‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 59 sur 82 · TRENTE-TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-TROISIÈME LEÇON

De la flèvrc (suite). Ëtiologie. Unions anatomiques.

Messieurs,

Il me reste encore, pour terminer la question physiologique de la chaleur animale, sur laquelle doit reposer notre élude du processus fébrile, à vous sipfnaler certaines variaiions de l'état thermique importantes à connaître. Je vous al dit que la température propre de riiomme est d'une constance remarquable; cependant des variations légères existent à l'état normal. Elles se présentent spontanément, ou bien elles sont le résultat de certaines influences que nous allons examiner.

En premier lieu, la température varie dans le courant de la journée; elle est plus élevée à certaius moments, plus basse à ceitains autres. C'est ce phénomène que l'on désigne sous le nom de variation diurne de la température. Comme l'ont établi Lichtenfels et Frôhlich (i), les écarts thermiques n'atteignent qu'un demi-degré en moyenne et, d'après Jûrgensen (2), c'est entre 4 heures et 9 heures du soir qu'on observe le maximum d'élévation, tandis que le minimum se montre entre 2 heures et 3 heures du matin. Vous verrez que, la plupait du temps, ces variations diurnes de la température sont conservées pendant le processus fébrile.

L'Age et le sexe ont peu d'influence sur la chaleur organique. On peut dire qu'il n'y a aucune difierence notable entre la température de l'homme et de la femme arrivés à l'âge adulte. Parfois cependant, la température de la femme l'emporte de 1 à 2 dixièmes de degrés. Ces résultats sont opposés à ceux obtenus par Davy (3), mais les observations de cet auteur étaient insuflisantes. Chez les enfants, au moment de la naissance, la température, d'après Bârensprung (4),

(1) Lichtenfels et Ficiiilicli (Denksdtr. d, mat. Naturw. Klau de K. K, Acad. d. VV. m Wien, 1852).

{t) Jurgen^n (DeuUche$ Arch, fur klin. Bled., 1867). (3) Davy (Annales de chimie et de physique^ t. XXXIII). M) Bôrpnsprung {Mullefn Arehiv, 1851 et 1852).

est de 37% 55 dans le rectum. Après le premier bain, elle s'abaisM^ i 37** pour remonter ensuite à 37%5 et 37%6. Elle est, par conséquent, un peu plus élevée que celle des adultes. Elle se maintient dans ces conditions depuis la première enfance jusqu'à la puberté, époqu* où elle se fixe d'une manière définitive au chiffre de l'âge aduli»». Chez les vieillards, à partir de soixante ans, on constate une nouvell' élévation de quelques dixièmes de degré, de telle sorte que la température se rapproche de ce qu'elle était pendant renfance. Cell' élévation thermique, comme le fait remarquer Wunderlich (i ), \m[ être attribuée à l'état d'anémie de la peau qui s'accentue de plus t-n plus avec la vieillesse, et qui aurait pour effet de diminuer les peile> de calorique.

La menstruation et la grossesse agissent peu sur la température. Dans les deux derniers mois toutefois, la chaleur est un peu p'ih élevée, et Wunderlich cite les chiffres de 38%i5 dans la matinée, el de 38% 22 le soir, pour mesure de la température prise dans le vagin. Les recherches sur la marche de la température après raccouclioment ont donné lieu à des résultats contradictoires. Bârensprun;: a trouvé, immédiatement après la parturition, un abaissement tlurmique pouvant aller jusqu'à 36%2 et Winckel (â) a si^alé, pendar! les douze premières heures, une légère élévation faisant place à un abaissement correspondant pendant les douze heures suivantes. Schrôdér (3) est arrivé à des résultats analogues. Après le travail, du reste, les variations diurnes de la température, que je vous ai indiquées comme un iiiit normal, se présentent également, de telle sorte que le chiffre thennométrique peut être influencé par le ni«> ment de la journée où s'est fait l'accouchement. Toutefois les variations propres à la parturition sont très-légères et c'est avec raison que Grùnewald (4) considère comme suspecte chez une accoucli- e une température axillaire qui dépasse 37% 8.

Comme il résulte des expériences de Bârensprung, de Lichtenfe!> et Frôhlich, les repas ou l'abstinence ne modifient guère la température normale. Suivant Bârensprung cependant, il y aumit une I 'gère augmentation après le dîner, entre 2 heures et 6 heures. C" n'est que vers le dixième jour d'une diète sévère que Ton consuue

(1) Wunderlich, De la température dans les maladies^ trad. française par Lato Ji- Lagrave, 187!2.

(î) Winckel, Temperatur-Studien bei der Geburt und im Wodienbett, 1862. (3) Schroder, Schwangerschaft, Geburt und Wochenbett^ 1867. i4) Gruncwald, Ueker die Eigenwarme gesunder und kranker Wôcherimun, 1863.

DE LA FIÈVRE (SUITE). ÊTIOLOGIË. LÉSIONS ANATOMIQtJRS. 607

un abaissement thermique de 5 à 8 dixièmes de degré. Quant à la nature de Talimentation, elle n'exerce aucune influence sur la cha« leur animale.

