'atrophie des organes où elle s'est manifestée. Cependant il peut se faire que le tissu conjonctif de nouvelle formation ne [)résente i)as ces deux stades d'évolution, en ce sens que la rétraction amenant l'alrophie des organes ne se remarque pas. Cette forme a surtout été étudiée dans le foie et elle a été, sous le nom de cirrhose hypertrophiquedufoie, l'objet d'un travail important dû à M. llayem (1).
L'hypertrophie conjonctive circonscrite se montre sous forme de plaques plus ou moins étendues ou sous forme de tumeurs. Dans le premier cas elle se conduit dans son évolution comme l'hypertrophie dilfuse, aflectant les deux stades évolutifs que je vous ai décrits. C'est surtout dans les centres nerveux, cerveau et moelle épinière,
(t; Hayein, loc. eU.
PROCESSUS HYPHRTROPHIQUE. 3h7
qu'on l'observe, affeclant parfois une marche envahissante et progressive. Dans ces organes, elle débute encore par une augmentation de la matière amorphe avec multiplication des noyaux. Des cellules se forment ensuite en même temps que les anciennes augmentent considérablement de volume. Dans la dernière période il se produit une quantité notable de fibrilles conjonctives que Tacide acétique rend transparentes. Pendant qu'évolue cette hypertrophie, les éléments nerveux des régions envahies comprimés souffrent dans leur nutrition intime. Les tubes nerveux à moelle perdent leur myéline et sont réduits à leur cylindre d'axe, qui s'épaissit dans le plus grand nombre des cas. Cette séparation de la myéline a pour ell'et de produire une certaine quantité de corpuscules arrondis ou ovaIaires,à double contour, que l'on rencontre, suivant la remarque de Charcot, dans les pièces fraîches. Parfois les cylindres d'axe disparaissent complètement par atrophie. Les cellules nerveuses se pigmentent, deviennent jaunes, ocreuses, et quelquefois prennent un aspect vitreux. Dans certains cas enfin elles s'atrophient et perdent leurs prolongements.
Dans le second cas, l'hypertrophie conjonctive peut présenter deux états analomiqnes bien tranchés qui en ont fait faire deux espèces de tumeurs, le myxome (1) et le fibrome, différant l'une de l'autre par la quantité de matière amorphe qu'elles renferment.
Les myxomcs sont des tumeurs revêtant une consistance assez analogue à de la gelée. Leur aspect extérieur rappelle assez bien celui du cordon ombilical. Chez l'adulte, on les renconti^e plus spécialement dans le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse, comme l'ont établi les observations de Virchow, de Fœrstcr (2), de Beck (3), de Verneuil (4) et autres auteurs. Le tissu cellulaire sous-cutané du dos, de la main, des joues, ainsi que celui des parti'^s génitales de la femme, en est quelquefois le siège. On en trouve aussi dans le tissu conjonctif intramusculaire, dans celui qui entoure le rein, sur le péritoine, et dans les os, où, d'après Virchow (5), ils paraissent débuter dans la moelh; osseuse, quand ils ne se forment pas sous le périoste; dans le cerveau, la moelle épinière, et sur le trajet des nerlb périphériques, on peut également en rencontrer. Les myxomes se
(l> Virrhnw, Arch. fur pathologische Anaiomie, 1857.
it\ F(rr>tor, Virc/ioii»** ArchiVt t. XH.
(.3; Bi*ck, Klinische Beitràge *ur Ilht, und Therap. der Pseudoplasmrn, 1857.
(4; Vcrneuil, Soiiélé anatomtque, 18512.
(h) Virchow, Traité det tumeurs, 1867.
bien en couches nombreuses et stratifiées, comme à la peau, à la langue, sur les cordes vocales, elc. Les papillomes sont constitués de la même manière, et leur revêtement épithélial correspond à celui de la région où ils se sont développés. Il estde toute évidence qu'ici, comme dans la plupart des lésions qui nous occupent, il n'y a pas simplement augmentation de volume des parties constitutives des papilles, mais bien une hypergenèse de leur§ éléments. Les cellules épithéliales notamment augmentent de nombre, très-fréquemment de nouvelles papilles se forment à côté des anciennes. Les papillomes se montrent sur la peau et sur les muqueuses qui sont nmnies de papilles ou de villosilés. On en voit même se développer dans des régions où elles n'existent pas normalement; alors il ne s'agit plus d'une hypertrophie, mais bien d'une production hétérolopiqne.
Il existe deux variétés de papillomes que l'on désigne généralement sous les noms de papillomes durs et de papillomes mous, dénominations en rapport avec leur consistance.
Les papillomes durs se rencontrent plus spécialement a la peau, et parfois sur les muqueuses h épithéhum pavimenteux stratifié. Ils sont formés par une masse de tissu conjonclif disposé en élevures papillaires et recouverts d'une grande quantité de cellules épithéliales d'aspect corné. Cette particularité les a fait appeler papillomes cornés par Cornil et Ranvier. C'est dans cette variété qu'il convient de placer avec Uhle et Wagner les verrues ordinaires, la verruf» ulcérante, ainsi que les condylomes et papillomes durs des muqueuses.
Les verrues ordinaires sont formées par l'hypertrophie d'une ou de plusieurs papilles cutanées sur lesquelles souvent viennent se greffer des papilles secondaires. L'épithélium de revêtement est formé par des cellules épidermiques recouvrant toute la masse papillaire et lui donnant un aspect lisse à la surface. Parfois cependant il isole des papilles ou des groupes de papilles d'une manière assez nette, et la verrue, qui prend dans ces cas le nom de poireau, se montre alors hérissée de petites saillies plus ou moins séparées les unes des autres. La structure profonde montre des vaisseaux capillaii'cs en anses et du tissu con jonctif avec matière amorphe abondante qui les entoure. Los verrues siègent plus spécialement aux mains. Solitaires souvent, on les voit parfois en très-grand nombre sur ces extrémités, à tel point que la peau en est presque complètement couverte.
