‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 47 sur 82 · DE LA PLÉTHORE · texte numérisé non relu

DE LA PLÉTHORE

tient à roxa^ération définitive de Tassimilation sur la désassimilation dans le milieu intérieur. On conçoit donc que, sous l'influence de * cette modification dans les échanges se produisant normalement dans ce milieu, on puisse voir, ainsi que l'indique Gautier (i), les matériaux solides du sang augmenter un peu, la proportion des matières minérales s'élever et le nombre des globules être légèrement au-dessus de Tétat normal. Ces modifications cependant ne paraissent jouer aucun rôle dans révolution pathologique de cet étal morbide, ni dans les symptômes qu'il détermine, et, comme Gautier luî-mèmc le signale, les accidents de la pléthore semblent plutôt dus à la réplétion du système vasculaire qu'à la composition anormale du sang.

Les symptômes que nous révèle la clinique chez les sujets pléthoriques accusent tous la réplétion exagérée du système vasculaire. Ces sujets ont en général de l'embonpoint ; ils sont fortement colorés, ont les yeux brillants et le teint animé. Chez eux, les artères,, plus distendues qu'à l'état normal, donnent un pouls large et fort, les veines s'accusent d'une manière plus accentuée à la surface de la peau, et les battements du cœur sont très-énergiques. Suivant M. Piorry, le cœur et le foie, plus gorgés de sang qu'à l'état physiologique, manifestent une augmentation de volume que la percussion |)ermet d'apprécier. Ces symptômes sont ceux qui se remarquent dans les cas ordinaires de la pléthore, dans ceux où la masse du sang, médiocrement accrue, ne fait que dilater d'une manière restreinte les divers canaux du système vasculaire. Lorsque la pléthore ne produit que ces effets, on ne peut guère la considérer comme un véritable état morbide, car le plus habituellement les sujets n'en souffrent pas. C'est alors en réalité l'exagération simple du tempérament sanguin.

Mais à un degré plus élevé l'augmentation de la quantité de sang aggrave tous ces effets et produit des troubles souvent très-sérieux. Les symplôines qui surviennent alors se déclarent plus particulièrement vers les organes dont le peu de consistance permet une dilatation plus marquée des vaisseaux capillaires. Du côté du cerveau, on constate une véritable torpeur des fonctions intellectuelles, une tendance habituelle au sommeil, qui est pénible et souvent agité par des rêves incessants. Parfois les troubles fonctionnels se marquent davantage, et Ton voit survenir des douleurs de tète, des

(1) A. Gautier, Chimie aj/pliquée à la physiologie, à la pathologie et à l'hygiène, 1874.

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bourdonnements d'oreilles, des éblouissements et même des ver- * tiges. La respiration, en raison de la dilatation facile des capillaires du poumon, est également troublée dans son fonctionnement. Il n'est pas rare en effet dans ces cas d'observer de la congestion à la base des poumons, congestion se traduisant par de l'oppression, de l'essoufQement et quelquefois une dyspnée assez marquée, tous phénomènes qui s'aggravent sous l'influence des mouvements ou de l'eflbrt. Le plus habituellement les sécrétions organiques ne sont pas modifiées dans l'état pléthorique ; cependant parfois les urines el les sueurs sont plus abondantes.

Tous ces symptômes, comme je vous l'ai indiqué, sont les conséquences de la réplétion du système circulatoire et de congestions s'accentuant plus spécialement vers tel ou tel organe, ou bien intéressant tous les organes à la fois. Les congestions existent manifestement dans ces cas, puisque on peut les produire expérimentalement, comme l'ont fait Cl. Bernard et autres physiologistes, en augmentant la masse totale du sang chez des animaux, soit par la transfusion, soit par l'injection d'eau dans le système vasculaire. Lorsqu'elles sont poussées à leur maximum, il peut, comme dans les expériences en question, se produire des ruptures vasculaires d'origine purement mécanique. Les hémorrhagies sont donc assez fréquentes dans l'état pléthorique, et c'est pour celte raison que tous les auteurs signalent la tendance aux hémorrhagies comme symptôme de la pléthore. Les ruptures vasculaires se produisent le plus habituellement du côté de la muqueuse nasale en raison de la grande vascularité de cette membrane; cependant chez les sujets qui doivent leur état pléthorique à la suppression du flux hémorrhoidaire, on peut les constater dans le cerveau et le poumon ; et chez les femmes, la pléthore qui suit la cessation des règles s'accompagne d'hémorrhagies du côté du poumon ou de l'estomac.

Dans le traiteme^it de la pléthore l'indication causale demande le rétablissement des conditions assurant pour le sang un état d'équilibre entre l'assimilation ou la désassimilation. S'il y a exagération de l'assimilation, il faudra surveiller l'alimentation, s'opposer aui excès de table et instituer un régime plus particulièrement végétal. Le défaut de désassimilation réclamera le rétablissement des hémorrhagies naturelles ou acquises, l'exercice musculaire, la vie active. Ces deux ordres de moyens, du reste, devront toujours être employés concurremment, puisque tous deux ils tendent à régulariser les phénomènes de la nutrition générale. L'indication morbide consistera

à diminuer la masse du sang, soit directement à Taide des saignées locales ou générales, soit indirectement par les purgatifs drastiques, les sudoririques,qui font perdreau sang une certaine quantité d*eau. 11 faut toutefois bien le constater ici, l'indication morbide ne peut agir que d'une manière instantanée, pour parer à un danger de congestion cérébrale ou pulmonaire créé par l'état pléthorique ; mais si les causes persistent, les moyens qu'elle emploie ne pourront s'opposer au retour de cet état, la masse du sang se réparant alors très-rapidement. Toutefois il est évident que ces moyens rendront de grands services et plus particulièrement chez les sujets dont l'état pléthorique reconnaît une origine héréditaire.

Nous avons terminé l'histoire des processus morbides liés à l'exagération de la quantité de sang dans les territoires vasculaires. jNous allons poursuivre notre tâche en étudiant un processus morbide complexe paraissant réaliser ces deux états de circulation et par conséquent amenant par lui-même les divers phénomènes de dégénérescence et d'hypertrophie des tissus organiques que jusqu'ici nous avons passés en revue. Je veux parler de l'inflammation. Cette étude est difficile, messieurs; mais, en raison de la grande importance de ce processus morbide et de la nécessité de le connaître d'une manière précise, vous y apporterez, je l'espère, toute votre attention, et de mon côté je tâcherai d'être aussi clair que possible.

