‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie générale (volume 2)Chapitre 65 sur 82 · FIÈVRE (SUITE). SYMPTOMES EN GÉNÉRAL. G · texte numérisé non relu

FIÈVRE (SUITE). SYMPTOMES EN GÉNÉRAL. G

est plus accentuée de manière à frapper la vue et correspond aux degvés thermométriques. Les degrés se comptent de bas en haut à partir de â5 degrés, et Ton a ainsi une échelle allant jusqu'à ii degrés. L'espace compris entre deux lignes verticales représente une période de douze heures, et chaque deux lignes on accentue la ligne verticale de telle sorte qu'entre deux lignes verticales accentuées se trouve comprise une période de ^i heures. Sur la partie gauche du tableau ainsi obtenu, on inscrit les degrés thermiques de bas en haut sur chacune des lignes horizontales accentuées et, à la partie supérieure, on marque les jours de maladie. Quand une observation thermométrique a été faite, on l'indique par un point au lieu qui lui correspond par rapport à l'échelle thermique d'une part, et d'autre part par rapport au nombre de jours auquel en est arrivé la maladie. Un certain nombre d'observations étant ainsi faites et enregistrées, on les unit par des lignes droites dont l'ensemble constitue la courbe thermométrique.

Le plus habituellement, sur les tableaux de température, on enregistre en même temps le nombre des pulsations artérielles ainsi que celui des respirations, en suivant les règles exposées pour la température. On peut même faire figurer dans ces tableaux les chiffres exprimant la quantité d'urine rendue, le poids du corps pendant l'évolution morbide, les proportions d'urée excrétée ou d'acide carbonique exhalé et d'oblenir de la sorte un tableau général présentant d'un seul coup d'œil les variations de ces différents facteurs.

Ces données sur la mensuration thermométrique vous étant connues, abordons l'étude des Symptômes de la fièvre et examinons tout d'abord la marche générale de ce processus morbide.

La fièvre débute souvent d'emblée, sans avoir été précédée d'aucuns phénomènes qui puissent faire songer à l'imminence d'une maladie. D'autres fois, pendant un, deux et même plusieurs jours, on constate, avant son apparition, une fatigue générale, un sentiment de malaise, des douleurs légères et vagues sans localisation bien déterminée, mais portant souvent sur les articulations. En même temps il y a de la céphalalgie et de l'inappétence. Que ces manifestations se soient ou non montrées, qu'il y ait eu une période d'incubation ou de prodromes^ comme l'on dit en termes de médecine, ou que cette période ait manqué, la fièvre survient alors. Son début varie suivant la nature de l'affection qui est en cause. Uinvasion peut être lente, insidieuse, sans autres manifesLilions qu'une

accentuation plus marquée des phénomènes observés pendant la période prodromale, et la température s'élève lentement de jour en jour. C'est le soir que Ton constate le maximum de l'élévation thermique, et le matin il y a une baisse légère. Ce mode d'invasion se rencontre plus particulièrement dans la fièvre typhoïde. Au contraire, dans la majorité des cas, après un temps qui varie entre une demi-heure et deux heures, pendant lequel la températui^ s'est élevée progressivement au-dessus de la normale, on voit les malades éprouver une sensation de froid général et présenter un ensemble de symptômes nerveux qui est connu sous la dénomination de /nV son fébrile. C'est la sensation de froid qui ouvre la scène; elle coïncide avec une pâleur générale de la peau se remarquant plus spécialement vers les extrémités, la face, les bras, les jambes. Bientôt survient l'horripilation, caractérisée par la saillie des bulbes pileux, produisant le phénomène connu sous le nom de chair de poule, A ce moment les extrémités sont exsangues et diminuées de volume, à tel point que, suivant la remarque de Cullen et de J. Frank, les anneaux peuvent tomber des doigts. Plus tard le nei et les doigts prennent une coloration bleuâtre et l'on voit sur\'enir le claquement des dents, le tremblement général et, dans certains cas même, de véritables convulsions.

En même temps que se montrent tous ces phénomènes qui résultent des contractions spasmodîques des muscles vasculaires périphériques dès le début, et de contractions plus ou moins violentes des muscles de la vie de relation survenant ensuite, on trouve le pouls petit, concentré et fréquent. Les contractions cardiaques, qui varient de 80 à 120 par minute, sont souvent très-violentes et la respiration très-accélérée est plus ou moins difficile. Si le malade a pris de la nourriture, il n'est pas rare de le voir vomir. Au reste la céphalalgie est peu intense et il n'y a pas de délire.

Lorsqu'on veut se rendre compte du moment où se montre le frisson pendant la fièvre, on voit que toujours il apparaît alors que déjà la température s'est élevée au-dessus de la normale. Les observations de Sydney Ringcr (1), celles de Iluppert (2), celles de Wunderlich (3) et de Hirlz (4) sont pleinement confirmatives à ce!