I^ verrue ulcérante, plus volumineuse que la verrue ordinaire, siège principalement aux lèvres, où elle peut être confondue avec le
PROCESSUS HYPERTROPniQITE (SUITE). 399
cancroïde. Sa structure est la nièine que celte de la verrue ordinaire. Lorsqu'elle s'ulcère, lescetlulesépithéliales tombent d'.ibord, les papilles sont mitres à nu et se diUruiscnt par ramollissenjcnt. 11 en résulte un foyer au fond duquel se produit du pus souvent fétide.
Le* cûH(iy/omes, appelés également wégé/fld'oiis, clunix-fleurs, se rencontrent principalement sur les organes génitaux de l'homme et de la femme. La rainure du gland, la muqueuse préputiale, les petites lèvres sur leurs deux faces, la face interne desgrandes lèvres, le voisinage du méat urinairc, clieic la femme, sont les régions qui en sont le plus souvent affectées {tig. 70 et 77). On les trouve aussi fréquemment à la marge de l'anus. Les excitations fréquentes de ces régions, le contact du pus provenant de l'urèthre ou du vagin, en sont les causes productrices habituelles. Ces productions ne revêtent jamais guère le caractère conlagieux. Elles sont formées par une
Flc.'i;. — Papilloriiedela n;rgi;{Denncll). Fli:.T7. — CoiiJ}1onie du vagin tVirdiow).
réunion de papilles hypertrophiées sur lesquelles se greffent Irèssouvent des papilles secondaires et tertiaires, llecouvcrtes des cellules épitliéliales de la muqueuse où elles ont pris naissance, ces tumeurs Font parfois lisses et aplaties ù leur surface. Le plus souvent on y rei[iarque des dépressions, des fissures plus ou moins profondes dues à une séparation plus ou moins complète des papilles par les cellules de revêtement. Elles oiTrenl aloi-s un aspect lobule analogue à celui du choux-fleur. Leur volume est très-variahie; on en ti'ouvc qui ne sont pas plus grosses qu'une tète d'épingle, tandis qu'il en est d'autres pouvant aller jusqu'à peser plusieurs livres. Elles peuvent envahir de la sorte une grande étendue de la surface muqueuse ; on en voit qui entourent la vei-gc d'une manière compicie, et d'autres s' étendant sur toute la surface muqueuse des griindes cl des petites lèvres. Ces tumeurs ont la structure papil-
laire que vous connaissez ; souvent elles sont très-vasculaires, circonstance qui établit bien la néo-formation des vaisseaux marchant en même temps que celle de tous les autres éléments anatomiques qui entrent dans leur constitution. L'extirpation simple en a le plus souvent raison ; parfois cependant on les voit récidiver. • Les papi Homes durs des muqueuses revêtent la structure papiilaire que vous connaissez. Ils sont recouverts par de nombreuses couches de cellules épithéliales de la région et sont généralement peu vasculaircs. On les trouve dans la bouche, dans le nez, dans le larynx , où ils siègent habituellement sur les cordes vocales. Le vagin, le col utérin, le canal uréthral chez Thomme et chez la femme, en sont aussi fréquemment le siège. Enfin la vésicule et les conduits biliaires en montrent parfois des exemples.
Quant aux tumeurs papillaires molles, appelées aussi tmneurs villeuses, elles se montrent fréquemment sur les muqueuses possédant des villosités dont elles constituent une véritable hypertrophie; rinleslin, surtout le côlon, en est souvent le siège. On les trouve cependant dans d'autres muqueuses; l'estomac, la vessie, le col de l'utérus en offrent de fréquents exemples. De plus, on les rencontre sur les membranes séreuses, principalement sur les synoviales qui possèdent des villosités. Elles peuvent affecter deux formes, suivant que Tépithélium a réuni entre elles les villosités, suivant, au contraire, qu'il les a maintenues séparées. Dans le premier cas, elles apparaissent comme des masses molles souvent sphériques, lobulées ou non, et parfois pédiculées; ce n'est qu'après avoir détaché l'épilhélium qui unit entre elles les papilles qu'on peut apprécier leur véritable nature. Dans le second, elles offrent l'aspect des condylomes en choux-fleurs. Ces tumeurs sont généralement trèsvasculaires; on y trouve des artères, des veines et des capillaires, et ces derniers vaisseaux offrent parfois une dilatation très-marquée. Des ruptures s'y produisent quelquefois et donnent lieu à des hémorrhagies interstitielles dont le sang subit ultérieurement la transformation pigmentaire. Les épithéliums de revêtement sont le plus souvent ceux de la muqueuse où siège la tumeur; parfois cependant ils diffèrent. Quand les cellules épithéliales sont de nature pavimenleuse, on en rencontre toujours de nombreuses couches stratifiées; au contraire, quand ces éléments sont de forme cylindrique, il n'en existe presque jamais qu'une seule couche.
Les tumeurs papillaires, quelle que soit la variété à laquelle elles appartiennent, ne constituent jamais un danger pour l'organisme.
PROCESSUS HYPERTROPHIQUE (SUITE). 401
Il faut en excepter cependant les cas où elles sont situées dans des régions où, par leur présence, elles entravent d'une manière sérieuse le fonctionnement d'organes indispensables à la vie. Les tumeurs du larynx, celles de l'estomac ou de Tinfestin qui font obstacle au cours régulier des matières, rentrent dans cette catégorie. Il faut excepter aussi les cas où, à la suite de ruptures vasculaires survenant par leur ulcération, elles peuvent être la source de graves hémorrhagies.