De rinflammation (1), étude cxpiM-iineiilalc.

Messieurs,

Sous le nom d'inflammation on doit désigner, depuis les recherches modernes, un processus morbide caractérisé par un trouble de la circulation capillaire amenant la réunion, dans les territoires vasculaires, de l'anémie locale et de l'hyperémie, avec prédominance de l'un ou de l'autre de ces états circulatoires, suivant la nature des causes qui ont amené le processus morbide. Ce trouble de la circulation, lorsque l'anémie domine, est toujours accompagné de modifications destructives plus ou moins avancées dans les éléments normaux de la région, et de la production d'un liquide, dit exsudât, au sein duquel se montrent par genèse des leucocytes. Il aboutit à l'apparition d'élé-

(1) Inflammation, df* mpammare. Synonymc5 : pA/or/offf (9X0C, flamme), pA/fj/mMte (oXt^w, je brûlr).

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ments nouveaux, en même temps qu'à l'augmentation de volume des éléments anciens (hypertrophie), quand, au contraire, il y a prédominance de Ihyperémie.

Celte définition du processus inflammatoire me parait l'exposé simple des faits tels qu'ils se présentent à l'observation dans le? tissus vasculaires ; et lorsqu'il s'agit des tissus non vasculaires dans lesquels on ne peut, au sens strict du mot, parler ni d'anémie, ni d'hyperémie, elle trouve encore son application, si l'on veut remplacer ces expressions par celles d'excès ou de défaut des matériaux de nutrition. En réalité donc, l'inflammation est un trouble de la nutrition des éléments anatomiques, trouble suivi, comme d'habitude, de perturbations dans les actes de développement et de génération de ces mômes éléments. Le plus souvent, comme nous le verrons du reste, ce sont les conséquences de l'anémie signalée plus haut qui dominent, et ce n'est que dans les inflammations légères que l'on voit survenir les conséquences de l'hyperémie. L'étude expérimentale de ce processus morbide que je vais vous exposer vous fera saisir, je le crois, cette manière d'interpréter lesfaiU.

Lorsque, à l'exemple de Hastings (1), de Magendie (2), de Dubois (d'Amiens) (3), de Ch. Robin et de nombreux autres chercheurs, on étudie de visu les phénomènes inflammatoires dans les parties transparentes, telles que le mésentère de la grenouille, du chat nouveau-né et de la souris, telles encore que la membrane interdigitale ou la langue de la grenouille, on constate les phénomènes successifs suivants que j'ai observés d'une manière très-complète et relatés dans mon travail de 1870 (A).

Au bout d'un certain temps que le mésentère a été installé pour l'examen microscopique, et ce temps, qui varie suivant les espère> animales, est d'une heure à une heure et demie chez les grenouilles, d'une demi-heure à une heure chez les mammifères, on observe un ralentissement du courant sanguin et une diminution de calibre des vaisseaux capillaires. Cette diminution du calibre des capillaires, déjà vue par Hastings, a été confirmée par presque tous les auteurs: moi-môme j'ai vu le diamètre des vaisseaux de cette catégorie tom-

(1) Hastings, Traité de l'inflammation de la muqueuse du poumon, IKâO.

(2) Mappendic, Leçons sur les phénomènes physiques de la vie professées au Collège Af France, 1842.

(3) Dubois (d* Amiens), Préleçons de pathologie expérimentale , 1841.

(4) Picot, Recherches expérimentales sur l'inflammation suppurative et le passage un leucocytes à travers les parois vasculaires (Journal de Vanat. et de la pkytiol- àe Ch. Robin, 1870).

INFLAMMATION, ÊTIDE EXPÉRIMENTALE. 495

ber de0'"",03à0'"",024, et Bennclt a montré que des capillaires mesurant au début de Texpérience cinq divisions micrométriques, ne mesurent plus que quatre divisions au moment de leur rétraction. La contraction des vaisseaux débute le plus souvent dans les petites artères pour se propager aux véritables capillaires, et ce n'est que plus tard qu'elle atteint les petites veines. Si, à ce moment, on examine des régions du mésentère non exposées à l'air, on remarque une grande activité circulatoire dans leurs vaisseaux, et si l'observation porte sur la membrane interdigitale de la grenouille sur laquelle on a déterminé l'inflammation à l'aide de Fapplication d'une goutte d'acide acétique, on peut voir que dans les parties non touchées par l'acide le sang passe avec une rapidité beaucoup plus grande qu'à l'état normal. Le ralentissement du courant sanguin, que j'ai toujours constaté dans les petits vaisseaux au moment de leur diminution de calibre a pour effet de rendre distincts les éléments anatomiques en suspension dans le plasma, leucocytes et globules rouges, éléments qui, pendant la circulation normale, ne peuvent se voir facilement.

Environ une demi-heure à trois quarts d'heure 'après la contraction vasculaire, chez les mammifères, une heure chez les grenouilles, on voit survenir la dilatation des vaisseaux. Elle commence par les artérioles, qui en même temps s'allongent et deviennent flexueuses, atteint les capillaires rapidement et ne se propage aux veinules que bien plus lentement. Cette dilatation des petits vaisseaux peut être assez considérable ; les capillaires deviennent ainsi cinq et même dix fois plus volumineux qu'à l'état normal. Mais, il importe de le remarquer ici, la dilatation ne se fait pour ainsi dire jamais d'une manière régulière. Sur un même vaisseau on remarque des parties dilatées alternant avec des parties où la contraction persiste. Il en résulte de nombreuses variétés dans le calibre vasculaire, donnant aux tubes sanguins l'aspect variqueux. Gomme l'enseigne Ch. Robin, ces varicosités ont les formes les plus diverses. Ce sont des ampoules, des cylindres bosselés et irréguliers, séparés les uns des autres par des étranglements plus ou moins étendus et dont le diamètre est de deux à dix fois moindre que celui des dilatations. Ces déformations occupent généralement toute la périphérie des vaisseaux ; cependant il n'est pas rare de voir des ampoules apparaître d'un seul côté de ces conduits. Arrivés à cet état, les canaux sanguins ont revêtu l'aspect moniliforme d'une manière très-marquée.

