‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 60 sur 82 · DE LA FIÈVRE (SUITE). ÊTÎOLOGI.E · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE (SUITE). ÊTÎOLOGI.E

les lésions locales de T inflammation. Ces cas ont servi de point d'appui à cette idée, que la fièvre inflammatoire se montrait avant l'inflammation elle-même. Bérard et Denonvilliers (4), en particulier pour l'érysipèle, croyaient que cette inflammation était souvent précédée par le mouvement fébrile. Mais, dans ces cas, c*est en général à Timperfection même de nos moyens de recherches qu'il faut attribuer ia non-constatation des lésions inflammatoires initiales et, pour ce qui est de rérysipèle, outre que cette maladie peut avoir souvent le caractère d'une réelle infection, il serait nécessaire de vérifier l'assertion des auteurs signalés. H faut donc en définitive considérer rinflammalion comme une cause de la fièvre.

En outre il existe tout un groupe de maladies que de nos jours Ton considère comme des affections primitives du sang lui-même. Ces maladies, désignées sous le nom ^infections (!2), s'accompagnent presque toutes d'une fièvre plus ou moins intense, d'une durée plus ou moins longue. Produites par la pénétration au sein de l'organisme de substances diverses, sur la nature intime desquelles la science n'est pas encore fixée d'une manière complète, elles revotent fréquemment le caractère septique et septicoîde, et la médecine moderne tend à les considérer comme des actes se rapprochant des fermentations. Les virus, les miasmes, etc. en sont les origines étiologiques. La fièvre qui survient dans œs maladies ne lient pas à des causes locales inflammatoires, puisqu'elle ouvre toujours la scène et que c'est plus tard seulement qu'apparaissent les lésions accompagnant ces affections.

En dernier lieu, la clinique nous lait assister à l'apparition de la fièvre après certaines lésions du système nerveux central. Déj<^, dans la dernière leçon, je vous ai cité les observations de Brodie, de Chossat, de Billroth et de Quincke qui montrent que les lésions de ia moelle épinière sont susceptibles de produire une élévation durable de la température animale. Pour le cerveau les faits sont plus complexes. Tantôt, après les hémorrhagies ou les embolies cérébrales, on voit la température s'élever ainsi que l'a constaté Botkin (3); mais, souvent aussi, c'est un phénomène inverse qui se présente. Les observations de Folet et de Charcot sont confirmatives à cet égard.

En résumé donc, la fièvre apparaît dans trois circonstances différentes. Elle survient sans lésions locales par le fait d'actions qui la

(1) Bérard et Denonvilliers, Compendium de chirwgU pratiquât 1840.

(i) Voir Picot, De Vétat de lascietice dam la quegtion de» maladie» itifeclieuies, 1872.

(3j Botkin, De la fièvre, trad. françaido, I87i.

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déterminent par rintermédiairc du système nerveux, et dans les cas de destruction de certaines régions de ce système ; l'inflammation la produit presque toujours ; enfin elle est le résultat des modifications générales du sang connues sous le nom d'infection. C'est le mécanisme producteur de la fièvre qu'il nous faut étudier dans ces trois modalités étiologiques. La médecine expérimentale nous fournira ici nos moyens d'étude.

L'élévation de la température sui^enant par l'intermédiaire du SYSlème nei*veux est encore entourée de bien des obscurités. Vous avez vu que les excitations directes des nerfs sensitifs, telles que les pratiquait Heidenhain (1), au lieu d'ameqer un accroissement tliermique, étaient au contraire suivies d'une baisse de la température. D'un autre côté, les recherches de Montegazza (2) ont fait voir également que la douleur, chez l'homme comme chez les animaux, produit une diminution de la chaleur animale. Ces faits ont été confirmés par les travaux de Naumann (3). Cependant Cl. Bernard a depuis longtemps établi que, si l'on enfonce un clou dans le sabot d'un cheval, on voit bientôt la fièvre se montrer. Cet auteur a prouve que c'est bien en réalité par l'intermédiaire du système nerveux que se produit le phénomène, puisque, si primitivement l'on a sectionné les nerfs sensitifs, la fièvre n'apparait pas. Il semblerait donc, d'après cette expérience, que les nerfs sensitifs peuvent être les conducteurs de l'excitation fébrigène qu'ils transporteraient alors, depuis la région locale d'où ils émanent, jusqu'au système nerveux central. Une seconde expérience de Cl. Bernard militerait en faveur de cette manière de voir. Lorsque, chez un animal hibernant, on pince une des pattes, on voit la température, qui était de 3*" à 4', s'élever rapidement jusqu'à 2©\ Les expériences de Rôhrig (4) surtout sont importantes ici. Un premier fait résulte de ces expériences ; c'est que les excitations peu intenses de la peau donnent lieu :i un rétrécissement du calibre des vaisseaux, tandis que les excitations énergiques sont suivies d'une dilatation de ces conduits. Suivant hauteur, c'est par action réflexe que se manifeste ce phénomène, et la contraction vasculaire se termine par un relâchement amenant une dilatation. S'il s'agit d'excitations énergiques, la paralysie se

(i) Heidenhain, Loc, cit.

(t) Montegazza {SchmidVs JaJirh., 1867).

(3) Naumann [Prager Viert.^ 1867).