En dehors des cas où les vaisseaux, comme tous les éléments d'un tissu hypertrophié, sont eux-mêmes atteints par le processus qui nous occupe, cas où Thypertrophie peut être considérée comme diffuse, il en est d'autres où l'on voit le système vasculaire prendre un développement considérable et aboutir ainsi à la formation de véritables tumeuis. Celles-ci sont connues aujourd'hui sous le nom générique à^angtomes, et Dupuytren, ainsi que bon i^ombre d'auteurs, les appelait tumeurs érectiles, en raison précisément de cette propriété qu'elles possèdent d^augmenter temporairement de volume, de consistance et de coloration, sous l'influence de diverses causes, telles que le toucher, l'action du calorique, ou les émotions vives. Ces faits sont en réalité d'observation fréquente, et il est très-commun de les constater chez les sujets portant à la face des tumeurs de ce genre.
Au point de vue de la structure anatomique des angiomes, comme il résulte des travaux de Lebert (1), Robin (2), Laboulbène (3), Vîrchow (4), FoUin (5), Porla (6), et de ceux plus récents de Fkeckel (7), il convient, à l'exemple de Broca, d'en admettre trois variétés. Ces variétés cependant ne constituent pas d'une manière exclusive, et pour chacune d'elles, des tumeurs spéciales dans tous les cas, puisque, dans une même production morbide, on peut les rencontrer simultanément. Toutefois il est des tumeurs qui ne sont exclusivement constituées que par l'une d'ailes.
Dans la première variété la production morbide se montre formée par un lacis inextricable de vaisseaux capillaires très-dilatés,
(1) Lebert, Analomle pathologiquCt 1857.
(2) Ch. Robin, Mémoire sur Vanatomie des tumeurs érectiles, 1853.
(3) Laboulbène, Sur lenœvus en gétiéral et 9ur une modification, etc. (thèse de Paris, 1854).
(4) Virchow, Arch. fur path. Anatomie, 1854.
(5) Follin, Traité de pathologie externe, 1861. (6^ Porta, DeW angectasia, 1861.
il) Bœckel, art. TuvcvRS érectiles (Souveau dict. de méd. et de chir. prat., (1870)
40i LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
piiisqu'au lieu de mesurer 0™ ,01, ils vont jusqu'à 0"",04 à 0"",0C.
Les capillaires dilatés sont pressés les uns contre les autres, et une mince couche de tissu conjonc- " tif les sépare (fig. 78). U se-
rait faux de croire qu'ici il ne s'agit que d'une simple dilatation hypertropliique des vaisseaux, capillaires primitifs. En même temps que cette modification se montre sur lesanciens capillaires, il se fait une véritable hyperplasie de nouveaux tubes vasculaires apparaissant par bourgeonnement sur les vaisseaux anciens. Comme 'a démontré Porta (fig. 79 et 80), on trouve, en eiïet, dans les
Fig. 78. - Prinarâiinn d'iiii angiome capii- tumeurs de ce genre, des gra-
laire Je la joue, vu à un groMiswinenl de nulalions vaSCUlairCS doot IcS 350. — A, Gouttes Iransversalcs de vais- ,„ . .
Beauxave.:ioc«tiaiccntrai.-B,VaiMeaux capillau'es ne communiquent
ïU» en long. — G. Couche Je lissu ron- pag gnlrc eUX.CcS gl'anulalîons
jonclir entourant les circonvolutions vaicu- . , ■ ■
Uires (E. Bœckel et Gros»). SOnt foiTTleeS par dcS VaiSSCaUX
anciens, l'un aFfércnl, l'autre efférent, entre lesquels se sont produits en grande abondance lefnéo-capillaires. Non-seulement les vaisseaux se dilatent dans le sens
f:G.7S. — VaJueiiudumi'meaiigionieifue Fig, 80. — Fonnaiion
celui de li lig. 7l>, tu dans uns certaine de nouveaux vais-
élendue. — k. Coupe transversale du letux dans les an-
vaisMiu. — B,CeUule»deUparoivascu- gjontea (Porta). laire.— C, Points d'inflexion du (aisseau {E. Bockel et Cross),
de leur diamètre transversal, mais la dilatation porte aussi sur leur longueur, de telle sorte qu'au lieu de rester rectilignes, ils deviennent flexueux, décrivent de nombreux tours de spires, se courbent
PROCESSUS HYPERTROPHIQOR (SUITE). 403
dans toutes les direclions. Les parois vasculaircs ne paraissenl pas participer au travail liypertrophique d'une manière très-accentuée. Le plus souveotelles restent normales, quelquefois elles augmentent cependant de volume, et le nombie des noyaux s'accroît réellement.
La seconde variété des angiomes est ciraclérisée par la dilatation irrég;ulière des vaisseaux capillaires. Elle peut s'observer d'emblée dans certains cas, ou succéder comme phase évolutive à la dilatation simple dont je viens de vous entretenir. Enfin, dans une même production morbide, il est possible de la rencontrer associée à la première ;icilcs vaisseaux se montrent avec des bosselures fusi- Ibrmes, sacciformes, plus ou moins irrépulières (fig. 81). Des dilatations et des étranglements successifs régnent sur la longueur des tubes et s'y rencontrent disposés sans ordre. Des cas de ce genre ont été décrits par Follin et par Ch. Robin.
Dans la troisième variété, appelée souvent (ongus hématodes, on trouve un tissu creusé d'alvéoles irrégutiéi'es, communiquant entre
Frc. m. — Développement <les
elles, et dans lequel circule le sang. 11 existe donc là un véritable tissu caverneux, analogue au tissu caverneux phy3iologique]{rig. 83).