Pendant que se manifestent les dilatations en question, le courant sanguin, je Tai constaté, se ralentit de plus en plus en raison surtout des inégalités du calibre vasculaire, et Ton voit se foimer le long de la face interne de la paroi des vaisseaux un espace où ne se rencontrent plus les globules rouges. Cet espace est rempli par du plasma sanguin; c'est lui que les auteurs ont désigné sous le nom de couclie inerte et que Feltz a appelé espace blanc. X ce moment, les globules rouges circulent dans la ligne axile du vaisseau, et lorsqu'il s'agit de capillaires, on voit de temps à autre des leucocytes se mouvoir, le long de l'espace blanc en suivant la paroi vasculaire, non pas en glissant le long de cette paroi, mais en roulant contre elle. Souvent, lorsque les globules rouges traversent les parties rétrécies d'un canal, on les voit progresser assez rapidement, puis ralentir notablement leur marche dans les régions dilatées ; souvent aussi, lorsqu'ils arrivent dans les dilatations, ils toumeut sur eux-mêmes en formant des espèces de tourbillons.

Lorsque l'obsei'vation porte plus particulièrement sur les capillaires, presque toujours à ce moment le courant change de direction. Pendant un temps plus ou moins long, un quart d'heure, une demiheure, il marche dans le sens nouveau, puis tout à coup reprend sa direction première. Un nouveau changement se manifeste qui dure moins longtemps que le premier ; il est suivi du rétablissement du courant dans le sens normal. Peu à peu ces modifications de direction deviennent plus fréquentes, si bien qu'il existe des alternatives de changement séparées par un intervalle de temps qui diminue de plus en plus. Au bout d'un certain temps, ces changements de direction sont si rapprochés les uns des autres, que le courant ne persiste dans le même sens que pendant la durée d'une seconde et même moins. C'est à ce phénomène, déjà décrit par Dubois (d'Âmiens), que j'ai donné le nom de balancement; je l'ai cru propre à rendre parfaitement ce qui se produit à ce moment dans les conduits vasculaires. Chez la grenouille le balancement apparaît dans les capillaires de trois heures et demie à cinq heures après le début de l'expérience; chez les mammifères sur lesquels j'ai expérimenté (chats nouveau-nés et souris), environ deux heures après ce même début.

Pendant tous ces changements de direction dans le courant sanguin, lorsque l'examen porte sur les petites artères ou les petites veines, ou bien encore sur les capillaires donnant passage à plus d'un globule à la fois, on peut voir l'espace blanc s'accuser de plus

en plus et les leucocytes s'amnsscr le long des parois vasculaiics. En raison de leur viscosité normale, ces éléments anatomîqiics s'accolent racilèmenl au\ parois, et le ralentissement du courant favorise leur accumulation (fig. lOÎ). Bientôt quelques-uns demeurent immobiles, puis d'autres se fixent ensuite, si bien qu'au bout d'un cei'Uiin temps il existe dans les vaisseaux en question des séries de leucocytes adhérents, et au centre circule encore la colonne de globules l'ougcs. Dans les lins capillaires l'adhérence des leucocytes

Fio, lOî. — nrs.ln p«f Id'one iwrlign de U mtmtiraiio mlrnliuiUle d'une inmg p piw |iln< irud.ii.lvnwnl q«" le fo.ïcr-Jc l'Inslrunwiil. fii y\r-i«> inlcmi'-diain foi

fl «riBn nriim et luiun-llE. V»« b parlff mojwriw, eWc « i fi niniA- <k- mmiiFiiienli DKilbh>lrc« ; In «H-iniKiiIft h «ml i iitiv droil, la nmgr^iiHi tu ronpIJ^Ic cl il y ■ dcjà «MHlalioa.

A- Veiiir |inifoiiilr pn pqrlir hor^ du foirer. Le ra[piilv qut- dam l'irli-rp. Ln doMi coiinnt« m t CMlc, lïiilirUB d'un plHifiiii Jrgvrempnl jauDiLre. unt iM-appAreiits et conLivnnenl un reii^iid dooibr* dv glabulrn iitrnloo'H qui wnihlrnl n idhcrcr ou h niriiiinir tcnlfiuenl le Ion): tes [unii* du vaii>eiu.

B. ArUiF fwoAindciiinil lilwïe. bon du foyer. Le rouninl uni^uiii y «I )rileu;enl nfiide qu'il «I inimiible lie rim diiliiigier. bonnit une Uirt;e bande J.iune rDu^eiln), ]iariic de chaque tù\i pir ui e>- |«-e,,l„.,l:.ir.

C. En rel cfldrqît, ua iitisuu eipilliire l'eil rompu cl il t'nl produll une eilnraulun uneuiac. w ■onlnnl »u> la luruii. d'une liclic roue* lirunilre. En II. il j» coni.T»tiiin ; Ici rorpuHutca uneuini ]Hn<»cnl pl»,;<'t din< nue nuw moi^r^lrr wni-lmniparenlr. rrnipIlHfnl Imrt le vaiiwau. Dii» Iri Hpacei litiiFi enin. Ii'> rapilbimi, la membrane temhie i'.psit>ie el main* lran*|urra(e ; rrb lirnl en parlie h l'ailinn de I .ilrinl iH en partie à b présence do l'eisudil. Cs dernier remplit camplélement

se remarque de la même façon, mais ces élémenls anatoraiques y sont toujours en plus petit nombre. Souvent, lorsqu'un globule blanc s'est ainsi fixé contre la paroi, il bouclie le passage aux globules rouges qui s'accumulent alors au-dessus de l'obslacle et laissent au-dessous un espace complètement vide d'iiématies et

dans lequel parfois déjà se sont fixés un ou plusieurs leucocytes.