L'état thermique du milieu ambiant est une cause susceptible de faire varier la température. Généralement, en été, la chaleur du corps humain est plus élevée qu'en hiver de 1 à 2 dixièmes de degré. Les observations de Eydoux et Souleyet (i), celles de John Davy (2), celles de Brown-Séquard (3) ont démoniré que, dans les climats chauds, la température est plus élevée que dans les climats froids. La différence entre la température de Thomme en Angleterre et cette même température sous les tropiques serait, d'après J. Davy, de 0% 9. Ces faits sont importants à connaître, lorsqu'on veut étudier la marche de la température pendant la fièvre. Toutes ces données sur la chaleur animale vous étant acquises, abordons maintenant l'étude du processus fébrile.

La fièvre (ttO/j, Trjpnhçy fervere, febris), déjà au temps du père de la médecine, était considérée comme une maladie dont la chaleur était le signe, et Galien lui assignait comme caractère une modification de la chaleur normale {calor prœter naturam). Cette doctrine des anciens fut toutefois abandonnée. Boerhaave, guidé par ses idées ialro-mécatîiciennes, regarda la fièvre comme le résultat de Faccélération du cours du sang et dès lors l'examen des modifications de température fut complètement négligé dans l'élude de ce processus morbide. Il fallut en arriver aux célèbres travaux de Gavarret (4), pour voir la donnée de l'élévation de la chaleur reprendre son importance; car, pendant les règnes de Brown, de Pinel, de Broussais, l'étude de la fièvre, liée aux questions doctrinales, ne sortit guère du domaine de l'hypothèse.

Ainsi que vous le comprenez, je n'ai pas l'intention de vous faire l'histoire de ces différentes doctrines; une semblable étude, qui trouverait sa place dans un cours d'histoire de la médecine, n'a aucune raison d'être ici. Stichez seulement que, depuis lestravaux modeiTies, la fièvre doit être envisagée comme l'avaient envisagée les anciens, et que les travaux cliniques de Chomel, d'Andral, deBouillaud, de Piorry et de Gavarret, en France, ont posé les bases de l'é-

(1) Eydoux et Souleyet {Acad. des sciences de Paris, t. VI). {i} John Davy (Annales de chimie et de physique, t. XXII). (3) Brown-Séquard {Journal de physiologie, t. II).

rt) Redierches sur la température du corps humain dans les fièvres intermittentes,

lude scientifique de ce processus morbide. Ces travaux, poursuivis par H. Roger, Demarquay et, plus tard, par Bârensprung, Traube, Thomas, Wunderlich, Hirtz, consacrèrent la doctrine .d'Hippocrate et de Galien que des recherches nombreuses faites par Naunyn, Traube, Liebermeister, Leyden, Senator et autres auteurs sont ve* nues amplement confirmer. M'appuyant sur tous ces travaux, j*ac* cepte donc la définition moderne du processus fébrile : La iièvre est constituée par l'élévation durable de la température animale. Cette définition est celle de Jaccoud, de Hirtz, de Botkin et des auteurs qui, récemment, ont étudié la fièvre. Sa justesse est telle, que c*esl dans rélévation de la température, mesurée à Taide du thermomètre, qu'il faut chercher, non-seulement le signe de la fièvre, abstraction faite de l'état du pouls, mais que le degré de cette élévation mesure l'intensité du processus morbide, tandis que sa marche permet, dans un grand nombre de cas, de reconnaître forigine et la nature de la fièvre, ainsi que nous le verrons.

Si, pour étudier les Causes productrices de la fièvre, nous nous adressons à l'observation clinique, nous voyons que ce processus morbide peut se rencontrer dans des états très-divers de l'organisme.

D'une part, en effet, la fièvre se montre h la suite d'actions brusques et de peu de durée. Une émotion vive, un accès de névralgie, une fatigue musculaire, l'impression du froid, le cathétérisme peuvent ainsi la produire. Dans tous ces cas, la fièvre est habituellement légère et suit rapidement l'impression fugitive qui lui a donné lieu.

D'autre part, on sait que les affections de nature inflammatoire, pneumonie, pleurésie, entérite, phlegmon, etc. s'accompagnent, pour ainsi dire toujours, de manifestations Tébriles. L'inflammation est donc une cause de fièvre et, à moins qu'il ne s'agisse d'inflam* mations très-limitées dans leur étendue et très-légères comme intensité, ces deux processus morbides marchent de front dans l'évolution de la maladie. Quelle est alors la liaison intime entre la fièvre et l'inflammation ? Il est un fait d'observation clinique qu'il importe de signaler ici; en général la fièvre apparaît après les lésions inflammatoires et, de plus, elle est intimement liée à l'évolution de ces lésions, à tel point que souvent, pour apprécier la période évolutive à laquelle une inflammation profondément située en est arrivée, c'est à l'état fébrile que le médecin demande les plus précieux renseignements. Dans quelques circonstances sans doute, s'il s'agit surtout d'organes difficilement accessibles à nos moyens d'exploration, on peut voir survenir la fièvre, avant que se révèlent manifcstemenl

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