PROCESSUS HYPERTROPHIQUE (SUITE). AM
observations de Cruveilhier (1) et de Lobstein (2) sont concluantes sous ce rapport. Le nombre de ces productions peut être Irès-consi- . dérable : on en a compté de 500 à 800 chez un même sujet.
Les névromes n'ont de gravité que par la gêne qu'ils apportent au fonctionnement des nerfs sur lesquels ils se sont développés. En général ils abolissent ce fonctionnement ; le fait est démontré pour les névromes développés sur le nerf acoustique, qui sont suivis de la perte de l'audition. On comprend également que la compression qu'ils exercent sur le trajet des nerfs puisse être suivie de paralysie de la sensibilité et du mouvement, et qu'à la longue l'atrophie des parties privées d'innervation puisse être la conséquence d'un semblable étal. D'un autre côté, par les douleurs qu'ils déterminent quelquefois, ils sont capables d'altérer profondément la santé générale, et leur multiplicité peut leur donner une gravité réelle. Ces tumeurs, du reste, ne récidivent pas après l'opération. Quant aux productions de cette nature siégeant dans le cerveau ou la moelle épinière, elles ont forcément, eu égard à leur siège, une gravité tout exceptionnelle, sur laquelle il est inutile d'insister ici.
V hypertrophie du tissu cartilagineux offre les formes diffuse et circonscrite que vous connaissez. L'hypertrophie diffuse consiste dans l'épaississement et l'agrandissement des cartilages normaux. On l'observe dans les cartilages costaux et dans ceux de la trachée et des bronches. Les bronchites chroniques s'accompagnant de dilatation des tuyaux aériens, bronchectasie, sont des causes puissantes de l'hypertrophie des cartilages de ces organes. L'hypertrophie circonscrite aboutit à la formation de tumeurs cartilagineuses, généralement de petit volume, auxquelles il convient de donner, avec Virchow (â), le nom d'ecchondroses. Ces tumeurs diffèrent par leur origine de celles que l'on connaît sous la dénomination d'endiondrames, en ce que toujours elles proviennent de cartilages permanents dont elles sont une réelle hypertrophie partielle; les enchondromes, qui résultent toujours d'une génération hétérotopiquc de tissu cartilagineux, tiennent à des vices de l'évolution plus spécialement et ne rentrent pas dans le cadre de cette leçon.
Les ecchondroses se montrent sur les cartilages costaux chez les vieillards. Elles y forment de petites saillies souvent très-nombreuses,
(1) Cruveilhier, Atlas d'anal, path,
{^) Lobstein, De nervi sympaiheiici humani fabrica. Cité par Vircl;ow, loc. cit.-
(3) Virchow, Unlersuchunffen ûber die Entwicktlung des Schàdelgrundes, 1857.
mais dont le volume ne dépasse jamais celui d'une petite pomme (Virchow). On les trouve aussi sur les symphyses, notamment à la symphyse pubienne, où elles prennent naissance à la face postérieure pour venir faire saillie dans la cavité du bassin. Les cartilages du larynx, de la trachée et même des bronches en présentent parfois qui font saillie sous forme de petites tumeurs souvent polypeuses, et refoulent la muqueuse dans la cavité du conduit aérien. Enfin sur les cartilages articulaires il s'en développe assez fréquemment. Ces dernières sont très-importantes à connaître, parce qu'elles aboutissent très-souvent.^ la formation des cor;}s libres inlra-ariiculaires. C'est dans l'articulation du genou qu'on les rencontre le plus souvent ; ils sont cause fréquemment de grandes douleurs et de l'impossibilité du fonctionnement de l'articulation.. Solitaires habituellement, ils peuvent exister parfois en grand nombre dans une même jointure. Virchow en a trouvé soixante dans un genou, et Ilaller vingt dans une articulation temporo-maxillaire. Ces corps libres des articulations résultent de la production, vers la périphérie du cartilage articulaire, de petites excroissances polypiformes dont l'extrémité libre se renfle de plus en plus. Au bout d'un certain temps, ils sont pendants dans l'articulation, et les mouvements qui s'y passent finissent par user le pédicule, qui se rompt en dernier lieu et les rend alors complètement libres. Toutes les ecchondroses articulaires cependant ne suivent pas cette marche. 11 en est qui, implantées par une large base, restent toujours adhérentes. Elles forment alors des excroissances plus ou moins volumineuses, et variables de forme, faisant saillie dans l'article, dont elles gênent parfois considémblement les mouvements. 11 serait faux de croire, messieurs, que tous les coi'ps libres des articulations reconnaissent l'origine que je viens de vous indiquer. Il en est qui, tout en ayant la structure cartilagineuse, proviennent de la synoviale ou du périoste : ce sont alors des tumeurs de natui^ hétérotopique ; il en est d'autres qui ne sont que des fibromes. Les accidents traumatiques et les inflammations des jointures sont les causes originelles de ces productions morbides.
La structure des ecchondroses est celle du tissu cartilagineux. Ce sont des masses hyalines ou parfois fibroides, creusées de cavités (chondroplastes) dans lesquelles on trouve des cellules petites et souvent très-nombreuses. Ces tumeurs se crétifient très-fréquemment à leur centre.
PROCESSUS HTPERTROPHIQOK (SUITE). Ai*