L*arrêt définitif de la circulation survient alors, de cinq à six heures après le début de l'expérience chez les grenouilles, et, chez les mammifères qui m'ont servi, de deux à trois heures après ce même début. Cet arrêt de la circulation se montre plus tôt dans les capillaires que dans les gros conduits. A ce moment les vaisseaux sont presque partout complètement remplis d'éléments globulaires dont on peut encore assez bien distinguer les limites. Les leucocytes apparaissent d'une manière très-nette au milieu des hématies. Mais, au bout d'un certain temps, les globules rouges se tassant de plus en plus, finissent par devenir tout à fait cohérents entre eux, de telle sorte que les vaisseaux sont remplis par un véritable magma dans lequel apparaissent des globules blancs de distance en dislance. Dans les parties voisines de cette oblitération vasculaire, les courants sanguins sont extrêmement rapides et les vaisseaux sont dilatés, phénomène facile à comprendre lorsqu'on a présent à l'esprit le mécanisme de la fluxion collatérale.

Lorsque pendant un certain temps on observe les capillaires ainsi oblitérés, on y voit se produire un nouveau phénomène. Dans ces vaisseaux les leucocytes se déforment, deviennent ovoïdes, triangulaires, poussent des prolongements amiboïdes très-variables dans leur forme et leurs dimensions, et même, s'il se trouve un espace libre de globules rouges au sein du canal sanguin, se déplacent dans ce canal en suivant des trajectoires trés-irrégulières. Ces faits, qui ont déjà été décrits par Davaine et autres auteurs (1), se sont montrés très-manifestes dans mes expériences de 1870. J'ai même décrit de minute en minute ces déformations et ces pérégi'inations des leucocytes dans l'intérieur des vaisseaux capillaires.

En même temps que se produisent tous ces phénomènes portant et sur les vaisseaux capillaires et sur la circulation du sang dans l'intérieur de ces conduits, des faits d'une grande importance se manifestent dans les espaces intervasculaires. Sous l'influence de l'exagération de la pression dans l'intérieur des vaisseaux, exagération créée par les diflicultés de plus en plus accentuées du courant sanguin, le plasma du sang passe à travers les parois vasculaires et se répand au milieu des éléments anatomiques du tissu. 11 se produit donc alors, comme l'a montré Kaltenbrûnner (2), une véritable

(1) Voir Picot, Cour» d'histologie ^ in France médicale, 1870.

(2) Kaltenbriinner , Expérimenta circa $tatum sanguinii et voiorum in inflamniê' Uone, 1826.

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exsudation dont la quanlité parait liée à la gêne plus ou moins a^'ancée de la circulation. En môme temps, on voit apparaître dans les espaces intervasculaires, loin des conduits sanguins tout d'abord, des éléments globulaires nouveaux. D'abord très-petits et ne mesurant que 0°"°,001, ces éléments augmentent rapidement de volume et finissent par atteindre la dimension des leucocytes, tout en devenant finement granuleux. Ils commencent à se montrer pendant que se fait le balancement dans les vaisseaux, souvent même un peii avant son apparition. Parfois, lorsqu'ils ont atteint leur volume définitif, on les voit se déformer et pousser des expansions sarcodiques ou amiboïdes en tous points semblables à celles qui se montrent sur les leucocytes renfermés dans les vaisseaux. Cette KÏrconslance nous donne une idée aussi exacte que possible de la nature de ces nouveaux éléments et nous montre qu'ils sont euxmêmes des leucocytes. D'un autre côté, le long des parois vascu laires ou, pour î-tre plus explicite, le long de la face externe de ces pavois, qu'il s'agisse de capillaires ou d'autres vaisseaux, on voit apparaître des points globulaires se présentant d'abord avec un 1res -petit volume, puis grossissant à vue d'œil et prenant le caractère des leucocytes. Ils sont rares primitivement le long de ces parois, puis leur nombre s'accroit et, par la

suite, ils deviennent COn- Fie. 103, yormattnn dw Ipucoryk, pendant l'intlgUS les uns aux autres remplideBlobulrarougeselbhnci arrél«;a,i,c,

(fig.lOJi.Ilsarnventainsi ' '

à former plusieurs rangées le long des parois en question, mais ce sont ceux-là qui sont le plus éloignés du conduit vasculaire qui se montrent en dernier lieu. Fréquemment les globules dont il s'agit apparaissent contre la ligne extérieure qui limite le vaisseau, tangents qu'ils sont à cette ligne; mais on peut en voir se produire de telle manière qu'ils se trouvent situés dans cette

portion de la paroi vasculairc qui est dans le plan vcrlical du conduit sanguin. On en voit aussi parfois se montrer ver ilablcment à cheval sur la li^ne limitant la paroi, de telle sorte que, dans ces cas, ils paraissent situés en partie dans la cavité du capillaire et en partie en dehors. En dernier lieu, tous les espaces deviennent granuleux et finalement se remplissent de leucocytes, si bien que tous les vaisseaux sont englobés par ces éléments produits, et loin d'eux, et contre leurs parois. Cette production des leucocytes contre les parois vasculaires que je viens de vous décrire d'après mes propres ex|)ériences avait été déjà constatée avant moi par Feltz (1) sur le mésentère endammé de la grenouille et de la souris. Cet auteur en avait donné une complète description.

Telh's sont, messieurs, les phases évolutives que parcourt le processus inflammatoire lorsf|u'on Téludie expérimentalement dans des tissus vasculaires tels que le péritoine, la langue et autres parties transparentes des animaux. Cependant les recherches expérimentales ont permis de pousser plus loin encore l'étude de ce processus morbide, ainsi que vous allez le voir.

Voulant vérifier l'hypothèse de Yirchow sur le mode de génération des leucocytes dans l'inflammation par prolifération, génération endogène ou par scission nucléaire ou cellulaire, j'instituai cette année de nouvelles expériences sur l'inflammation. Après avoir étudié la structure normale du péritoine de la grenouille et établi que cette membrane est formée d'une matière amorphe très-finement granuleuse dans liquelle se trouvent plongées des fibres lamineuses réunies en faisceaux, quelques fibres élastiques, des capillaires et des corpuscules connus sous les noms de cellules du tissu conjonclif et de cellules plasmatiques, je m'appliquai à décrire ces derniers éléments. Je les trouvai mesurant en longueur de 0'"°,005 à 0™",0:22 et en largeur de 0™'",00ir) à 0""",005. Ils sont formés d'un corps de cellule vaguement limité par un double contour et constitué par une matière finement granuleuse et de couleur grisâtre. Ils renferment un petit noyau occupant leur centre de figure. Ces éléments, du reste, sont disposés en séries longitudinales linéaires. Chacune des surfaces de la séreuse est recouverte de cellules épithéliales.

