COMPOSITION DES LEUCOCYTES HUMIDES DU PUS
Principes de la première cloue.
Eau pour 1000 parties de cellules 790,00
Sels solubles et insolubles, environ 43,50
Fer faisant partie d'un principe encore indéterminé des traces.
Prmcipeê de la deuxième classe.
Sels acides d'origine organique non dosés.
Cholcstérine 3^50
Sérolinc (pyoline de Glênard) 3,45
I Graisse rouge unie à un { eu de phosphate
de chaux 6,00
Lécilhinc (graisse phosphoréc) 7,30
Oléine, margarine, stéarine non dosées.
Principes de la troisième classe
Substances organiques formant la masse du leucocyte 140,00
Albumine traces
Parmi les substances albuminoïdes formant la masse fondamen* taie ou protoplasma des leucocytes, on rencontrerait, d'après Kûhne (1) la myosine, principe que cet auteur a démontré dans les muscles; mais cette assertion a été contredite par Miescher (2), qui a trouvé dans les noyaux de ces éléments un corps désigné par lui sous le nom de nucléine et qui renferme du phosphore. Enfin, suivant Hoppe-Seyler (3), les leucocytes présentant encore des mouvements amiboîdes, renfermeraient de la matière glycogène, tandis que ceux qui sont devenus immobiles n'en contiendraient plus.
Tels sont, messieurs, les caractères ordinaires du pus de bonne nature, de celui que Ton retire par exemple d'un abcès chaud delà cuisse ou du dos ; mais ces caractères sont susceptibles de variétés assez nombreuses qu'il faut cependant connaître d'une manière complète, eu é^^ard à l'importance pratique considérable qui s'attarhe à cette connaissance. Le pus varie dans sa consistance, dans sa couleur, dans son odeur, et dans sa constitution anatomique.
Les variations dans la consistance du pus sont liées à la quantité plus ou moins considérable de leucocytes que l'on trouve dans cette humeur, ainsi qu'à la proportion des matières albuminoïdes. La consistance du pus tient tout d'abord à la nature des tissus au sein desquels il s'est produit. C'est ainsi que le pus de l'œil, celui de l'iris, de la choroïde, du corps vitré, de l'arachnoïde et de la pie mère est presque solide ; et cet état résulte de ce que le sérum de cette humeur est alors demi-solide et renferme une quantité très-abondante de granulations grises attaquables par l'acide acétique. C'est ainsi que le pus du tissu lamineux, celui du derme, celui de la surface des plaies ordinaires et celui des abcès du tbie est de consistance crémeuse, en raison de la grande proportion de leucocytes et de matières protéiques qu'il renferme. D'un autre coté, le pus des abcès froids, celui des abcès du foie dans certains cas, celui des os, celui dos ulcères, pus qui tous ne contiennent que peu de principes albuminoïdes et une faible proportion de leucocytes,
(1) Kiihne, cité par Ch. Robin.
i2i Micschor, Veber die diemische Ztixam. der Eitenellen {Med. chem, Unters., 1871). Cité par Ch. Robin.
(3) Hoppc-Seylcr, Veher die chem» Zui. der £i/ers., 1871. id.
ont une faible consistance et se montrent très-fluides. L'état général de l'organisme influe d'une manière remarquable sur la consistance du pus. Quand sur une plaie ordinaire il se produit du pus crémeux, de bonne nature, on peut voir cette humeur devenir fluide et de mauvaise nature sous l'influence d'un simple accès de fièvre, et à fortiori dans le cas du développement de ces aflections graves connues sous le nom de septîcémie et d'infection purulente. Chez les sujets débilités par de longues maladies, par une alimen^ tation insuflisante ou de mauvaise nature, par des aflections constitutionnelles graves, le pus offre toujours une consistance fluide en raison du petit nombre de leucocytes .qu'il renferme. 11 semblerait qu'alors l'organisme ne puisse pas faire les frais de la génération de ces éléments anatomiques.
D'après ce qui vient d'être dit, sous le rapport de sa consistance, le pus peut être distingué en pus concret, pus crémeux et pus fluide ou diffluent. Mais il importe de ne pas confondre la première de ces variétés physiologiques avec une modification spéciale de cette humeur que l'on désigne sous le nom de pus concrète et qui se rencontre le plus souvent dans les os et particulièrement dans le canal médullaire ou dans le tissu spongieux des épiphyses. Dans ces cas, le pus a été primitivement liquide ; mais, en raison de son séjour longtemps prolongé au sein des tissus organiques, il a perdu par absorption presque toute sa partie liquide et se trouve, pour ainsi dire, réduit à sa partie solide. Les leucocytes que Ton y rencontre sont devenus ratatinés et polyédriques, et pourraient à priori èire confondus avec les éléments anatomiques du tubercule. Cette erreur, comme l'enseigne Ch. Robin, sera évitée, si l'on a soin de traiter les leucocytes par l'eau d'abord et ensuite par l'acide 'acétique. Sous rinfluence de ces réactifs, on les verra se gonfler, perdre leur forme polyédrique pour redevenir sphériques, puis montrer leurs deux ou trois noyaux caractéristiques.