Les alvéoles, tout d'abord microscopiques, peuvent s'agrandir considérablement et former des poches d'un et même plusieurs millimètres de diamètre. Les parois sont formées par du tissu conjonctif assez dense au sein duquel, suivant la région où s'est développée la tumeur, on peut trouver des fibres musculaires lisses, ou des faisceaux striés; parfois on y rencontre aussi des vésicules adipeuses. Leur surface est tapissée par des cellules épithéliales analogues à celles qui forment le revêtement de la surface interne des veines. Le sang qui les remplit est semblable au sang normal, il y circule souvent avec une grande rapidité, et dans certains cas s'y accumule en très-grande abondance. Il en résulte que les angiomes caverneux sont réellement érectiles et que, lors de leur distension par l'aillux d'une grande quantité de sang, on peut les voir augmenter de volume, se colorer plus fortement et devenir même le siège de battements artériels. Ces tumeurs, selon toute probabilité, ainsi que l'enseigne Broca, sont le résultat de la rupture des dilatations \'asculaires décrites dans les deux premières variétés, ruptures par le fait desquelles le sang, faisant irruption au milieu du tissu conjonctif de la première production morbide, s'y creuse les cavités caverneuses caractéristique^.
Les angiomes, quelle que soit leur structure anatomique, siègent le plus souvent à la peau; d'après Broca, les neuf dixièmes de ces productions seraient situés sur le tégument externe. Le tissu cellulaire sous- cutané en montre assez fréquemment aussi. Les muqueuses et le tissu sous-muqueux, plus particulièrement vers des orifices naturels, celles des lèvres, du nez, de la face interne des joues, celles de la langue, des gencives et de la vulve, sont encore leur siège de prédilection. On en a rencontré aussi dans l'utérus, la vessie, le bassinet, et même le larynx. Parfois il en existe dans les muscles, et les observations de Ch. Robin (i), Cruveilhier (2), Holmes Cootes (3), en ont décrit dans le vaste interne, le deltoïde, le biceps, le grand pectoral, le brachial antérieur, etc. Verneuil (4) en a observé deux cas dans les os; l'une de ces tumeurs siégeait dans le scaphoide du tarse, l'autre sur les deux faces de l'os coxal. Parmi les viscères, c'est le foie qui le plus souvent en présente. Ils font saillie à la surface de l'organe et ont un volume qui varie de-
(1) Ch. Robin, Société de biologie, in série, t. V.
{i} Cruveilhier, Anatomie pathologique générale, 1836.
(3) H. Cootes, Land. med, ga*., 1850. Cité par Broca, Traité de* iumeun^ 1869.
(4; Verneuil, Société anatomique, 1874. Cité par le luéme.
PROCESSUS HYPERTROPHIQUE (SUITE). 405
puis celui d'une noisette jusqu'à celui de la moitié de ce viscère Généralement ce sont des angiomes caverneux. On en rencontre quelquefois dans le rein et la rate, et Schuh (1) a publié l'observation d'une tumeur de ce genre trouvée dans le poumon. Enfin Lebert (2) et Luschka (â) ont relaté chacun un cas de tumeur érectile développée dans le cerveau.
Les angiomes se présentent sous divers aspects lorsqu'on étudie leurs caractères extérieurs. A la peau ce sont tout d'abord des tachesde couleur rouge caractéristique. Tantôt cette couleur est véritablement artérielle, elle disparait sous la pression du doigt et reparaît ensuite. L'étendue des taches de ce genre varie; on en trouve qui ne sont pas plus grosses que des piqûres de puces, d'autres qui occupent toute une moitié de la face et plus encore. Généralement elles sont mal limitées, et leur périphérie se confond par une sorte de dégradation insensible de leur couleur avec les régions voisines. Ces taches, appelées aussi taches de sang, ne font pour ainsi dire jamais saillie à la surface de la peau; mais sous l'influence des cris, de la colère, elles se colorent en rouge plus vif. A côté de ces taches artérielles, il en est d'autres connues sous le nom de taches de vm, qui ont une coloration violacée due au séjour du sang veineux dans les vaisseaux dilatés. Circonscrites ou diffuses, elles ont des dimensions tout aussi variables que les précédentes. La plupart du temps elles font une légère saillie à la surface. Elles ne sont pas habituellement limitées à la peau, mais se propagent jusqu'au tissu cellulaire souscutané. Quand elles siègent à la face, il n'est pas rare de voir la lésion comprendre toute l'épaisseur de la joue et atteindre même la muqueuse buccale. D'aulres fois ce sont de véritables tumeurs faisant réellement saillie à la surface, et presque toujours bien circonscrites. De volume variable, depuis la grosseur d'une tète d'épingle jusqu'à celle d'un œuf de poule, elles sont pédiculées ou adhérentes par une large base. Elles sont toujours congénitales. Ce sont elles que le public non médical compare à des fraises, des framboises, des cerises, des haricots, etc., et dont il trouve l'origine dans un désir non assouvi de la mère pendant la période de grossesse. Quelquefois elles sont mal limitées et possèdent alors une tendance marquée à l'envahissement. Dans le plus grand nombre des cas ces tumeurs ont une couleur rouge vif, parce qu'elles renferment du
(1) Schuh, cité par Comil et HanviAr, loc, cit,
{%) Leberi, Traité d'anatomie pathol. gén, et wpèc.y 1857.
(3j Luschka, tlel>er Cavemau Geschwâltte und Telangiektanen. Cité par Broca.
sang artériel ; cependant certaines d'entre elles, pleines de sang veineux, ont la couleur bleuâtre particulière à ce liquide. Toutes, du reste, jouissent de la propriété érectile et augmentent de volume sous rinfluence des eflbrts et des émotions vives.