Pour déterminer l'inflammation du mésentère chez la grenouille, j'ai introduit dans la cavité péritonéale, ainsi que Feltz l'avait déjà

(1) V. Feltz, Redierches expérimentales tur le passage des leucocytes à travers les pêrois vasculaires {Journal de Vanatomie et de la p/ujsiologie de Ch. Robin, 1870}.

INFLAMMATION. &TUDE EXPËRIMENTALE. 501

fjiit (I), des corps étrangers solides (2), tels que des fragments de rharpic et de papiers filtrer, et j'y ai poussé des injections de substances léftèremcnt caustiques, telles que l'alcool faible, la teinture d'iode Iri's-diUiée et le nitrate d'argent en solution très-i' tendue. Un grand itomlirc d'animaux furent mis en expérience A la fois; puis le péritoine était examiné de deux en doux heures, soit par la vue directe, soil à l'aide de coupes faites suivant l'épaisseur de la séreuse.

Quand l'on suit ainsi le travail inflammatoire, on voit que, des le conimencement du processus morbide, les corpuscules du tissu conjonrtif augmentent de volume et que cette augmentation va s'accu- Kint do plus en plus. Au bout do vingtquatre heures, ces éléments ontgénéi-alement doublé; en môme temps, ils deviennent très-granuleux, et cependant leur noyau reste encore visible.

Plus lard ils continuent à s'accroître, îi'ur noyau disparait, et ils so trouvent alors réduits ii une masse de matière très-granulciise. Bientôt aussi leur forme se modifie et, au lieu de se con ■ ,'^crver semblable i un fuseau, on la voit s'altérer do plus en plus. C'est alore qne des dépressions, des renflements, (Ifs prolongements se montrent sur les cellules en question (fig. 104). Los granulations qui les remplissent paraissent égnlenient changer de nature; „ ^. ,^„ au lieu de conserver la teinte grise

1.,-cllos .,»ienl .o„t d'aboid, elles so "- .™ ,- ^X*"™,;^ foncent en couleur et, çà cl là, on en pemiant nnnniiinuiioii : a. a. leutrouve qui ont un centre brillant, cir- '^''■"" """^Hiemn.! ,,ro.iuity fc t. ronsLmco qui peut faire songer à la funtiû» «i joi;i'Mii!r.'s (vkvi). dégénérescence graisseuse se montrant à la suite de la dégénérescence albumincusc primitive. Sou-

i 1 1 V. Felti, Etude eipérimentaU sur le passage de» leueoojten à travers la paroi» lasculairei et tur l'irtpammaliim de la cornée; el Recherches rj-périmenlalis sarl'inlIsmmalioH du périloine et lorigiae des leucocyla, 1H70 et IST3 (Journal de l'onat. et de (a phyiiol. de Ch, Robin).

(il Picol, Kourellei recherche» e.rpirimen(ale» tur riit/Inminmion el le mwlr de production da leucocyte» du pu» (Compte» rend, de l'Aead. de» science», el Journal de Itnat et de la phyâol. de Cb. Robin, ISTS^.

50t LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.

vent, avec le développemenl excessif que prennent ces éléments, on en voit des rangées sériaires communiquer entre elles de manière à présenter Taspect de véritables conduits moniliformes. Vers le quatrième ou le cinquième jour, les corpuscules conjonctifs revêtent les formes les plus bizarres, et l'on en rencontre beaucoup de déchirés dans leur substance. Des modifications du même genre, que je considère comme étant de nature complètement dégénérative, se montrent du côté des noyaux des vaisseaux capillaires; eux aussi ils augmentent de volume et deviennent extrêmement granuleux. Enfin la dégénérescence peut même aller frapper les globules rouges entassés dans les vaisseaux capillaires. Dans presque toutes mes expériences j*ai rencontré ces éléments anatomiques remplis de granulations fines qu'ils ne montrent jamais à Tétat normal, et j'ai même figuré une préparation dans laquelle les hématies intravasculaires étaient complètement détruites et réduites en un détritus granuleux. Dans cette préparation les leucocytes euxmêmes s'étaient chargés de granulations graisseuses. Au reste, dans toutes ces expériences, j'ai pu constater la chute des cellules épitliéliales comme phénomène constant dans le processus inflammatoire. Tels sont, messieurs, les faits expérimentaux sur lesquels je m'appuie pour vous montrer que l'inflammation consiste en un trouble de la circulation capillaire amenant à sa suite la coïncidence de l'anémie locale et de l'hyperémie. Dans ces expériences, en définitive, vous voyez qu'après des modifications variées de calibre, les vaisseaux capillaires sont finalement oblitérés dans les régions où le processus morbide existe dans toute son énergie ; timdis que, dans les régions voisines, on constate une dilatation des capillaires et le passage d'une quantité plus considérable de sang. Il en résulte que, pour les éléments anatomiques de la région dont les vaisseaux sont oblitérés, il y a création d'une anémie réelle, tandis qu'ailleurs Thyperémie se trouve réalisée. Ces conditions, eu égard à l'exaltation de la pression intravasculaire qui en résulte, sont extrêmement favorables à la formation d'un exsudât dans lequel se montrent finalement des leucocytes. Ces expériences, de plus, vous montrent que l'état d'anémie locale produit par l'inflammation est l'apidrmenl suivi de ses conséquences habituelles, dégénérescence albumineuse, puis graisseuse, frappant les éléments anatomiques, normaux qui, selon toute probabilité, augmentent de volume dans le ras particulier d'une manière si marquée, en raison de leiir imbibition constante par l'exsudat sorti des vaisseaux. A proprement parler, les phéno-

mènes que nous font connaître ces expériences sont ceux qui Caractérisent Tinllammation confirmée, ainsi que, du reste, le fait remarquer Ch. Robin.