(1) Sydney Ringer, Tran$aciuin$ of Uie med, chir, Society, 1859.

(2) Huppcrt {Arch. der lïeilk., 1866 et 1869.).

(3) Wunderlich, Uèc, cil.

{\) Birlï, Loc. cit.

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^rd. Dans la majorité des cas les choses marchent de )a manière suivante : Dans les premières vin^ minutes k partir du début du procossus fébrile, la tempéi-ature monte lentement de 0°,1 àû°,2; l'élëvotion devient ensuite plus rapide, mais pendant les trente à quarante minutes qui suivent, progresse par fractions, jusqu'au moment où elle arrive à 38'. Alors elle gagne rapidement 38°,5, d9* 0140^, et c'est entre iiQ" et 40° qu'éclate le frisson, I^s tableaux ci-dessous, extraits de Sydney Uiuger, et la ligure 114, empruntée à Wunderlicb, montrent clairement la marche thermiqueen question.

Fiivre lier

rcmpirUtn.

Fiivr» quoLii amnt cl luinuUit.

.. «-SClialeur

.. Sa^-ISueup

illiilSN

... 3»o Sueur.

, . . ai"

Il est donc prouvé, comme déjà l'avail établi Gavarret, que la chaleur fébrile commence avant le frisson, qu'elle persiste pendant toute sa durée, et que le frisson se montre au moment où la température est arrivée à un chilfre déjA très-élevé. C'est en raison de l'élévation de la température pendant le frisson que bon nombre d'auteurt l'ont considéré comme étant une simple sensation subjective. Les l'coherches de Wunderlicb et de Hirtz ont fait justice de cette manière de voir et démontré qu'en réalité il y a refroidissement de la périphérie contrastant aver l'élévation de la chaleur centrale. Quand on suit la marche de

U lempùraluie aNillair» el celle .le la •" V^i.-^Si'ifrrt'r''*'température périphérique, on voit que,

pendant les vingt-cinq premières minutes A partir du début, le thcrmomèlre de raisseUe monte de 3fi°,C à ;îfi°,!), tandis que celui de la

périphérie s'élève aussi de 35% 9 à 36%5. Au moment du frisson el pendant toute sa durée, la température monte dans l'aisselle et passe de 36,9 à 39,6. Au contraire, à la périphérie, pendant les trente-cinq premières minutes du frisson, le thermomètre descend de 36%5 à 32" et s'élève pendant les vingt-cinq autres de 32" à 37*. Ce n'est qu'un quart d'heure après la fm du frisson qu'il y a égalité entre la chaleur axillaire et la chaleur périphérique.

Dès le début de la fièvre et pendant le frisson la quantité d'urine est augmentée. La sécrétion est alors limpide, mais, comme il résulte des recherches de Jochmann (1) et de Sydney Ringer (2), la quantité d'urée y est notablement augmentée. Cette augmentation de l'urée précède le frisson; elle paraît être à son maximum dans cette période du processus fébrile comme le prouve le tableau suivant :

Urines Urcc — Clilonirc de sodium — Centimètres cubes.

Avant le fnsson....j^2i« U,2ÎG 60

Pendant le frisson 1,545 0,290 65

Pendant la chaleur. . .1,339 0,107 60

Pendant la sueur. . .0,587 0.08J 50

Le frisson, dont la durée varie d'un quart d'heure à cinq heures, s'observe surtout dans les fièvres où l'élévation thermique est rapide. Parfois il est unique, comme dans la pneumonie et certaines formes de la variole; parfois il se répète pendant que la température s'élève de 38" à 39" et 40°; c'est le cas de la scarlatine et de la rougeole. Dans les aifections où l'élévation thermique se fait d*une manière lente, le frisson manque le plus habituellement. 11 est à remarquer aussi que le frisson qui signale le début de la fièvre peut se reproduire sous l'influence de toute cause déterminant un léger refroidissement périphérique. L'attouchement de la peau avec du linge froid, l'impression de Tair, le déplacement du malade dans son lit, peuvent ainsi amener un ou plusieurs nouveaux frissons. Ce fait se rencontre peut-être plus spécialement dans les inflammations catarrhales des muqueuses. L'intensité du frisson paraît aussi être liée à la forme morbide. Dans la variole, la scarlatine, la pyohémie, la fièvre intermittente et la pneumonie, les frissons sont habituellement d'une violence extrême. Dans la rougeole, l'érysipèle et les

(1) Jochmann, Deobadilungen uber die Kôrper wàrme, 1853, et Traube und Jochmann. Veber Vemiehrung des Hamstoffei^ 1855.

(2) Sydney Uinger, Loc. cit.

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