Sur les muqueuses, les taches angiectasiques sont assez rares; le tissu cellulaire sous-muqueux étant presque toujours envahi, il se produit une tuméfaction notable de la région. Elles peuvent être diffuses ou circonscrites, mais elles diffèrent généralement de celles de la peau en ce qu'elles sont le plus souvent acquises, les premières étant presque toujours congénitales, et en ce qu'elles renrerment du sang veineux dans la grande majorité des cas.
Quant aux productions vasculaires siégeant dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les muscles, dans les os ou dans les organes internes, elles affectent toujours la forme de tumeurs assez bien limitées et souvent, ainsi que l'a fait voir Virchow, elles sont entourées d'une véritable capsule de tissu conjonctif épaissi.
Les angiomes, surtoutceux delapeau, sont le plus souvent d'origine intra-utérine, ainsi que l'indique le nom de nœvi malerni qu'on leur donne souvent, et il en est de même de ceux du tissu cellulaire sous-cutané. Cependant tous ne viennent pas de cette période, et il est possible d'en voir se développer dans les premières semaines qui suivent la naissance et plus tard, même jusqu'à ITige de quarante ans. Les contusions, les frottements, les brûlures en sont alors souvent la cause, et il n'est pas rare de les voir se produire dans le tissu cicatriciel. Le sexe féminin parait y être plus disposé. Parfois ils sont uniques, mais souvent on en rencontre plusieurs, quelquefois un grand nombre disséminés sur la surface cutanée. On doit à M. Gautier l'histoire d'un enfant chez lequel, un mois après la naissance, on vit douze tumeurs érectiles.
Pour ce qui est des transformations pouvant survenir dans les angiomes, on doit citer l'imprégnation calcaire des parois vasculaires et la transformation kystique. Cette dernière modification, décrite par Hawkins, consiste dans l'apparition dans le tissu morbide de cavités kystiques renfermant un liquide séreux. Ces kystes peuvent être gros comme un pois, comme une noisette et même comme une noix. Ils sont plus ou moins nombreux au sein de l'angiome. Ainsi que l'admettent Holmes Cootes et Broca, ces kystes paraissent résulter de l'oblitération de capillaires préalablement dilatés. Le san<r primitivement inclus aurait perdu ses globules, sa fibrine, et il ne resterait plus que le sérum.
PROCESSUS HYPERTROPHIQUE (SUITE). 407
Comme les vaisseaux sanguins, les vaisseaux lymphatiques peuvent être atteints par le processus hypertrophique. Il en résulte des tumeurs désignées par Virchow sous le nom de lympliangiotnes^ dans lesquelles on a pu rencontrer, en même temps qu'une dilatation des vaisseaux anciens, la production de nouveaux canaux de la lymphe. Leur histoire est encore très-imparfaite; Cornil et Ranvier, qui les décrivent, leur assignent les caractères suivants : ce sont des tumeurs molles, fluctuantes, qui adhèrent ou non à la peau et sont formées par un lacis de vaisseaux lymphatiques communiquant entre eux et donnant ainsi lieu à un tissu caverneux rempli de lymphe. Virchow rapporte à la dilatation en masse des lymphatiques de la langue et des lèvres les affections connues sous les noms de macroglossie et de macrochilie. Des tumeurs de ce genre ont été décrites par Fetzer dans la paroi abdominale et au pli de Taine. Demarquay, Michel et Thilesen, tous auteurs cités par Cornil et Ranvier, en ont également signalé des exemples.
Quand le processus hypertrophique s'attaque au tissu musculaire à fibres striées, toujours, pour ainsi dire, c'est la forme diffuse qu'il revôt. Les hypertrophies des mtisdes slriéSy à l'état circonscrit et sous forme de tumeurs, sont en effet d'une excessive rareté. Ces tumeurs, que l'on désigne sous le nom de myornes à fibres striées^ et que Zenker'(l) appelle rhabdomyomes sont totalement niées par Ch. Robin (:2). Virchow (3) cependant croit qu'on en rencontre, quoique très-rarement, à l'état congénital dans le cœur ; mais la description qu'il en donne n'entraîne pas la conviction, et les cas de myomes des muscles de la périphérie rapportée par Billrolh (4) ei Buhl (5), même d'après Virchow, paraissent être dos tumeurs de tout autre nature. La forme hypertrophique diffuse, au contraire, est trèsfréquente; elle se montre dans le cœur, la langue, les muscles périphériques. Toujours elle est le résultat de la suractivité fonctionnelle des muscles. Elle consiste en une augmentation de volume des fibres anciennes et dans la production de nouveaux éléments musculaires.
V hyper trophie diffuse des fibres musculaires lisses revêt le même caractère. Elle consiste dans l'augmentation de volume des fibres anciennes et la production de nouveaux éléments. Cette hypertrophie
(!) Zcnkcr, Veber die Verànderungen der willkûrlichen Muskeln, etc. Cilc par Virchow.
(2i Ch. Rohin, Programme du cours d'histologie.
(3) Virchow, loc. cit.