Voyons maintenant ce que les expériences nous ont appris sur l'inflammation dans les tissus dépourvus de vaisseaux et dont la nutrition, comme l'enseigne Ch. Robin, est le résultat d'un emprunt, d'élément à élément, des matériaux nutritifs. A l'exception de Cohnheim (1), tous les auteurs qui ont étudié Tinflammation dans la cornée, notamment Feltz (2), Duval (3), Stricker (4), Purser (5) et autres, ont établi que le processus inflammatoire dans cette membrane non vasculaire consistait, d'une part, en des modifications de structure des éléments anatomiqucs constitutifs et, d*autre part, en l'apparition de leucocytes dans la région enflammée. Voici comment les lésions se produiraient d'après Feltz. Le premier phénomène qui se manifeste consiste dans l'apparition autour des régions lésées de petits cercles colorés en rouge-gris clair et s' étendant de proche en proche vers la périphérie de la membrane. Plus tard les points primitivement envahis tournent au gris-jaune, et bientôt toute la surface devient uniformément lactescente. Parfois aussi on voit à la surface de la membrane se produire de petits mamelons d'un jaune clair qui sont des collections purulentes, ou bien des ulcérations cornéennes,ou bien enfin des conjonctivites plus ou moins intenses et même des perforations de la cornée, si on laisse vivre les animaux un certain temps. L'examen inicroscopiijue pratiqué à des périodes diverses de révolution inflammatoire montre, au bout de quelques heures, l'augmentation de volume des corpuscules de la cornée, ainsi que la dilatation des prolongements qui les relient entre eux. Au bout de douze heures, tous les prolongements sont tellement dilatés qu'il en résulte souvent la formation de canaux à diamètre sensiblement égal dans toute leur étendue. En même temps, les corpuscules cornéens se remplissent d'une matière finement granuleuse qui augmente de plus en plus et peut envahir toute la cornée en détruisant les ban-

(!) Cohnheim, Ueber Entiundung mit Eiterung (Arch. fur pathol. Anat.y 1867).

(i) V. Feltz, Etude expérimentale sur le passage des leucocytes à travers les parois vasculaires et sur Vin/lammation de la cornée (Joum. de Vanat. et de la physivl, de Ch. Robin, 1870).

(3) Duval, Recherches expérime$Uales sur les rapports d*origine entre les globules du pus et les globules blancs du sang dans V inflammation {Arch. de physioL norm. et path., 1872).

(4) stricker, Stricker's medii. Jahrbùcher, 1873.

(5; Purser, On suppuration in the cornea {The Dublin joum, of med, se, 187!2).

des de tissu conjonctif interposées aux ' corpuscules dilatés, c'est alors la dégénérescence colloïde. D'un autre côté, il arrive souvent que la matière granuleuse remplissant les corpuscules et les cana* licules dilatés se fragmente, qu'ensuite chacun de ses fragments s'arrondit et se présente sous la forme de noyaux ressemblant à des leucocytes. Ces éléments apparaissent alors aux dépens de la matière amorphe que Feltz appelle aussi protoplasma. Il est à remarquer ici que, pendant le développement de l'inflammation expérimentale de la cornée, des troubles de circulation se montrent rapidement dans les vaisseaux capillaires de la périphérie cornéenne, et que, dans les inflammations spontanées de cette membrane, c'est toujours par des modifications de circulation que débute le processus morbide. Il est bien certain, du reste, que les cliangements dans le tissu de la cornée et les corpuscules de cette membrane sont de nature dégénérative, ainsi que le prouve l'apparition de la matière amorphe finement granuleuse. Cette idée est admise aussi par Boeltcher (1), qui a décrit les mêmes changemenis de structure que Fellz. En réalité donc, dans la cornée, l'inflammation s'accuse par les mêmes phénomènes que dans les tissus vasculaires. De plus, elle tient à des troubles dans l'apport des matériaux de nutrition, puisque toujours les vaisseaux participent au processus morbide, et que les lésions chimiques ou traumatiques de la kératite expérimentale sont siiflisantcs pour déterminer dès les premiers instants la répartition vicieuse des sucs nutritifs venus des vaisseaux de la périphérie. Ces vaisseaux, du reste, deviennent Irèsrapidement le siège de modifications circulatoires.

Dans le cartilage, comme l'ont établi les recherches de Redfern (2), les phénomènes inflammatoires suivent des phases analogues à celles qu'ils présentent dans la cornée, et des coupes pratiquées suivant l'épaisseur du tissu lésé permettent de les constater facilement. Dans les régions éloignées de la partie lésée, le tissu cartilagineux conserve sa structure normale ; on ne remarque aucune altération, ni dans les cellules cartilagineuses, ni dans la substance fondamentale. Vers la périphérie, on trouve les chondroplastes très-élargis avec leurs cellules augmentées de volume, granuleuses et en voie de segmentation. En approchant davantage de la lésion, les chondroplastcs sont remplis d'une matière granu-

(1) Bopltchcr, Ueber die Entwickelung der traumatitchen Keratitis {Dorpater med. Zeit., 1873).

(2j Redfcrn, Anomal nutrition in cartilages (Edin. Mont. Journ.^ 1849).

leuse en voie de fragmentation, et çà et là des leucocytes existent au sein de cette matière. En môme temps, la substance fondamentale devenue trouble et granulée disparaît progressivement, comprimée qu'elle est par le développement considérable des chondroplastes. Souvent ces cavités remplies de matière amorphe et de leucocytes se fusionnent ensemble, si bien qu'au siège primitif de la lésion, on ne trouve plus qu'une masse pulpeuse, résultat de la fusion des chondroplastes, de la disparition de la substance fondamentale et de la formation des leucocytes. Dans ce tissu privé de vaisseaux, les mêmes modifications se retrouvent donc encore sous l'influence du processus inflammatoire; il va destruction des éléments analomiques normaux et apparition d'éléments de nouvelle formation. Il est à remarquer également ici que, dans les cartilages, lo procossus inflammatoire n'appai^it spontanément qu'à la suite de modifications circulatoires dans les tissus vasculaires voisins, oii ils prennent de proche en proche les matériaux dn leur nutrition. Ce processus causé par des lésions directes est bientôt suivi des mémos troubles circulatoires. Au reste, nous le verrons plus tard, la lésion est par elle-même suflisante pour modifier la marche des sucs nutritifs.

Tels sont les résultats des recherches expérimentales sur les actes intimes du processus inflammatoire. Ils nous montrent qu'indépendamment des autres phénomènes déjà signalés, dans l'inflammation apparaissent toujours au sein des tissus des leucocytes en plus ou moins grande abondance dont actuellement il nous faut rechercher l'origine.