(4) RGhrig, Phyaiologitche (JtUenuchungen Ûbet den Ein/luêa vûn Haulrti^ aiif CifcUlation, Athmung und Korpertemperaiur (Deutsche Klinik, 1873).

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montre d'emblée; il semblerait que dans ce cas les éléments nerveux sont épuisés avant même que se soit produite la contraction vasculaire. 11 est à remarquer aussi que l'étendue de la surface excitée, dans le cas d'excitations faibles, supplée i l'intensité. En même temps que se produisent ces effets sur les vaisseaux capillaires, il s'en montre d'autres sur le cœur. Les excitations faibles augmentent les contractions de cet organe. En plongeant dans l'essence de moutarde les deux .oreilles d'un lapin on voit le pouls s'élever de 160 à 296 pulsations par minute. Au contraire, en produisant des excitations très-intenses, les battements cardiaques tombent de 210 à 18, dans l'espace d'une heure vingt minutes. Si, après avoir rasé une partie du dos d'un lapin, on imbibe dette région avec de l'essence de moutarde, en même temps que les deux oreilles sont plongées dans la même substance, on voit le pouls descendre à 120-130 puU sations au bout d'une demi«heure. L'excitation portant sur une large surface agit donc dans le même sens que l'excitation trèsénergique. Ces effets des excitations intenses se transmettent aux centres modérateui^ du cœur par l'intermédiaire du pneumogastrique puisque, après la section de ce nerf, ils cessent d'avoir lieu. La respiration est également influencée dans ces cas. Aux excitations faibles, comme aux excitations énergiques, correspond toujours un ralentissement de la respiration; on voit alors se manifester ce fait singulier : pendant les excitations de moyenne intensité, il y a en même temps accélération du pouls et ralentisse* ment de la respiration, tandis que, pendant les excitations intenses, les battements csrrdiaques et les mouvements respiratoires diminuent de nombre parallèlement. La température animale suit une marche réglée sur l'état du cœur et des mouvements respiratoires. Dans les excitations faibles ou de moyenne intensité, alors que la respiration se ralentit et que le cœur précipite ses battements, on voit s'élever la température. Elle s'abaisse lorsqu'il y a ralentissement respiratoire et cardiaque, c'est-à-dire dans les excitations énergiques. L'interprétation de cette élévation thermique est facile. En même temps que se produit une excitation faible, les vaisseaux périphériques se con* tractent, il y passe moins de sang et les pertes de calorique sont diminuées pour cette raison. La diminution des pertes s'accentue davantage encore à la suite du ralentissement de la respiration, puisque l'exhalation de vapeur d'eau par le poumon a diminué. D'un autre côté, le surcroit d'activité du cœur et le passage dans les capillaires des organes internes de quantités de sang plus considérables amènent^

selon toute probabilité, dans ces régions, la production d'une plus grande somme de chaleur. Il y a donc à la fois diminution dans les pertes et augmentation dans la production.

Ces expériences physiologiques nous permettent de comprendre le mécanisme producteur de la fièvre dans les cas de développement de ce processus morbide sous Tinfluence du système nerveux. Trèsprobablement dans les névralgies, dans le cathétérisme, après les émotions vives, parfois même après le refroidissement, c'est pr action sur les centres vaso-moteurs et sur le pneumo-gastrique que se manifeste l'élévation thermique. Les nerfs vaso-moteurs seuls peuvent même être en cause dans ces cas, et l'on comprend qu'une excitation sensitive puisse amener des effets de contraction et de dilatation vasculaires susceptibles de déterminer l'élévation thermique. Lfs recherches de Voisin et Liouville (1), faites sur l'homme et les animaux, ont établi qu'il est possible, à l'aide du curare, de produire les phénomènes fébriles d'une manière remarquable. Dans ces expériences, les injections sous-cutanées de curare ont déterminé de véritables accès de fièvre avec le frisson, la chaleur et la sueur. Au frisson initial s'accompagnant de claquements des dents, de tremblements de tout le corps et pendant lequel le pouls est accéléré, la respiration suspirieusc et la température axillaire très-élevée, succède pendant plusieurs heures le stade de chaleur fébrile. L'élévation de la température se maintient dans l'aisselle, en même temps qu'elle se montre à la surface du corps ; la peau est rouge, le pouls fréquent et développé. La sueur arrive ensuite et, avec elle, disparaissent progressivement tous les symptômes. La fièvre en question peut durer plusieurs jours et, pendant son évolution, la température peut aller jusqu'à 40%4. Ces faits sont d'une grande importance, puisque l'on sait que le curare agit sur les éléments musculaires. Il est probable que, dans ces cas, c'est en excitant d'abord la contractilité des muscles vasculaires, puis en déterminant ultérieurement leur paralysie, qu'il exerce son action.

Après tout ce que je viens de vous dire et les données que je vous ai exposées dans la dernière leçon sur l'influence de la moelle et de l'encéphale sur la température, je n'ai pas besoin de faire ressortir davantage que la production de la fièvre, dans les cas que nous examinons, reconnaît un mécanisme analogue à celui que je viens de

(1) Voisin et LIouviUc, Recherches et expériences sur les propriétés physiologiqties et Ihérapeuiiqiies du curare {Journal de Vanat, et de la physi^, de Ch. Robin, 1867?.

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