(i) Billroth, Virchow'8 Ardûv., 1856
Js) Buhl, Zeitsch. fur Biologie, Cité par Virchow, loc. ctt
a son type physiologique dans le développement de l'utérus pendant la grossesse. Pendant cette période, en effet, d'après les recherches de Meckel (1), la matrice devient vingt-quatre fois plus considérable, et les parois s'épaississent constamment jusqu'au cinquième mois
(Kg. 83 et 84). C'est dans le tissu musculaire que se manifestent les principaux changements. Comme l'a fait voir Kôlliker (% les éléments anciens deviennent de sept à onze fois plus longs et de deux à sept fois plus larges. De plus, pendant la première moitié de la grossesse surtout, on trouve, dans les couches profondes du tissu musculaire, une quantité considéi^able d'éléments nouveaux présentant les caractères des fibres-cellules et mesurant de 0""",04 à 0"',06. En même temps le tissu conjonctif interstitiel s'hypertrophie également. Â l'état pathologique le processus en question s'observe dans l'œsophage, l'estomac, la vessie, et dans les petites artères, ainsi qu'il résulte des recherches de Johnson (â) dans la maladie de Bright. C'est à la suite d'une suractivité fonctionnelle, occasionnée par des obstacles matériels dans les canaux où siège le tissu musculaire lisse, qu'on le voit le plus fréquemment s'hypertrophier. D'autres fois, les congestions fréquentes ou durables en ont été la première cause. Dans tous ces cas la lésion se comporte comme dans l'utérus gravide, c'est-à-dire que les fibres anciennes augmentent de volume, qu'il s'en produit de nouvelles, et qu'en même temps le tissu conjonc i participe au processus morbide.
L'hypertrophie circonscrite sous forme de tumeurs est assez fré-
(1) J.-F. Meckel, Anat, IV.
(2) Kôlliker, ZeiUchr. f. wisê. Zool.^ I.
(3) Johnson, Royal med. and chir. Soc., 1867. Cité par Chie et Vagner, loe. cit.
FiG. 83. — Éléments musculeux d*un utérus au cinquième mois de la grossesse : a, (Ibres-cellules formatrices des fibres musculaires; — 6, jeunes cellules; — c, fibres-cellules développées. Grossissement de 350 diamètres (KoUikerj.
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quenle. Autrefois on les considérait, avec Bayle (1), comme des tumeurs fibreuses, d'où le nom de corps fibreux qui leur a été souvent donné et qui paraît encore être accepté par Bennett (2) ; MùUer (3) les a appelées tumeurs desmoïdes, et Rokitanski (4) les nomme fibroîdes. Ce sont elles qui sont appelées leiomyomes par Zenker. Je crois préférable, avec Cornil et Raiivier, de les nommer myomes à fibres lisses. On les rencontre dans un certain nombre d'organes.
Au point de vue de la fréquence, il faut, avant tout autre organe, citer l'utérus et ses annexes. Indépendamment des hypertrophies générales pathologiques de l'utérus que l'on peut observer en dehors de la grossesse, parfois même chez les jeunes filles, où elles coïncident souvent avec l'augmentation de volume des ovaires ; indépendamment encore des hypertrophies partielles siégeant au col et survenant plus spécialement dans les prolapsus utérins; indépendamment aussi de l'hypertrophie portant sur l'une ou l'autre des lèvres du museau de tanche, pouvant ou non revêtir une forme polypeuse, on voit se développer dans cet organe de véritables tumeurs circonscrites de nature musculaire. Elles siègent le plus souvent dans le corps, rarement dans le col. lien existe trois formes distinctes. Les unes se dirigent vers la cavité utérine, elles sont dites sousmuqueuses ; les autres vers la cavité abdominale, on les nomme sousséreuses; les dernières, appelées aussi interstitielles ou intramu' raies (5), séjournent dans l'épaisseur même des parois utérines. Ces formes diverses, du reste, peuvent se rencontrer ensemble dans un même utérus, et le nombre des productions morbides dont il s'agit est souvent considérable. Cruveilhier (6) et Kiwisch (7) en ont trouvé quarante sur le même sujet.
Les myomes sous-muqueux naissent généralement au milieu des fibres situées tout contre la muqueuse elle-même. Il se forme d'abord un petit nodule qui s'agrandit de plus en plus en soulevant la muqueuse qui le recouvre et prédominant dans la cavité utérine, où il apparaît comme un polype à large base d'implantation. Plus tard, la tumeur devient souvent pédiculée et adhère à l'organe par ce point
(1) Bayle, Joum. de tnéd. ehir, pharm.<, t. V.
(2) Bennett, loc, cU.
(3) Joh Mullcr, Ueber den feineren Bau der GeschwiUiU. Cité par Vîrchow, loc. eU-
(4) Rokitanski, Handbuch der path. Anat., XWi. Id.
(5) Simpson, Obsietric memoirs. Cité par Virchow, loc. cit.
(6) Cruveilhier, loc. cit.
il) Kiwisch, cité par Virchow, loc. dt.
d'attache parfois épais et charnu, parfois aussi mince et libreux. Le volume de ces produclions varie : on en trouve qui mesurent 8,10,12cenlimèlres de longueur, d'autres beaucoup plus petites. Arrondies dès leur début, elles deviennent plus lard ovoïdes. Généralement elles soni solitaires. A mesure qu'elles se développeni, elles remplissent la cavité ulcrinc, qu'elles dilatent progressivement. Ultérieurement elles s'insinuent dans le col, Tranchissent son orifice et viennent faire saillie dans le vagin, où Tcicamen les fait rcconnaitie. Ces tumeurs, du reste, ont le plus souvent une consistance assez résistante, mais sans induration réelle; elles ne sont pas lobulées et montrent parfois dans leur épaisseur de véritables cavités kystiques. Ces myomes polypeux sont susceptibles de se détacher spontanément, ainsi que l'ont établi Levrel et autres auteurs. Ils sont alors expulsés par les contractions de la matrice.