Jusqu'en l'année 1867, époque à laquelle parut le premier mémoire de Cohnheim, deux doctrines régnaient dans la science sur cet important sujet. Pour Virchow (i) et son école, les leucocytes qui apparaissent pendant le processus inflammatoire ont toujours une origine cellulaire, et celte origine dilfère suivant que l'inflammation siège dans les tissus épithéliaux ou dans le tissu conjonctif. Dans les tissus épithéliaux, les leucocytes se forment dans les couches profondes de l'épithélium. I>es cellules épilhéliales s'hypertrophient et se multiplient, leurs noyaux se segmentent, puis les cellules elles-mêmes, et donnent ainsi naissance aux éléments purulents, aux leucocytes. Dans le tissu conjonctif, les cellules de ce tissu augmentent aussi de volume, puis leurs noyaux se divisent et prolifèrent. Bientôt les cellules se divisent à leur tour, et le résultat de

(1) Virchow, Pathologie cellulaire.

cette division est la formalion des leucocytes. Celte doclrine de Vircllow sur la production des leucocytes par voie de scission nucléaire et cellulaire fut soutenue par de nombreux auteurs. More! (1) s'en est fait le propagateur en France, et, dans leur manuel d'histologie pathologique, Cornil et Ranvier (2) l'acceptent également, au moins en partie, et l'ont appuyé par des recherches expérimentales. Suivant eux, lorsqu'on détermine l'inllammation du péritoine pur des injections irritantes, on observe des modifications remarquables sur les cellules épilhéliales de la séreuse. De plates qu'elles étaient, ces cellules deviennent globuleuses, le noyau grossit et se divise, d l'on peut constater la production de prolongements sarcodiques et même de mouvements amiboïdes sur ces cléments qui n'en monti-ent pas normalement. 11 est évident que la cellule se rajeunit alors en même temps qu'elle s'bypcrtropbie. Bientôt ces éléments tendent à se détacher de la surface de la séreuse, et l'on en vuil qui tombent romplétemenl libres dans la cavité péritonéale et peuvent alors donner lieu à la formalion de leucocytes. Fait des plus remarquables, à mon sens du moins, quand l'inflammation cesse, plusieurs de ces cellules qui ne se sont qu'incomplètement détachées de la séreuse se réappliquent contre la paroi, s'y aplatissent et reviennent à leur type primitif. EnOn, Duval (3) considère les cellules plasmatiques du péritoine et de la cornée comme les éléinenls formateurs des leucocytes, et il en est de même de Pfungen ('*), Stricker et Norris (5), et de Purser (0).

La seconde doctrine est celle que préconise mon illustre maître Ch. Itobin. C'est la théorie dite du blastémc, d'après laquelle lc$ leucocytes, dans le processus inflammatoire, apparaissent dans un blastcme constitué par le liquide exsudé des vaisseaux ot modifié pai' les éléments anatomiques de la région. Cette doctiine, appuyée sur les travaux de Gh. Robin, sur l'autorité de Cl. Bernard el sur les expériences d'Onimus que Je vous ai signalées lorsque nousavoib traité d'une manière générale la question de la génération de ces éléments anatomiques, me parait être l'expression de la vérité; je

(1j Morel. Trailé d'hiilologit normale et palholot/iqne, lS6i. (3) Cornil el Ranvïcr, Manuel d'hûlologie pathologique, ltlG9.

Duval, loc. àc.

ft. V. Prungcu, Sladien iiber Ealiûnditng étr Froitheomta {Strïcker'i tiud. Mf*

stricker, Slriekeri med. Jàlirbùdur 1873. — Offener Brief an llenm prof- A^'

Slockluitm, 1873. .

Puriur, On tuppuration in Ihe corne» {Tlie Dublin jour», of mrd. k., <87Î}.

INFLIHHATIO». ËTDDE EXPÉRIMENTALE. 507

l'ai démontrée dans mon premier travail de 1870 et dans celui de IST'i. En 1870, après avoir indiqué que, dans le processus inQammatoire, les leucocytes apparaissent d'abord loin des vaisseaux, après avoir montré leur développement successir, j'ai posé la conclusion suivante relativement à leur mode d'origine. La production des leucocytes, chez les grenouilles et les mammifèi'es sur lesquels j'ai expérimenté, est u» fait de genèse, ou, pour être plus explicite : i Les globules blancs se produisent directement, sans avoir été précédés d'aufres cellules auxquelles on puisse tes rattacher par voie de filiation. > Lorsqu'on enflamme le péritoine de la gienouille à l'aide de morceaux de papier à fdtrer, de fragments de charpie introduits dans le ventre, ou bien encore par des injections de liquides léi^'èrement caustiques dans la cavité péritonéale, et que l'on examine les lésions produites, comme je l'ai fait en 1874, on voit que les leucocytes se mon- Irenl avec des dimensions trés-variables indiquant les diverses périodes de leur développement (fig. 105). De plus, les coupes portant sur l'épaisseur de la séreuse le démontrent manifestement, ils aitparaissent dans la matière amorphe hyaline sousjacenle à l'épithéUum, c'està-dire dans des régions où

n'existent pas les corpuscules du tissu conjonctif dont ils proviendraient suivant la doctrine de Yirchow. Le fait de cette situation des leucocytes nouvellement formés est si manifeste que, dans les planches qui accompagnent le travail de Diival dans lequel cet auteur a soutenu la proliféi'alion cellulaire tomme origine de ces éléments, nulle pari on ne trouve figuré le phénomène de prolifération. Bien plus, la plupart de ces planches montrent des leucocytes nés dans le péritoine complètement en dehors des cellules plasmatiqucs (cor-

05. — Ph.^scs l'tvolutivfs Aei Iciicorilr-s Tor- I pendant Tin (lam mal ion : a, vaisteau 19 \fn\ic\ les gluliuliM rouges ont déjù subi Itgriiûrnsecnci' pranuleuse; b, (eucocjlc! vaii; de dételoppemeni ; d, Icucocjtea lïés à leur volume iionnal (Pm;uij.

puscules du tissu conjonctir). La' doctrine de Ch. Robin a donc pour elle la démonstration de visu, et je l'accepte d'une manière complète dans l'état actuel de la science, malgré la critique de Heurtaux (4), qui prétend qu'elle n'a pour elle aucun fait positif et qui s'est bien gardé, du reste, de citer les nombreuses expériences de Feltz et les miennes sur le processus inflammatoire.

