‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 48 sur 82 · VINGT-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIÈME LEÇON

De rinflammation (suite). Exsudation. Dcstrnction des éléments.

Résolution. Suppuration.

Messieurs y

La seconde particularilc que nous avons à examiner dans le pro* cessas inflammatoire consiste dans l'exsudation du plasma sanguin à travers les parois vasculaires. L'exsudation est un phénomène constant dans l'inflammation, et c'est précisément sur ce caraclére que Rokitanski (1) s'était appuyé pour définir l'inflammation : un travail morbide qui, débutant par la stase, aboutit à l'exsudation. L'exsudation se produit au moment où la circulation, devenue irrégulière à la suite des obstacles créés par les inégalités de dilatation et de rétrécissement des petits vaisseaux, le courant sanguin tend de plus en plus à s'arrêter et finit par être complètement interrompu. C'est en raison de l'exaltation de pression en amont des obstacles que s'opère la filtration du plasma, et ce fait, qui a été bien constaté par Kallenbrûnner (2), avait reçu de cet auleur le nom de crise.

Il serait faux de croire que le liquide exsudé des vaisseaux soit du véritable plasma sanguin. Indépendamment des modifications qu'il éprouve lors de son passage à travers les parois vasculaires, cette circonstance qu'il se trouve versé au milieu des éléments anatotomiques qui exercent sur lui une notable influence, amène rapidement des changements importants dans sa constitution chimique et i'éloigne par conséquent beaucoup de la composition du plasma.

Sous le rapport de leur situation anatomique, on doit diviser les exsudais inflammatoires en deux groupes distincts. Ou bien, eu effet, le liquide exsudé est produit sur une surface libre de l'économie, peau, muqueuses, séreuses, et s'étale sur ladite surface. A la peau, c'est au-dessous de la couche cornée de l'épiderme qu'il se forme dans ces cas, et comme cette couche cornée est très-épaisse,

(1) Rokitanski, Lehrbuch der pathologischen Anaiomie^ 1846-1855.

(2) Kaltenbriinner, Expérimenta circa statumsanguinis et vasorum in inflammatione, 18M.

Irès-rcsistante, et que les cellules épidermiques engrainêes sont solidemenl unies enlre elles, il refoule l'épiderme en s'accumulant au-dessous de lui, et détermine la formation d'une vérilable ampoule. Sur les muqueuses et sur les séreuses, dont répithélium trop mince se détache rapidement et ne peut soutenir le liquide exsudé, celui-ci tombe dans les cavités tapissées par ces membranes et s'y accumule ou se trouve bientôt rejeté au dehors, à moins toutefois que sa composition chimique ne soit telle qu'elle en amène presque immédiatement la coagulation. «Les exsudats de ce premier erroupe prennent le nom d'eœsudats libres. D'un autre côlé, lorsque l'inflammation porte sur des lissus profonds, non étalés en surface, le liquide exsudé s'infillre entre les éléments anatomiques, cellules, libres, tubes nerveux ou vasculaires, qui entrent dans la structure du tissu en question; il englobe tous ces divers éléments et fait, pour ainsi dire, corps avec eux. Dans ce cas, on le désigne sous le nom d'exsudat inlerstitiel. Les auteurs allemands admettent un troisième groupe d'exsudat d'après son siège; ils lui donnent le nom d'exsudat parenchymateux ou intracellulaire. Suivant eux, dans ces cas, le liquide issu des vaisseaux pénètre les éléments anatomiques eux-mêmes, les gonfle, les distend, et peut amener ainsi par sa présence leur destruction. Sans nier que des échanges puissent se faire entre les éléments anatomiques et les liquides qui les baignent, je suis peu disposé à admettre l'infiltration de ces éléments jjar i'exsudat en nature; je pense plutôt que les lésions des cellules, des libres et autres éléments que l'on décrit comme résultant de la pénétration de I'exsudat, ne sont que les dégénérescences albumineuse ou graisseuse déterminées par le processus inflammatoire lui-même. Dans les inflammations superficielles de la peau, telles que celles produites par la brûlure au second degré, par les cantliaridt?s, l'alcoolature d'arnica, l'essence de moutarde, il se fait une exsudation sous la couche cornée de l'épiderme. Le liquide qui s'accumule dans une ampoule est limpide, jaune clair et coulant comme de l'eau. 11 est connu sous le nom de sérosité des vésicaloires, Quelques leticocytes, quelques granulations graisseuses s'y trouvent en suspension. Lorsqu'on recueille cet exsudât, on voit qu'après im temps plus ou moins long il se coagule spontanément et donne un caillot qui, par sa rétraction progressive, laisse échapper le liquide. Le caillot a les caractères de la fibrine à l'état fibrillaire, et cette substance enjrlobe dans ses mailles les leucocvtcs de I'exsudat. La sérosité séparée du coagulum est coagulable par la chaleur et Ta-