Habituellement jaunâtre ou légèrement verdâtre, le pus peut se présenter cependant avec des colorations diflerentes. On le trouve fréquemment avec une couleur grisâtre qui se remarque particalièrement lorsque ce liquide est diffluent. Cette modification de couleur qui, à proprement parler, n'est que l'absence de coloration, tient à la petite quantité de leucocytes suspendus dans le pus, puisque ce sont eux qui par leur abondance dans les autres cas lui donnent sa couleur ordinaire. D'autres fois, principalement dans les cas de carie ou de nécrose des os, parfois aussi lorsque les collections puni-
lentes siègent dans le voisinage de canaux parcourus par de Pair ou d'autres gaz, régions du cou, de l'anus, de la vulve, on voit le pus prendre une coloration brune ou même noirâtre. A travers les tissus, dans ces cas, les fluides gazeux pénètrent par voie d'osmose jusque dans les cavités purulentes, amènent la fermentation putride et la production de gaz sulfhydrique qui, agissant sur Thémato-cristalline des globules rouges mélangés au pus, lui donnent cette coloration brune ou noirAtre. Quand il s'agit d'abcès siégeant dans le voisinage de l'anus ou de l'intestin, le gaz hydrogène sulfuré qui existe presque toujours dans cet organe peut pénétrer directement dans ces abcès et produire le résultat signalé plus haut. D'autres fois encore le pus possède une couleur ocrcuse ou safranée^ et l'examen y montre la présence de cristaux d'hématoïdine. C'est aux modifications chimiques ordinaires de l'hémato-cristalline des globules rouges mélanj^és au pus qu'il faut, vous le comprenez, rapporter celte coloration. Le mélange d'une quantité plus ou moins considérable d'hématies non encore altérées peut aussi modifier la couleur du pus par un phénomène analogue à celui dans lequel une trop grande abondance de leucocytes (Icucocythémie) peut changer la couleur du sang. Dans ces cas, on voit le pus prendre une couleur lie de vin plus ou moins accentuée, suivant qu'il y a une plus ou moins grande quantité de globules rouges en suspension dans ce liquide.
Il est une coloration du pus qu'il faut encore étudier. Dans certaines circonstances, sur les plaies, on peut voir les linges à pansements et la charpie colorés en bleu ou en vert clair et le pus lui-même présenter ces teintes. D'autres fois, mais ce cas est assez rare, au moment où l'on incise un abcès, on en voit sortir du pus réellement bleu (1). Cette coloration du !pus, étudiée par Persoz et Dumas, a été considérée par ces auteurs comme le résultat de la formation dans le pus d'acide cyanhydrique, qui aurait produit du bleu de Prusse en se combinant avec le fer des hématies mélangées au pus. Cette idée n'a pu se maintenir devant les travaux modernes. Dans un récent mémoire Longuet a étudié cette question et a établi que la coloration bleue dn pus se produisait sous l'influence de plusieurs causes. En premier lieu, on voit les linges à pansements se colorer en bleu lorsque ces linges ne sont renouvelés que très-ra-
(I) Longuet, Mémoire pour itrvir à la coloration bleue des linges à pansements (Arc/i. gén. de mèd.f 1873-1874).
remenl; il se montre alors des trainées ou de grandes taches d'an bleu verdâtre qui ont été étudiées par Ch. Robin (1) et Lûcke (2). Il ne s'agit pas ici d'une véritable suppuration bleue; la coloration est acquise à posteriori, elle est due à la production d'algues microscopiques voisines des Protococcus, section des PalmelléeSy caractérisées par des spores colorées en bleu verdâtre et mesurant d^ O^^jOOS à 0""",006 de largeur. D'autre part, la couleur bleue du pus s'observe par la formation au sein même des tissus d'une matière colorante spéciale produite, comme l'a démontré Delore (â) , sous l'influence de modi^cations survenant dans la composition de la matière colorante du sang, qui se transforme d'hématosine en hématoïdine, substance très-analogue à la biliverdine. C'est là la véritable suppuration bleue. Enfin la couleur bleue du pus peut encore se montrer par la formation dans ce liquide et à la surface des plaies, d'une substance spéciale à laquelle Fordos (i) a donné le nom depyocyanine; elle est soluble dans le chlore et se transforme en passant du bleu au vert, puis du vert au jaune, en une nouvelle matière que cet auteur appelle pyoxanihose.