Les myomes sous-séreux, appelés encore péritonéatix, apparaissent comme de petites éle^nires dans les couches les plus externes des parois de la matrice. Plus lard ils refoulent le tissu sous-séreux et font saillie à la surface de l'organe. Leur grosseur est variable; elle est du volume d'une noix, d'une orange, d'une tile d'enfant. Ils sont presque toujours pédicules. Dans les premiers temps, le pédicule renferme du tissu musculaire, mais plus lard celui-ci disparaît, et il ne reste plus que du tissu sousséreux assez Idche. Le fond de l'utérus, sa face postérieure, ses parties latéi'alcs, sont, par ordre de fréquence, les régions où prennent naissance ces productions morbides. Le plus souvent on en rencontre un grand nombre chez
Frc. 81.— a, libres-tel lui es musculaire» d'un ulérus gravide bu sî:iiènie mots;— ft, portion moyenne d'unetflbrc Irailée par l'acide acéliquc, et montrant une apparence d'entelofipe; — c, aojva des fibres-cellules. Grosiissement de 350 diamètrei (KSIliker).
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le même sujet, et elles coïncident souvent aussi avec des myomes sous-muqueux ou interstitiels. Leur consistance habituelle est une grande dureté. Ces myomes, au bout d'un certain temps, par l'amincissement progressif de leur pédicule, peuvent se détacher de la surface utérine et tomber dans la cavité péritonéale.
Les myomes intersliiiels ou intrapariétaux (Virchow) font parlie intégrante de la paroi utérine au sein de laquelle ils se développent, au moins dans les premiers temps. Leur volume est souvent extrêmement considérable ; on en voit qui font prendre à l'utérus des dimensions semblables à celles qu'il atteint dans la dernière période de la grossesse; d'autres, tout en étant très-volumineux, produisent l'atrophie de cet organe. Walter (1) a décrit une de ces tumeurs qui pesait 74 livres. Ces grands myomes sont très-souvent solitaires ; mais lorsqu'il en existe de petits, le plus habituellement ils sont nombreux. Généralement c'est dans la paroi postérieure qu'ils prennent naissance ; on en trouve aussi dans le fond, et rarement sur la face antérieure. Leur forme est presque toujours ronde, parfois cependant ovoïde et même cylindrique. Ces tumeurs, par la pression constante qu'elles déterminent sur le tissu de l'organe, en amènent fréquemment l'inflammation suppurative. Il peut se faire alors que leurs connexions avec les parties voisines se détruisent et que finalement elles tombent dans la cavité utérine. Cette même pression, du reste, peut atrophier et user progressivement, sans production de pus, les tissus limitrophes, processus qui aboutit encore au même résultat. Dans ces cas les myomes provoquent bientôt des contractions très- énergiques de l'utérus et peuvent ainsi être expulsés par un mécanisme semblable à celui d'un véritable accouchement. Les myomes interstitiels peuvent subir la transformation kystique et la crétification ; dans ce dernier cas ils constituent les calculs utérins.
La prostate est l'organe dans lequel, après l'utérus, se développent le plus fréquemment les myomes à fibres lisses. C'est la partie postéro-supérieure de la glande qui en est- le plus souvent le siège, et dans cette région on voit se former une tumeur proéminente et faisant une saillie qui s'oppose à l'évacuation de l'urine et même au cathétérisme. Cette production morbide est fréquente chez les vieillards. Li tumeur est ronde et plate au début, mais plus tard elle est sphérique, proémine dans la vessie et devient parfois le point
(1) Walter, Ueber fibrôte Kôrper. Cité par Virchow, loc, cit.
de départ de myomes secondaires. Son volume est habituellement celui d'une forte noix. Les lobes latéraux de Torgane sont aussi parfois le siège de tumeurs de ce genre qui s'en vont faire saillie vei^ le rectum ou les régions latérales.
Dans le tube digestif, ainsi que Vogel (i) Ta établi le premier, on voit se développer des myomes sur les parois de l'œsophage, de l'estomac et de l'intestin grêle. Les tumeurs nées dans les tuniques musculeuses de ces organes se développent vers leur cavité, soulèvent la muqueuse et font saillie dans l'intérieur en proéminant plus ou moins. Très-souvent elles deviennent polypeuses. Elles peuvent affecter une forme sphérique ou même cylindrique. Le plus souvent elles ont une grande dureté. La peau elle-même peut enfin présenter des tumeurs de ce genre. C'est dans les régions de cette membrane où le tissu musculaire est le plus développé, qu'on les a rencontrées. Virchow (2) en a trouvé chez un homme au voisinage du mamelon; Fœrster (3) en a rencontré dans le scrotum. Ces myomes avaient ime consistance molle.
Les myomes à fibres lisses se présentent sous forme de tumeurs généralement lisses, parfois lobulées, d'une coloration blanchâtre ou blanc rougeâtre, en rapport avec la quantité de sang qu'ils renfermept. Leur consistance varie, et, sous ce rapport, il convient de les diviser en myomes durs et myomes mous. La caractéristique de ces tumeurs est la présence dans leur intimité de fibres-cellules, reconnaissables à leur noyau allongé en forme de bâtonnet, rendu très-apparent par l'acide acétique. A côté de ces éléments spécifiques, on trouve toujours une proportion plus ou moins considérable de tissu conjonctif dont la quantité est en rapport avec la dureté ou la mollesse de la production morbide. Lorsque le tissu conjonctif est peu abondant, la tumeur est molle, et les libres-cellules sont disposées en faisceaux qui ont une direction rectiligne et parallèle; au contraire, lorsqu'il y a une très-grande proportion de ce tissu, le myome est dur, c'est un fibro-myome, et les éléments musculaires, toujours réunis en faisceaux, sont sinueux, repliés sur eux-mêmes, et affectent une direction irrégulière. Les myomes sont susceptibles de présenter des changements subits de volume et de consistance en rapport avec la contractilité de leurs éléments constitutifs. Quand ils
(i) Voj^cl, Palh. atiat. Citi par Virchow, loc, cit.
(2j Virchow, loc. cit.
(3) Fœrslcr, Wiener med. Wochenschr., 1858.