En 1867, reprenant les vues d'Addison (2), de Zimmermann (:1) et les expériences de Waller (4), Cohnheim, en s'appuyant sur des expériences faites sur la cornée et le mésentère, voulut établir que les leucocytes produits pendant l'inflammation n'étaient autres que les globules blancs du sang ayant traversé les parois vasculaires et s'étant infiltrés au milieu des éléments anatomiques de la région enflammée. Suivant l'auteur allemand, pendant le travail inflammatoire, les leucocytes intra vasculaires s'arrêtent le long des parois des vaisseaux, s'y accumulent, présentent des expansions sarcodiques et des mouvements amiboïdes, pénétrent dans l'épaisseur de la paroi, s'y frayent un chemin, et finalement arrivent sur la face externe du vaisseau et se répandent dans les tissus enflammés. C'est plus particulièrement à travers les parois des petites veines que s'efleclue ainsi le passage des globules blancs, phénomène que l'auteur désigne sous le nom d'émigration des leiuocytes; et c'est en raison de l'exaltation de la pression intravasculaire d'une part, et de leurs mouvements amiboïdes d'autre part, que ces éléments parviennent ainsi à traverser les parois des vaisseaux. U existe, du reste, dans les vaisseaux des ouvertures que l'auteur appelle des stomates ou ostioles, par lesquelles passent les éléments blancs du sang. Les recherches de Cohnheim et leurs conclusions qui attaquaient fortement la doctrine de Virchow, puisque l'auteur niait en même temps toute participation des corpuscules conjonctifs à la production des leucocytes, lurent soumises bientôt au contrôle expérimental. Kremianski (5), Hayem (6), Vulpîan (7), reproduisirent ces expériences et arrivèrent au môme résultat. Cependant ni

(1) Heurtaux, art. iHFLAVHATioif du Dict. de méd. et dechir. prat., 1874.

(2) Addison, Consumpt. awl Scroph.j 1819.

(3) Zimmermann, Proceas. Vereimeit., 1852.

(4) Waller, Microscopic observations on the perforation of the capUlaneM btj the e»puscles of the blood^ and on the origin. of mucus and pus^tobules, 1&I6.

(5) Kremianski, Wien. med. U'scAr., 1868.

(6j Hayem, Note sur la suppuration étudiée sur le mésentère, la langue et lepoumo* de la grenouille y 1870.

(7) Vulpian, Académie de médecine, 1870.

Kaloman-Balogh (I), ni Feitz, ni Duval, ni moi-même nous n'avons pu constater le passage des globules blancs à travers les parois vasculaires. Dans mon travail de 1870, j'ai décrit l'accumulation des leucocytes du sang le long de la face interne de la paroi ; j'ai montré les mouvements amiboïdes de ces éléments dans l'inlérieur des vaisseaux, et cependant jamais je n'ai pu observer le phénomène de l'émigration. Les stomates de Cohnheim, déjà niées par Feltz, ont encore été niées par Purvcs (2), Hering et Schklarewski (S); et Cohnheim, dans son dernier travail (4), les a complètement abandonnées et admet, suivant une ancienne idée de Samuel (5), que les vaisseaux se laissent traverser précisément parce que, pendant Tinflammation, ils sont altérés dans leur structure intime. Toutefois il ne fournit pas la démonstration de cette altération vasculaii-e primitive. La doctrine de l'émigration, diapédèsey du reste, n'est pas acceptée par un certain nombre d'expérimentateurs. Stricker et Norris la repoussent en partie pour Tinflammation de la cornée, et Boettcher la rejette complètement. Voici une expérience de Recklinghausen (6) qui milite fortement contre elle. Après avoir cautérisé le centre de la cornée à Taide du nitrate d'argent, on détache cntte membrane du globe oculaire, puis on la plonge dans un bain de sérum ou d'humeur aqueuse maintenu à une température convenable au moyen de la chambre, humide. Au bout de quelques heures, des coupes microscopiques y montrent l'augmentation de volume des corpuscules cornéens dont je vous ai déjà entretenus, et la présence de leucocytes dans le tissu de la cornée, circonstance qui établit d'une manière irréfutable l'origine non vasculaire de ces éléments anatomiques. Je ne veux pas insister davantage, messieurs, sur les preuves nombreuses qui s'opposent à l'admission de la doctrine de Cohnheim. Ces preuves, je les ai développées au long dans d'autres cours, et je crois que ce que je viens de vous en dire suffira à votre instruction sur ce sujet.

11 est un dernier fait cependant sur lequel il convient de revenir, puisqu'il sert souvent de point d'appui aux partisans de la doctrine de Yirchow pour affirmer leur théorie. Dans les inflammations qui

(1) Kaloinan-Ikilogli, Archives de physiologie^ 1869. (i) Punos, The passage of while corpuscles through ihe capillaries, 1873. (3; Hcrint; et Scliklarewsky cités p.ir Hayem, in Revue des sciences médicales, Paris, Masson, 1874.

(4) Cohnlieim, Neue Untersuchungen ùber die Entiûndung, 1873. {Tt} Samuel, Med. Centralblatt , 1808.

(6i Recklinghausen, Med. Cenlralblatt, 1867.

frappent les membranes muqueuses, souvent on trouve des leucocytes renfermés dans les cellules épithéliales, et de même dans Tinflammation des cartilages, de la cornée et du péritoine, on voit des {^lobules blancs dans les chondroplastes et dans les anciens corps fibro-plastiques dégénérés, ainsi que je vous Tai dit. A priori, Ton pourrait croire qu'il s'agit ici de faits de segmentation nucléaire, de véritable prolifération, pour employer l'expression usitée. Mais il est à remarquer que lorsque ces globules blancs se montrent dans les anciens corps fibro-plastiques, depuis longtemps le nopa a disparu, et que dans les cellules épithéliales ils apparaissent loin du noyau dans des cavités creusées au sein de ces éléments. 11 n'y a donc rien ici qui ressemble à la prolifération, et les leucocytes dans ces cas se forment comme se produisent ceux qu'Onimus rencontrait dans les membranes de baudruche, au moyen desquels il a institué ses expériences.

INFLAMMATION (SUITE). EXSUDATION. ôll

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