‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 46 sur 82 · DE LA PLÉTHORE · texte numérisé non relu

DE LA PLÉTHORE

Deux ordres de causes peuvent aboutir à la création de l'état pléthorique. Les premières réalisent la maladie en exagérant l'assimilation générale du sang, et c'est ici qu'il faut signaler l'influence d'un régime trop succulent. Les gros mangeurs, les buveurs, et surtout les buveurs de bière, sont les sujets chez lesquels on voit se développer la pléthore. Les secondes agissent en diminuant la désassimilation. C'est ici qu'il convient de placer l'oisiveté, l'absence de travaux corporels ou intellectuels; les matériaux du sang servant à la nutrition du système nerveux ou des muscles, ne se trouvant pas consommés dans ces cas, s'accumulent dans le milieu intérieur, dont la masse totale s'accroît bientôt par le fait. La vie sédentaire, le sommeil trop prolongé, pendant lequel la nutrition encéphalique, je vous l'ai dit déjà, est réduite à son minimum, sont également des causes rentrant dans cette catégorie. C'est également en diminuant les pertes pour le milieu intérieur qu'agit la suppression des hémorrhagies, physiologiques ou acquises, menstrues, fluxhémorrhoïdaire, suppressionaboulissantàla rétention d'une certaine quantité de sang dans le système circulatoire. C'est précisément par le fait de cette cause que l'on voit se développer si fréquemment la pléthore chez les femmes à l'époque de la ménopause.

En dehors de ces causes de la pléthore, il en est d'autres qui sont tout à fait individuelles et qui établissent une véritable prédisposition à contracter cet état morbide. L'âge et le sexe ne sont pas sans influence ici, et l'on sait que chez les femmes, peut-être en raison de leur vie sédentaire, que chez les sujets arrivés à l'âge adulte, probablement à cause de la cessation des phénomènes d'accroissement total de l'organisme, on voit la pléthore survenir avec facilité. D'un autre côté, comme l'ont reconnu Roche (1) et Andral (2), il faut admettre que les conditions héréditaires jouent un très-grand rôle dans le développement de celte afl'ection, et que souvent l'on rencontre des sujets pléthoriques chez lesquels, pour justifier l'établissement de la pléthore, on ne trouve aucune des causes dont je vous ai parlé tout d'abord.

Les lésions anaiomiques de l'état pléthorique se rapportent à l'étude du sang dans cette aflection. Or, à ce propos je vous ai déjà dit qu'il était impossible d'évaluer en chiflres l'augmentation de la quantité du sang. C'est donc, par le fait, sur les modifications de na-

i\) Boche, Diction, de tnéd. et de chir. prat., art. PLÉmoftE. (3) Andral, loc^ cit.

ture de ce liquide que doit porter Texamen. Sous ce rapport on peut dire que, d'une manière générale, dans la pléthore vraie on ne constate pas de variations chimiques ou anatomiquesbien accentuées dans la constitution du milieu intérieur. Lorsque par la saignée oc extrait du sang chez un sujet pléthorique, ce sang, disent les auteurs, fournit un caillot volumineux; mais en quoi peut-on faire consister cet état volumineux du caillot? Les points de comparaison doivent faire défaut ici. Le sang d'une saignée se prend toujours en une seule masse, et si Ton veut parler du volume du caillot après la rétraction de celui-ci et la séparation du sérum, je crois qu'il est difficile de comparer le sang pléthorique au sang normal extrait dans des conditions identiques, puisqu'on ne pratique guère la saignée chez des sujets en bonne santé. Les auteurs ne s'expliquent pas à cet égard. Le volume du caillot doit dépendre du reste, d'une part, de la quantité de fibrine produite par le dédoublement de la plasmine, et, d'autre part, de la proportion des éléments anatomiques, globules rouges et blancs, en suspension. L'examen simple du caillot prouve déjà que la fibrine n'est pas augmentée d'une manière considérable, puisque ce caillot ne présente jamais de couenne. 1^' plus, les recherches d'Andral et Gavarret ont établi que dan^ la pléthore il n'y a pas augmentation de la fibrine du sang. Dans leurs analyses, ces auteurs l'ont rencontrée en moyenne à la dose de ij pour 1000, alors qu'à l'état normal cette substance varie de 3 à 4 pour iOOO. A la vérité, ces mêmes auteurs ont noté dans le sanjr pléthorique l'augmentation du nombre des éléments globulaires, qui de 1^7 pour 1000, chiffre normal, pouvaient aller, suivant eux, jusqu'à la moyenne de 1 41 pour 1000. Ces données toutefois ont été très-fortement attaquées dès 4844 par Becquerel et Rodier (1), qui, reprochant à Andral et Gavarret de n'avoir pas indiqué le chiffre normal des globules dans les deux sexes et montrant que chez l'homme il est de 141 pour 1000, et chez la femme, de 427, établissent, comme conclusion de leurs recherches, que dans la pléthore il n'y a pas élévation du nombre des globules rouges du sang, mais simplement augmentation de la masse totale de ce liquide.

En dehors de données scientifiques précises on comprend cependant que dans l'état pléthorique certaines modifications de la constitution chimique et anatomique du sang, modifications très-légères toutefois, puissent se produire. La pléthore, il ne faut pas l'oublier,

(\) Becquerel et Rodier, Ga^tte médicale , 1844; — Traité de chimie pathologique^ 18if.

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