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se contractent, ils diminuent de volume, deviennent durs et moins gorgés de sang. Quand ils se relâchent, ils sont plus rouges, plus mous et plus volumineux. Ces tumeurs, du reste, sont bénignes et ne récidivent pas après leur complète extirpation. Leur présence n'est une source de dangers pour l'organisme qu'autant qu'ils gênent des fonctions indispensables à la vie, ou que par leur volume et les accidents de suppuration ou d'hémorrhagiés qu'ils entraînent, ils arrivent à amener TafTaissementde l'organisme.
V hypertrophie du tissu nerveux est un fait assez rare en pathologie. Malgré les descriptions que donnent les anciens auteurs de l'hypertrophie du cerveau et de celle de la moelle épinière, il est très-difïicile d'y reconnaître le véritable processus morbide que nous étudions, au moins dans sa forme diffuse avec augmentation de volume et de nombre de tous les éléments anatomiques constitutifs. Un très-grand nombre des cas décrits sous le nom d'hypertrophie du ceneau, par exemple, se rapportent soit à l'augmentation du volume de l'organe tenant à la distension des ventricules par un liquide (hydrocéphalie), soit à cette augmentation résultant du début de la sclérose. Théoriquement, on peut concevoir l'hypertrophie cérébrale consécutive à la suractivité fonctionnelle du cerveau, mais l'anatomie pathologique n'a pas encore donné une démonstration satisfaisante de cette lésion. 11 en est de même pour la moelle épinière, pour laquelle on a décrit souvent, comme lésions hypcrlrophiques, des augmentations de volume tenant à une tout autre cause, le plus souvent à la sclérose spinale généralisée ou circonscrite. Pour cet organe, cependant, il existe certains exemples d'hypertrophie d'origine congénitale qui paraissent devoir être pris en considération. Les cas du docteur Uccelli (de Florence) (1), d'Andral (2), de Bisehoir(â), qui ont montré une augmentation de l'épaisseur de la moelle ; ceux de Morgagni (4), Hutchinson (5), Meckel (6)*, Bécfard(7)etOllivier(d'Angers)(8).signalantraugmentationdelongueur de cet organe dans le spina bifida, sont des exemples de ce genre.
(I) Uccelli y Clinique externe de l'hôpital Sania-MarithNuova de Florence, 1823. {%) Andral, art. Moelle épinière (Dict. de méd. en 21 vol., 1829). (3) BischofT, in Kmoblaucb, De neuromate et ganglii$ accessorOs seris adjecto cujuêris generis casu novo atque insigne (Dissert, inaug. Francop. am Main, 1843). (•i; Morgagni, De sedibus et eausis morborum, 1765. ^5) Hutchinson, New Lond. med, Joum., t. I. (5) Meckel, Handbuch der path. Anat, (7) Béclard, Mémoire sur le» acéphales, 1815. (8j OUivier (d'Angers), De la moelle épinière et de ses maladies, 1837.
myéliniques et de névromes amyéliniques. Cet auteur, du reste, pense que les névromes fascicules peuvent revêtir successivement ces deux formes anatomiques, qui alors seraient des phases évolutives. En acceptant cette manière de voir, qui a été formulée par Wedl (1), les tumeurs nerveuses amyéliniques ne seraient que des névromes arrêtés dans le premier stade de leur développement.
Les névromes se développent dans les cas de sections des nerfs non suivies de cicatrisation. Dans les moignons d'amputation on trouve sur les extrémités des nerfs coupés de petites tumeurs arrondies ou ovoïdes, d'un volume variant entre celui d'un pois et celui d'une prune, dans la constitution desquelles, comme l'ont établi Valentin (2), Lebert (3), Gùnsburg (4) et Wedl (5), entrent des tubes nerveux à moelle et des fibres de Remak. Ces tumeurs sont parfois complètement indolores ; d'autres fois, au contraire, elles sont d'une grande sensibilité et peuvent être le point de départ de névralgies très-rebelles. La ligature des nerfs, leur section avec écartement des extrémités, leur section partielle, leurs contusions, peuvent être le point de départ de tumeurs de ce genre. Dans tous ces cas, la production hypertrophique reconnaît une origine traumatique; aussi lui donne-t-on le nom de névrome traumatique [Smith (6)]. On peut rencontrer ces tumeurs dans d'autres circonstances. Dans les cas d'éléphantiasis congénital ou acquis, comme l'ont montré les observations de Verneuil (7), Billrolh (8), Chélius (9) et autres auteurs, on peut voir se développer des nodosités sur le trajet des nerfs; ces nodosités souvent sont de véritables névromes. D'un autre côté, des névromes multiples apparaissent parfois sans cause bien déterminée sur plusieurs points d'un même nerf (névromes en chapelet de Lebert) , dans toutes les branches d'un même tronc, dans les dépendances d'un même plexus ou dans des régions très-différentes. Un grand nombre de ces cas sont congénitaux ou héréditaires. Le grand sympathique n'échappe pas à la production de ces tumeurs. Les
(1) Wedl, Zeiischr. der Ces. Wiewr .£rUe, 1855. Cité par Virchow, loc. àt.
(2) Valentin, Uhrbuch der Physiologie.
(3) Lebert, Traité d'anaL path.
(4) Giinsburg, loc. cit.
(5) Wedl, loc. cit.
(6) Smith, A treatise on the pathology, diagnotis and Ireatment of neuroma, 1849.
(7) Verneuil, Arch. gen. de méd., 18C1. Depaul et Verneuil, Arch. gén. de med.,
(8) Billroth, Arch. fur Klin. CJiirurg., 1863.
(9) Chélius, Heildelb. Klin. Annalen. Cilé par Virchow, loc. cit.