cide nitrique. Chez les diabétiques on y. trouve du sucre. Cette composilion de la sérosité inflammatoire en question montre qu'elle se rapproche beaucoup du plasma sanguin, surtout au point de vue des matières albuminoides. Les modifications survenues spontanément ou sous rinfluence des réactifs que je viens de vous signaler, font voir que, selon toute probabilité, les cojfnposés albuminoïdes s'y rencontrent à l'état de serine et de plasmine qui se dédouble quelque temps après l'issue du liquide. D'un autre côté, dans ces inflammations superficielles de la peau, lorsqu'elles sont très-intenses, qu'elles se produisent dans des régions où une inflammation antérieure avait déjà eu lieu, quand la cause productrice a exercé longtemps son action, il est fréquent de voir apparaître sous la couche cornée de l'épiderme une masse gélatineuse, tremblotante et de couleur grisâtre, une véritable couenne en un mot. Celte •masse n'est autre que l'exsudat qui renferme une forte proportion de fibrine et dans lequel le dédoublement de la plasmine s'est opéré immédiatement après la sortie hors des vaisseaux. L'exsudat est alors franchement fibrineux et la fibrine englobe les leucocytes et souvent môme des cellules épidermiques dans ses mailles.

Sur les muqueuses on rencontre également deux espèces d'exsudats. L'un est formé en grande partie du mucus normal délayé dans une plus ou moins grande quantité de sérosité, surtout dans les inflammations récentes de ces membranes. On y remarque la présence de leucocytes et de cellules épithéliales détachées de la surface de la muqueuse et des filaments de mucus non attaqués par l'acide acétique. L'autre est formé par une couche plus ou moins épaisse de fibrine présentant l'état fibrillaire et englobant ks leucocytes et les cellules épithéliales de la région dans ses mailles. Ici encore il s'agit d'un dédoublement de la plasmine se produisant aussitôt après l'issue de cette substance en dehors des \aisseaux. Outre les cas de diphthérite vraie dans lesquels se montrent à la surface des muqueuses et de la peau les exsudais fibrineux dont je parle, il existe de véritables inflammations flbrineuses des muqueuses qui n'ont rien de commun avec cette aflection. C'est plus spécialement sur la muqueuse des voies respiratoires que se montrent ces inflammations à exsudais fibrineux. Un exsudât de même nature se produit toujours dans la pneumonie franche que l'on désigne sous le nom de pneumonie fibrineuse. Aussitôt sa sortie des vaisseaux, l'exsudat qui remplit les vésicules pulmonaires se coagule par le dédoublement de la plasmine. C'est là la cause de

la viscosité si grande des crachats que rendent les pneumoniques ; et comme dans le poumon il y a une grande élévation de la pression sanguine et que les vaisseaux sont très-fragiles, toujours il y a rupture de quelques capillaires dont le sang avec ses globules rouges vient se mélanger à Texsudat. Telle est la cause de la coloration de ce produit inflammatoire et de celle plus ou moins accentuée, suivant la quantité de sang, que présentent les crachats des pneumoniques. Dans le poumon, du reste, les inflammations légères, susceptibles d'amener la formation d'un exsudât de nature séreuse, n'aboutissent que rarement à ce résultat. Cet exsudât est presque toujours repris rapidement par l'absorption qui se fait d'une manière Irès-active dans cet organe, et ces inflammations se caraclérisent par la chute et la production exagérée de cellules épilliélial«*s qui souvent remplissent complètement les vésicules pulmonaires (pneumonies catarrhales).

Les inflammations des séreuses s'accompagnent de la production d'exsudats dont la nature varie également. Tantôt il s'épanche dans la cavité de la séreuse un liquide limpide, transparent, de couleur jaune-citron. Ce liquide, que l'on remarque dans les pleurésies ou les péritonites, etc., peu intenses, tient en suspension des celluKs épiihéliales détachées de la surface malade et des leucocytes en petite quantité.

Dans la plèvre l'exsudat en question, au bout de quatre à cinq heures après son extraction, se prend en une masse trembloUmlc qui laisse échapper le sérum. Cette coagulation dépend du dédoublement de la plasmine. Lorsqu'on traite l'exsudat par le battage et que de cette manière on sépare tout d'abord la fibrine, on peut voir, après douze heures environ, le liquide se coaguler encore, et fou peut même, en séparant la fibrine, obtenu* de nouveau une coagulalion. Le traitement de la sérosité par le sulfate de magnésie permet d'en isoler la métalbumine, et il reste alors un corps albuminoïdo ayant tous les caractères de la serine de Denis. Les nombreuses analyses de M. Méhu (1) lui ont permis d'assigner une densité supérieure à 1,018 aux liquides pleurétiques en question; il a po-^c comme règle que tout exsudai pleural dont la densité, à la température de 15% est supérieure à 1,018 et qui se prend peu à peu en masse coagulée, api>arlienl à une pleurésie franche qui guériia d'autant plus facilement que le coagulum sera plus ferme. Voici, du

(!• Mêâa, Eiule sur /« ïi'jLui^i êpjmcJtés dans la plèvre {Arc\. gén. de tnéd. I8T2 .

INFLAMMATION (SLITE).£XSUDATION. 515

resle, un tableau emprunlé à cet auteur qui donne la composition chimique de cet exsudât.

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