Habituellement l'odeur du pus est fade, ainsi que je vous l'ai déjà indiqué; mais dans certains cas On voit cette odeur devenir fétide. Ces changements de l'odeur normale du pus s'observent dans plusieurs circonstances. La fétidilé du pus peut provenir de son mélange avec des matières fétides par elles-mêmes. Le pus des abcès urineux, celui des abcès stercoraux qui se trouve mélangé soit à de l'urine, soit à des matières fécales, doit sa fétidité au mélange direct en question. Dans d'autres cas, il y a mélange de gaz fétides avec le pus, mais les gaz dont il s'agit viennent de parties ne communiquant pas avec le foyer purulent. Dans les abcès de la marge de l'anus, dans ceux des parois abdominales, comme l'ont montré Bérard elChassaignac, la suppuration est fétide. Les gaz, hydrogène sulfuré et autres de la cavité intestinale, pénètrent alors par voie d'osmose, comme je vous l'ai indiqué tout à l'heure, jusqu'au foyer purulent. Cette même fétidité du pus s'observe encore dans les abcès des fosses iliaques et dans les abcès formés dans le sac des hernies étranglées. Le pus devient également fétide lorsque, sous l'influence du contact de l'air, il subit la fermentation putride. Comme
(i) Robin et Vcrdeil, Chimie anatomique^ 1853. ii) Liickc, Arch. klin. chir., 1861 \}i) Delore, Société de biologie^ 1863.
{\} Fordos, Acad. des sciences, 186J.
les gaz félidés, l'air peut pénétrer dans des foyers purulents par voie endosmotique, lorsque ceux-ci sont placés dans le voisinafre de canaux traversés par ce fluide. Les abcès des gencives, ceux des joues, de la langue, ceux des régions du cou avoisinant le larynx, le pharynx, la trachée, présentent souvent ce caractère de félidilé dû à la pénétration de Fair dans leur cavité par voie cndosmo-exosmotique et à la putréfaction du foyer qui en est la conséquence. D'autre part, le pus devient fétide après l'ouverture des abcès. Ici l'air pénètre directement dans le foyer et amène sa fermentation putride. Les abcès par congestion, les abcès phlegmoneux trèsanfractueux et dans lesquels le liquide stagne facilement, les abcès dus à des altérations osseuses sont principalement ceux dans lesquels on voit ainsi se produire la fétidité du pus. Les ulcères cutanés avec leurs inégalités de surface, ceux qui se forment dans des tumeurs de nature cancéreuse, sont également très-aptes à donner lieu à la production de la fétidité dont il s'agit. Conime l'enseigne Ch. Robin, il est probable que, dans toutes ces circonstances dernières, la modification porte d'abord sur les matières albuminoïdes et amène bientôt la transformation des sulfates en sulfures. En même temps, il y a dégagement d'une certaine quantité d'hydrogène sulfuré qui, se combinant à l'ammoniaque résultant de la décomposition des matières protéiques, détermine la formation de sulfliydrate d'ammoniaque. Le phosphore de ces matières protéiques s'unit, du reste, à de l'hydrogène ; et la présence d'une quantité minime d'hydrogène phosphoréc suffit pour produire une odeur très-fétide, encore exagérée par l'apparition d'acides gras très-odorants, acide butyrique, acide valérianic|uc, etc. Quand le pus a pris ainsi un caractère fétide, l'examen microscopique y montre les leucocytes très-pales et très-volumineux. Leur nombre a considérablement diminué et, si l'altération a été poussée très-loin, on peut ne plus en rencontrer dans le liquide ; ils ont tous été détmits. Le pus dans ce cas renferme une grande porportion de granulations grises, résidus de la destruction de ses globules. On y trouve en outre des microzoaires et des microphytes en plus ou moins grande quantité et de formes parfois très-dilTérentes, suivant la période de l'altération putride à laquelle le pus est parvenu. Comme il est facile de le comprendre/cette fétidité du pus, indice de sa putréfaction, peut être une source de grands dangers pour l'organisme entier. Par absorption, des liquides septiques peuvent être versés dans le sang et déterminer l'empoisonnement septicémique.